Il n'y a plus de lettre. de la main d'Oscar... c'était la dernière^^ Cependant, la fic n'est pas encore terminée... Bonne lecture^^
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Chapitre 32
Hortense s’adossa contre le montant du lit, les yeux perdus dans la contemplation des traces des pensées secrètes de sa sœur. Le moment de la décision approchait à grand pas, si rapidement qu’elle avait le sentiment que le temps avait passé une corde autour de son cou qui se resserrait toujours un peu plus à chaque minute écoulée. Le pardon d’Oscar combattait sa propre rancœur en un duel qui ne semblait ne pas vouloir finir : lorsque l’un gagnait du terrain, l’autre rattrapait immédiatement son retard par une passe d’arme inattendue. Cependant, elle était étranglée d’obligations : si elle ne supprimait pas ‘’24’’, sa vie, celle de Loulou et celle d’Angeline étaient menacées. Elle savait que l’on ne tolèrerait pas une autre désobéissance de sa part.
Elle se saisit de la dernière lettre d’Oscar, passant lentement ses doigts sur les lignes qui dataient de peu. Emue. Elle rechercha la partition écrite par la jeune femme il y a bien des années, lorsqu’elle craignait d’abandonner celui que son cœur avait choisi dans l’ignorance de sa raison. Elle l’interpréta en songeant à la vie d’Oscar, et à sa complicité avec André, son autre :
Elle reprit en main la dernière missive de sa sœur, la contempla à nouveau, longuement, malgré la corde qu’elle sentait se resserrer peu à peu autour de sa gorge.
Soudain, elle sut.
Elle revêtit les habits de Rose Vengeresse, glissa dans sa manche la dague marquée de son sceau dans la faction (une rose pourpre d’où coulait le sang), et elle se dirigea vers le bureau de son père, avec détermination. Elle savait que rien ne la ferait flancher.
Elle y pénétra à nouveau, sans frapper, comme à son habitude. L’esprit torturé de son père la reconnut et comprit la véritable raison de sa présence à Jarjayes. Il décida de faire face, sans ciller, la défiant calmement du regard. Ils s’observèrent quelques minutes qui semblèrent durer une éternité, le temps s’était suspendu. Hortense le força à reprendre son cours en s’asseyant face à son père.
C’est d’un ton très calme et parfaitement neutre qu’elle dit : «Vous souhaitiez savoir si Oscar avait été heureuse. Je me suis engagée à vous donner une réponse. Je m’en viens donc vous l’apporter, car je tiens toujours mes engagements. J’y mets un point d’honneur. Je vous dirais que la vie d’Oscar a été à la fois vide et très remplie. Vide parce qu’elle s’est longtemps vue comme un être hybride qui finirait par devenir un astre de solitude. Vide parce qu’à la vérité de son coeur, elle a longtemps préféré un aveuglement, dont je ne sais déterminer avec certitude s’il était volontaire ou non ou du moins à quel degré il l’était. Vide parce que pour la plupart des gens elle demeurait une énigme. Enigme à laquelle on vouait une grande admiration, mais une énigme tout de même. Ceci dit, sa vie a également été remplie d’interrogations, de réflexions, de lucidité, de courage, de bonté, de rencontres, de sorte que beaucoup de femmes, et sans doute bon nombre d'hommes, pourraient la lui envier. Je doute qu’Oscar ait été heureuse tout au long de sa vie, toutefois je sais que sa vie a été intense, même lors de ses moments les plus tourmentés de souffrance. Et, dans les derniers moments de son existence, elle a pleinement connu la félicité, car elle avait décidé librement de ses actes. Je pourrais arrêter là ma réponse, car je me suis acquittée de mon devoir. Cependant, je vais répondre à l’autre question que vous vous posez : Oscar vous tenait-elle rigueur de votre récent comportement envers elle ? Non. Elle considérait que votre vie était dirigée par des principes éculés que l’on vous avait inculqués à toute force, comme vous avez tenté de le faire avec elle. Pour elle, ils vous tenaient lieu de pensée. Pour ma part, j’ajouterais qu’ils vous tiennent lieu de cœur».
Le général se raidit pour amortir la gifle verbale que venait de lui infliger Hortense. Puis, il se dit qu’elle avait décidé d’aller au bout de sa mission. Ne lui avait-elle pas affirmé dès le début de l’entretien qu’elle mettait un point d’honneur à tenir ses engagements ? Il se tenait prêt à combattre cette fleur de vengeance. Ses yeux se firent plus durs, plus…
Hortense ne lui laissa pas le temps d’affermir davantage sa volonté et de rassembler son courage. Elle éclata de rire. Un rire cynique et froid. «Le rire du diable» pensa son père. Elle se leva brusquement. Il fit de même, ouvrant en même temps le tiroir où il dissimulait un pistolet. Hortense avait aperçu son mouvement du bras et son rire redoubla.
C’est donc accompagnée d’éclats de rire glacial qu’elle eut un geste qu’il n’avait pas prévu. Elle s’inclina, dans une révérence proprement masculine, et avança son bras droit au dessus du bureau, faisant glisser sa dague le long de son bras. Elle se releva, et avec une grâce féline qui ne laissait rien au hasard, fit volontairement choir sa dague sur le meuble qui les séparait. Alors qu’elle lut la surprise puis l’incompréhension passer sur le visage de son père, elle fit à nouveau glisser sur lui son regard d’indifférence, avant de dire : «A nouveau, vous pouvez remercier Oscar, car, encore une fois, elle m’oblige à vous épargner. Pour ma part, vous n’êtes que ‘’24’’. Depuis un certain matin, je vous considère comme indigne de vous octroyer le titre de ‘’père’’ en ce qui me concerne. Adieu monsieur. J’ose espérer que vous saurez faire bonne usage de cette nouvelle chance que la vie vous donne. Cependant, je gage qu’il n’en sera rien. Vous demeurerez tel que vous avez toujours été, pétri de convictions iniques. Vous pensez aimer, mais vous ignorer le véritable sens de ce mot.
G : Comment osez-vous, Hortense ?! Vous qui avez tant de sang de braves sur les mains ! Comment pourriez-vous avoir réellement éprouvé l’étendue de la signification de ce mot ?
H : Pourtant, c’est le cas, que vous vouliez le croire ou non. Je connais l’amour parce que je connais la haine. Ne vous y trompez pas, ces deux mots ne sont en aucun cas des antinomiques. C’est l’indifférence qui est l’opposé de l’amour, car elle ne laisse plus place à aucun sentiment humain. Et je dois avouer que dans ce domaine, vous excellez. Bien, brisons là. J’ai à faire.
G : N’accepteriez-vous pas ma main si je vous la tendais, maintenant ? En mémoire de votre sœur à laquelle vous semblez, à ma grande surprise, attachée.
H : La formule de politesse adéquate voudrais que je vous dise ‘’je suis désolée, mais…’’. Cependant, elle ne passera pas mes lèvres, car je ne le suis en aucun cas. Vous m’avez livrée comme une pouliche, puis vous vous êtes fait sourd à mes suppliques, comme vous avez perdu l’ouïe lorsqu’il s’agissait d’entendre Oscar dont vous osez utiliser la mémoire pour tenter une vaine réconciliation avec moi. J’ai omis un détail. Malgré toute sa lucidité, Oscar s’est longtemps résolue à courber l’échine parce qu’elle savait que vous seriez sourd à ses arguments. Or, elle vous aimait et aurait marché sur l’eau pour vous plaire. Je ne suis pas ma sœur. Je vous laisse la vie sauve parce que je sais qu’elle vous aimait. Et, même si une morte ne peut plus éprouver de peine, je ne voudrais pas lui causer une souffrance posthume.
G : Bien. Dans ce cas, nous n’avons pas lieu de prolonger cet entretien plus longtemps.
H : Je me contenterai d’ajouter une simple recommandation. Si ce qu’aurait voulu Oscar vous importe réellement, faites la enterrer aux côtés d’André. Ils s’aimaient. Et, avec la seule bénédiction de l’amour, ils étaient devenus mari et femme. A présent, je peux me retirer. Je n’assisterai pas aux funérailles d’Oscar, car je dois à présent songer à sauver ma vie et celles des gens que j’aime. Soyez sans crainte, sous peu, je m’arrangerai pour vous faire partir à l’étranger. La France devient par trop dangereuse pour les nobles.
G : Jamais je n’accepterais de quitter ma patrie. Je demeurerais droit et fidèle à la monarchie de droit divin, même si elle était un navire en train de sombrer.
H : Elle l’est…
G : Dans ce cas, je serais semblable à ces capitaines qui coulent avec leur vaisseau.
H : Si vous souhaitez périr, à votre guise. Toutefois, vous n’avez pas le droit de condamner à mort l’ensemble de votre famille. Soit, je vous laisserai en France. Et ainsi, je serai certaine d’avoir finalement accompli ma mission, mais je ferai partir Mère, et mes sœurs, ne vous en déplaise. Il est trop aisé de s’affliger lorsque votre enfant meurt, alors que vous ne vous êtes jamais soucié de lui durant votre vie. Laissez-leur une chance, comme je vous en laisse une, même à contre cœur.
G : Soit. Je crois cet entretien clos, Mme de la Rolancy.
H : Adieu, Général».
Hortense partit trouver sa mère. Elle fut brève : «Mère, je m’en viens répondre à une de vos interrogations secrètes concernant Oscar. Oui, elle a aimé et a été passionnément aimée par un homme que, dans son cœur, elle considérait comme son époux. Ils seront enterrés ensemble. Il s’agissait de son compagnon de toujours, André».
La comtesse ne dit mot. Cependant, elle fit planter sur leurs tombes deux rosiers rouges, dont les branches et les fleurs se sont entremêlées avec le temps, comme s’ils se tenaient encore par la main, cheminant ensemble sur la route de l’éternité.
A Suivre…
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PS : L’amv a été réalisé par Lona . Je la remercie de ce cadeau inattendu fait lorsque j’ai écrit le chapitre où Oscar craint de périr lors du duel. Il était dommage de ne pas l’utiliser. J’ai pensé que l’inclure dans l’un des chapitres de fin serait plus judicieux. D’où cette attente^^
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