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Très cher frère (Onnisama e)

      
        


Très cher frère (série en 3 tomes datant de 1974) raconte la vie d'une lycéenne nommée Nanako à travers les lettres qu'elle écrit à son correspondant, qu'elle considère comme un «frère» confident.
L'histoire débute par une rentrée des classes, celle de Nanako et de son amie d'enfance Tomoko, dans le prestigieux lycée pour filles Seiran. Nanako se retrouve dans une classe différente de Tomoko, et va rapidement faire la connaissance de Mariko, une des plus belles élèves de Seiran. Elles deviennent très vite amies, ce qui va provoquer une jalousie de Tomoko, qui ne cessera d'empirer à cause de l'extrême possessivité de Mariko.
Une grande place est donnée dans l'histoire à la  «Sorority», un cercle des filles les plus élégantes et cultivées. Toutes convoitent une place dans le « Sorority », sauf Kaoru Orihara, la capitaine du club de basket, qui n'y voit que source de disputes et de jalousies. Elle entretient une forte amitié avec Rei Asaka, surnommée « Saint-Juste », qui ne semble pas toujours très équilibrée mentalement. Nanako, qui y est admise à son grand étonnement, va devoir affronter jalousies et vengeances perverses, découvrant peu à peu l'ambiance malsaine du « Sorority », ainsi que les terribles secrets liant les différents protagonistes. Le mot sororité désigne une fraternité (ou fratrie) exclusivement féminine  mais on peut aussi y voir ici sa connotation affective, comme dans l'expression «âme sœur».
      

                                
La série animée tirée du manga, mise en scène par le célèbre duo Akio Sugino et Osamu Dezaki, bénéficie d'une réalisation superbe et dramatique à souhait, avec de nombreuses esquisses crayonnées donnant une atmosphère lugubre et unique. On y retrouve l'ambiance sombre des premières œuvres comme « Rémi, sans famille» ou la seconde partie de la série animée de «Lady oscar» mais également l'emphase de leurs films sur « black jack ». La France a découvert la série en 1993 lors de son passage sur TF1 dans le Club Dorothée. Abordant des thèmes tabous tels que l'homosexualité, l'inceste et le sadisme, la réaction ne se fit pas attendre longtemps et elle fut retirée de l'antenne au bout du septième épisode. L'intégrale est sortie en DVD chez Kaze en 2004 pour le plus grand bonheur des fans.
Animé visuellement de très bonne qualité, il attire surtout l'attention par la profondeur psychologique des personnages. Le lancement de la série fait penser à la littérature enfantine du début du 20ème siècle. L'animé y ajoute une dimension malsaine et continuellement paroxysmique.  Les principales héroïnes sont très tourmentées, et certaines comme Fukiko, Rei, et Mariko ont déjà commencé à sombrer dans la folie. Rei en est le meilleur exemple: plongée dans ces recueils de poèmes, elle est passionnée par la littérature romantique française et représente le personnage suicidaire de l'histoire. Droguée par les médicaments qu'elle consomme abusivement, elle fume et s'absente souvent de  l'école.
Fukiko sous son apparence angélique, est une furieuse hystérique, qui reporte ses frustrations et sa haine sur Rei, qu'elle torture tant mentalement que physiquement. Pour parvenir à ses fins elle n'hésite pas à employer des moyens sanglants comme dans le cinquième épisode où elle transperce la main de Rei ou bien lorsqu'elle se jette sur Nanako telle une furie, pour mordre son oreille.
Bref, c'est une histoire redoutable et très dérangeante par sa cruauté formelle bien loin des sempiternelles affaires de cœur estudiantines dont les animés shojo regorgent encore aujourd'hui.
                  


 

En conclusion de ce dossier

    
J'ai mis longtemps pour aborder l'œuvre abondante de Riyoko Ikeda et ce dossier n'est pas la moitié de ce que j'aurais voulu faire la concernant.
Il faut admettre que nous sommes mal placés pour vraiment apprécier son œuvre, tant il nous est facile d'y voir toutes les incohérences historiques de ces principaux succès (lady oscar, eroica, très cher frère) et tant nous sommes mal desservis par les éditeurs francophones (j'ai du lire pas mal de ses séries en italien ou en anglais et pas nécessairement dans des traductions fort bien exécutées ou adaptées).
Il en reste que Riyoko Ikeda est à la base d'un style maintes fois copié et quelques fois surpassé mais qui s'enrichi de son goût pour l'Europe et son histoire ainsi que pour la musique lyrique. Elle n'est pas la meilleure mangaka et sa narration est marquée par les années 70 et 80, faute de s'être vraiment adaptée au courant de ce qui se fait actuellement en la matière. Elle est devenue en quelque sorte un auteur classique à l'égal d'un Hergé. On relit avec plaisir ses oeuvres en trouvant des touches de génie de ci de là, mais sans perdre de vue cette iconographie un peu rigide qui emprisonne les personnages plutôt qu'il ne les libère.

(http://www.manga-news.com/index.php/report/Ryoko-Ikeda )

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