Une mère, on n'en a qu'une...
Il flottait dans l'air un parfum de lavande, une ambiance de renaissance. Le mois de Mai venait de commencer, effaçant des cœurs le souvenir triste de la mort qu'était l'hiver, renouvelant ses promesses de renouveau avec chaque fleur qui s'ouvraient timidement aux premières lueurs de l'aube, s'étirant de toutes leurs pétales juste pour goûter à la caresse des rayons du soleil. Une légère brise faisait danser les feuilles des arbres, quelques papillons valsaient entre les branches alors que les oiseaux chantaient joyeusement. Tout était doux, tout était emplis d'espoir... Enfin presque tout...
Dans le cœur d'un petit garçon persistait un amas de glace qui ne semblait jamais vouloir fondre, comme si les rayons du soleil n'arrivaient guère à le toucher suffisamment pour lui permettre de se résorber. Ce glacier y avait élu domicile à la fin de l'automne précédent et il ne semblait guère vouloir fondre pour laisser place aux fleurs printanières qui auraient dû y pousser... Pourtant le soleil était revenu dans sa vie et avait fini par traverser les nuages sombres de son cœur pour commencer à le réchauffer de l'intérieur... Mais ce glacier là était beaucoup plus persistant que les quelques dédales de neiges qui avaient fini par s'effacer...
Ce matin là, André avait rejoins grand-mère comme il le faisait toujours. Les yeux encore embrumés de sommeil, il lui avait demandé le programme de la journée. La gouvernante lui avait demandé d'emmener Oscar à l'extérieur pour la journée afin d'éviter qu'ils ne fassent des bêtises dans la maison, bêtises qui auraient mit en péril la soirée prévue... Le général avait souhaité, comme à chaque année, rendre hommage à sa femme et il avait donné des instructions bien précises... Qui demandaient beaucoup de préparatifs... Et comme c'était un Dimanche, Oscar avait quartier libre pour l'après-midi et depuis l'arrivé d'André, ils finissaient toujours par mettre du désordre quelque part avec leurs bêtises ces jours-là... André avait regardé son aïeul les bras croisés sur la poitrine, maugréant un : « même pas vrai!», qui lui valu la menace des louches de la gouvernante et quelques éclats de rire des cuisinières.
- André s'il-te-plait soit un bon garçon et fait ce que je te demande... Je ne peux pas vous attacher sur des chaises pour vous empêcher de faire des bêtises, mais si vous les faites dehors au moins ma soirée ne risque rien! Fit-elle en ricanant doucement.
- Je voudrais bien voir la tête du général découvrant que tu as attaché sa fille... He... Son fils pardon sur une chaise... Là c'est toi qui prendrait quelques coups et pas de louches, mais bien de sabre!
- Ho toi tu es impossible parfois tu sais!
Ce qui déclancha l'hilarité dans la cuisine. André avala donc rapidement les restes de son déjeuner et partit vers l'écurie pour accomplir ses tâches, qu'il termina assez rapidement. Il ressortit donc de l'écurie, mais stoppa ses pas. Face à face dans la cour se tenait le général de Jarjayes et Oscar, épée en main. Le général aboyait quelques consignes et Oscar approuvait de la tête, malgré qu'elle fût visiblement essoufflée. Mais elle ne se plaignait pas, elle ne se plaignait jamais... André regarda le soleil refléter dans sa chevelure dorée, quelques mèches voltigeant au gré de la douce brise de Mai... Oscar... Le soleil qui était revenu dans sa vie, lui laissant entrevoir un espoir plus heureux... Mais il est des prisons de glace que même elle ne pouvait pas franchir... Un mouvement furtif attira l'attention du jeune garçon de 7 ans... Il releva la tête et aperçu sur son balcon, la comtesse de Jarjayes. Elle regardait son mari transformer un peu plus chaque jour sa fille en parfait héritier, une main au niveau du cœur... André observa son air inquiet, ses yeux emplis d'amour, sa chevelure ondulé et foncé encadrant son visage... Elle s'inquiétait pour sa fille, ça il le savait... Depuis son arrivé au domaine il avait bien observé chacun de ses habitants, et il savait que la comtesse éprouvait des craintes face à l'avenir de sa fille... Il l'observa alors qu'elle regardait sa fille tomber et se relever encore et encore, une main toujours sur le cœur... Il reporta son regard vers son amie, puis serra les poings, avant de s'en retourner dans les écuries, se réfugiant dans une stalle vide, entre quelques balles de foins. Il ferma les yeux, revoyant encore le regard emplis de cette même crainte qu'avait la comtesse, de sa propre mère... Debout sur le perron de leur petite maison alors qu'elle le regardait lui manier des instruments de ferme peut-être trop lourd pour son jeune âge... Elle n'avait pas la même prestance que la comtesse, ses cheveux, il s'en souvenait, était plus en bataille et ses habits plus disgracieux... Mais ce regard emplis d'inquiétude et d'amour était, malgré la différence de classe entre les deux femmes, le même... Assis à même le sol, les genoux remontés sous le menton, les poings serrés de chaque côté devant lui, André se mordait la lèvre inférieure au souvenir de sa mère disparue... Mais rien, hormis sa position crispée, n'aurait trahis ce sentiment de vide et d'injustice qu'il ressentait... Seule une profonde colère transfigurait de ses traits...
Le dîner arriva et il dû retourner aux cuisines prendre son repas. Sur son corps ne demeurait aucune trace des émotions qui l'avaient envahis plus tôt; il avait bien vite appris à les emprisonner dans cette prison de glace érigée en plein centre de son cœur. Grand-mère lui renouvela son désir qu'il entraîne Oscar hors des mûrs du château jusqu'au soir, désir qu'il acquiesça. Il proposa à Oscar d'aller se promener sur le domaine. Contente de sortir se dégourdir à l'extérieur, Oscar accepta, prenant les devant, André la suivant. Il lui laissait le loisir de choisir les chemins à prendre, guidant ses pas, se confondant parfois dans son ombre. C'est ainsi qu'il avait retrouvé un certain sens à sa vie... Vers le milieu de l'après-midi, Oscar fit une halte près de l'étang de ses terres. André l'imita. Elle s'était assise dans l'herbe fraîche, les jambes étendues devant elle, ses cheveux dorés flottant légèrement derrière elle. André avait pris place à ses côtés, comme il le faisait toujours.
- Que veux-tu faire maintenant André? Fit-elle.
- Je ne sais pas... répondit le gamin.
- On pourrait faire la course jusqu'aux arbres là-bas! Proposa-t-elle.
- Ho... Je n'ai pas trop envie de courir aujourd'hui...
- Et si on allait nager?
- L'eau est encore beaucoup trop froide!
- Ha... Oui c'est embêtant ça... Aurais-tu peur du froid André?
- Moi peur? Pas du tout, mais ce ne serait pas prudent...
- Pourquoi?
- Parce que l'eau est trop froide, tu as envie de tomber malade?
- Non tu as raison, mon père serait fou de rage si je n'étais pas en état demain pour ma leçon d'escrime... Ha je sais on pourrait s'entraîner à l'épée alors?
- Tu t'es déjà entraîné ce matin Oscar...
- Justement je pourrais te montrer les nouvelles feintes que père m'a apprises!
- Tu pourrais aussi profiter de cet après-midi pour faire autre chose pour une fois...
- Que veux-tu dire?
- Je ne sais pas... Faire quelque chose pour ta mère au lieu de t'entraîner à devenir l'héritier des Jarjayes!
- De quel droit oses-tu!
La petite s'était relevée d'un bond, regardant son ami avec défi. André se leva également, soutenant son regard.
- Je ne m'entraîne pas à devenir l'héritier des Jarjayes, je suis l'héritier des Jarjayes.
- Mais oui si tu veux Oscar...
- Tu verras un jour je serai le meilleur soldat du roi et mon père sera fier de moi!
- Si tu en es aussi sûre alors nul besoin de passer tout ton temps libre à t'entraîner... Tu peux bien faire autre chose pour une fois que de jouer au vaillant petit soldat...
- Je ne joue pas!
- Justement Oscar, justement! Tu ne joues jamais, il faut toujours que tout soit une compétition avec toi pour que tu prouves que tu es la meilleure!
- Je t'ai déjà dit de ne pas parler de moi comme d'une fille.
- Mais tu es une fille Oscar!
- Je suis un garçon!
- Tu ne le seras jamais et c'est comme ça...
- De quel droit oses-tu! Mon père dit que je suis un garçon et c'est comme ça!
- Et ta mère elle?
- Ma mère... Quoi ma mère?
- Elle dit aussi que tu es un garçon peut-être?
- Elle... Ce... Elle... Père a dit que...
- Je ne te parle pas de ton père Oscar. Elle dit quoi de tout ça ta mère?
- Je... Je ne sais pas...
- Tu ne sais pas? Comment ça tu ne sais pas!?!
- Je ne le lui ai jamais demandé!
- Tu devrais... Elle s'inquiète pour toi...
- Qu'est-ce que tu en sais? Et puis d'abord qu'est-ce que ça peut faire!
- Qu'est-ce que sa peut faire? Oscar c'est ta mère... Ce qu'elle pense de cette mascarade est important!
- Je t'interdis de dire ça!
Ce criant, elle lui balança un coup de poing au visage. André accusa le coup, continuant de la fixer, surpris du geste, mais la rage au cœur malgré lui. Portant une main à son visage, il défia son regard.
- Ta mère s'inquiète pour toi et tu t'en fiches! Sais-tu seulement le mal que tu peux lui faire? Sais-tu combien elle t'aime au moins...
- Qu'est-ce que tu en sais d'abord... Si moi je ne lui parle presque pas alors ne me dis pas que tu passes tes journées à discuter avec elle!
- Tu... Tu ne passes jamais de temps avec elle...?
- Les garçons ne traînent pas dans les jupons de leur mère!
- Tu... Tu... Pas même aujourd'hui?
- Quoi pas même aujourd'hui? Que voudrais-tu que je fasse aujourd'hui avec ma mère? De la broderie?
- Tu... Tu es cruelle! Tu as la plus grande chance du monde et tu t'en fiches! Je ne te savais pas si égoïste!
Rageuse, la fillette lui envoya un autre coup de poing au visage, qui le fit tomber sur le sol.
- Je ne suis pas égoïste je suis un garçon!
André se releva et posa son regard dans le sien. La fillette figea malgré elle devant tant de colère... Mais surtout devant le voile translucide qui embrumait les prunelles émeraude de son ami.
- Sache que les garçons aussi ont le droit d'aimer leur mère et si tu ne profites pas de la chance que tu as c'est que tu es une égoïste voilà tout! Ou alors c'est que les nobles sont méchants tout simplement! Mais dans les deux cas tu es méchante de ne pas lui dire que tu l'aimes au moins la seule journée de l'année consacré à elle! Même ton père a plus de cœur que toi puisqu'il lui organise une soirée! Tu es cruelle!
Sur ces mots, le gamin partit en courant, laissant son amie figée. La fillette blonde le regarda s'enfuir, sans arriver à bouger, les pieds comme collé au sol par la surprise. Dans son cœur brûlait une profonde colère. De quel droit André osait-il la traiter d'égoïste? Et la traiter de fille alors qu'elle s'efforçait d'être un garçon? Elle ne comprit pas, du haut de ses 6 ans, les paroles de son ami. Tout ce qu'elle voulait, c'était s'amuser avec lui... Elle avait bien peu de moment libre pour s'évader, alors elle n'avait pas envie de se disputer avec son seul ami... Mais les paroles qu'il avait prononcées l'avaient énervé. Mais alors qu'elle bouillait de rage, pourquoi n'arrivait-elle pas à bouger pour lui courir après et le corriger de son affront? Elle avait envie de le frapper, de lui faire ravaler ses paroles... Mais elle n'arrivait pas à bouger... Elle revoyait encore le regard emplis de colère de son ami... Ses émeraudes normalement si calmes avaient semblé lui lancer des couteaux sous leur voile translucide... Ce regard acéré, plein de douleur et de peine... Il le lui avait lancé une seule fois au par avant depuis son arrivé... C'était le soir de Noël... Elle avait alors tenté de savoir ce qui lui faisais aussi mal, mais il s'était emmuré dans un silence profond, lui implorant de le laisser tranquille... Pourquoi lui servait-il encore ce regard ce jour-là? Elle ne savait pas... Mais elle sentait que son ami souffrait... Comme au soir de Noël... Et malgré sa colère, elle voulait savoir ce qui lui faisait si mal. Elle se mise finalement à marcher vers le domaine, se demandant qu'elle attitude adopter... Bien qu'elle savait que si elle lui criait dessus il ne ferait que se refermer encore plus... Et au fin fond de sa jeune âme, elle voulait savoir pourquoi son ami était si en colère contre elle...
Lorsqu'elle arriva à Jarjayes, elle se demanda où elle pourrait bien le trouver. Elle se dirigea instinctivement vers les cuisines, songeant soudainement qu'il était peut-être aller trouver grand-mère. Lorsqu'elle entra dans la pièce, elle remarqua le personnel afféré à préparer le repas du soir. Elle se souvint alors vaguement que son père lui avait dit qu'ils auraient des invités ce soir-là... Elle scruta toute la pièce, mais ne trouva pas André, cependant elle reconnue grand-mère qui semblait aboyer des ordres. Elle s'approcha alors, prenant garde de ne pas heurter quelqu'un. Lorsque la gouvernante l'aperçue, elle paru surprise.
- Mais qu'est-ce que tu fais ici ma petite Oscar, tu ne devrais pas te trouver là!
- Je veux juste savoir si tu as vu André...
- André? Comment sa si je l'ai vu je lui avais demandé de t'emmener en dehors des mûrs du château où est-il passé ce garnement? Attends que je l'attrape! Comment cela se fait-il que tu le cherches?
Oscar comprit alors que son ami serait réprimandé si elle ne trouvait pas quelque chose.
- Hee... Grand-mère je ne savais pas que tu ne voulais pas me voir à l'intérieur... Je cherche André parce que.... On jouait à cache-cache et ça fait longtemps que je le cherche! Je... J'ai cru qu'il serait peut-être ici mais... Si tu dis que tu lui avais demandé de rester dehors avec moi c'est qu'il doit être ailleurs sur nos terres!
- Oscar ne me mens pas pour le protéger ce garnement je...
- Grand-mère je t'assure que c'est juste parce que je ne le trouve pas... Il a dû trouver une très bonne cachette! Désolée de t'avoir dérangé je ressors...
- Ho ma petite Oscar ce n'est pas que tu me déranges... C'est juste que j'ai beaucoup à faire avec le banquet de ce soir...
- C'est quoi ce banquet encore au fait?
- Comment ça c'est quoi encore... Mais ma petite Oscar... Ton père a invité tes sœurs aînées et leurs deux familles en plus de toi et tes autres soeurs pour le repas comme chaque année, pour souligner la fête des mères!
- La fêtes des... Hooooo!!!
- Tu avais oublié?
La petite baissa la tête, soudainement honteuse. Elle venait d'effectuer quelques liens entre la douleur d'André et ses propres paroles. Grand-mère remarqua le changement d'attitude de sa protégée, mais elle pensait seulement qu'elle était déçue d'avoir oublié que c'était la fête des mères.
- Tu avais oubliée ma petite Oscar? Demanda-t-elle à nouveau.
- Oui... Je... Je suis égoïste! Fit la fillette des larmes dans les yeux.
- Mais non ma chérie... Juste trop occupé à essayer de plaire à ton père...
- ...
La petite ne répondit pas. Elle fixa simplement sa gouvernante, avec des yeux trop sérieux pour son très jeune âge, mais ses lèvres tremblantes trahissaient ses 6 ans. Cependant, de par son éducation rigide, elle ravala ses larmes.
- Je vais retourner chercher André... fit-elle en tournant les talons.
- Ma petite Oscar attends...
Mais trop tard, la fillette s'était déjà enfuie entre les soubrettes et les cuisinières. Elle ressortit du château pour partir à la recherche de son ami; elle venait de comprendre sa peine... Et un peu de ses paroles... Elle devait le trouver. Lorsqu'elle arriva dans la cour, elle fit quelques tours sur elle-même, en cherchant où son ami aurait bien pu se réfugier, lorsque son regard fut attiré vers un des balcons à l'étage supérieur. Elle leva les yeux et fixa le visage de sa mère, qui la regardait avec un léger sourire du balcon de ses appartements, les cheveux au vent, une main au niveau du cœur. La fillette n'avait jamais porté attention à ce balcon, elle fut surprise d'y voir sa mère qui la regardait. Elle se demanda si elle le faisait souvent... Mais... Une vague de joie lui traversa le cœur, et dans une manie enfantine qu'elle ne se permettait jamais, elle lui sourit et lui envoya la main. La comtesse répondit à son geste avec un sourire, bien que surprise. Elles partageaient si peu de moment ensemble... Oscar avait toujours pensé que c'était parce que sa mère ne l'aimait pas tant que ça... Mais en la voyant la surveiller de son balcon et avec les paroles d'André, elle venait de comprendre qu'elle avait tors et qu'elle ignorait bien des choses. Une image lui vint soudainement à l'esprit... Elle sourit encore plus à sa mère, puis s'enfuit en courant vers les écuries. Elle savait qu'André avait l'habitude de s'y enfermer. Elle avança prudemment entre les stalles jusqu'à arriver à la dernière, où elle remarqua une masse brune foncé qui ne devrait pas y être en temps normal. Elle avança doucement entre les balles de foin, jusqu'à ce qu'André redresse la tête, lui servant ce même regard froid et emplis de douleur, qui la fit stopper quelques secondes.
- Qu'est-ce que tu veux? Fit André colérique.
- Je... Je...
- Si tu n'as rien à dire laisse-moi tranquille!
- Non je ne partirai pas!
- Pourquoi puisque je ne veux pas te voir!
- Parce que... Parce que... Tu as raison je suis égoïste! J'avais oublié quel jour nous sommes... Je ne pensais qu'à m'amuser... Avec toi... Mais... Mais... Mais tu as de la peine...
- Même pas vrai!
- Si c'est vrai... Pourquoi tu ne veux pas me le dire!
- Parce que c'est pas vrai je suis juste fâché!
- Parce qu'elle n'est plus là...?
- Quoi?
- Tu es fâché parce qu'elle n'est plus là, c'est ça...?
André la fixait alors que l'eau lui montait aux yeux. Oscar vit bien qu'il se mordait les lèvres pour retenir ses larmes, devenant même incapable de lui répondre. Oscar pencha la tête sur le côté en signe d'incompréhension, car malgré elle, elle se dirigeait sur un chemin qu'elle ne connaissait pas.
- Pourquoi tu n'en parles jamais André? Demanda-t-elle.
- Parce que... Je ne veux pas en parler.
- Mais pourquoi?
- As-tu fini avec tout tes pourquoi!?!
- Non! C'est toi tout à l'heure qui m'a dit que les garçons avaient aussi le droit d'aimer leur mère...
- Ça n'a pas rapport avec...
- Si... Tu as le droit de l'aimer... Et d'être fâché qu'elle ne soit plus là... Et d'avoir de la peine...
- Je...
- Parle-moi André... Tu n'as pas voulu me parler à Noël... Et je n'avais pas compris... Maintenant si... Alors parle-moi...
- Te parler de quoi Oscar? Du fait que je suis en colère parce qu'on me l'a enlevé? Du fait que je ne comprends pas pourquoi tu ne profites pas de la présence de ta propre mère? Du fait que je t'en veux de ne pas faire plus attention à elle parce que c'est quand elle meurt et qu'il est trop tard qu'on comprend combien une maman c'est important? Tu veux que je te parle du mal que sa me fais de te voir te ficher de ta mère alors qu'elle est toujours là pour toi! Que... Que... Ma mère me manque... Je...
Le gamin cessa de parler, incapable d'en dire plus... Voila... Ces paroles qu'il retenait depuis ce jour-là... Il les avait enfin dit, il s'en était enfin libéré... Des larmes inondaient ses joues... Une brèche venait de s'ouvrir dans l'iceberg de son cœur. Il posa sa tête entre ses bras sur ses genoux. Oscar eu mal lorsqu'elle vit son ami ainsi; c'était la première fois qu'elle le voyait pleurer. Une étrange lutte se menait dans son esprit; d'un côté les enseignements de son père qui soutenait que les garçons ne pleuraient pas, de l'autre son envie de consoler son ami parce qu'elle comprenait maintenant mieux ses tourments. Hésitante, elle s'approcha finalement et s'assit près de lui, passant ses bras frêles autour de lui. Il se débattit quelque peu, maugréant des « lâche-moi!» mais elle tenu bon et resserra son étreinte qu'elle voulait réconfortable.
- Non je ne te lâcherai pas... Pas cette fois... Je... Je peux comprendre André... Tu peux tout me dire...
- Non tu... Ne peux pas... Comprendre...
- Je suis sûre que oui...
- Tu ne peux pas parce que tu n'aimes pas ta mère comme j'aimais la mienne!
Oscar accusa le choc de sa phrase, qui lui déchira le cœur comme une lame acérée. L'eau lui piqua soudainement les yeux, ses lèvres tremblaient. Elle lâcha son étreinte et se releva. Elle recula de quelques pas, interdite. André releva la tête et la regarda. Lorsqu'il vit son visage, il comprit qu'il lui avait fait du mal, il avait parlé sous le coup de la colère.
- Tu... Tu... Pourquoi dis-tu sa... fit Oscar d'une petite voix. Je... J'aime ma mère d'accord je... Je l'aime!
Des larmes roulèrent sur ses joues. André se releva à son tour.
- Je sais Oscar pardonne-moi ce n'est pas ce que j'ai voulu dire je...
- Je sais que tu as de la peine mais... Cela ne te donne pas le droit d'être aussi méchant avec moi... Alors que je veux juste t'aider... Tu ne sais pas... J'aime ma mère... Mais je n'ai pas le droit de... De le lui montrer... Les garçons ne font pas effusions de leurs sentiments!
- Encore un enseignement absurde de ton père je suppose?
- Ce n'est pas absurde!
- Oscar... Je... Les garçons aussi ont le droit d'aimer leur mère... Et de le lui montrer... Les nobles sont des gens curieux...
- Je... Que veux-tu dire?
- Je regarde comment ton père t'éduque, c'est si différent de l'éducation que j'ai reçu... Tu sais j'avais le droit de serrer ma mère dans mes bras et je le faisais souvent... Je l'aimais... Je ne comprends pas pourquoi toi tu ne peux pas... Enfin pourquoi les garçons nobles ne peuvent pas...
La petite haussa les épaules en signes d'incompréhension.
- C'est comme ça j'imagine... Mais André... J'aime ma mère... Mais j'ai de la peine pour toi parce que je comprends qu'elle te manque... Je te donnerais la mienne si je pouvais comme sa elle serait aimé comme il se doit! Moi je ne sais pas aimer une mère...
- Ne dit pas de bêtise Oscar... Tu sais... Une mère reste une mère... Et quoi qu'il arrive cela ne changera jamais... Et elle n'aimera jamais que toi, sa fille...
- Je suis un...
- Peu importe Oscar, peu importe... Elle t'aime et tu l'aimes... Vous vous aimez comme vous le pouvez... Mais pourquoi ne le lui ferais-tu pas savoir au moins dans le dos de ton père?
- Dans son dos mais...
- Ce qu'on ne sait pas ne fait pas mal, et puis il n'y a rien de mal!
- Mais... Qu'est-ce que je devrais faire? Fit la petite en tournant sa tête sur le côté.
- Je ne sais pas... Tu sais Oscar... Je réalise... Je me suis trompé sur toi... Tu as la chance d'avoir tes deux parents près de toi c'est vrai, mais je réalise qu'au fond c'est comme s'ils étaient très loin de toi... Comme s'il y avait des kilomètres entre vous... C'est sûrement vrai que tu peux comprendre... Dire que je te jalousais...
- Tu étais jaloux?
- Oui... Mais c'est idiot je comprends maintenant... Allez viens... Séchons ces vilaines larmes et allons chercher ce que tu pourrais offrir à ta mère avant ce soir tu veux bien?
- Seulement si tu m'aides et que tu n'es plus en colère contre moi...
- Ce n'est pas contre toi que j'étais fâché Oscar... Mais laissons ça viens!
Se disant, il lui offrit sa main, qu'elle prit dans un sourire, puis ils sortirent de l'écurie en courant...
Le temps venu de rentrer, car Oscar devait se préparer pour le banquet. Seulement, en montant à sa chambre, elle s'arrêta devant la porte de la chambre de sa mère et frappa. Après avoir entendu le ‘'entrez'', elle ouvrit la porte et la referma. Elle trouva sa mère dans son anti-chambre, assise sur un fauteuil, une broderie sur les genoux qu'elle laissa à côté d'elle lorsqu'elle vit sa cadette. La comtesse se leva. Elle la regarda avec un regard surpris et interrogateur, sa plus jeune n'avait pas l'habitude de venir dans ses appartements. Elle détailla son air timide et sa main derrière son dos.
- Oscar, fit finalement Louise, que me vaut cette visite... Mais... Vous n'êtes pas encore prête pour le repas...
- Je sais mère, mais... Je voulais...
La petite s'approcha. Pour la première fois, Louise de Jarjayes remarqua ses manières enfantines maladroites, qui l'attendrirent. Oscar s'arrêta devant sa mère.
- Je voulais... Je... Bonne fête des mères! Fit-elle finalement en ramenant sa main devant elle, découvrant un simple bouquet de fleurs blanches.
Surprise, la comtesse sourit et posa une main sur son cœur. Elle se pencha pour être à la hauteur de sa plus jeune et prit délicatement le bouquet, comme si cela avait été le plus précieux cadeau du monde.
- Elles sont magnifiques Oscar! Quelle délicate attention! Fit-elle.
- C'est vrai vous les aimez mère?
- Si je les aime... Oui...
Toute heureuse, la petite ouvrit les bras et se serra contre sa mère. Émue, la comtesse la cueillit contre elle, la serrant pour la première fois depuis qu'elle savait marcher, contre son cœur. Oscar enfouit son visage dans le cou de sa mère et murmura.
- Vous savez mère... Je vous aime de tout mon cœur! Fit-elle.
- Moi aussi ma petite... Moi aussi! Répondit Louise, émue.
- Mais promettez de ne pas parler de mon manque de tenue à père...
- Comptez sur moi! Fit la comtesse en riant légèrement.
La petite desserra son étreinte et regarda sa mère avec un sourire joyeux, terriblement enfantin, qui fit bondir son cœur de mère de joie. La comtesse glissa son doigt affectueusement sur la joue de sa cadette, qui sourit encore plus. Puis elle s'approcha et déposa un rapide baiser sur la joue de sa mère.
- Veuillez m'excusez je dois aller me préparer! Je vous revois au repas mère!
Puis elle quitta la chambre aussi vite qu'elle était venue. Louise de Jarjayes avait posé une main sur sa joue, toute chamboulée de cette première effusion d'enfance et d'amour que venait de lui offrir sa fille, faisant rétrécir le faussé qui semblait s'être creusée entre elles depuis que le général avait décidé de l'élevé comme un garçon.
Au même moment, un gamin de sept ans entrait dans les cuisines; il devait aider au service, mais avant... Il trouva sa grand-mère affairée à aboyer des ordres aux soubrettes et aux cuisinières. André approcha et elle le vit.
- André mais où étais-tu passé? Tu as une tâche à accomplir et tu dois m'aider et... Ho...
- Bonne fête des mères, grand-mère! Fit le gamin en lui montrant un bouquet de fleur.
- Mais... Mais André...
- Je n'aurai toujours qu'une seule maman... Mais... Toi aussi tu es une mère pour moi grand-mère... Et je t'aime... Alors bonne fête des mères.
La gouvernante, émue, prit le bouquet et serra son petit fils contre son cœur devant les regards attendrit du personnel présent.
- Petit garnement toi alors... Je t'aime aussi André...
- J'ai compris aujourd'hui que papa ne pourra plus te le souhaiter, et que je ne pourrai plus le souhaité à ma mère non plus alors... Je prends un peu la place de papa pour te dire que je t'aime comme tu prends un peu la place de maman dans ma vie...
- Ho André...
- N'ajoute rien grand-mère... J'y vais il y a des plats qui m'attendent moi!
Le jeune garçon se dégagea de l'étreinte de son aïeule et s'enfuit prendre son poste au service, laissant la gouvernante chamboulée, mais heureuse. André affichait un sourire heureux malgré tout, une fleur venait de pousser sous l'iceberg qui avait commencé à fondre dans son cœur. C'est ainsi qu'Oscar et André avait appris une leçon qu'ils n'oublièrent jamais; une mère nous n'en avons qu'une et elle restera toujours dans notre cœur quoi qu'il arrive, mais lorsque la vie s'en mêle, il est des personnes que l'on peut considérer comme une mère et apprécier tout autant. C'est pourquoi depuis ce jour-là, à chaque année pour la fête des mères, Louise de Jarjayes et grand-mère recevaient des fleurs d'Oscar et André...
FIN