Chap.107 à 109

Chap 107 : Une danse à quatre cœurs



André entra dans la grande salle accompagné sa sœur. Il ne désespérait pas qu’elle s’éprenne enfin de quelqu’un. Il n’était là que pour jouer les discrets chaperons, Jean-Baptiste souffrant depuis quelques jours d’un mal étrange. Les yeux gourmands des femmes se posèrent sur ce brun ténébreux insolemment séduisant. Elles ne pouvaient s’empêcher de pester contre cette trop jolie poupée à son bras. Les mêmes cheveux noirs de jais, des yeux verts plus perçants que ceux des chats, ils se ressemblaient, ils s’assemblaient à merveille. La délicate jeune fille avait la grace d’une princesse, la légèreté d’une plume. Elle avait sa main posée sur celle d’André en arborant un sourire frais et fier à la fois. André comme à son habitude avait un visage des plus sérieux. La démarche assurée, il n’en conservait pas moins sa souplesse de félin. La mise sobre de son uniforme attestait de sa condition : un général. Il avait acquis le droit d’être parmi eux par ses efforts personnels et non hérité d’une quelconque ascendance qui ne révélait rien des qualités réelles des personnes. Non, il ne faisait pas parti de ces nobles arrogants prorogeant leurs droits absolus juste par leurs naissances heureuses. Il ne portait aucun signe ostentatoire de richesse, son seul bijou était « sa petite sœur » qui brillait comme une pierre précieuse à ses côtés. C’est sans doute cette tenue quasi austère qui faisait ressortir sa virilité et sa force naturelle. Il n’avait pas besoin de médaille pour que l’on devine ses victoires, tout comme il n’avait pas besoin de titre pour qu’émane de lui sa noblesse de cœur.

La reine entra enfin dans la salle accueillie par Madame de Polignac qui avança immédiatement à sa suite. Elle salua le couple de Girodelle qui comme la fonction de colonel de Victor l’obligeait était en première ligne pour l’arrivée de la reine. Elle resta quelques minutes auprès d’eux se réjouissant de la présence d’Oscar. Le comte de Fersen fixait ces deux femmes côte à côte, la reine et Oscar, deux grandes âmes, deux beautés incomparables, deux amours impossibles. Fallait-il qu’il soit maudit pour être ainsi attiré par les deux filles du soleil ! Son péché, ses obsessions… il ne vivait plus que dans les chimères de ces apparitions divines. Humble mortel que pouvait-il faire sinon les vénérés ? Rêver d’illusion sans que rien ne le retienne, plongé dans ses désirs inavouables. Il ne pouvait rien espérer ni de l’une, ni de l’autre. Il ne pouvait rien demander ni à l’une, ni à l’autre. Il fallait qu’il soit sot pour toujours s’enticher de ces inaccessibles et pourtant, comment détourner son regard ?

André orientait également toute son attention vers le couple de Girodelle. Non qu’il attendait le moment opportun pour une salutation royale comme tous les courtisans. Il regardait le couple Girodelle et plus particulièrement Madame de Girodelle qui avait emprunté le manteau de la nuit pour briller de tout son être. Comment faisait-elle pour embellir à chacune de leur rencontre ? Comment pouvait-il l’aimer encore plus tandis qu’il avait dépassé depuis longtemps les limites de l’entendement ? Il était statufié, insensible à la foule qui comme les vagues d’une mer calme mouvaient dans un rythme lent autour de lui. Joséphine s’approcha et posa une main tendre sur son bras. Il revint à la réalité et salua poliment la nouvelle arrivante. Poliment, juste poliment, elle enrageait qu’il lui soit si indifférent. Il n’avait pas répondu à son billet de la semaine et le voilà qui l’ignorait. Elle jeta un coup d’œil dans la direction qui retenait toute son attention. Elle aurait pu le parier, toujours elle. Qu’il regarde ! Elle allait lui offrir un joli spectacle.

La reine continua à venir saluer ses invités, elle s’arrêta au niveau d’André et de sa sœur. Elle fut troublée plus que de mesure en tombant dans son regard d’un vert profond et devant ce sourire chaleureux qui lui fit fondre le cœur. Elle darda sur sa compagne un regard bienveillant.
Reine (à elle-même): Il est heureux que cette si belle demoiselle ne soit que votre sœur… Oh mon beau général quel est cette aura de mystère qui m’envoûte ? Est-ce parce que tout en vous respire cette liberté auquel j’aspire ?

Elle ne pouvait rester plus longtemps à ses côtés sans que son attitude n’éveille des soupçons malveillants. Elle dû donc à contre cœur continuer sa rébarbative tâche et gratifier tous ces lèches bottes de sa bonne grace. Elle fut néanmoins également ravie de voir le visage si familier et chéri de son cher comte de Fersen. Il était par sa seule présence une bouffée d’air au milieu de son oppressante condition de reine. Elle se dirigea l’air de rien vers lui pour ne pas que les mauvaises langues ne se délient trop vite.

Joséphine qui se tenait aux côtés d’André fit un discret signe à Madame de Polignac pour que le jeu commence. Le lieutenant de la garde royale gardait un œil attentif sur elles sachant qu’elles avaient un projet commun dont les cibles étaient Fersen et la femme de son colonel. Après l’après midi où il les avait vu glousser ensemble, il avait dû retrouver au milieu de la multitude de domestique l’homme qui les avait servies pour lui soutirer des informations. Il en avait appris que très peu. Il ne connaissait ni les raisons de ce piège, ni leur mode d’action. Mais il savait qu’il devait les surveiller. Il remarqua alors le serveur qui remettait un bout de papier au comte de Fersen. Il étudia les expressions de son visage. Il regardait le papier puis levait les yeux vers la femme de son colonel un sourire aux lèvres. Que contenait ce message pour le faire sourire de la sorte ? Il était tout à son étude sur le comte de Fersen qu’il ne remarqua pas le serviteur qui était venu chuchoter quelque chose à l’oreille du comte de Girodelle. Celui-ci s’excusa brièvement auprès de son épouse et quitta la salle dans l’instant. Il suivait des yeux Monsieur de Fersen, il se dirigeait vers le couple de Girodelle. C’est uniquement à ce moment là qu’il se rendit compte de l’absence de son supérieur. Il supposait que l’absence du colonel était une de leur manœuvre, mais quelle en était la raison ? Il jeta un coup d’œil au deux femmes. Elles épiaient un sourire aux lèvres la scène. Encore cet homme à côté de Joséphine ! Il avait dans les yeux les flammes de l’enfer en regardant lui aussi en direction du couple. Faisait-il parti du complot ? Quel était son rôle ?

Monsieur de Fersen était arrivé près d’Oscar, il la salua avec la plus profonde déférence. Elle s’en amusa, un sourire radieux éclairait son visage.
Oscar : Mon ami pourquoi tant de manière avec moi ? Nous sommes entre nous, je ne suis pas une de ces courtisanes… l’auriez-vous oublié ? hahaha
Elle riait, le son clair et franc qui s’échappait de sa bouche, était une des choses qu’il aimait le plus chez elle, sa simplicité. Il posa sur elle un regard encore plus fiévreux de désir tout en gardant dans sa main les doigts délicats de cette femme si singulière.
Fersen : Madame, vous feriez de moi un homme comblé si vous acceptiez d’illuminer ma soirée d’une danse.
Oscar : Ma foi, comment pourrais-je refuser à un vieil ami une demande si joliment formulée ?

Fersen qui avait gardé sa main la guida vers la piste de danse pour s’insérer dans la contredanse. Elle le suivit sans résistance sans se douter une seule seconde du piège qui se refermait sur elle. Madame de Polignac commença la première à attirer l’attention de la souveraine sur le couple si remarquable qui venait de se joindre à la danse. Marie-Antoinette regarda au début d’un œil affable ces personnes si chères à son cœur qui dansaient ensemble. Mais, Madame de Polignac distilla le poison, lui faisant remarquer l’expression qui se peignait sur le visage du comte, les regards admiratifs voir gourmands qu’il posait sur la comtesse, l’intensité qui se dégageait de lui en lui donnant la main pour un pas de gavotte. Cette main dans la sienne qu’il pressait plus que nécessaire tout en lui jetant des regards sulfureux la déstabilisait. Cette lueur dans son regard, la voix douce qu’il avait en lui parlant, si elle ne connaissait pas ses sentiments pour leur souveraine, elle aurait juré qu’il lui faisait la cour. Le trouble fut plus prononcer quand leurs deux mains furent jointes.

Joséphine n’eut pas à attirer l’attention d’André car il ne les quittait pas des yeux. Le regard plus sombre que la nuit, il fusillait du regard le comte la mâchoire serrée, cet homme qu’il croyait être « son ami ».
André (à lui-même, en colère) : Il ne devait pas plutôt s’occuper de la reine celui-là ???

Joséphine colla son buste plus qu’elle ne se rapprocha. De sa voix la plus suave, elle l’invita à oublier cette mijaurée.
Joséphine : Voyons mon bel André… Elle ne mérite pas vos attentions. Regardez-là sauter dans les bras de ce suédois. Il a un regard des plus révélateurs.

Il jeta un regard à la souveraine qui était en train de se décomposer à vue d’œil. S’il voulait jouer avec celle qu’il aimait, il lui rendrait la pareille. Joséphine avait pensé qu’il se laisserait cajoler. Au lieu de cela, le plan n’était plus du tout respecté. André traversa la salle d’un pas rapide et se courba avec déférence en baissant la tête devant Marie-Antoinette.
André : Ma reine, me feriez-vous l’honneur de m’accorder une danse ?
Puis, il leva des yeux indéchiffrables vers elle. L’intensité qui habillait ses pupilles ne le rendait que plus séduisant. Elle était au bord des larmes en voyant le spectacle de son cher Monsieur de Fersen. Elle accueilli donc l’invitation de son sauveur avec une profonde gratitude. Ils n’avaient jamais dansé ensemble, de ce fait rien ne la contraignait à lui refuser cette demande. Joséphine manqua de s’évanouir. Elle avait tout fait pour l’éloigner d’une garce et à la place il allait se jeter tout droit dans le lit de la catin royale…

Il emmena donc la reine se joindre à Oscar et Fersen afin de suivre la contredanse à leur côté. La surprise se lisait sur leur visage. André jetait des regards courroucés à Fersen avant de jouer lui aussi les séducteurs avec Marie-Antoinette. Autant Oscar et la reine ne comprenaient pas trop le jeu des deux hommes. Peu importait, ils étaient tous les quatre embarqués dans une ronde où Oscar regardait André, la reine regardait Fersen et les deux hommes se fusillaient silencieusement. Heureusement les pas de danse les séparèrent à nouveau pour qu’ils se concentrent un tant soit peu sur leur partenaire respective avant de se retrouver face à face pour accomplir le pas réservé aux hommes.
André (serrant les dents) : A quoi jouez vous Fersen ?
Fersen (serrant les dents aussi) : Je peux vous retourner la question.
André : Vous essayez de séduire Oscar… Ne mentez pas c’est flagrant ! Alors je vous emprunte votre chère reine… ne m’en voulez pas !

Ils se séparent à nouveau pour continuer à suivre la mesure, mais leur colère ne s’amenuisait pas. André s’amusa à s’approcher jusqu’à la limite de la bienséance de la reine tout en affichant une mine de séducteur qui n’était pas du tout du goût de Fersen et d’Oscar. Fersen contre attaqua en faisant de même à Oscar qui se retrouva bien malgré elle dans une posture compromettante au moment exact où Victor réapparaissait dans la salle.

 

Chap 108 : Quand les pieds s’emmêlent



Victor aperçut sa femme au milieu de la piste avec un Monsieur de Fersen outrageusement collé à elle, le tableau se complétait en fond avec André qui semblait jouer le même jeu avec la reine. Comment arrêter un drame affectif en même temps qu’une situation politique épineuse ? Il aurait simplement eu envie de pousser un cri primitif et que le cauchemar cesse. Heureusement avant qu’il ne craque complètement nerveusement, la danse les avait séparés de nouveau. Il allait intervenir en commençant par ce sur quoi, il avait encore un semblant d’autorité, sa femme ! On le taxerait encore d’être un mari jaloux qui garde sa femme pour lui seul, qu’il ne chercherait pas à démentir s’il pouvait arrêter cette farce de mauvais goût. Son lieutenant surveillant toujours la scène le vit avancer et l’intercepta avant qu’il ne fasse un esclandre.
Lieutenant : Colonel, ne vous emportez pas… Il s’agit d’un coup monté par Madame de Polignac et Madame de Sauvigne pour discréditer le comte de Fersen aux yeux de la Reine. Je l’ai compris trop tard. Nous devons attendre la fin de la danse pour intervenir.

Victor chercha Joséphine. Il ne pouvait pas directement attaquer la Polignac, mais Joséphine n’avait pas la protection royale pour échapper à son courroux. Il se précipita vers elle et l’attrapa sans ménagement par le bras pour la tirer loin des oreilles indiscrètes. Oscar tourna la tête en l’apercevant, son mari quittait la salle avec empressement aux bras de son ancienne maitresse.
Oscar (à elle-même, en colère) : Quel toupet ! Il profite que je sois en train de danser pour aller forniquer avec sa maitresse !!!... Dire qu’il me tient tout un discours sur la fidélité, s’il fait ça sous mon nez. Qu’est ce que ça doit être quand je ne suis pas là ?...

Il le paierait cher s’il pensait qu’il pouvait se comporter de la sorte sans en subir les conséquences. Pourquoi se priverait-elle ? Elle suivit la mesure en quelques pas chasser et déchasser tout en posant sur André un regard de convoitise mêlé de colère. D’abord lui qui faisait les yeux doux à Marie-Antoinette et maintenant Victor qui partait avec son ex-maitresse. Elle étira un sourire mauvais tout en réalisant un pas de gavotte, suivit d’un rigaudon avant d’intervertir subtilement sa place avec celle de sa souveraine. Marie-Antoinette se retrouva à sa grande surprise à danser avec Monsieur de Fersen tandis qu’Oscar joignait ses mains à ceux d’André. Elle le regardait droit dans les yeux en levant un sourcil interrogateur.
Oscar (mi figue, mi raisin): Alors mon cher André, tu t’es trompé de cavalière… Je me suis permise de rectifier ton erreur !

André eu envie d’exploser de rire. Il aurait voulu jouer un joli tour à Fersen qu’il n’aurait pas fait mieux qu’elle. Il lui offrit le plus sensuel des sourires en affrontant son regard de ses yeux charmeur.
André : Tu étais prise, mais j’apprécie que tu me corrige de la sorte !

Finalement, ce petit pas de danse avait abaissé la colère ambiante. Marie-Antoinette était satisfaite qu’elle soit dans les bras de Monsieur de Fersen ou du Général de Maussant. Fersen ne pouvait nier son attachement à sa souveraine également. André n’aurait pas rêver mieux que de danser avec son Amour et Oscar n’avait plus de pulsion de violence envers lui maintenant qu’il avait lâché la Reine. La danse se continuait sans anicroche, ils suivaient juste sagement les pas et les mesures sans plus se foudroyer du regard. Mais entre André et Oscar grandissait cette tension et cette attraction magnétique. Leurs cœurs voulaient se rapprocher. Ils commençaient progressivement à oublier le monde extérieur, à devenir insensible à tous les autres. Ils n’étaient plus retenus à cet univers que par un fin filament de conscience.

Victor avait tiré Joséphine à l’écart dans un petit salon. Il ne la ménagea pas. Si elle n’avait pas été une femme, il l’aurait provoqué en duel pour le plaisir de la découper en rondelle. Il fut plus que sec avec elle. Elle était déjà en larmes, libérant son chagrin de n’avoir pas pu retenir son André. Il n’avait pas envie de se laisser apitoyer aussi aboya-t-il plus qu’il ne parla.
Victor (très en colère) : Madame ! Ravalez vos larmes de crocodile ! Laissez ma femme en dehors de vos petites manigances où la prochaine fois, ma bonne éducation ne me retiendra plus de vous donner le châtiment que vous méritez. J’espère pour vous qu’il n’y aura pas de troisième fois sinon il vous en cuira. De plus, évitez dorénavant de vous mêler au petit jeu de pouvoir de la cour et rester jouer uniquement avec vos amants. Vous attaquez aux femmes ne vous sied pas, encore moins à une Reine !

Il la relâcha la laissant s’écrouler au sol sans force. Il ne se retourna pas et quitta dans l’instant le salon pour se rendre dans la salle de bal. Il ne voulait pas trop s’attarder, il devait jeter un œil sur ce suédois qu’il garde des mains suffisamment courtoises avec sa femme. Il était à peine entré qu’il eut l’impression de recevoir une monumentale gifle. Il s’immobilisa, ses poings se crispèrent autant que sa mâchoire. Que faisaient-ils tous les deux ? Encore le suédois, soit ! Il ne l’appréciait pas vraiment, mais il pouvait encore le supporter. Par contre, ce laquais ! Ce misérable ! Ce suppôt de Satan ! Non, il ne le permettrait pas !!!!
Une voix des plus douces lui fit tourner la tête. Une jolie demoiselle brune comme une nuit sans lune aux grands yeux verts lui offrit un sourire amical.
Marianne (d’une voix innocente) : Monsieur, si vous cherchez votre épouse… je crois qu’elle danse avec mon frère. Voudriez-vous bien me tenir un peu compagnie ?

Victor détailla la jeune femme. Quelques années plus tôt, il aurait sûrement remarqué cette jeune beauté dès qu’elle aurait posé un pied dans cette salle. Il ne l’avait jamais regardé pourtant il l’avait vu si souvent en compagnie de son infâme « frère ». Il constata que la comtesse de Maussant était des plus charmantes. Une jeune demoiselle des plus fraîches, qui semblait avoir la douceur des pétales d’une fleur à peine éclose. Il s’inclina devant elle et lui fit un baise main des plus doux. Il se releva et la fixa avec une intensité particulière, à ses lèvres un sourire pleins de promesses s’étirait.
Victor : Me permettez-vous de vous proposer une petite promenade dans les jardins pour passer agréablement le temps ? J’aimerai vous montrer un endroit que j’affectionne particulièrement.

La jeune femme soutint son regard. Ils s’étaient compris à demi-mots. Elle afficha un sourire engageant mais encore chargé de candeur. Il lui proposa son bras pour lui faire traverser la salle et la conduire à l’extérieur. Ils passèrent non loin des danseurs. André et Oscar instinctivement tournèrent la tête vers le couple qui se dirigeait vers les jardins. Ils écarquillèrent les yeux en les suivant, leurs esprits semblèrent retrouver instantanément le chemin de la réalité. Victor lança un dernier regard à André avant de franchirent les grandes portes fenêtres, il afficha un sourire de victoire, un sourire que seul le diable peu exhiber.
André (inquiet): Marianne ! Oscar (enragé): Victor !

 

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Chap 109 : Sous le parfum des roses



Ils étaient en train d’exécuter des pas associés avec Monsieur de Fersen et Marie-Antoinette. Ils étaient sensé se contourner dans le sens contre la montre pour se retrouver aux places opposés. Ils se tenaient par la main côte à côte quand ils les virent quitter la salle. Une expression de stupeur s’était affichée sur leurs visages d’habitude si impassible. C’était impossible ! L’air devait avoir complètement disparu, car ils ouvraient tous les deux la bouche comme des carpes que l’on sort de l’eau. Ils se regardèrent et la même image s’insinua dans leur tête. Victor allait séduire l’innocente Marianne, il n’en ferait qu’une bouchée.
André (inquiet) : Marianne ! Oscar (enragé) : Victor !

Une part d’eux ne voulait pas se lâcher, renoncer à ce petit moment de bonheur d’être côte à côte. Mais l’urgence était plus que présente. André se devait de protéger sa sœur. Il imaginait bien ce que ce fourbe pouvait lui faire pour se venger. Il connaissait bien sa capacité à enjôler les jolies jeunes femmes, pour l’avoir vu en croquer quelques unes du temps où il était encore le lieutenant d’Oscar.
André (à lui-même, en colère) : Déjà tu me voles Oscar… Je ne te permettrais pas de corrompre ma petite sœur !
Oscar l’avait vu partir avec une trop jolie demoiselle. N’était-ce pas « la sœur » d’André ? A quoi jouait-il ? Il n’allait quand même pas s’amuser à séduire cette jeune fille maintenant. Elle se souvint comment elle l’avait déjà quelques fois surpris dans les jardins du temps où elle était encore colonel. Elle réalisa, ce scélérat allait commettre quelques abominations. Ses prunelles prirent la teinte froide du métal, elle ne le laisserait pas l’outrager de la sorte.
Oscar (à elle-même) : D’abord il convole en minauderie avec son ex-maitresse et voilà qu’il s’attaque à cette… cette….femme (d’autres mots beaucoup moins poétique lui sont venu en tête en premier lieu). Il a bien choisi sa proie…. Mais il n’aura pas le temps de la dévorer… foi de Jarjayes ! Je ne vais pas me laissez bafouer sans agir.

Ils quittèrent tous les deux la danse dans un même élan. Ils devaient les retrouver avant qu’il ne soit trop tard. Fersen et la reine terminèrent le mouvement et se rendirent compte que le couple avait disparu soudainement. Ils avaient été plantés au beau milieu d’une danse. Que s’était-il passé ? Où étaient-ils ? Ils essayèrent tant bien que mal de continuer à suivre la mesure comme si de rien n’était. Mais ils cherchaient des yeux leurs amis intrigués par cette désertion subite. Oscar et André avait rejoint les grandes portes fenêtres et s’engageaient dans les jardins. Où avaient-ils pu bien passer ? Tant de possibilité et aucune trace d’eux ne laissait deviner la direction qu’ils avaient prise. Ils se séparèrent pour chercher sur deux pistes différentes. Rien ! Ils n’avaient quand même pas quitté le château ? Ils se retrouvèrent à leur point de départ quelques minutes plus tard, bredouille et en colère. Oscar suggéra qu’il fallait également envisager la possibilité qu’il l’ait amené à son bureau et qu’ils ne soient déjà plus dans les jardins. Ils avançaient tous les deux vers la caserne quand ils entendirent des gémissements rauques près d’un bosquet. André se mit à courir abandonnant Oscar qui était ralenti par les fanfreluches de ses jupons. Il sauta par-dessus les buissons pour couper à travers le parc et arriver plus vite. Quel ne fut pas sa surprise et son embarras ! Il venait de déranger le duc de Broglie dans une posture plus que compromettante avec une personne qui était très loin de ressembler à sa femme. Oscar arriva à sa suite prête à cogner son infidèle époux et pâlit s’immobilisant bêtement les yeux écarquillé d’ahurissement. André reprit le contrôle de lui et tira Oscar par le bras pour redonner un semblant d’intimité aux deux amants. Il bredouilla quelques excuses désordonnées et emmena Oscar qui était encore sous le choc. En fait, il avait surtout envie de rire pendant qu’Oscar affichait une consternation plus que marquée.
Oscar : Que faisait ce jeune homme avec Monsieur le Duc ??? … Oh mon dieu, je ne veux pas le savoir !!!
Elle s’était caché les yeux en repensant à la scène qu’ils avaient surprise. Ce geste eu raison d’André qui parti dans un rire incontrôlable.
André : Hahaha ! Il l’enfilait je crois bien … hahaha
Cependant passé ces quelques secondes d’hilarité et d’étonnement, leur mine se fit à nouveau grave en pensant qu’ils n’avaient toujours pas retrouvé le couple et que la situation était donc de plus en plus critique.
André (à lui-même) : Le loup est encore avec la brebis. Il faut que je la retrouve rapidement !

Ils hâtèrent le pas vers le bâtiment militaire. Ils passèrent non loin de la roseraie où ils entendirent un rire de femme. Etait-ce eux cette fois-ci ? Ils avancèrent plus prudemment que précédemment et s’abritèrent des végétaux pour vérifier qu’ils avaient à faire aux bonnes personnes. Un quart de seconde, c’est le temps qu’il fallu à André pour reconnaitre les bouclettes du scélérat. Il n’attendit pas davantage et fonça sur lui. Il l’empoigna avec force et brutalité le soulevant du sol. Victor conservait son sourire moqueur. Cette fois-ci, il allait le fracasser. Comment avait-il osé s’en prendre à une innocente jeune fille ? Ce conflit était entre eux et eux seul ! Victor soutenait le regard d’André. Il n’avait pas baissé les yeux en sachant que le poing allait s’abattre sur son visage, trop heureux de se délecter de son expression. Il allait le cogner quand Marianne retint le bras de son frère.
Marianne : Cher frère, pourquoi cette violence ? Je vous l’interdis !
Oscar était déjà prête à entrer dans la bagarre, mais elle reporta son attention sur la jeune fille qui s’interposait. Ses épaules étaient recouvertes de sa veste d’uniforme, tandis que son mari tenait encore dans sa main deux roses, l’une rouge et l’autre blanche.
Oscar (à elle-même) : Soit il a déjà réussi à lui monter la tête, soit la demoiselle n’est pas si innocente dans cette situation.
Victor (ironique): Mais oui voyons Monsieur le Comte. Pourquoi toute cette violence ?
Marianne : Ce n’était qu’une toute petite promenade.
André : Eh bien tu n’aurais jamais dû sortir sans me prévenir.
André (à lui-même) : Je t’aurais empêché de finir dans les bras de ce vicieux !

Oscar avança elle aussi vers le trio. Elle était droite comme une reine de glace. Elle le fusillait du regard, blanche de rage comme si tout son sang avait déserté son visage pour irriguer ses muscles pour le combat. Elle avait les lèvres pincées qui renforçait la sévérité de son expression. Victor n’affichait aucune gêne de se faire surprendre dans les jardins avec une demoiselle. Au contraire, ce traitre continuait à la narguer de son sourire. Comment osait-il ? Il n’avait même pas l’ombre d’un remord !
Marianne : Mon frère, tu t’emporte, il ne fallait pas t’inquiéter… j’étais en sécurité avec le colonel.
André : Je ne crois pas au contraire !
Marianne : Mon frère, Le Colonel est quelqu’un de très gentil, il a juste voulu me faire découvrir ce merveilleux endroit.
La jeune fille s’accrochait solidement aux bras d’André, elle le regardait de ses yeux implorants. Ce renard était sacrément rusé, il avait déjà réussi en peu de temps à l’embrigader. Pourquoi fallait-il que de tous les hommes de la terre elle s’entiche de ce machiavélique personnage ?
André : Girodelle ! Comment avez-vous pu essayer de souiller une innocente jeune fille ? N’êtes-vous pas marié ?
Victor : Je suis resté on ne peut plus honnête, mais que voulez-vous ? Ce n’est pas le cas de tout le monde !
Oscar : Je n’ai fait que danser !
Victor (d’un ton parfaitement innocent): Je me suis juste promené...bien accompagné certes, mais juste promené…
Oscar avait elle aussi empoigné le col de sa chemise. La prenait-il pour une imbécile ? La croyait-il vraiment si crédule ?
Oscar : Et avec votre ancienne maitresse ? Vous allez me dire que vous n’avez rien fait aussi ?
Victor : Joséphine ?! Cette intrigante… Ma foi, je ne faisais que mon travail en démêlant les intrigues de la cour. Hélas la dame vous a pris en grippe et s’acharne sur vous. Il fallait bien que je la gronde, même s’il ne faut pas beaucoup vous poussez pour que vous tombiez dans ses pièges.
Marianne tira de toutes ses forces sur le bras d’André. Elle essaya de l’écarter de ce couple.
Marianne : Venez mon frère ! Ce malentendu est réglé puisque je vous dis que le comte est un homme des plus galants. Laissons-les à leurs querelles conjugales qui ne nous concernent plus !

André dû renoncer à réduire en bouilli le visage de ce félon, n’ayant plus d’excuse pour justifier son geste. Il s’écarta de mauvaises grâces et relâcha le col. Il espérait qu’Oscar ne se laisserait pas attendrir et lui ferait passer le goût de s’attaquer aux jeunes filles. Marianne se retourna une dernière fois vers le couple et rendit la veste à son propriétaire. Elle lui fit le plus charmant des sourires et les salua d’une révérence.
Marianne : Je suis ravie d’avoir fait plus ample connaissance avec vous Monsieur, j’espère que nous aurons l’occasion de discuter encore ensemble à l’avenir. Madame ! Il vous aime beaucoup.

Ce qu’André et Oscar ignoraient, c’est qu’au premier regard, nos deux compères s’étaient immédiatement compris. Il n’avait jamais été question de séduction, mais ils s’étaient plu à le leur faire croire. Ils auraient pu discuter de la même manière dans un coin de la salle. Mais en s’éloignant, ils savaient qu’ils allaient les faire réagir, au moins lui, espérait Victor. Etait-ce le seul moyen de les séparer ? Ils ne le savaient pas, mais la méthode s’était avérée efficace. Victor était assez intelligent pour comprendre la nature humaine, sa nature toujours discrète et calme lui imposait de trouver une issue loin des scandales. En jouant ainsi, il savait qu’ils les attireraient loin des curieux. La douce Marianne venait d’apparaitre comme une alliée stratégique. Ils avaient ensuite attendu sagement qu’on les retrouve en bavardant tous les deux de leurs amours malheureux. Ils avaient d’ailleurs mis tellement de temps que Victor avait proposé sa veste à la jeune fille pour qu’elle ne prenne pas froid. Oscar les regardait partir tout en maintenant d’une poigne ferme le col. Une fois qu’ils eurent disparu, elle retourna son visage vers lui. Il avait ce regard réprobateur, mais son sourire de victoire ne s’était pas estompé.
Victor : Il est dommage que je doive davantage compter sur ta jalousie que sur ta fidélité.
Oscar : Je n’ai que dansé. Tu es drôle de me parler de fidélité quand je ne peux être dupe devant tes attitudes. Ces fleurs n’étaient-elles pas là pour la séduire ?
Victor : Non ! Ces roses rouge et blanche entremêlées sont pour toi ! Elle représente ta beauté ardente, mon amour pur et passionné pour toi, cet amour qui me transperce de ses épines et qui un jour me rendra fou hélas.
Il l’attrapa dans ses bras et l’embrassa avec fougue. Elle le repoussa.
Oscar : Ne crois pas que tu vas t’en tirer de la sorte !
Victor : Je plaiderai alors la folie qui m’habite quand je te vois dans ses bras… Mais il n’y a nul coupable puisqu’aucun de nous n’a fauté. N’est-ce pas ? Allons, rentrons chez nous maintenant, cette soirée a été assez pesante pour nous tous.

 

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A suivre...

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