Chap 89 et 90

 

Chap 89 : Foutre Dieu !

 

 

Elle s’était assise sur le rebord d’une fontaine, l’esprit vagabondant dans ses souvenirs. Elle était loin, très loin de ce monde, revoyant alternativement ses joies, ses peines, ses fiertés et ses hontes. Danser avec une ancienne chimère n’avait fait que raviver ses blessures actuelles, sa passion pour André et son amour tendre pour Victor. Elle soupirait devant la complexité des sentiments. Tout était tellement plus simple quand elle n’avait pas le droit d’en avoir, quand elle était juste colonel et qu’elle devait simplement faire honneur à son nom.

 

Une ombre descendait silencieusement la façade de l’hôtel des Vieillecastel. Il avait encore raflé un butin des plus conséquents. Il aperçut cette femme seule au milieu des jardins. L’occasion était trop belle ! Il s’approcha discrètement pour estimer les richesses que portait la dame. Il était tapi dans l’ombre d’un buisson et il ne pouvait décrocher ses yeux de cette étrange sylphide. Cette beauté singulière à nulle autre pareille. Le ciel avait-il perdu sur terre une de ses étoiles ? Elle avait cette mélancolie dans le regard. Etait-elle triste d’être séparée de ses sœurs ? Aphrodite dans sa robe rouge comme l’amour était assise sur le bord d’une fontaine et lui humble mortel l’offensait de son regard. Sa peau blanche comme la lune faisait ressortir le rouge de ses lèvres qui comme des cerises appelaient à être goûtées. L’innocente était une proie facile pour ces rubis qui brillaient à cette gorge des plus adorables. Il devait sortir de ses songes avant que cette fée ne disparaisse avec ses trésors. Il se glissa hors de sa cachette et avança à pas de loup vers cet ange tombé du paradis.

 

Oscar avait beau être perdue dans ses pensées, ses habitudes de colonel ne l’avait pas pour autant quitté. Ses sens discernèrent inconsciemment une présence la mettant en alerte et la sortant de ses rêveries. Elle tourna la tête vers l’infime bruissement perçu. Le masque noir eu tout juste le temps de plonger à terre pour se camoufler du rebord du bassin. Elle resta quelques secondes à scruter l’horizon. Bernard pendant ce temps retenait son souffle pour ne pas se faire repérer.

Bernard (à lui-même) : Cette biche à l’oreille plus aiguisé qu’un prédateur. Il s’en est fallu de peu pour qu’elle me découvre.

Oscar (à elle-même) : Tu deviens folle ma pauvre fille, tu t’alarmes du bruit du vent dans les branchages maintenant.

 

Elle abaissa à nouveau sa garde pour savourer sereinement ses méditations solitaires. Bernard saisit l’opportunité d’attaquer sans plus attendre. Il posa une main sur sa bouche pour éviter que la belle ne crie et n’alerte toute la maisonnée et d’un geste rapide lui décrocha son collier. D’une femme normale, il n’aurait rien eu à craindre. Mais Oscar était d’une autre trempe. On ne posait pas sa main impunément sur sa bouche et on subtilisait encore moins un bijou d’une valeur sentimentale sans ne réveiller les foudres de Satan en personne. La furie n’eut même pas besoin de crier pour se défendre. Elle attrapa la main posée sur sa bouche et tira de toutes ses forces sur l’imprudent qui avait osé s’attaquer à elle. Elle le balança à terre le faisant chuter lourdement. S’il avait cru un jour une femme capable d’une telle violence, il aurait sûrement eu la prudence de la maintenir de son bras au lieu de la laisser libre. Mais depuis quand les femmes ripostaient de la sorte ? Il pensait qu’elle crierait de peur, qu’elle serait pétrifiée comme tout le monde. D’habitude même les hommes se statufiaient en le voyant. Et elle ? Qu’avait-elle fait ? Elle l’avait projeté au dessus d’elle avec une force herculéenne dans une prise de défense parfaitement maîtrisé. Il était estomaqué ! Plus ! Il était étalé de tout son long incapable de bouger tant la surprise était forte. Que s’était-il passé ? Il dû rapidement se réveillé car le diable ne l’avait pas oublié. Elle s’était jeté sur lui pour lui reprendre son collier et en avait profité pour lui envoyé deux, trois bonne droites dans la figure.

Bernard (à lui-même) : Seigneur tout puissant ! Mais d’où vient-elle ???

 

Le Malheureux avait commis la pire des erreurs. Il lui avait offert un défouloir pour déverser enfin toute cette rage silencieuse qu’elle étouffait depuis trop de temps. Jamais de mémoire d’homme, il n’avait subit pareille brutalité.

Oscar (en colère et ivre d’une joie mauvaise en même temps) : Voilà ce qu’il en coûte de s’attaquer à un Jarjayes !

 

C’est qu’elle failli bien l’assommer de ses poing de fer. Heureusement pour lui, elle avait beau avoir la force d’un démon, elle demeurait légère comme faite uniquement de plume des anges. Il se dégagea en la faisant basculer à terre. Ses nombreux jupons brimaient ses mouvements. Ce fut une chance pour le masque noir, car si elle avait été en pantalon elle lui aurait décroché au passage un coup de pied qui l’aurait sonné pour de bon. Au lieu de cela, il s’était relevé et filait pendant qu’elle se débattait empêtré dans ses crinolines.

Oscar : Ah non ça ne se passera pas comme ça !

 

Il courait tout en étant encore sous le choc de cette rencontre improbable. Satan avait bien le don de se déguiser en prenant les formes plus inattendues. Elle semblait si fine, si fragile, si innocente. Et pourtant ! Il pouvait bien dire qu’il avait le diable aux trousses ! Elle s’était relevée et elle le poursuivait. C’est que la diablesse courait sacrément vite tout en jurant comme un charretier.

Oscar (hurlant): Foutredieu c’est qu’il s’échapperait le scélérat !... MALOTRU !... CORNARD !... FRIPON !... Bigre que je maudis cette robe!... BOUFFON reviens que je te botte le derrière!.... Canaille !... FAQUIN !... MALPROPRE !... Gougnafier !... COUARD revient ici !.... Arrête-toi crapouillot !... AAARRGGGHHH SATANE CHAUSSURES !!!!... Crevard !.... ESCROC !... Rustre !....Jean Foutre !... COQUIN TU VAS VOIR CE QU’IL ADVIENT A CEUX QUI ME METTE EN COLERE !!!.... Malappris !... CHIEN GALEUX!.... Parbleu c’est qu’il courre vite le pleutre !... Résidu de basse fausse tu vas voir si je t’attrape!... Truandaille tu vas goûter à mon courroux!...

 

Il n’avait jamais entendu autant de jurons dans la bouche d’une seule personne et encore moins d’une élégante aristocrate. Il avait bien croisé un jour une poissonnière à la voix portante et aux manières douteuses. Mais là, elle dépassait de loin tout ceux qu’il avait pu croiser jusqu’à ce jour ! Et cette voix ! Cette voix ! Elle n’appartenait pas pour sûr à une femme…

Il se retourna une fois de plus pour vérifier qu’elle était suffisamment loin. Elle lui aurait sorti un canon de sous ses jupes qu’il n’en aurait pas été étonné. Au lieu de ça, il reçu une chaussure en pleine face.

Bernard : La garce !

 

Oscar n’abandonnait pas si facilement. Elle s’était relevé d’un bond et commença à lui courir après à toutes jambes. Elle failli bien à plusieurs reprises perdre l’équilibre à cause des nombreux pans de sa robe, aussi avait-elle décidé de mettre de côté les bonnes mœurs et de les soulever suffisamment pour avoir le champ libre et courir à pleine vitesse.

Oscar : BOUGRE ! Tu vas me le payer !

 

La rage la portait. Le malheureux, il allait voir de quel bois elle chauffait. Enfin un peu d’action ! Enfin une chance de se battre ! Enfin !!!!!

Oscar : MISERABLE !.... PAS DE QUARTIER !!!!... CLOPORTE…

Oscar (à elle-même) : Pourquoi les femmes portent-elles des souliers aussi peu pratiques ?

Oscar : MORTECOUILLE !!!...... NOM D’UNE PIPE EN TERRE TU VAS T’ARRETER OUI???

 

Il prenait de la distance. Il faut dire lui n’était pas ralenti par tout un fatras de tissus et de stupide chaussure à talon. Elle sourit, mauvaise comme pas deux, elle avait eu une idée ! Elle arracha de ses pieds les dits engins de torture tout en continuant tant bien que mal à courir et profita qu’il se retourne une seconde pour lui jeter le soulier au visage.

Bernard : Ouille !

Oscar : HAHA ! TOUCHE MAROUFFLE ! HAHA ! JE T’AURAIS

 

Elle ne sentait ni fatigue, ni essoufflement. Elle avait le diable au corps et dans la fureur d’attraper le bandit, elle avait décuplé sa force de façon colossale. La chaussure s’était transformé en une véritable arme et avait blessé le voleur en lui explosant l’arcade sourcilière. Elle n’avait pas stoppé sa course, mais elle l’avait un peu déstabilisé lui permettant ainsi de gagner un peu de terrain sur son adversaire.

Oscar : PAR SAINT GEORGE ! JE T’ORDONNE DE T’ARRETER !!! VERMINE !!!!

 

 

Victor cherchait Oscar des yeux et ne la trouva pas dans la salle de bal. Fersen étant en vue avec de gentes dames et André étant déjà parti depuis un moment, il n’avait pas réellement de raison de s’inquiéter de son absence. Pourtant, un doute le prit. Où était-elle passée ? Elle n’était quand même pas allée dehors dans la nuit froide. Il sorti sur la terrasse pour jeter un coup d’œil rapide et aperçut les deux silhouettes qui couraient dans les jardins.

Victor : Ma parole, elle est devenue folle ??? Se prend-elle pour la maréchaussée pour courser les bandits ?

Il dévala les escaliers à toute allure et s’élança à leur poursuite. Il fallait qu’il la rattrape avant qu’elle soit blessée ou qu’elle ne s’embarque dans une situation plus dangereuse encore.

Victor (à lui-même) : Petite sotte ! Qu’ai-je fais au bon dieu pour avoir une épouse pareille ??? Elle ne pourrait pas rester un peu tranquille et ne pas foncer tête baissée dans les problèmes ?

Victor : OOOOSSSSSCCCCAAARRRR !!!!!.... ARRREEETTTTEEE !!!!!!!

 

L’image aurait pu être comique, un bandit masqué tout de noir vêtue fuyant une belle blonde enragé les jupes relevées et pieds nues, elle-même poursuivit par son époux inquiet le tout à un rythme des plus soutenus.

 

Bernard se retourna une nouvelle fois et vit la deuxième personne qui le poursuivait. Il devait se débarrasser d’eux au plus vite et surtout de la superbe mais non pas moins féroce diablesse qui était maintenant à ses talons. Il dégaina son pistolet et tira sur eux pour leur faire peur. Il ne voulait pas les toucher… Quoique ? Peut-être aurait-il dû la viser elle car elle ne reculait devant rien et le bruit de la détonation ne l’avait pas fait ciller d’un pousse. Elle lança sa deuxième chaussure et fit mouche encore une fois ! Bernard se massa la tête à l’endroit de l’impact. Elle n’y allait pas de main morte la peste. Plus que quelques mètres et il atteignait les murailles. Elle ne pourrait certainement pas grimper aussi facilement que lui. Quelques mètres et il serait sauvé. Victor avait dégainé lui aussi son pistolet pour riposter à l’attaque du bandit. Il courrait à en perdre haleine, encore un peu et il serait suffisamment proche pour le toucher. Il visa la jambe et tira. Bernard chuta, mais se releva aussitôt porté par l’adrénaline de l’enjeu. Il avança comme il put jusqu’au mur. Oscar l’ayant vu chuter mobilisa toute son énergie pour le rattraper dans de derniers élans de colère. Il était en train de grimper le mur escarpé et elle bondit sur sa jambe pour le retenir. Il chuta avec elle à terre et elle commença à lui assener d’autres coups.

Bernard (à lui-même) : Bon Dieu !!!!!! Elle cogne fort la bougresse !

S’il n’avait pas vu qu’à sa gorge elle était bien une femme, il se serait demandé si ce n’était pas un homme travesti !

Oscar (animé d’une étrange fureur) : HAHAHA ! Je te tiens !!!!... Tu vas voir ce que tu vas prendre saligaud !

 

Bernard dans un geste de désespoir la repoussa de toutes ses forces et s’agrippa au mur pour l’escalader au plus vite. Elle le suivit s’accrochant à sa botte, puis lui attrapant la ceinture, d’une main, elle lui décrocha la bourse contenant son butin qui alla s’écraser au sol. Il jeta un coup d’œil horrifié vers le sac à terre et encore plus sur sa poursuivante. Il essaya de la faire tomber, mais elle tenait bon ! Il réussi néanmoins à passer le mur et sauta pour aller récupérer son cheval. Le tour aurait été joué si cette garce n’avait pas attrapé sa cape. Il était donc suspendu dans le vide étranglé tandis qu’elle était penché sur le mur les jambes balançant du côté du jardin tandis que le buste était plié vers l’extérieur retenant le malfaiteur.

 

Victor la rattrapait enfin. Il la vit se ruer sur le brigand et lui défoncer le visage à coup de poing. Si elle n’avait pas été sa femme et qu’il ne craignait pas que le bandit sorte une arme qui aurait scellé le destin de son épouse inconsciente face au danger, il aurait sûrement ri de voir une belle dame mettre à terre un voleur. Au lieu de cela, il était inquiet que l’homme n’en arrive à des mesures extrêmes et n’en finisse une bonne fois pour toute.

Victor (à lui-même) : Pourquoi se prend elle toujours pour un colonel ???

Victor : OOSSSSCCCCAAARRR !!!!!! LLAAAACCCCHHHHEEE LLLLEEEEE !!! AAAARRREEETTTTEEEE !!! TU VAS TE FAIRE TUER !

 

Le masque noir sorti son épée de son fourreau et même la lame d’acier près de son beau visage ne l’effraya pas. Elle ne lâchait pas prise ! Il déchira l’étoffe et se libéra enfin de son emprise. Il sauta sur son cheval qui attendait à côté et s’enfuit. Oscar essaya de passer de l’autre coté pour le rejoindre. Mais Victor sauta et lui attrapa les jambes pour l’en empêcher.

Oscar : Cré nom de nom ! Lâche-moi Victor ! Il va m’échapper le chien !

Victor : descends ! Où crois-tu aller comme cela ?

 

Il la tira de toutes ses forces et fini par lui faire lâcher prise. Elle retomba sur lui, plus fâché que fâché. Ses yeux lançaient des éclairs, ses lèvres étaient pincées sous la colère, ses traits étaient dur comme du temps où elle était colonel.

Oscar (ton fortement réprobateur) : Victor… j’allais l’attraper à cause de toi, il a filé !

Victor : Pourquoi tout cela?

Oscar : Pourquoi ????... On ne me vole pas sans que je n’agisse !

Victor : Tu te rends compte du danger que tu encourais ? Qu’aurais-tu fait s’il t’avait touché de sa balle ?

Oscar (mauvaise foi) : Il ne savait pas viser la preuve je n’ai rien ! Je n’allais quand même le laisser partir sans rien faire !

Victor : Tu aurais dû justement !

Oscar : mais c’était ton collier….

Victor : Qu’est ce qu’une poignée de diamant en comparaison à ta vie ?

Oscar : Qu’est ce que ça peu bien te faire de toute façon ?

Victor : Idiote !...

 

Oscar le regarda, surprise, prête à lui envoyer quelques insultes dûment choisie… ça tombait à point, elle s’était un peu entrainé avec ce voleur masqué. Mais il ne lui laissa pas le temps de dire quoi que ce soit et fini sa phrase.

Victor : Parce que je t’aime !

 

Elle s’attendait à tout sauf à ça. Il l’ignorait royalement depuis des mois et là, il lui balançait comme on jette des fleurs un « je t’aime ». Elle réalisa soudain que depuis le début de leur échange il n’avait pas pris ses distances habituelles avec un vouvoiement agaçant, qu’il l’avait regardé tremblant presque sous les émotions. Mais ces petits mots, elle ne les attendait vraiment plus, enfin, elle pensait qu’elle ne les entendrait jamais plus de sa bouche. En parlant de bouche, elle était encore tout à son étonnement quand il déposa un baiser sur ses lèvres. Elle ne l’avait pas embrassé depuis tellement de mois. Quelle sensation étrange de les retrouver aussi tendre que dans ses souvenirs, toujours aussi pleine de douceur. Si elle avait su plus tôt qu’il suffisait qu’elle se mette en danger pour qu’il cesse de la bouder, elle aurait couru après tous les malfrats du royaume. Elle le retrouvait enfin. Il la tenait serré dans ses bras, l’homme qu’elle avait épousé. Sa colère s’évanouissait sous la chaleur de son étreinte. Ses lèvres reprirent leur souplesse sous le contact suave et velouté des siennes. Elle se laissait sombrer dans une sorte de mollesse complètement conquise par ces gestes qu’elle n’espérait plus.

 

Plusieurs hommes étaient descendus dans le jardin en entendant les coups de feu. Ils avaient vu les silhouettes au loin sans bien distinguer les personnes en question. Ils les avaient rejoints complètement essoufflés. Ils n’auraient pas dû les déranger mais dans l’empressement de leur course pour venir les secourir, ils n’avaient même pas remarqué à cette distance qu’ils s’embrassaient langoureusement près de la muraille.

Homme : Seigneur ! Que s’est-il passé ?? Nous avons entendu des coups de feu et nous vous avons vu courir.

 

Victor se décrocha des lèvres de sa femme et se retourna vers eux pour leur répondre. Oscar était toute pantelante contre lui, mais son regard se chargea à nouveau des flammes de l’enfer vers ces odieux personnages qui venaient les perturber tandis qu’ils se réconciliaient enfin. Mais réalisaient-ils ses imbéciles des efforts qu’elle avait menés pour en arriver là ? Etaient-ils donc si presser de mourir pour venir dans un moment pareil ??? Elle les aurait bien coupés en deux pour les faire taire et reprendre des activités plus agréable.

Victor : Tout va bien Dieu merci ! Le courage de ma chère épouse a empêché le voleur masqué d’emporter son butin. Elle n’a rien et nous avons eu plus de peur que de mal.

Oscar (à elle-même) : Peur ? Peur ! Parle pour toi ! Moi j’étais comme un poisson dans l’eau ! Bon, dès que tu as fini de bavarder, il serait bien que tu te concentre à nouveau sur moi…

 

Les hommes virent le sac à leurs pieds et emportèrent les bijoux à l’intérieur. Ils se retrouvèrent à nouveau tous les deux. Oscar entreprit de l’attirer vers elle, mais il opposa une résistance et se défila.

Victor : Oscar, laisse-moi encore un peu de temps ! Sache que je t’ai pardonné mais mon cœur souffre encore. J’ai longtemps espéré que le seigneur me donne la force de dépasser ma colère, aujourd’hui je sais que mon amour est plus fort que mes blessures. Je ne peux me mentir, chaque jour loin de toi je réalise à quel point je t’aime et à quel point j’ai besoin de toi. Je vis dans un monde sans étoile dès que tu n’es pas là et mes nuits s’éclairent d’une lumière plus aveuglante que le soleil en ta présence. Je n’aurais pu te survivre s’il t’était arrivé quelques choses tout à l’heure. Je n’ose même pas imaginer un monde où tu n’existerais pas. Je t’aime, mais laisse moi le temps de ramasser les fragments de mon cœur.

Oscar (à elle-même) : Du temps ? Connait-il ma patience légendaire pour me demander une chose pareille ? J’ai besoin que tu me sauve de moi-même ! Arrête de faire l’imbécile !!!

Oscar : Idiot ! Je t'aime!

 

Elle plongea sur ses lèvres et l’embrassa avec passion. Il ne pouvait pas lui résister encore. Elle était passé en quelques minutes d’une brutalité féroce avec le masque noir à un monstre de volupté et de douceur avec lui.

Oscar : Tu m’as manqué toi aussi ! J’avais tellement besoin de toi…

 

Comment ne pas succomber à une femme comme elle ? Elle était de ces énigmes de la vie, une contradiction vivante. Sa dualité était la source de son pouvoir, de son charme magnétique. Il s’était retenu trop longtemps pour que n’explose les derniers barrages, pour que ses dernières réticences ne disparaissent en fumée.

 

Le masque noir avait filé. Il éperonnait son cheval pour qu’il ne ralentisse pas une seconde. Il l’avait échappé belle. Il était encore abasourdi de ce qu’il lui était arrivé. Il avait tout perdu à cause de ce démon. Elle ne pouvait être une femme ! Lucifer était bien la plus belle des anges déchus. Elle avait la force d’un homme avec une poitrine de femme. Elle devait certainement cacher sous les pans de sa robe sa longue queue pointue et dans sa coiffure haute ses cornes de diable. Elle était le maitre des enfers, le chef de la milice céleste du mal personnifié.

 

Il était blessé, il devait se reposer au plus vite avant qu’il ne soit trop tard. Heureusement pour lui, André n’habitait pas loin. Il pourrait certainement lui offrir un refuge et les quelques soins nécessaires. Il se délesta de sa cape noire et de son masque pour que personne ne fasse le lien entre le masque noir et lui. Il chevaucha ensuite jusqu’à la demeure de son ami. Il se fit le plus discret possible pour entrer dans le domaine. André ne dormait pas encore. Il était assis au coin du feu un verre à la main et se leva immédiatement de son fauteuil en entendant frapper à cette heure à la porte. A cette heure tardive, les domestiques dormaient depuis longtemps. André ne leur demandait pas de faire le service aux heures avancés de nuit. Il préférait se débrouillé le plus souvent seul, la plupart du temps, il leur demandait même de ne pas le servir. Ses domestiques étaient plus des employés qui régissaient pour lui la bonne marche de la maison que des esclaves serviles. Une de ses premières actions en tant que comte avait été d’ailleurs d’augmenter les gages de chacun d’eux et de redistribuer les richesses de ses impôts aux courageux travailleurs de ses terres. Il ne gardait que le nécessaire pour sa sœur, lui n’ayant besoin de rien.

 

André ouvrit donc lui-même la porte au visiteur. Il trouva son ami appuyé contre le mur, le visage en sang et une balle dans la jambe. Il passa le bras de son ami autour de son cou et l’aida à entrer.

André : Mon ami ! Que t’est-il arrivé pour que tu sois dans cet état ?

 

Il le fit monter dans une des chambres et l’installa sur un lit. Il examina rapidement les différentes plaies et parti chercher le nécessaire pour le soigner. C’est qu’avec la guerre, il était devenu un expert en matière de blessures. Il avait souvent dû aider les infirmières débordées par l’afflux des victimes. Il avait besoin d’une pince pour déloger la balle, d’alcool pour désinfecter, de bandages, de quelques baumes pour cicatriser et pour les nombreux hématomes. Il revint au chevet de son ami, il ne voulait demander l’aide d’aucun domestique pour que personne ne découvre un lien entre lui et le chevalier noir. Même s’il savait que ses gens étaient fiables et qu’il n’aurait pas à leur demander de se taire pour qu’ils soient de vraies tombes. Il préférait éviter tout risque de malencontreux bavardages. Dans ces cas là, il ne pouvait vraiment compter que sur une seule personne, Jean-Baptiste. Il alla le chercher dans sa chambre. Celui-ci avait la tête enfoncé dans les oreillers, la culotte mal ajusté laissait apparaitre une fesse un peu trop blanche qui jurait avec le teint halé de son dos. Le grand gaillard dormait comme un bienheureux. André eu presque des scrupules de le sortir de ses songes. Mais bon, il rêverait de sa sœur un peu plus tard, il avait besoin d’une infirmière maintenant.

André lui secoua l’épaule. L’homme émergea de son océan de plume les yeux encore clos pour renvoyer la personne qui avait la bêtise de le réveiller or que le jour n’était pas encore levé. Il ouvrit légèrement une paupière et aperçut le visage d’André penché au dessus de lui.

JB : Général ? L’ennemi attaque ?

André : Non la guerre est finie ! Mais j’ai besoin de toi ! Suis-moi !

JB : A cette heure ? Humm (renfonçant sa tête dans l’oreiller)… ça peu pas attendre demain ???

André : Allez viens !

 

Jean Baptiste s’arracha à son lit, resserra les liens de sa culotte et le suivit. Il avait les cheveux en bataille, les yeux encore bouffis de sommeil. Il trainait des pieds péniblement en accompagnant son ami.

JB : Bon dis-moi ! Qu’est ce que t’a de si urgent pour me sortir du lit à cette heure ?

 

Ils arrivèrent devant la chambre où Bernard était allongé. André ouvrit la porte et Jean Baptiste découvrit le blessé.

JB : Qu’est ce que vous avez fait tous les deux pour qu’il revienne dans cet état là ton ami ?

André : Moi ? Je n’ai rien fait et j’avouerai que je ne sais même pas encore ce qui lui est arrivé…

 

André déchira le pantalon de son couteau pour avoir accès à la balle. Il demanda à Jean Baptiste de le tenir et lui donna un morceau de cuir pour le mordre afin d’éviter que ses cris n’alertent la maison. Il n’avait rien hélas chez lui pour atténuer la douleur. Il devrait travailler à l’ancienne. Il nettoya d’abord le sang séché à l’eau clair puis aspergea l’orifice avec l’alcool. Bernard se cambra un peu sous la brûlure mais Jean Baptiste le maintenait solidement. Il fit signe à André de continuer. André plongea avec dextérité la pince dans les chairs, saisit fermement le projectile. Bernard avait eu de la chance, la balle ne s’était pas brisé et n’avait pas touché l’os non plus. Il tira d’un coup sec et fit sortir d’un coup la ferraille. Il versa à nouveau de l’alcool sur la meurtrissure et referma proprement en quelques points la déchirure.

 

Bernard souffla un grand coup. Il avait bien choisi son médecin. Il avait été d’une efficacité incomparable. André regarda ensuite le visage tuméfié de son ami.

André : Bon il faut que tu me raconte ce qui t’es arrivé ! On dirait que tu es passé sous les sabots d’un cheval !

Bernard : Tu ne me croiras jamais si je te raconte ma soirée.

Il lança un coup d’œil vers Jean Baptiste. André comprit sa frilosité face aux oreilles de cet inconnu.

André : Tu peux parler en tout quiétude. Jean Baptiste est un ami très fidèle et loyal. Jamais un mot prononcé ici ne sortira de sa bouche. Je suis garant de lui comme de moi-même.

Bernard : Non mais tu ne me croiras pas tout de même !

 

André commençait à nettoyer le visage de son ami. Il était sacrément amoché.

André : Déjà je pense que ton dernier cambriolage s’est mal passé…

Bernard : Exact, mais s’était facile à deviner vu mon état !

André : Ils te sont tombés dessus à combien pour te faire ça ?

Bernard : une… enfin deux personnes ! Mais je dirais plutôt une car le deuxième est arrivé après il m’a juste tiré dessus…

André : A deux seulement ? On jurerait pourtant que tu t’es battu avec une armée entière !

Bernard : C’est ce que je te disais tu ne me croirais jamais… Qui pourrait penser qu’une faible femme cogne de la sorte ?

André & JB : Une femme ???? C’est une femme qui t’a fait ça ?

Bernard : Elle devait être le diable déguisé… Jamais je n’ai vu pareil violence et comparé à ses yeux, les flammes de l’enfer ressemblaient à une bougie !

JB : Une femme ?

Bernard : C’est ce qui m’a étonné également ! Elle avait l’air si douce et délicate comme une fleur posée sur le bord d’une fontaine. La proie était trop belle et Satan m’avait tendu un piège ! Sa beauté avait attiré mon regard et les pierres à son cou étaient les tentations idéales pour un jeu qui s’avéra bien dangereux.

André réfléchi une seconde. Ce n’était pas possible !

JB : Comment est-ce possible une femme ?

André ne disait rien, mais il se doutait déjà de l’auteur des coups. Il laissait son ami parler amusé d’imaginer ce pauvre Bernard sous les griffes d’une Oscar furieuse.

Bernard (à André) : Non ne rit pas de moi mon ami ! Même toi tu ne te serais douté de rien. J’ai à peine décroché son collier qu’elle me flanquait à terre. Sa force, sa maîtrise du combat, sa violence… Ce n’était pas une femme !

JB (ne comprenant plus) : Bah c’était une femme ou non qui t’a tabassé ???

Bernard : Elle avait l’air d’une femme, mais ce n’en était pas une ! Impossible ! Elle m’a poursuivi à travers tout le parc en courant comme une gazelle et en proférant des insultes que je n’avais même jamais entendu auparavant !... Elle n’était même pas essoufflée quand elle m’a rattrapé !... C’était un démon, je ne peux pas me l’expliquer autrement !

André riait franchement, il en était sûr ! Il n’y avait qu’elle pour être capable de ça !

Bernard : Attends, regarde mon visage ! Ce n’est pas des coups que pourraient porter une femme ! Jamais je n’ai vu pareil brutalité !!!

André (essayant d’arrêter de rire): Dis-moi, tu n’aurais pas commis ton cambriolage à l’hôtel de Vieillecastel ?

Bernard : Comment le sais-tu ?

André : Et la dame en question était une superbe nymphe blonde au visage d’ange portant une robe rouge ?

Bernard : Le diable sous son meilleur camouflage !

André : Alors, tu t’en es bien tiré ! Elle aurait pu te tuer…

Bernard & JB : Tu la connais ???

André : Bernard… Tu viens de rencontrer l’incroyable Oscar de Girodelle !

Bernard : A non tu fais erreur ! La belle m’a dit qu’elle s’appelait Jarjayes !

André : Jarjayes était son nom de jeune fille ! Et crois-moi…si tu la croise à nouveau fui car elle serait bien capable de mettre tout l’univers à feu et à sang pour finir ce qu’elle a commencé.

Bernard : Je veux bien te croire… Je ne pensais pas qu’une créature telle qu’elle pouvait exister…

 

André appliqua les derniers soins à son ami et le laissa se reposer. Jean-Baptiste attendit d’être sorti de la chambre pour le questionner.

JB : Oscar de Jarjayes… Ce n’est pas la femme dont tu es amoureux ?

André : Exact…

JB : J’ai déjà vu la dame, elle est plus fine qu’une brindille. Elle n’aura jamais pu faire ça à un homme comme Bernard. Il m’a l’air costaud, il sait se battre !

André : Ne sous-estime pas cette belle ! Quand elle est en colère, Belzébuth n’a qu’à bien se tenir…

JB : Mais tout de même, une femme contre un homme ?

André : Elle était colonel… des hommes, elle en a maté plus d’un ! Alors il a du avoir une drôle de surprise notre ami en la croisant… Dire qu’il croyait avoir une proie facile… hahaha !... Mon incroyable Oscar… Toujours pleine de ressources !

JB : Tu es fou d’aimer un danger comme elle !

André : Si elle est le diable, je veux bien aller en enfer sur le champ ! hahaha !

 

Un peu plus tard, André et Jean-Baptiste discutaient encore autour d’un verre quand se présenta à sa demeure la belle Joséphine. Elle ne devait pas voir Bernard ici, surtout pas dans son état. André envoya Jean-Baptiste pour s’en débarrasser.

JB : Bonsoir Madame. Je suppose que vous venez voir André.

Joséphine : Qui d’autres ? Allons laissez-moi entrer !

JB : Je suis désolé, mais André dors depuis un moment. Il a demandé à ne pas être dérangé.

Joséphine : André dormir à cette heure ? Vous plaisantez, c’est un oiseau de nuit ! Je saurais comment me faire pardonner pour le dérangement. Ne vous en faites pas je connais le chemin jusqu’à sa chambre.

JB : Veuillez revenir un autre jour, je vous prie !

Joséphine : Est-il accompagné ?

JB : Non !

Joséphine : Je vois alors…

 

Elle reparti sans n’ajouter mot, mais la jalousie remplaça son sang dans ses veines et rempli son cœur d’une bile noire.

 

 

Chap 90 : Des bruits de couloir

 


Victor se réveillait avec sa femme dans les bras. Il avait encore été bien faible face à elle. Elle obtenait vraiment tout ce qu’elle voulait de lui. Elle dormait paisiblement sur son torse, les cheveux éparpillés comme les rayons du soleil autour d’elle. Il sentait son souffle chaud et régulier sur sa peau. Il la regardait, elle avait l’air d’un ange. Il dessina du doigt sans même l’effleurer le contour de ses lèvres. Comment une si délicieuse bouche avait pu proférer autant d’insultes ? Il sourit en pensant à la veille. Ce voleur masqué se souviendrait de son épouse pendant longtemps. Il posa un baiser délicat sur son front et resserra son étreinte. Il l’aimait tant ! Il avait eu si peur de la perdre. Elle s’agita un peu et sorti de son sommeil. Elle ouvrit les yeux et reconnu la peau blanche de son époux, les lignes des pectoraux. Elle sourit et doucement glissa son doigt longeant la clavicule, puis le sternum et en continuant à se perdre sur la ligne médiane de son abdomen jusqu'à tomber sur son nombril. Elle releva la tête et lui offrit un sourire radieux. Oh oui ! Il était bien faible face à elle ! Mais comment ne l’aurait-il pas été devant cette beauté n’ayant besoin de nul artifice pour illuminer ses jours et ses nuits ? Il se pencha un peu pour goûter au miel de ses lèvres. Qu’il aimait être faible avec elle ! Qu’il aimait être avec elle ! Dommage qu’il doive se lever pour prendre son service. Il serait bien resté.

Victor : Il faut que j’y aille…

 

Elle se leva emportant avec elle les couvertures. Il resta nu étendu sur le lit amusé par son comportement d’enfant gâté. Elle était partie dans le boudoir et passait ses doigts sur les touches d’ivoires. Il s’appuya au chambranle de la porte et restait la regarder admiratif. La lumière du petit jour découpait sa silhouette dessinant les ombres de son dos dévoilé jusqu’aux reins. Elle tenait négligemment d’une main le tissu autour d’elle laissant apparaitre sur le côté la naissance d’un sein et une partie de son flanc. Elle était si fine et si pure, véritable allégorie de la délicatesse. Le drap de soie enroulé autour d’elle avait un aspect vaporeux où les nombreux plis faisaient penser aux intumescences des nuages. La nymphe faisait mine de l’ignorer se concentrant sur les quelques notes qui s’échappaient du piano. Ses cheveux libres retombaient de façon désordonnés sur ses épaules et dans son dos. Cette crinière de lumière renforçait l’image quasi surnaturelle de sa beauté. Il avança jusqu’à elle et posa un genou à terre avant de lui prendre la main pour poser un baiser léger comme une brise sur ses doigts. Il leva ses yeux vers elle. Ses yeux verts clairs, calmes comme des prairies, avaient ce reflet de bonheur de l’Eden. Elle lui sourit, ses yeux pétillaient d’une lueur malicieuse. Elle ouvrir sa main et laissa choir le tissu à ses pieds. Il serait en retard aujourd’hui.

 

Optionnel spécial dédicace à une copine Girouette

 

LEMON… DEDENETTE ET MINEUR FUYEZ (passez à la suite directement)

GIROUETTE ET GIGINETTE MAJEUR ENJOY !

 

Elle avait son corps mis à nue entièrement. Cette nouvelle vénus était pour lui un million de fois plus belle que celle de Botticelli. Tel un pèlerin venant de rencontrer le sacré il ferma les yeux comme éblouis. Avec les gestes d’un dévot, il embrassa son nombril dépassant la réalité profane de cet acte pour entrer dans un univers surnaturel. Un millier de micro décharge se mirent à parcourir son corps comme un courant se propageant des lèvres à son cœur par un phénomène de conduction mystique. Ils en tremblèrent tous les deux mues par une indicible force. Il s’écarta à nouveau et baissa les yeux pour reprendre contenance. Il se passa quelques secondes sans qu’aucun mouvement ne soit fait. Il gardait la tête légèrement penché comme attendant l’absolution et telle une déesse de ces gestes lents, elle fit glisser sa main de ses cheveux jusqu’à sa joue, arrêtant la course de ses doigts à sa bouche. La pulpe de son index flatta la lèvre inférieure charnue et souple comme un raisin juteux. Les va et viens de ce doigt joueur lui firent entrouvrir légèrement les lèvres, laissant s’échapper des souffles chaud comme les vents du désert qui lui chatouillèrent la peau. Il releva les yeux en partant de ses pieds, il se senti irrémédiablement attiré par ses cuisses ferme et blanche comme le lait. Il leva une main mais suspendit son geste n’osant profaner de cette impie la pureté de cette sainte. Ses yeux continuèrent leur exploration grimpant les vallons, dévalant les collines, s’égarant sur quelques courbes trop suggestives, tels que la naissance d’un sein à la ligne parfaite où venait éclore un bouton de rose capable de faire renoncer à toute piété le plus religieux des hommes. Mais l’étude n’était pas finie. Il lui restait tant de trésor à contempler encore, presque à regret il les détacha de ces fleurs aussi parfaites et délicates que celle des cerisiers japonais. Il remonta son regard gourmand vers la fossette claviculaire à la base de son cou, un cou long, fin, si délicat qu’un cygne en aurait été jaloux. Il s’attarda sur la veine fragile de son cou qui comme un métronome donnait le rythme. Il aurait voulu embrasser cette veine pour sentir un peu sur ses lèvres les chants de ce cœur mystérieux. Il remarqua soudain qu’elle le fixait de ses prunelles d’azur comme le ciel de l’été. Combien de temps avait-il été absent perdu dans son adoration ?

 

Elle s’impatientait, aussi prit-elle les devants en se penchant pour offrir à cette bouche abandonnée les réponses à leurs prières muettes. La pression était douce tout en étant généreuse. Le baiser avait gardé le goût de ses rêves, en tout point exquis. Très vite, il bascula se laissant submerger par sa passion. Son sang déferlait rapide et brulant dans ses veines comme des vagues de lave. Chaque centimètre, chaque gramme, chaque grain de la poussière le composant s’embrasèrent pour le faire renaitre de ses cendres. Il s’empara avidement de ses lèvres, les dévorant d’un baiser enfiévré. Il enfouit une main dans sa crinière d’or ne sachant si c’était pour la retenir ou pour ne pas chavirer complètement. De son autre main, il enlaça sa taille et l’attira vers lui pour l’allonger sur le tapis. L’indomptable guerrière se laissa étrangement diriger acceptant la conquête de cet homme amoureux.

 

Elle était maintenant étalée sur le dos, il la surplombait en l’encadrant de ses bras. A grands efforts il relâcha sa bouche lui faisant ainsi apercevoir ses prunelles animées d’une ferveur démesurée et ses lèvres où s’étirait un sourire coquin. Il redescendit le long de son corps suivant le chemin initial de ses yeux en les remplaçant par ses lèvres, s’arrêtant sur tous les ports et tous les rivages où son regard avait échoué, embrassant jusqu’à la rendre folle les bijoux qui avaient attisé sa convoitise. Elle se tordait, gémissait. Elle enfonçait ses doigts dans sa chevelure les serrant, les tirants, le suppliant… le suppliant de ne surtout pas arrêter. Tout son corps était devenu électrique sous cette bouche vorace, il lui jeta un dernier coup d’œil pétillant avant de s’attaquer au cœur de sa féminité. Il écarta ses cuisses de ses mains qui n’avaient besoin de nulle autorité pour se faire obéir et se plaça en face de ce temple sacré. Il commença par de léger frôlement. Elle donna quelques mouvements de rein pour approcher de cette bouche, invitant le bourreau à officier. Il ne se fit pas prier plus longtemps et pressa ses lèvres contre les portes du temple. Il cherchait, bousculait, titillait de ces lèvres exaltées. Elle se laissait emporter par l’excitation. La sentant prête à succomber à la folie, il glissa sa langue experte dans la fente échauffé par les sensations. Cette langue inquisitrice la fit se cambrer quand elle entra dans le domaine sacré. Il joua avec elle, la noyant sous des plaisirs charnels, s’arrêtant par moment pour la mettre au supplice avant de reprendre encore plus attentif à chaque soubresaut. Elle avait les larmes aux yeux, elle se mordait la lèvre inférieure pour retenir ses cris. Il avait incendié tout son corps. Il surveillait l’expression de son visage, se délectant de sa victoire.

 

Il relâcha cette fleur ravagé par le plaisir et le désir pour s’insinuer tout entier en elle. Il n’aurait rien laissé passer, pas une parcelle n’aurait été oublié. Il remontait en l’embrassant encore avant de prendre à nouveau possession de sa bouche. Ils étaient corps à corps et sa verge gonflée impatiente se frayait déjà un passage en franchissant la fente humide. Il ne put étouffer un râle rauque sous la décharge que lui procura la pénétration. Son corps brûlant appelait à l’assouvissement de sa faim. Il entama un mouvement de va et viens puissant explorant en profondeur cette caverne bénie. L’ondulation commune leur faisait perdre la raison. Elle lui griffa le dos en s’agrippant à lui sous une vague trop forte de plaisir. Il lui attrapa les mains et les plaqua au sol pour la maitriser tout en continuant les assauts survoltés. Il s’était écarté d’elle dans cette manœuvre et ils furent uniquement imbriqué l’un à l’autre par leur bassin.

 

Elle prit appuie sur ses jambes pour tenter de le faire basculer. Tout à son plaisir, il grogna un peu avant de lui concéder ce changement. Ils basculèrent ensemble pour ne pas se dessouder et elle le domina à son tour. Il acceptait cet échange de bon cœur aimant particulièrement voir son amazone le chevaucher. Il appréciait autant les sensations que le spectacle que lui procurait cette position. Elle était complètement empaler sur son membre durci par le désir et dirigeait maintenant la cadence. Elle voulait le pousser à la démence, aussi alternait-elle les rythmes jouant de ses mouvements pour accroitre les sensations. Il admirait ses seins blancs qui tressautaient à chaque à-coup. Il les empaumait, les massant généreusement, malaxant les tétons roses pour démultiplier ses zones de plaisirs. Il était parfois obliger de fermer les yeux et de laisser échapper un râle sous l’exquise torture que lui infligeait sa femme. Ils n’en pouvaient plus trop dépassés, trop stimulés, déjà vaincus. Elle avait atteint déjà l’extase et il avait repoussé plus avant le supplice pour lui en offrir un suivant encore plus fort et un autre… encore. Elle voulait que lui aussi se libère et atteigne la jouissance. Il se retenait, mais elle ne le laisserait pas décider. Elle dirigeait. Elle fit des mouvements plus exigent, plus rapide. Elle accroissait de manière considérable les attaques qui faisaient fondre ses défenses, baisser sa garde. Elle voulait lui donner comme il l’avait fait ce plaisir absolue. Quelques à-coups plus forts que les autres eurent raison de lui. La jouissance s’insinua dans ses veines en même temps que la libération de sa sève. Elle lui avait arraché un cri, un cri sauvage, un cri de plaisir brut. Il était encore cambrer sous cette ultime décharge et elle savourait son triomphe. Elle s’effondra enfin sur lui, se lovant contre son épaule. Quand il reprit ses esprits, il l’embrassa d’abord sur le front avant de lui lever le menton pour continuer sur ses lèvres.

 

Heureusement, son lieutenant ne le voyant pas arriver avait passé les hommes en revue et avait commencé les exercices. Le Colonel se présenta à la caserne dans la matinée. Ce n’était pas dans ses habitudes de s’absenter, lui toujours si sérieux. Le lieutenant le regarda étrangement, il lui aurait bien posé mille questions au sujet de son retard. Mais, il ne pouvait se permettre ce genre de bavardage et d’indiscrétion avec son supérieur. Il se contenta de le détailler à la recherche de quelques indices.

 

Le lieutenant était un homme discret mais très curieux. Ces qualités lui étaient bien utiles pour résoudre de nombreuses intrigues de la cour et avait été un atout dans son ascension rapide en tant que second du colonel. Il faut dire qu’il s’adonnait avec une certaine joie à la découverte de tous les secrets qui trainaient aussi bien derrière les portes des salons jusque dans les quartiers des domestiques. Il avait un œil partout et laissait volontiers trainer une oreille attentive sur toutes les discussions alentours. Aussi aujourd’hui, le retard de son colonel était un de ces potins croustillants dont il se délectait. Il alla donc chiner les bruits de couloir pour découvrir les activités qu’avait eu son supérieur entre la veille et aujourd’hui. Il fut aisé d’apprendre qu’il s’était rendu à la demeure du marquis de Vieillecastel. Tout le monde ne parlait que de la tentative de vol du masque noir. Il se demandait alors le lien entre le retard du colonel et l’incident de la veille. Il entendit un groupe d’homme parler des coups de feu du jardin et du couple Girodelle ayant récupéré les bijoux. Sa femme avait peut-être été blessé, lui qui y tenait tant était sans doute resté auprès d’elle ce matin. La gracieuse dame avait dû être bouleversée par l’agression. Il ne la connaissait que très peu, il l’avait vu quelques fois au bras de son époux et pouvait aisément comprendre l’attachement de son colonel pour sa sublime femme. Il avait bien déjà entendu dire par certains anciens soldats qu’elle avait été un chef extraordinaire. Mais il pouvait difficilement imaginer une si frêle créature commander une armée.

Victor (sec): Lieutenant quand vous aurez fini de me détailler, vous irez suivre la reine pour sa promenade au lieu de rêvasser…

Lieutenant : Oui colonel !

 

Le lieutenant détestait jouer la nounou de la reine. Mais il devait avouer qu’en ce qui concernait les potins et les complots, il était servit en trainant aux alentours de la souveraine. Déjà, rien qu’avec la Polignac, il ne pouvait pas s’ennuyer. Mais quand celle-ci mise à l’écart à cause du beau suédois rencontrait la belle Joséphine. Il pouvait être sûr que cette équipe serait des plus explosives.

Lieutenant (à lui-même): Que préparent ces deux pestes ?

Il essaya de s’approcher discrètement, mais les harpies étaient prudentes et s’éloignèrent du cortège royal pour avoir la paix. Il ne pouvait les entendre de sa place. Mais il remarqua un serviteur qui venait leur apporter des rafraichissements. Il faudrait qu’il retrouve cet homme pour lui poser quelques questions. Il n’avait déjà pas réussi à prouver que la belle Joséphine était l’auteur de l’empoisonnement de Madame de Girodelle, il mettrait à jour leur nouveau complot pour monter dans l’estime de son colonel.

 

Il est vrai que les deux femmes n’avaient pas les mêmes personnes pour cibles, mais que les liens existants entre les différents protagonistes rendaient possible une vengeance commune absolument exquise. Elles avaient choisi de s’accorder pour éviter d’empiéter malencontreusement sur les plates bandes de l’autre et surtout pour fusionner leurs moyens. Le lieutenant les surveillait du coin de l’œil, il eut une sueur froide quand les deux dames se mirent à glousser ensemble d’un rire inquiétant.

 


A suivre...

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