Chap.86 à 88

Chap 86 : Le petit Trianon

 


 

Le Comte de Fersen s’était rendu auprès de Marie-Antoinette. Il l’avait informé de la situation de la France, il la suppliait d’ouvrir les yeux et de quitter sa retraite au Trianon. Celle-ci l’écouta avec attention et appliqua ses conseils. Elle prit de la distance avec la Polignac et demanda qu’on organise son retour au château.

 

Oscar était présente à Versailles pour cette occasion. La reine lui avait demandé de l’accompagner pour son retour. Elle partageait la calèche de la souveraine. Elle n’était plus revenue au palais depuis qu’elle avait arrêté de harceler son mari.

 

Le Colonel de Girodelle devait superviser la protection du convoi. Il était aux aguets avec ses hommes prêts à agir. Il suivait la voiture des yeux. Que sa femme était belle ! Rien ne pouvait être comparable à elle pour lui, ses cheveux d’or scintillaient sous les rayons du soleil de cette après midi, son sourire était à lui seul un cadeau de dieu, le ciel n’était qu’un pâle reflet de ses yeux. Il fut distrait une seconde par l’arrivée d’un homme à un balcon du palais, Monsieur de Fersen. Victor sourit, il n’avait pas tenu bien longtemps éloigné de sa reine. Mais au moins pour une fois son retour avait remis un peu d’ordre dans la bonne marche du palais. La Reine revenait au château, la Polignac était écarté. Il n’aurait jamais pensé cela auparavant, mais pour une fois qu’il était utile, il devrait aller le saluer. Il se ravisa rapidement en voyant apparaitre à ses côtes le Comte de Maussant. Ils suivaient tous les deux le convoi des yeux. Il ne devait pas se déconcentrer pour cette vermine. Il serra les dents et se focalisa sur les alentours.

 

Fersen regardait calmement la calèche avancer. Heureux que sa reine ait suivit ses conseils. André vint le rejoindre. Fersen lui avait demandé de venir, mais il ignorait complètement qu’Oscar serait présente.

André : Eh bien mon ami, quelle efficacité ! La reine n’a pas tardé. J’aurais d’autres suggestions à vous souffler si vous le voulez bien. Hahaha

Fersen : Je vous écouterai, tout ce qui m’importe c’est de l’aider au mieux. Mais n’est ce pas notre chère Oscar à côté de Marie-Antoinette. Elle est superbe ainsi vêtue.

André observa à son tour la voiture. Il n’y avait aucun doute. Son cœur fit un bond dans sa poitrine en l’apercevant. Il ne l’avait plus revu depuis tellement de temps, elle se cachait loin de Versailles. Une joie indescriptible l’envahit. Comme elles sont démesurées ces émotions que peuvent vous provoquer la vue d’un être cher. Puis, son regard balaya la zone et aperçut Girodelle.

André (à lui-même) : Partout où il y a la belle, il y a la bête ! Ça ne lui dirait pas de mourir celui-là ? Une balle perdue ! D’ailleurs, je pourrai volontiers l’aider à se perdre cette balle…

Fersen : A quoi pensez-vous André ?

André : Que tout est calme et que la journée est absolument magnifique…

Fersen : Je trouve votre regard bien sombre pour quelqu’un qui pense à la météo… votre regard me faisait plutôt penser à celui que vous aviez sur le champ de bataille.

André : Quelle imagination ! Je surveille juste un peu qu’aucun incident n’arrive.

 

Oscar regardait les gardes royaux, si elle avait été encore un homme, c’est elle qui les aurait dirigés pour cette opération. Elle se mit à sourire en repensant à son ancienne vie. Comme elle avait adoré être colonel, vivre d’adrénaline et d’autorité. Comme elle avait été grisé dans ce rôle, épanoui d’exploiter toute l’étendue de ses capacités aux services de la France. Qu’était-elle aujourd’hui ? Une femme, l’ombre d’elle-même… même pas une épouse ! Elle repéra d’ailleurs sur un promontoire son époux qui contrôlait la bonne marche. Elle aurait pu être à sa place et lui qui était-il ? Un homme malheureux… Elle eu un élan de tendresse pour lui. Son mari levait les yeux vers un balcon. Elle suivit son regard et aperçut le Comte de Fersen. Elle aurait dû s’en douter que ce retour était son œuvre. Il était à la Reine ce qu’André était pour elle. Sauf que la reine n’aimait pas son mari et qu’elle aimait deux hommes. Là n’était pas la question ! L’adultère était intolérable !

Son cœur s’arrêta quand André rejoint le comte de Fersen sur le petit balcon. Etait-il venu pour la voir ? Ses cheveux rebelles était libre et dansait autour de son visage. Il riait avec Fersen. Comme ses sourires lui manquaient. Elle aurait voulu les entendre juste pour voler quelques éclats de rires et le son de sa voix qu’elle aurait gardé dans sa mémoire. Il tourna son visage vers elle et ses yeux verts plus brillant que des pierres précieuses transperçaient le ciel même à cette distance.

 

Tout se déroula très vite. Un groupe d’homme armé d’explosif défoncèrent les grilles du palais et s’engouffrèrent dans le parc. Le colonel ordonna la défense du convoi, les faisant rater leur cible. Puis, il lança la contre-attaque. Plusieurs des malfaiteurs furent tués sur le coup, un seul parvint à s’échapper. Il parti au galop avec un groupe de soldat à sa poursuite. André avait vu le groupe arrivé et se diriger vers Oscar. Il bondi par-dessus la rambarde pour atterrir quelques mètres plus bas sur le parvis. Il s’élança à la rencontre de la voiture pour s’assurer qu’Oscar n’était pas blessée.

 

Oscar en entendant les coups de feu, eu immédiatement ses vieux réflexes de militaire qui reprirent le dessus. Elle fit baisser les têtes de toutes les personnes du convoi et les protégea de son corps. Puis quand le calme revint, elle reprit sa place. La reine était bouleversée et pleurait. Elle avait eu si peur pour ses enfants qui l’accompagnaient. Ils n’avaient rien eu. Les gardes avaient arrêté suffisamment tôt les terroristes pour qu’il n’y ait pas de blessé.

Reine : Merci Oscar du geste que vous avez eu pour nous. Vous n’êtes plus chargé de ma sécurité et pourtant sans hésiter vous avez fait rempart de votre corps… Vous êtes vraiment une amie fidèle.

Oscar : Ce n’est rien Majesté. Même si je ne suis plus colonel, il est de mon devoir de vous protéger.

 

André arriva peu de temps après. La Reine le regarda fasciné quelques instants. Oscar remarqua immédiatement l’attitude de la Reine.

Oscar (à elle-même) : Tiens, je ne suis peut-être pas la seule à aimer deux hommes en même temps… Mais bon celui-là quel cœur n’a-t-il pas enchainé encore ?... Vous avez suffisamment à faire à Monsieur de Fersen… André n’est pas à prendre !

Reine : Oh Général ! Comme vous êtes bienveillant de vous soucier de nous à ce point. Montez donc à nos côtés, nous ne serons que plus en sécurité près de vous.

André : Oui Majesté !

 

L’occasion était trop belle pour ne pas la saisir. Il s’installa sur le siège près d’Oscar et demanda des nouvelles de tous les occupants. Cette proximité les troubla plus qu’ils ne pouvaient le supporter. Un léger sourire se dessina sur les lèvres d’André. Il était assis à côté d’elle, il pouvait sentir son parfum. Il posa négligemment sa main sur le siège, ainsi il pu discrètement effleurer la main d’Oscar le temps d’un battement de cils. Elle était au bord de l’évanouissement tant son cœur faisait n’importe quoi dans sa poitrine. Il ne fallait pas qu’elle rougisse, il ne fallait pas qu’elle le regarde. Il touchait sa main et pour moins que ça elle aurait pu mourir. Elle se maitrisait comme elle le pouvait. Personne à part eux deux, ne pouvait voir ce qu’ils tramaient ensemble.

 

Quand le convoi arriva au palais, André aida ses dames à descendre de voiture. Il garda plus que nécessaire la main d’Oscar dans la sienne, appliquant une petite pression qui produisit de bien étranges effets sur le cœur d’Oscar. Puis la relâcha et s’inclina légèrement pour la saluer.

André : Madame ! ce fut un plaisir… (à lui-même) de voler quelques miettes de votre présence.

 

Joséphine n’était pas loin et n’avait pas du tout apprécié les égards qu’il avait accordés à Madame de Girodelle. Celle-là avec ses airs de sainte n’en manquait pas une pour tous se les accaparer. Il fallait qu’elle lui prépare une bonne leçon.

 

Fersen rejoint André, la Reine les regarda discuter ensemble.

Reine (à elle-même) : Oh mon cher Fersen, pourquoi êtes-vous amis avec ce beau Général qui me tourne la tête ?

 

Oscar était quant à elle troublé pour le reste de la journée. Plus encore, pour plusieurs jours à venir d’avoir pu effleurer la main de son cher André. Elle avait l’impression que sa main la brûlait à l’endroit où elle avait rencontré sa peau. L’avoir revu avait ravivé la flamme de sa passion. Elle était folle ! Il faudrait qu’elle s’enferme dans une grotte pour ne plus jamais le revoir, pour se soigner un petit peu de l’effet qu’il produisait sur elle. Heureusement pour elle cet incident avait crée la diversion idéale pour qu’elle s’échappe loin de Versailles. Elle longeait les couloirs distraitement en direction des écuries. Elle était dans un état second.

Oscar (à elle-même) : André ! André ! André ! Pourquoi me tournes-tu ainsi la tête ? Pourquoi réapparais-tu dès que mon cœur s’assagit ?

 

André s’était occupé rapidement de semer son espion et avait retrouvé sa trace. Elle ne l’avait pas repéré pourtant il était juste derrière elle. Elle était perdue dans ses pensées. Il l’attrapa par la taille, posa une main sur sa bouche pour qu’elle ne fasse aucun bruit de surprise et la poussa diligemment vers le salon le plus proche. Bien évidemment, ne se doutant pas qu’il s’agissait d’André, Oscar lui mordit les doigts et lui envoya quelques bons coups dans les côtes pour se dégager.

André (murmurant à son oreille) : Oscar ! Arrêtes c’est moi…

 

Elle se figea en entendant cette voix. C’était un rêve dans un cauchemar ou un cauchemar dans un rêve… Elle n’était pas vraiment sûre du point de vue à adopter. Une partie d’elle était trop heureuse de le revoir, tandis que l’autre devait fuir. Quelle torture de l’esprit de choisir entre la détresse de son cœur et la rédemption de son âme.

André (murmurant) : Je n’ai pas beaucoup de temps avant que l’on nous trouve. Laisse-moi je t’en prie prendre une bouffée de bonheur.

 

Elle ne bougea toujours pas. Que devait-elle faire accepter, fuir ? Elle n’eut pas à se poser la question bien longtemps car ses lèvres chaudes et douces venaient prendre le fruit de leurs prières. Ces lèvres étaient faites pour elle ! Elle était complètement incapable de se défendre sous l’envoutement de son baiser. Il mit fin le premier à l’échange, le temps tournait trop vite et le jeu devenait trop risqué. Il s’enfui aussi troublé qu’elle à travers les passages réservés aux domestiques dans les cloisons. Heureusement pour lui, il avait eu l’occasion de connaître chaque secret de ce château pendant ses longues années de services auprès d’elle.

Il était parti à temps ! Quelques secondes après apparaissait dans l’embrasure de la porte, un homme à l’allure parfaitement banale mais aux regards de fouine. Il trouva Oscar parfaitement seule au milieu de la pièce et s’en retourna prétextant s’être tromper de chambre.

 

 

Chap 87 : Quelques miettes pour un cœur

 


 

Le cœur complètement à la renverse, il courait passant d’un couloir à une pièce à un autre couloir. Il courait plus pour se calmer que pour fuir car il savait que l’espion n’avait pas pu le suivre. Si voler la femme d’un autre était un pêché qui conduisait à l’enfer, il aurait volontiers voulu y aller tout de suite plutôt que de continuer cette vie sans elle. Il s’arrêta enfin et prit le temps de fermer les yeux pour se souvenir. Il l’avait serré dans ses bras et tout son corps s’enflammait d’avoir eu contre lui sa moitié. Elle seule pouvait le mettre dans cet état là. Elle était sa seule maîtresse, la seule à pouvoir le faire plier d’un battement de cils. Elle n’avait qu’à être dans les parages pour qu’il perde son calme, pour qu’il devienne aveugle et sourd au reste du monde. Comment était-ce possible d’aimer autant ? Comment était-ce possible de vivre sans elle ?

 

Ses doigts piquaient d’être séparés de la douce chaleur de ce corps si gracile. Ses lèvres ! Ses lèvres avaient hébergées son cœur pour qu’il puisse la toucher. Et maintenant ? Elles semblaient animées des mêmes pulsations chaotiques. Il n’était plus capable de penser. Il pouvait déjà à peine respirer. Il sourit tout en ayant envie de pleurer. Il avait subtilisé quelques miettes pour son cœur malade mais il n’avait plus rien à présent à part cet infini désespoir.

 

Comme la douleur est plus intense quand on goute à la paix. Il le savait pourtant pour avoir vu pendant la guerre les tortures infligées pour faire parler les ennemis. C’est le secret de tous les bourreaux, plonger la victime dans les affres de la souffrance, l’en faire ressortir quelques secondes avant de l’y replonger encore. Ainsi le corps ne peut s’habituer à cet état constant de supplice et ressent pleinement après chaque bouffée d’air les nouveaux élancements du mal. Il était fou ! Il venait chercher de lui-même cette bouffée fatidique qui redoublerait l’effet de ses tourments. Volait-il ces miettes de bonheur pour survivre à sa douleur ou pour l’entretenir ? Chérissait-il finalement les cris de son cœur qui lui rappelait qu’il lui appartenait ? Etait-il devenu indigent au point d’en aimer la douleur seule passerelle vers une éphémère joie ? Hélas, le choix, il ne l’avait plus depuis des années… il était esclave de son amour. Il avait attaché son âme à la sienne par un lien immatériel et inébranlable. Ils étaient unis au-delà du temps et la souffrance ne faisait que lui rappeler la profondeur de son amour.

 

Restez ainsi ne servait à rien. Il savait que l’espion resterait tourner au alentour d’Oscar pour le repérer à nouveau. C’était l’occasion idéale pour aller retrouver ses amis révolutionnaires sans avoir à jouer à cache-cache avec cette ombre. Il devait penser à autre chose sinon il allait devenir fou. Au moins avec Robespierre, il ferait arriver un ordre nouveau, un monde plus juste où tous les hommes auraient les mêmes chances. Il se rendit aux écuries du palais et récupéra discrètement son cheval sans que les palefreniers royaux ne le voient. Le soleil n’allait pas tarder à se coucher. Il serait à Paris à la nuit tombée.

 

Il descendit dans une crypte situé derrière Notre-Dame. Le groupe changeait régulièrement de lieux pour ne pas attirer l’attention de la maréchaussée, les principaux intervenants recevaient un message codé qui leur indiquait l’adresse du jour. André faisait partie depuis quelques temps de ce groupuscule. Il était entré dans les bonnes grâces de Robespierre et était devenu un intervenant majeur très rapidement. Chacun menait à sa manière un combat contre l’absolutisme et l’injustice. Certains étaient à l’origine de pamphlet, d’autres d’articles dans les journaux locaux, certains étaient des meneurs d’homme pour haranguer les foules. Tandis que d’autres étaient une branche un peu plus obscur, plus militaire. C’est là qu’officiait André, exploitant ses talents dans les armes pour préparer des explosifs, entrainer des hommes où conduire des opérations commandos. Son objectif n’était pas directement de tuer. Il orientait les manœuvres pour que justement personnes ne soient blessés. Il voulait juste préparer un peu une défense pour ces hommes et ces femmes démunis. Pour qu’ils aient une chance de se faire entendre un jour. Il ne voulait pas de sang sur les mains aussi tout était fait juste pour impressionner la cible ou pour la piéger gentiment. André était de ceux qui voulaient avancer dans la paix vers un compromis, il espérait une sorte de monarchie démocrate où les classes disparaitraient enfin.

 

Il s’entendait d’ailleurs fort bien avec un jeune journaliste Bernard de Chatelet, un homme de bonne culture, honnête et fort sympathique, qui était la plume de ce nouveau mouvement et qui depuis peu avait commencé une double vie sous le nom de masque noir. Il volait aux riches leur « trop » pour le donner aux pauvres. De bien louables intentions sous une activité qui pourrait être jugé hors la loi par certain. André n’avait rien à redire à ses activités du moment où le sang ne coulait pas inutilement. Il lui avait d’ailleurs donné de précieux conseils en termes de stratégies et de combats pour éviter tout dérapage.

 

Bernard et André s’opposaient régulièrement à un autre acteur majeur du groupuscule un jeune homme du nom de Louis Antoine de Saint-Just qui lui se voulait être un ange révolté. Le sang, il en avait soif. Ainsi qu’une haine farouche contre tous les membres de la noblesse. Pour lui point de compromission, seule l’anéantissement totale de tous les maîtres pouvaient mettre fin à des siècles de joug. II venait tout juste de sortir d’une année de maison de correction rue de picpus à Paris où ses parents l’avaient placé à la suite d’une fugue et il en était ressorti avec une aversion pour la monarchie absolue et l’église. Il était devenu suite à cette période le tueur de l’ombre tout en suivant un enseignement en tant que clerc auprès de maitre Dubois et des études de droits à la faculté de Reims. Ses études ne l’empêchaient pas de suivre les avancées des mouvements révolutionnaires avec attention. Ayant un goût prononcé pour la culture gréco-romaine, la démocratie et la république lui apparaissaient comme une évidence. Il était prêt à tout et ne reculait devant aucun acte pour qu’aboutisse un nouveau régime. Il se serrait volontiers comparé à Brutus nom lié à la fois à l’assassin de Jules césar qu’au fondateur de la République de Rome. Depuis qu’il était entré dans le groupe, il avait déjà organisé dans la plus grande confidentialité quelques assassinats et de nombreuses attaques armées. Il agissait le plus souvent à l’écart car il trouvait ses camarades de révolte trop frileux et savait ses actes controversés. Mais aujourd’hui, l’attaque du Trianon n’était pas son œuvre. Il aurait d’ailleurs mieux réussi que ces imbéciles qui avaient attaqué de front. Il savait comment se cacher, comment manipuler, comment tuer… Homme de nature discrète, il portait la mort dans son regard, noirceur camouflé par les traits fins de son visage et l’apparente innocence de sa jeunesse.

 

André salua les hommes présents dans la réunion. Il leur apprit la tentative d’attentat qu’il y avait eu à Versailles. Il était un peu un lien avec le château de Versailles. Tous savaient qu’il entretenait des relations cordiales avec la cour et qu’il préférait faire accepter les réformes en évitant la violence. Les plus extrêmes n’appréciaient guère ses amitiés pourtant que pouvait-on redire à cet homme aussi juste et équitable qui défendait ses idées sans haine. Saint-Just en particulier ne tolérait que très peu ce personnage. Il faut dire qu’à de nombreuses reprises, André avait mis à jour ses projets et l’avait contrecarré pour une opération plus diplomatique.

Saint-Just : Ne me regardez pas comme ça ! Ce n’est pas mon œuvre… je n’aurais pas agit au grand jour.

André : Je me doute bien que ce n’est pas toi. Tu aurais fait au moins diversion tel que je te connais.

Saint-Just : Evidemment, et je me serais avant débarrassé du colonel qui assure la protection de la reine pour avoir le champ libre… je n’aime pas avoir des enquiquineurs dans les pattes pendant que j’officie. Mais bon, sur ce coup il s’agit sûrement d’un groupe indépendant contre la monarchie. Que voulez-vous Monsieur le Comte ? De plus en plus de personne ont recours à des méthodes similaires aux miennes pour se faire entendre et votre douceur en ces temps troublés ne trouve pas suffisamment échos dans les oreilles orgueilleuses de ceux qui partage votre rang.

André : Je suis né roturier et les égards que l’on m’accorde ne sont que le résultat de mes batailles pour la liberté. Ne l’oubliez jamais… Je suis pour le peuple, pour une humanité où les hommes seront tous égaux et libre ! Ce titre n’est qu’une clé pour faire entendre la voix étouffé des plus faibles… Je n’en ai cure et je l’abandonnerai dès qu’il ne me sera plus utile.

 

Les deux hommes se jaugeaient du regard, Saint-Just avait l’insolence de sa jeunesse. Mais la détermination du jeune homme le rendait extrêmement dangereux. André savait qu’il devait se méfier de cet homme qui jouait avec les couteaux et le sang comme d’autre avec une plume et de l’encre.

Saint-Just : Il est dommage que tu n’as pas comprit l’histoire que nous écrivons… Je suis sûr que tu es un tueur remarquable. Tu nous aurais été un bien meilleur allié en arrêtant de jouer à la brebis quand d’autre t’appelle « le lion ». Je sais ce qu’on dit de toi et tes hommes te sont toujours fidèles. Ensemble nous pourrions attaquer et avoir de grandes victoires.

André : C’est justement parce que je connais le goût du sang que je préfère l’éviter. Quant à mes hommes, ils sont libres et je ne leur commanderai une attaque uniquement si nous arrivons au point de non-retour. En attendant, il y a d’autres moyens à exploiter avant d’en arriver là.

Saint-Just : Trop de bavardage ! Laisse la parole aux avocats tel que Robespierre, toi soit ce que tu es… un soldat et le bras armé de la république !

Bernard : André viens ! Laisse… tu sais qu’il ne jure que par le sang.

 

Bernard attrapa son ami et parti discuter plus loin avec lui.

Bernard : Viens, il faut que je te raconte mon dernier cambriolage… je l’ai fais juste sous leur nez ! C’est tellement facile que la prochaine fois, je crois que je m’attaque directement aux bijoux que ces dames portent sur elle pour pimenter le jeu.

André : Fait attention à ne pas te faire prendre quand même !

Bernard : Ne t’en fait pas, dès qu’il me voit, il se fige comme des imbéciles tant ils ont peur et je n’ai plus qu’à me servir.

André : Il est vrai que j’ai assisté à ta prestation l’autre jour. Ils étaient tous pétrifié quand tu as sauté sur le lustre avant de t’enfuir par la fenêtre. J’ai presque eu envie de t’applaudir et il m’a fallu beaucoup de maîtrise pour ne pas rire en voyant leurs têtes.

Bernard : Hahaha ! Tu étais là ce soir là ? Je ne t’ai pas vu !

André : J’étais certainement bien caché derrière quelques jupes. Elles sont parfois collantes.

Bernard : C’est que tu te plaindrais d’avoir de belles femmes dans les bras ! Je te trouve bien difficile en matière de femme d’ailleurs… Tiens, rien que ta Joséphine. Elle a tout ce qu’un homme peut désirer et je suis sûr que si tu lui demandais, ta maitresse abandonnerait avec joie son veuvage pour être ta femme et n’être qu’à toi.

André : Mais qui t’a dit que je cherchais à avoir une femme ?

Bernard : Reste un éternel célibataire !… mais moi quand j’aurais trouvé la bonne, je l’épouse sur le champ !

André : Tu as bien raison… quand tu as ta moitié, il ne faut surtout pas la laisser filer avec un autre. Crois-en mon expérience ! Sinon tu n’auras plus qu’à prier pour qu’elle devienne veuve.

Bernard : Dis ? Tu me diras un jour le nom de cette belle dame qui a enchainé le cœur le plus convoité de la cour…hahaha

André : Si tu me vois un jour me marier ce sera avec elle et personne d’autres. Sinon, elle restera l’ange de mes secrets… Allez trêve de bavardage ! Je rentre, ma sœur doit m’attendre. Je lui ai promis de passer un peu de temps avec elle.

Bernard : Et elle tu me la présenteras un jour ?

André : Un jour… sûrement. Elle est assez d’accord avec nos idées, elle m’a demandé de l’amener à un de nos débats. Alors tu la croiseras là-bas.

 

André avait complètement pardonné à Marianne ses égarements, il ne lui avait même pas tenu rigueur pour la balle qu’elle avait tirée. Il avait comprit qu’elle n’avait voulu que le protéger. Depuis elle semblait avoir accepté totalement son statut de petite sœur et commençait même à s’intéresser aux hommes à en juger par ses joues roses sous les compliments de Fersen.

 

André retourna tranquillement à son domaine. Les paroles de Saint-Just n’étaient pas tombées dans l’oreille d’un sourd. Peut-être que ce chien enragé pourrait un jour lui être utile en supprimant ce fichu colonel de malheur. En tout cas, pour une fois ce n’est pas lui qui empêcherait cet assassin d’agir. Car autant il ne pouvait le tuer pour Oscar, qu’il n’était pas obligé de le sauver.

André (à lui-même) : Voilà à quoi j’en suis réduit ! Souhaitez la mort d’un homme qui n’a commis que le pêché de t’aimer.

 

 

 

 

Chap 88 : Trois hommes, une femme

 


 

 

Quelques semaines plus tard, le Colonel de Girodelle croisa un ami dans les couloirs de Versailles.

Homme : Cher Comte ! Comment vous portez-vous ? Nous passons tout notre temps à Versailles et pourtant nous nous voyons si peu.

Victor : Je suis heureux de vous revoir. En effet, il y a bien longtemps que nous n’avons pas eu le temps de discuter.

Homme : Pour une fois que je vous tiens, j’en profite pour vous inviter à un bal que nous donnons ce soir dans notre hôtel. Venez avec votre épouse et ne cherchez pas d’excuse pour garder sa beauté pour vous seul. Vous nous la cachez beaucoup trop.

Victor : hahaha…Nous viendrons !

 

Victor rentra de bonne heure à son domicile. Il devait prévenir son épouse de l’invitation du Marquis de Vieillecastel et il avait également envie de l’apercevoir un peu. Elle n’était pas revenue à Versailles depuis l’attentat du Trianon et il pouvait jouer la comédie, au fond, elle lui manquait. Il la trouva dans la chambre des enfants à moitié assoupie avec Anne Sophie dans les bras. Il ne voulait pas la réveiller mais André Alexandre se leva et appela son père en l’apercevant. Elle ouvrit alors les yeux brusquement, se redressa sur son siège et observa son mari. Il effaça au plus vite le petit sourire qu’il avait de peint sur les lèvres et reprit son masque de glace.

Victor : Madame, votre présence est nécessaire ce soir pour un bal donné par le marquis de Vieillecastel. Veuillez vous préparer nous partons dans quelques heures.

Oscar : Allez-y sans moi !

Victor : Vous êtes demandé et si vous vous cachez encore les langues vont finir par se délier.

Oscar : Je me fiche des persiflages des courtisans

Victor : Moi non !

Oscar : Que voulez-vous que je fasse que je leur coupe la langue de mon épée ?

Victor : Votre présence suffit à les faire taire ! Alors vous viendrez !

 

Il était reparti aussi sec. Le ton n’avait pas autorisé la réplique, il avait été froid et dur. Où était parti son tendre compagnon ? Elle soupira mais se plia à ce nouveau jeu de rôle. Après tout, n’était-ce pas son devoir de paraître ? Elle embrassa ses enfants avant d’aller subir la torture du corset.

 

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Victor l’attendait dans le salon un verre de cognac à la main. Il scrutait assis de son fauteuil le hall pour voir quand elle serait enfin prête. Elle était en retard ! Mais sa patience fut récompensée quand elle apparut en bas des escaliers. Il se leva de son siège et sourit avant qu’elle ne le voit. Comment faisait-elle pour être plus belle encore malgré les années ? Pour être encore plus belle que le jour de leurs fiançailles ? Elle avait choisi de porter la parure qu’il lui avait offerte ce jour là et pour s’accorder avec le bijou elle avait endossé une toilette rouge sombre. S’il y avait bien une représentante sur terre de Vénus, ça devait être sa femme. Elle était tellement féminine dans le velours rouge de sa robe. Les plis et replis de sa jupe ressemblait à une corolle de pétale de rose passion. L’étoffe était rehaussée de broderie d’or qui rappelait l’or de ses cheveux. Des vagues d’or suivait le décolleté laissant paraitre les rondeurs parfaites de sa poitrine devenu un peu plus généreuse avec l’enfantement. Ses manches s’arrêtaient à la naissance de la courbe de ses épaules dévoilant les lignes délicates. Des motifs floraux étaient répété en un double liserai qui longeait les lignes du buste et se rejoignaient à la taille. Une pluie d’étoile parsemait la jupe comme si une poussière d’or s’était posé sur les pétales de cette rose. Sur sa gorge les rubis contrastaient avec la blancheur de sa peau et ses cheveux relevés en une coiffure haute laissaient à nue son cou long et fin comme celui d’un cygne. Oh oui ! Oscar dépassait de loin en beauté toutes les femmes du royaume. Même les jeunes filles qui avaient l’atout de leur fraicheur ne pouvaient rivaliser à la beauté impériale de sa femme. Jamais cet ange ne devait déchoir. Jamais sa beauté ne se fanerait. Elle avait ce charisme naturel qui lui conférait une aura particulière. Son portant droit presque militaire encore lui donnait cette rigidité altière, une allure d’invincible force. Voilà où résidait le secret de l’envoutement d’Oscar fait de splendeur et de passion, ce corps si pur dessiné par la Grace de Dieu avec cette âme aussi indomptable qu’un océan déchaîné.

 

Elle le vit arriver et le regarda sans rien attendre de lui. Elle savait qu’il serait un mur et qu’elle n’avait plus rien à espérer depuis longtemps. Elle était désabusée de son indifférence et cette petite lueur de colère au fond des yeux bleus ne faisait que renforcer leurs éclats. Si elle l’avait surpris avant qu’il ne franchisse la porte du salon. Elle aurait vu l’admiration qu’il lui vouait, elle aurait capturé l’amour qui se lisait sur ses lèvres, elle aurait peut-être même pu entendre le tambourinement de son cœur tant il battait fort contre les parois de son poitrail. Mais, il avait repris le contrôle de ses émotions avant de se présenter à sa vue. Elle avança jusqu’à la voiture et s’y engouffra sans regarder derrière elle. Un serviteur referma la porte pendant que le colonel montait son cheval.

 

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André et Fersen discutaient tranquillement dans un coin de la salle. Le comte suédois s’amusait énormément de voir les efforts que déployait la belle Joséphine pour attirer l’attention de son amant sans que celui-ci n’y soit réceptif. Il y avait un moment qu’il s’était lassé de cette jolie poupée. La chair ne suffisait plus à apaiser son mal. Il s’écartait de plus en plus d’elle. En fait, depuis l’incident du Trianon, il ne supportait plus d’avoir d’autres corps dans ses bras que celui d’Oscar. Il avait progressivement mit fin à ses rendez-vous galants. Mais Joséphine était tenace et le relançait à chaque bal, chaque rencontre dans Versailles. Il essayait de rester en bon terme avec elle, car la dame avait ses entrées auprès des hommes les plus influents de France. Il faisait en sorte d’obtenir d’elle les informations nécessaires et qu’elle suggère des actions à ces messieurs sur le coin de leur oreiller. Que n’aurait-elle pas fait pour une caresse de lui ?

 

Victor et Oscar arrivèrent ensemble comme s’ils étaient encore un couple aimant. Ils allèrent saluer leur hôte avant que Victor ne se détourne d’elle pour rester discuter avec le Marquis de Vieillecastel. Il savait qu’elle ne ferait rien en sa présence et cela l’amusa presque de voir le comte de Maussant épier discrètement dans leur direction. Il s’aventura même à lui adresser un sourire courtois accompagné d’un signe de main comme s’ils étaient amis. Monsieur de Fersen ignorant tout de l’incartade entre Oscar et André cru naïvement à de la politesse. Il répondit lui-même d’un signe de tête pour saluer le couple. André lui resta stoïque, il contenait la violence grandissante de sa haine. Il ne lui aurait offert pour rien au monde la satisfaction de le voir énerver. Mais il ne pouvait s’empêcher de regarder Oscar. Elle était son soleil dans la nuit, son ange dans son enfer. Il en oublia Girodelle et la regardait droit dans les yeux un sourire aux lèvres. Rien que de la voir, il était heureux. Le monde avait disparu pour lui. Ils n’avaient pas besoin de mots pour se parler. Il lui avait sacrifié toute sa vie, il avait accepté d’être son ombre juste pour un peu de lumière.

 

Elle ne pouvait pas rester le regarder sans risquer d’attirer l’attention de son époux. Même s’il faisait comme si elle n’existait pas. Elle était sa propriété et même s’il ne la touchait plus depuis des mois, il n’aurait laissé aucun autre l’approcher. C’est que la comtesse de Girodelle ne laissait pas indifférent les hommes alentours. Il avait gentiment écarté quelques courtisans qui avaient eu l’audace de lui tourner un peu trop autour.

Fersen : Oscar me surprendra toujours. Je ne pensais pas qu’un jour je la verrai ainsi. Où est passé le colonel que nous connaissions ? Je ne vois qu’un ange de beauté !

André (à lui-même) : Il ne va pas lui aussi tomber amoureux d’Oscar… J’ai déjà assez à faire avec Girodelle !

André : Ne me dites pas que vous ne vous intéressez qu’aux femmes mariées ? Il est fâcheux que vous ne l’ayez remarqué avant, car son mari sera plus difficile à berner que notre bon roi.

Fersen : Je suis sûr que le comte n’aura rien contre une seule danse.

André (à lui-même) : Une danse, une seule est déjà trop ! Oh Oscar, je sais que tu l’as aimé. Je ne veux te voir dans ses bras quand je ne peux même pas t’approcher sans que tu me fuies.

 

Fersen parti demander au Comte de Girodelle s’il pouvait danser avec sa « vieille amie ». Bien sûr la tournure employée ne permettait pas d’avoir le moindre refus. Il dût donc obligé d’accepter malgré lui et de confier dans les griffes de ce séducteur étranger la femme la plus désirable de la soirée. Il les regardait inquiet évoluer au milieu de la piste menant avec élégance une danse à quatre mesures. Il savait que sa femme avait eu pour lui quelques tendres penchants et il craignait d’avoir en la personne de Fersen un deuxième rival. Car quel homme n’aurait pas succombé au charme ravageur de son épouse ?

 

Après Girodelle, voilà Fersen qui se mettait à l’énerver. Est-ce qu’une personne dans cette salle pouvait arrêter cette torture ? Mais que faisait la Reine ??? Pourquoi n’était-elle pas à ce bal pour une fois qu’on avait besoin d’elle ? Il regardait le couple danser. Ils étaient comme sur un nuage, après tout n’était ce pas la place que l’on atteignait quand on était dans les bras d’un ange… et que restait-il aux autres ? L’enfer ! André brûlait de ne pouvoir la toucher et lui avait su en quelques mots obtenir ce dont il rêvait toutes les nuits. Il n’en demandait pas plus, juste la tenir lui aurait suffit. Il s’éclipsa de la soirée ne voulant en voir davantage. De toute façon il n’avait rien à craindre, Girodelle veillait sûrement assidument sur sa belle.

 

Joséphine avait vu son regard se perdre sur la silhouette de la comtesse de Girodelle. Elle avait vu ses traits se durcir. Elle l’avait vu partir. Il n’avait pas voulu de sa présence, sans doute voulait-il être seul pour penser à l’autre idiote. Elle se dit qu’elle le laissait se calmer et qu’elle irait le consoler dans quelques heures quand il en aurait fini de ruminer sur cette garce.

 

Le morceau se fini et le comte de Fersen dû lâcher à contre cœur son amie. Oscar avait été un peu troublé de danser avec lui. Il l’avait regardé avec convoitise, il lui avait parlé avec une voix étrangement suave, il l’avait serré plus que nécessaire. Quelle était cette lueur dans ses yeux ? Jamais, il ne l’avait eu auparavant pour elle. Ils se connaissaient depuis près de 10 ans, il savait quasiment depuis le début de leur amitié qu’elle était une femme et pourtant c’était la première fois qu’il la regardait de ses yeux d’homme. Elle se tourna vers son époux, il était encore occupé à parler avec son vieil ami. Elle se sentait terriblement seule, elle étouffait entre les parois invisibles de sa prison. Elle jeta un coup d’œil aux grandes portes fenêtres. Il faisait froid en cette saison dehors. Personne ne devait se rendre dans les jardins, ils étaient donc l’endroit idéal pour un peu de répit. Elle sorti donc discrètement, l’air frais lui ferait le plus grand bien.

 

 

A suivre...

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