Ma chère poupée (FIN)

WARNING. Certains passages peuvent être considérés comme violents pour les plus jeunes. WARNING

 

 

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Chapitre 33

 

Lors de son départ, Hortense avait emporté Rose, les lettres d’Oscar et quelques vêtements masculins appartenant à cette dernière : ils lui permettraient de se cacher aux yeux des gens, car il lui était impossible de circuler en portant ses propres habits qu’ils soient masculins ou féminins. Au dessus de sa tête pesait non pas une épée de Damoclès mais le poignard de St Just.

 

Elle avait utilisé les vêtements de Rose Vengeresse en deux occasions. Lors de la première, elle avait provoqué une confrontation avec son assassin en puissance. Lorsqu’elle l'avait vu sortir une arme, ses lèvres s’étaient étirées en un sourire acide. Afin d’éviter qu’il ne s’en serve, elle était allée droit au but. Elle lui avait expliqué que ‘’24’’ était un mort en sursis. Elle avait menti sans ciller en affirmant qu’il prenait une potion fortifiante à base de strychnine. Elle avait expliqué qu'elle y avait ajouté du bromure, de sorte que le précipité de strychnine s’était concentré au fond du flacon. Ainsi, la dernière dose ne pouvait être que fatale*.

Elle avait argué qu’elle avait choisi d’agir de cette façon détournée, car en tuant selon ses habitudes, son identité aurait pu être facilement découverte.

St Just avait esquissé un sourire cruel en commentant le procédé de son agent : «Quel beau cadeau vous lui avez laissé en partant. Je ne vous savais pas chimiste. Décidément, vous m’étonnerez toujours. Il faudra songer à mieux exploiter vos talents. Bien, je vous contacterai pour votre prochaine mission».

 

 

Hortense avait revêtu la tenue de Rose Vengeresse en une autre occasion. Dans une auberge située dans une campagne reculée où la nouvelle des troubles qui agitaient Paris n’était pas parvenue, elle avait aperçu une servante qui lui ressemblait. Elle l’avait attirée à l’extérieur, s’était présenté sous l’identité de son mari et lui avait donné rendez-vous dans la demeure où résidait son époux, non sans omettre de lui fournir la somme nécessaire pour s’y rendre. La fille avait accepté, car le gentilhomme ne la laissait pas indifférente.

 

Hortense l’avait devancée. Pour ses retrouvailles avec son époux, elle avait repris sa tenue féminine. Lorsqu’elle l’avait aperçu, elle lui avait décoché un sourire radieux. Trop heureux que son épouse semble si contente de le retrouver, il s'était surpris à penser qu’avec le temps, elle avait probablement appris à l’aimer. Elle avait demandé à rester tête-à-tête avec lui, de sorte qu’ils avaient donné quelques jours de congé aux domestiques.

Lorsqu’ils s'étaient retrouvés seuls, elle avait revêtu son ancienne robe de mariée. La voyant ainsi parée, il lui avait demandé ce que signifiait cette tenue. Elle avait répondu qu’elle souhaitait revivre leur nuit de noces. Tout en parlant d’une voix sensuelle qui avait endormi l’esprit du comte pour mieux éveiller ses sens, elle s’était approchée langoureusement de lui, faisant glisser sa dague le long de son bras. Alors qu’il s’apprêtait à l’embrasser, elle la lui avait plantée en plein cœur.

Il n'avait pas semblé ressentir la douleur immédiatement, tant ses yeux exprimaient la surprise. Puis, la souffrance avait enfin fait son entrée dans son corps. Hortense l'avait regardé mourir avec un plaisir non dissimulé, regrettant que la rapidité du trépas. Elle avait mis un point d’honneur à ce qu’il lise sur son visage le bonheur qu'elle éprouvait de le voir ainsi rendre gorge. Il avait tendu la main vers elle, dans un geste de désespoir, tentant vainement d'obtenir de l'aide, murmurant : "Secourez-moi, je vous en prie, je rends l'âme". Hortense avait souri, ironisant d'un ton badin : "Certes mon ami, reste à savoir à qui....".

Puis, elle avait dissimulé le corps et le tapis maculé de sang. Elle s'était changée à nouveau afin d'attendre celle qui lui ressemblait.

 

Lorsque cette dernière était arrivée, Hortense l'avait mise à l’aise de façon à endormir sa vigilance, en lui disant qu’elle souhaitait l’engager comme dame de compagnie, car elle lui rappelait sa défunte épouse. Elle avait feint d’être affectée d’un profond chagrin. La fille avait compatit. Hortense lui avait alors demandé comme dans une prière de revêtir ses propres vêtements féminins. Peu habituée à ce qu’on formule des demandes de façon aussi douce et poignante, elle s’était empressée d’obéir.

Lorsque la servante était apparue parée des habits qu’elle revêtait souvent en tant que comtesse de la Rolancy, Hortense lui avait demandé la permission de la presser sur son cœur, expliquant que cette étreinte s’adressait à sa sœur. Au comble du bonheur, elle avait accepté. Lorsqu’Hortense avait été suffisamment proche, elle lui avait planté sa dague en plein cœur. Puis, après avoir vérifié à l’aide d’un miroir que la fille ne respirait plus, elle avait allongé son corps à côté de celui de son époux, sur le tapis qui avait vu son trépas. Elle avait saccagé la maison de façon à laisser penser qu’ils avaient été attaqués et tués par des bandits. C’est ce que conclurent la maréchaussée et la faction à laquelle Rose Vengeresse appartenait.

 

Certaine qu'aux yeux de tous, la comtesse de la Rolancy était morte, Hortense était alors allée rejoindre Angeline et Loulou. Elle les avait fait partir pour l’étranger, aux Amériques. Avant leur départ, Hortense avait confié les lettres d’Oscar à Angeline en lui expliquant qu’elle ne pouvait se permettre de les conserver, car elles étaient susceptibles de dévoiler si ce n’est son identité du moins sa proximité avec Oscar de Jarjayes. Or, elle avait décidé de se forger une nouvelle identité, et, par ce biais de rédimer les souffrances dont son passé était le sinistre écrin.

 

Angeline n'avait pu résister à l’envie de lire les pensées d’Oscar, prenant plaisir à la retrouver après tant d’années. A la fin de cette lecture, une idée avait germé : faire publier ces lettres sous le titre de « Ma Chère Poupée … Une femme soldat à l’aube de la révolution française », tout en caviardant les noms rendant la personne trop identifiable. Le livre avait été un franc succès. Son auteure était une certaine Angie Scott. Le succès avait également été au rendez-vous en Europe, mais en rendez-vous clandestins : il avait circulé sous le manteau, y compris en France.

Au fil du temps, il avait été relégué à l’Enfer des bibliothèques. Il avait patienté des années avant qu’une certaine R. Ikéda, emportée par une passion soudaine pour Marie-Antoinette, décide de lui consacrer un manga. Pour ce faire, la jeune mangaka s'était documenté. Et, un jour, elle avait découvert le livre qui lui avait permis de donner le coup d’envoi de sa création : « Ma Chère Poupée…».

Depuis longtemps, elle cherchait un personnage hors du commun pour vivre aux côtés de Marie-Antoinette. Elle l'avait trouvé…. Elle avait appelé le manga « Versailles No Bara ». Il a été traduit dans de nombreuses langues, et adapté en dessin animé, de sorte qu’en France, «Ma Chère Poupée… » était revenu sous le titre de « La Rose de Versailles » pour le manga, et de « Lady Oscar » pour l’animé**

 

Quant à Hortense, la lecture des lettres de sa sœur lui avait fait réaliser qu’en tant que Rose Vengeresse elle tenait un second rôle et exécutait toujours les ordres des hommes. Elle voulait être respectée et écoutée. Elle avait alors pris une identité masculine : Oscar Ronceraie. Elle s'était faite remarquer par Bernard Châtelet. A nouveau, elle avait rejoint les rangs des révolutionnaires pour finalement devenir député.

Elle avait fait revenir Angeline et Loulou. Oscar Ronceraie avait épousé la sulfureuse américaine Angie Scott… qui avait une fille répondant au prénom de Lou... Personne ne s'était douté de la supercherie, car, le tumulte de la Révolution avait fait sombrer Rose Vengeresse et Rose Nuit dans l'oubli...

 

 

A la mort d'Hortense, trente ans plus tard, Loulou découvrit Rose accompagnée d’un paquet de lettres commençant toute par «Ma Chère sœur» et se terminant par «Ton autre Oscar». Pendant trente ans, Hortense s'était confiée à Oscar par l'intermédiaire de Rose. Surprise et curieuse de mieux connaitre sa mère, Loulou commença à lire….

 

 

FIN

 

 

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*J’emprunte cette idée à Agatha Christie dans « La Mystérieuse Affaire de Styles ».

** Comme vous l’avez tous compris, je suis en train de broder : un tel livre n’a jamais existé xD

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Commentaires (3)

1. 01/11/2010

Merci beaucoup ! Contente que la fic vous ait plu, y compris sur la fin ;)

"Ma chère poupée...", oui, concernant Oscar, ça peut surprendre,mais quand j'ai écrit ce texte à peu près au moment où j'ai découvert "Très Cher Frère...", ce manga/animé où Rei a certaines similitudes avec Oscar. Alors de "ma chérie la poupée" à "ma chère poupée", il n'y avait qu'un pas que j'ai franchi allègrement

2. 29/10/2010

Très franchement j'avoue avoir été sceptique au début avec le titre...J'avais tort!!Bravo,poignant,prenant(même si j'ai pas trop eu l'occas'de repasser ici récemment...Jusqu'à hier en tout cas!).Encore bravo,du style et du talent!!

3. 27/10/2010

Bravo!!!!Ce récit est super!!!<3
je ne m'attendais pas à cette fin,c'est vraiment un chef d'oeuvre!!!<3
Merci pour cette merveilleuse histoire!!!<3

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