Chap 93 : Ironie du sort !
Il la souleva et l’installa sur sa monture tout en y grimpant en même temps. Que faisait-elle à Paris à cette heure ? Qu’avait-elle encore fait pour que Bernard la recherche ? Il la tenait contre lui, heureusement il l’avait trouvé avant ses amis. Une autre chance était que Victor avait abandonné depuis quelques temps de le faire suivre par son espion. Il la ramena chez lui pour la soigner. Il entra aussi discrètement que possible et alla l’installer dans sa chambre. Il lui défie sa cape et enleva ses bottes avant de l’installer sur son grand lit. Il resta la regarder quelques secondes avant d’aller chercher de quoi soigner sa plaie et sa bosse. S’il avait imaginé qu’il la verrait deux fois aujourd’hui dans ces deux endroits aussi improbable l’un que l’autre, il se serait trouvé absurde. Pourtant, elle était bien là.
Il ramena de l’eau claire pour nettoyer le sang, un baume pour sa bosse et des bandages. Il tamponnait doucement pour ne pas lui faire mal. Il essayait de rester insensible mais il ne pouvait s’empêcher de laisser glisser ses yeux de temps à autres sur ces lèvres roses légèrement entrouvertes. Il déglutissait difficilement en tentant de garder le contrôle de ses gestes. Il termina les soins en bandant la tête qu’il reposa délicatement sur l’oreiller. Elle ne s’était pas réveillé sous ses différentes manipulations. Il s’installa à côté d’elle pour veiller sur son sommeil. Pour une fois qu’il pouvait la regarder dormir. Il n’allait quand même pas s’en priver. Il s’enhardit même jusqu’à avoir l’audace de poser un tendre baiser sur sa bouche offerte. Elle était si paisible, si désirable dans son inconscience. Il égarait ses doigts dans la longue chevelure blonde, remontant par moment effleurer sa joue plus douce et plus lisse que de la soie. Elle était allongée là dans sa chambre. Il en avait rêvé, enfin pas exactement dans cette situation. Mais elle était rien qu’à lui en cet instant. Il savait que ce n’était qu’un rêve car dès qu’elle ouvrirait les yeux, elle le chasserait encore de sa vie. Il s’octroyait ces quelques répits de bonheur à la regarder.
Il était tranquillement assis à côtés d’elle, les doigts entrelacés dans les siens. Comme il aurait voulu qu’elle ne se réveille pas tout de suite pour profiter encore un peu plus. Mais elle s’agita et sortie doucement de son sommeil. Les paupières encore lourdes et sa tête subissant encore quelques relents de douleur, elle émergea péniblement à la réalité. Où était-elle ? Comment était-elle arrivée là ? Que s’était-il passé ? Une foule de question se bousculait dans son cerveau encore embrumé. La pièce était éclairée par la faible lueur de bougies. Elle ne reconnaissait pas les lieux, elle était désorientée. Elle revenait progressivement aux sensations de son corps et remarqua la chaleur irradiant sa main. Elle baissa ses yeux vers cette chaleur étrangère à son corps et vit les doigts entrelacés aux siens. Elle leva ses yeux vers le propriétaire de cette main, André. Elle lui sourit sans même sans rendre compte. Il avait ce regard si doux. La lumière vacillante des bougies faisait danser sur sa peau les ombres de son visage comme de petites fées joyeuses. Elles semblaient courir le long des sillons, glisser sur ses vallons pour accentuer chaque volume. Ses traits carrés contrastaient d’autant plus avec les courbes plus sensuelles de ses lèvres. Ses longs cils noirs encadraient son regard comme une forteresse pour en protéger leurs mystères, ils lui donnaient une force obscure et tendre à la fois. Il ne la quittait pas des yeux scrutant chaque réaction. Elle était encore dans le flou le plus totale, complètement abandonnée dans cette semi-conscience. Il lui sourit. Elle se sentait bien à côté de lui, elle aimait tant le voir sourire. Comme ça lui manquait de le voir sourire. Elle sursauta. Que faisait-elle à côté d’André ? Qu’avait-elle fait ? Comment s’était-elle retrouvée ici avec lui ? ET c’était où ici ? Elle écarquilla les yeux et se redressa pour regarder autour d’elle. Elle avait toujours ses vêtements.
Oscar (à elle-même) : Ouf ! Mais bordel que s’est-il passé ????
Elle inspecta autour d’elle et il s’amusa énormément de son air dérouté. Il fini par consentir à l’aider un peu.
André : Tu es dans ma chambre, si c’est la question que tu te pose.
En effet, elle se posait bien cette question. Mais pas que celle-là. Une chose à la fois, au moins maintenant elle savait où elle se trouvait. Bizarrement cette réponse l’inquiéta encore plus qu’elle ne la rassura. Qu’y avait-il eu avant ? Qu’y aurait-il après ?
Oscar (à elle-même) : Pas craquer ma fille ! Soit forte ! Sa chambre !!! Oh mon dieu…
Oscar : Qu’est ce ?... Qu’ai-je ?... Comment ?... Toi !
Tout était tellement confus et pourquoi avait-elle mal à la tête ? Avait-elle trop bu ? Elle avait quitté Jarjayes à la nuit tombée pour aller à une taverne. Mon dieu, avait-elle abusé de quelques liqueurs ? Etait-elle venue ici d’elle-même ? Pourquoi tout était si désordonné dans sa tête ? Elle était si pâle et sa respiration torturée trahissait son désarroi.
André : Je t’ai trouvé blessé, je t’ai ramené pour te soigner.
Elle posa sa main sur sa tête, senti les bandages autour de son crâne et une douleur aigue sur sa bosse. Comment s’était-elle blessé ? Des images revinrent de sa soirée, la taverne, la chapelle, la fuite. Etait-elle tombée de cheval en essayant quitter la chapelle ? L’avait-il trouvé en la poursuivant ? Que s’était-il passé entre eux ? La voyant toujours plongée dans ses réflexions, il l’aida à nouveau.
André : Tu étais dans une ruelle parisienne inconsciente. Je n’allais pas te laisser comme ça.
Il l’avait trouvé à Paris. Paris ! Elle se souvint sa poursuite du masque noir. Quelle ironie, elle l’avait fuit, elle avait poursuivit le bandit pour l’oublier et voilà qu’elle se retrouvait dans sa chambre. Le destin ne lui était vraiment d’aucun secours pour se détacher de lui. Il la regardait toujours calmement, attendant un quelconque mouvement, attendant juste qu’elle revienne à la réalité. Elle le fixa soudain de ses grands yeux pleins d’incompréhensions. Sa poitrine se soulevait fortement. Elle reconnu l’oppression exercé par ses bandages. Elle fut rassuré de les sentir. Au moins, ils n’avaient encore rien fait. Il ne bougeait pas d’un millimètre, il était devenu comme la statue d’Apollon vivant. Elle ne put s’empêcher de contempler ce visage chéri entre tous et de laisser ses yeux glisser sur la peau hâlé de son torse. Il avait sa chemise négligemment ouverte qui offrait à sa vue sa musculature trop bien faite. Comme si elle n’était pas déjà suffisamment troublée de se trouver dans sa chambre, il fallait en plus qu’il soit dans une tenue si indécente. Enfin, une tenue qui provoqua chez elle des réactions trop violentes. Elle eut chaud et ses joues s’empourprèrent.
André était resté l’étudier. Il n’osait pas bouger pour ne pas l’effrayer, pour ne pas qu’elle le fuit. Il voyait bien qu’elle s’interrogeait sur ce qui l’avait conduit ici. Il avait senti son regard posé sur lui et avait remarqué la charmante coloration de son visage. Elle était tellement adorable, comme un petit oiseau blessé, bouleversé par la situation, innocente dans ses réactions de petites filles et pourtant plus femme que jamais.
Elle retira ses doigts qu’elle avait oubliés lié aux siens. Elle avait l’impression qu’ils brûlaient encore d’être restés trop longtemps contre cet être désiré. Il leva alors la main abandonné trop sauvagement et replaça délicatement une mèche blonde derrière son oreille.
Chap 94 : les non-dits
Ils étaient les yeux dans les yeux. Ils n’avaient pas besoin de mots. Ils le savaient tous les deux, toutes ces choses qu’ils ne devaient pas se dire, tous ces mots qui leurs consumaient le cœur, tous ces songes qui hantaient leurs nuits et leurs silences. Ils n’avaient besoin de rien pour savoir ce que l’autre moitié d’eux vivait, habité des mêmes tourments. Leurs cœurs ne saignaient-t-ils pas de la même manière, ne chantaient-ils pas le même désespoir. Ils avaient perdu le droit de s’aimer et même dans leurs interdits ils ne pouvaient s’en empêcher. Rien ne changera, rien ne l’effacera. Ils s’étaient faits une promesse inconsciente de ne jamais s’oublier. Ils étaient liés quoi qu’ils en disent « tant que tu es en vie, je suis en vie », leurs vies ne se l’étaient-ils pas promis l’un à l’autre, n’avaient-ils pas survécu uniquement en pensant à l’autre ? N’étaient-ils pas liés l’un à l’autre comme la lune l’est au soleil, le clair et l’obscur. Tel était leur amour, étincelant et condamné aux songes qui arrivent avec la nuit, doux au milieu de l’enfer qui en résultait, absolue sans qu’il n’ait le droit d’exister.
Ils étaient tous les deux et ce silence n’était autre que leur réponse criante face à tout ce qui était déjà écrit. Sa main effleura son cou en suivant cette mèche rebelle. Elle frissonna et un souffle s’échappa. Hypnotique. Ils ne décrochaient pas leur prunelle l’un de l’autre, comme il était impossible de dissocier le ciel de la terre. Ils s’avouaient muets et immobiles toute leur passion tyrannique. Mais que pouvaient-ils faire eux qui ne survivaient que de mirages ? Un sourire triste aux lèvres, ils le savaient. Elle était son tout et sa seule raison. Elle était… Comme il avait mal de ravaler tout ce qu’il voulait lui dire. Cependant, il le lui devait, elle avait déjà assez souffert pour lui. Alain lui avait tout raconté. Il ne devait plus la blesser. Comment pourrait-il se pardonner toutes ces larmes qu’elle avait versées ? Comment pourrait-il prétendre l’aimer s’il ne faisait rien pour la protéger ?
Il reposa sagement près de lui sa main trop gourmande. Il baissa les yeux rompant ainsi l’envoûtement. Il entendait sa respiration beaucoup trop chargée. Il avait son propre cœur qui coincé à sa jugulaire essayait de s’échapper en brisant les fines parois de la veine. Elle ferma également les yeux pour mieux retenir les larmes qui venaient se cacher sous ses paupières closes. Pourquoi devaient-ils s’aimer autant ? Pourquoi étaient-ce si dur de faire semblant ? Une tension trop forte les figeait dans leurs souffrances, ils avaient tellement besoin de l’autre. Ils étaient l’antidote à ce maux qu’ils ne maîtrisaient pas. Chacun étant le remède de l’autre, créant le mal et le guérissant par la même occasion. Ensemble ils se regardèrent à nouveau, maître et esclave tour à tour, les invocations immatérielles de leurs âmes s’élevant vers un dieu qui les avaient abandonnés. Leur lien, rien ne pourrait jamais le briser. Leur amour foudroyant les tétanisait déjouant du mieux qu’ils le pouvaient l’issue inéluctable de leur rencontre. C’était à lui de la sauver. Après tout n’avait-il pas abusé que trop déjà en volant quelques instants à la regarder ? Il le savait qu’il n’aurait pas dû la ramener ici mais il n’avait pas résisté à la tentation de la soigner lui-même, de veiller sur son sommeil.
André : Ne craint rien, il ne s’est rien passé. Je n’ai fait que te donner les soins nécessaires. Tu es libre de partir quand tu te sentiras mieux. Je mets à ta disposition mes chevaux ou une voiture quand il te plaira. Tu devrais cependant te reposer encore un peu.
Oscar n’arrivait pas à prononcer la moindre syllabe. Elle n’arrivait pas à penser, trop chavirer dans le magnétisme de son amour indomptable. Elle devait le quitter au plus vite avant de ne plus en avoir le courage, sa volonté étant déjà vaincue. Elle se devait d’être inflexible pour sauvegarder l’illusion, pour défendre le radeau de bonheur qui lui appartenait encore. Pourtant s’éloigner était une douleur insurmontable. Combien de fois, par combien de manière devait-elle le perdre ? Il était si proche qu’elle pouvait presque entendre son cœur. Il était assis à sa droite, elle pouvait sentir son parfum légèrement ambré mêlé à l’odeur si caractéristique de sa peau. Il était simplement là et cela lui suffisait pour la bouleverser. Elle ne devait pas rester une seconde de plus à côté de lui. Il était bien trop dangereux. Elle se leva d’un bond en rassemblant les bribes de son courage, s’appuyant sur ses résolutions. Il baissa les yeux pour ne pas la regarder partir.
Elle s’était mise debout, mais le sang était resté bloqué dans son cœur n’irriguant plus son cerveau. Elle happa l’air autour d’elle pour se donner une contenance. Elle ne put rien faire d’autre, déjà sa vue se brouillait, les images tournaient, ses jambes se dérobaient. Elle chutait. André sauta hors du lit pour la rattraper avant qu’elle ne s’écrase au sol. Il la retenait dans ses bras. Son corps était aussi mou que celui d’une poupée de chiffon. Elle ne pouvait plus faire un geste, ses yeux ne voyaient plus du tout, ses oreilles bourdonnaient. Tout était complètement noir autour d’elle, elle failli sombrer dans l’inconscience. Il était arrivé à temps, mais la posture lui faisait battre le cœur aussi rapidement que le galop d’un cheval. Il la tenait serré contre lui, le visage presser contre son torse, les bras autour d’elle. La première chose qu’elle perçu fut le bruit de son cœur et malgré son agitation, il l’apaisa. Elle resta quelques secondes de plus à ne rien voir et ne rien percevoir d’autres que ce bruit. Elle reprit progressivement des forces dans ses membres. Elle ne pouvait pas encore tenir debout, mais son corps reprenait un peu de vigueur.
André : Oscar, est-ce que ça va ?
Elle leva son visage vers lui. Ses yeux étaient plongés dans l’obscurité la plus totale, pas une forme, pas une couleur ne venait éclairer ses ténèbres. Seule sa voix la guidait.
André : Oscar, réponds-moi s’il te plaît…
Oscar : André…Je… Je…
André : Oscar, dis-moi !
Oscar : Je ne vois plus… rien
Il la souleva et la posa à nouveau sur le lit. Il avait son visage à quelques centimètres du sien. Elle avait les traits tirés sous l’inquiétude. Que devait-il faire ? Comment pouvait-il la rassurer ? Il lui caressa la joue doucement, elle pressa davantage sa joue contre cette main familière comme pour chercher un repère dans ce néant.
Oscar : André parles-moi !
André : Oscar !
André (à lui-même) : Pourrais-je te dire que je t’aime ?
André : Ne t’inquiète pas je suis avec toi…
Oscar ferma les yeux, elle inspira profondément en les rouvrant espérant que son mal disparaîtrait, toujours rien. Elle posa sa main sur son bras, il était toujours là. Il était inquiet pour elle. Il observait les pupilles dilatés priant pour que la cécité ne soit que temporaire. Moins de trois minutes qui semblèrent durer des heures s’étaient écoulées avant qu’elle ne parvienne à distinguer un léger halo de lumière, puis progressivement les formes revinrent. Il était juste au dessus d’elle toujours à guetter les variations de sa rétine. Curieusement la première chose qu’elle reconnu fut ses yeux, ses émeraudes fascinantes. Puis se détacha de l’environnement flou les contours de son visage, l’ombre de son nez et le dessin régulier de ses lèvres qui lui parlaient. Quelles étaient envoûtantes ces lèvres !
André : Est-ce que tu vas mieux ? Je te vois bouger les yeux…
Oscar : Oui, ça reviens… mais c’est encore si sombre
André soulagé de la voir aller mieux la serra dans ses bras instinctivement. Elle se laissa aller à cette douce étreinte. Elle se sentait tellement protéger dans ses bras. Elle aimait tellement le sentir contre elle. Ils étaient abandonné l’un à l’autre oubliant tout le reste. Elle était si bien avec lui, elle était trop vulnérable. Elle se dégagea et essaya de se lever encore. Il la retint l’emprisonnant dans ses bras.
André : Je t’en prie Oscar… ne fais pas ça !
Oscar : Je dois partir !... Il le faut !
André : Je te promets que tu n’as plus rien à craindre de moi…
Oscar (à elle-même) : Pourquoi cela mon amour ? Tu ne m’aime plus ???? Suis-je la seule à t’aimer encore?
André : … Alain m’a tout raconté de ces cinq années… Je m’excuse de t’avoir fait tant souffrir… Je sais, je ne peux changer le passé… Pourtant si je le pouvais… Je ne te ferais plus de mal… Plus que quiconque tu as droit au bonheur… Je ne serais pas une entrave… (à lui-même) Je t’aime Oscar, je t’aime au point de me condamner à un châtiment pire que la mort.
Oscar : …André !... Je dois partir…
André : Je ne te laisserai pas… pas dans ton état… tu n’arriveras pas à me convaincre. Alors soit tu te recouche de ton plein gré, soit …
Oscar : Soit ?
Il la serra plus fermement contre lui et se jeta sur le lit. Elle était étalée de tout son long sur lui. Que la tentation de l’embrasser était poignante ! Elle ne voulait même pas se débattre… Oh oui, elle ne voulait pas s’extirper à cette punition terriblement agréable. Pourtant, elle le devait car elle craignait que ses propres démons deviennent intenables. Il avait éclaté de rire en lui jouant ce mauvais tour. Savait-il qu’il était atrocement séduisant quand il riait ?
André : Maintenant tu vas être un peu raisonnable ou je dois rester te séquestrer de mes bras ? J’avoue que j’adore être ton bourreau pour ce genre de supplice !
Oscar était rouge comme une pivoine, elle se senti si ridicule de ne pas avoir la moindre once de résistance face à lui. Sa fierté lui permit de reprendre un peu le contrôle de ses sens et d’aligner quelques mots.
Oscar : Si je me rends… est-ce que tu me relâcheras ?
André : Enfin raisonnable !
Il ouvrit ses bras la libérant. Qu’elle avait froid soudain ! Elle aurait voulu qu’il refuse, elle aurait presque voulu qu’il la force à en obtenir davantage pour que ça ne soit pas sa faute… Pourquoi était-il si respectueux ? Elle n’aurait pas été contre qu’il lui arrache la chemise et l’embrasse fougueusement. Au lieu de cela, elle roula sur le côté pour séparer leurs deux corps. Il essaya de ne rien laisser paraître à son trouble. Dans sa tête des idées des moins honorables le traversaient excitant ses sens bien malgré lui. Il décida de faire la conversation pour chasser ses pensées des plus impurs de son esprit.
André : Alors ma chère… Que faisais-tu à Paris ?
Oscar : Eh bien, Je… Je poursuivais le masque noir…
André : Seule ? Es-tu devenue folle ? Pourquoi as-tu fais ça ? Tu n’es pas chargé de la police !
Oscar : Je ne suis peut-être plus colonel, mais je le devais !
André : Ne recommence plus ! Tu n’as pas à courir après lui !
Oscar (en colère) : Je l’attraperai que ça te plaise ou non… foi de Jarjayes ! On ne s’attaque pas à un Jarjayes sans en subir les représailles !
André : ça tombe bien, tu n’es plus une Jarjayes… Madame de Girodelle !
Oscar : … (ggrrr !!!)… Je suis née Jarjayes et personne ne me changera !
André : Laisse cette traque à d’autre ! Tu ne devrais pas te mettre en danger comme cela… Imagine si je ne t’avais pas trouvé. Je ne suis pas sûr que le masque noir te traite avec autant de courtoisie que moi… Que t’as fait ce voleur pour tu t’acharnes contre lui ?
Oscar : Et toi pourquoi le défends-tu ?
André : Il ne fait qu’aider le peuple ! La colère gronde… si personne ne fait rien, le changement se fera dans la violence…
Oscar : Et tu les entraînes bien vers ce changement d’après ce que j’ai vu ce soir… Alors tu es toi aussi d’accord avec les agissements de ce bandit.
André : Je ne pense pas que ses intentions soient mauvaises…
Oscar : Je vois… Je suis la seule à trouver que le vol est quelque chose de répréhensible.
André : Oscar… Je n’ai pas dit ça…
Oscar : Non n’ajoute rien !
Il avait voulu discuter pour détendre l’atmosphère au lieu de cela, elle s’était énervée. Elle commençait à l’enjamber pour le quitter. Qu’avaient-ils donc tous à être d’accord avec ce malfrat ? Pourquoi l’abandonnait-il tous ? Alain, André… Elle était donc seule à croire encore à la justice. Elle allait partir sans compter l’intervention d’André qui voulait lui éviter un autre malaise. Il l’attrapa au passage et la plaqua contre son corps. Elle ne se rebellait pas. Ils étaient retombés dans leur hypnose. Ils respiraient lourdement, leurs souffles se mêlaient tant ils étaient proche. Ce fut au-delà d’eux. Leurs consciences avaient chaviré. Ils avaient succombé malgré eux. Leurs lèvres se joignirent fiévreusement suivit par le ballet de leurs langues. La folie s’emparait d’eux les embrasant instantanément. Ils se serraient davantage comme pour fusionner. Elle avait glissé ses doigts dans ses cheveux, les perdant dans les boucles sombres et sauvages. Il froissait l’étoffe de sa chemise de ses mains curieuses. Il l’aurait volontiers déchiré pour avoir enfin accès à sa peau. Leurs corps se répondaient animés des mêmes désirs. Ils ne pouvaient se contrôler davantage, leur sang trop brûlant incendiant leurs veines comme une traînée de lave. Ils ne se relâchaient qu’une demi-seconde le temps de reprendre leurs souffles et se dévoraient ensuite avec la même ferveur. Ils se donnaient de façon instinctive. Il prit le dessus en la retournant sur le lit et la surplombant. La chemise largement ouverte offrait à sa vue, à ses mains à ses lèvres sont torse musclé. Elle était tenté de lui embrassé tout le corps, de le caresser. Mais un sursaut de conscience l’en empêcha. Elle venait de sentir se presser contre sa hanche la virilité arrogante d’André. Cette sensation la plongeait à la fois dans son propre désir et dans sa honte cruelle. Elle essaya de décrocher ses lèvres, mais leur instinct animal avait pris le dessus. Ils étaient emportés dans le tourbillon de leur soif d’amour. Comment pouvait-elle résister à ses mains caressantes ? Comment pouvait-elle refuser ses baisers passionnés ? Comment pouvait-elle s’éloigner de ce corps convoité ?
Elle se dégouttait. Son comportement lui inspirait la plus profonde répugnance. Elle n’avait pas le droit, elle était mariée. Elle dû s’appuyer sur toute cette répulsion d’elle-même pour trouver la force de le repousser, pour ne pas aller plus loin. Il se laissa étrangement faire. Il ne lutta pas trop conscient des efforts qu’elle avait dû faire, trop honteux de n’avoir pas sut échapper à la tentation de la corrompre encore. Mais que pouvait-il ? Il l’aimait à en devenir fou. Il l’aimait au-delà de toutes limites. Il s’écarta d’elle de son plein gré. Elle avait raison, ils ne devaient pas rester ensemble. Il comprenait pourquoi elle le fuyait sans arrêt. Quoi de plus justifier pour tenter de garder un peu de dignité. Il baissait les yeux honteux, n’osant même pas la regarder de peur d’être poussé par son démon à commettre d’autres exactions sur elle. Elle eu besoin de plusieurs précieuse seconde pour reprendre son souffle, pour reprendre un semblant de calme.
André : Je te fais raccompagner chez toi… Je te demanderai juste de ne faire aucun effort et d’appeler le médecin dès que possible.
Il appela un domestique pour qu’il prépare le carrosse. Puis il prit la longue cape posé sur une chaise et vint lui-même la lui attacher. Etaient-ils les mêmes personnes qui s’embrassaient quelques minutes avant ? Ils étaient devenu si froid, si distant pour contenir le feu destructeur de leur amour interdit. Ils s’étaient enfermés dans une cage de verre pour ne pas libérer cette partie d’eux-mêmes qu’il ne pouvait combattre.
Ils faisaient ce qu’ils devaient faire. Cependant la douleur ne serait pas un leurre. Il la souleva pour qu’elle n’ait pas à marcher et alla l’installer sur le siège de la voiture. En la déposant, il senti son cœur tomber et se fracasser au sol comme s’il était de cristal. Comme cette séparation lui était dur. Comme se détacher d’elle lui était pénible. Comme il aurait voulu que tout soit différent. Elle ne pouvait rien dire. Elle pinçait ses lèvres pour les empêcher de trembler. Que n’aurait-elle pas donné pour une nuit dans ses bras ? Pour un baiser de plus ? Elle était gelé ainsi seule assise et pourtant son corps la brûlait encore au souvenir de ses caresses. Elle le regarda fermer la porte de l’habitacle. Ils ne pleuraient pas mais leurs âmes étaient déjà noyées. Ils l’avaient confié à Jean-Baptiste seul confident suffisamment loyal pour être le dépositaire de ce secret trop lourd. Il aurait voulu la raccompagner lui-même mais il craignait de céder encore aux caprices de son cœur aliéné. Jean-Baptiste prit la place du cocher. Ils les avaient vu et comprenait cette douleur indicible qui se lisait sur leurs visages.
JB : Quel dommage pour ces deux là ! Ils s’aiment comme je n’ai jamais vu aimer auparavant.
Chap 95 : Une tête bien dure
Jean Baptiste avait déposé Oscar à sa demande un peu avant l’entrée de Jarjayes pour que personne ne voie le carrosse qui la dépose. Il resta néanmoins la suivre discrètement jusqu’à qu’elle pénètre dans le château afin d’être sûr qu’elle n’ait pas le moindre souci en chemin. Il faut dire qu’il imaginait très bien la colère d’André si quelque chose lui arrivait. Jean Baptiste n’était pas un homme craintif, loin de là. Son courage justement avait à de nombreuses reprises forcé l’admiration. C’est justement son caractère aussi droit que téméraire qui lui avait permis de devenir l’ombre du lion. En outre après toutes ces années auprès de lui, il savait qu’il ne connaissait pas grand-chose de lui, mais il avait reconnu cette lueur étrange au fond de ses yeux quand il s’agissait de la comtesse de Girodelle. Il avait vu cette montagne ébranlé par cette femme. Alors il avait comprit toute la puissance de leur lien. Il faut avouer que la comtesse ne pouvait pas laisser indifférent. Son ami avait un goût excellent en matière de femme et celle là était incontestablement la plus surprenante, autant pour sa beauté que pour cette force singulière qui se dégageait d’elle. Elle était un peu comme lui, capable d’avoir un masque plus solide que l’acier et en même temps de vous figer par un simple regard de glace.
Oscar croisa le petit Gilbert. Il était resté l’attendre. Il fut très inquiet de voir le bandage autour de sa tête. Il la questionna mais elle resta très évasive sur les événements de sa soirée. Elle monta dans sa chambre pour se reposer un peu. Mais, elle ne trouva pas le sommeil. Elle tournait et se retournait dans son lit. Pourquoi avait-il fallu qu’elle croise André ce soir ? Comment l’avait-il trouvé ? Que faisait-il dans ce lieu à cette heure tardive ? La cherchait-il pour la voir dans cette ruelle ? Et pourquoi ? Pourquoi diable n’arrivait-elle pas à se maîtriser en face de lui ? De toute façon, le jour se levait à peine deux heures après son retour. Au petit jour, elle enleva les bandes pour éviter qu’on ne lui pose trop de question. La plaie n’était pas trop moche et ses cheveux camoufleraient suffisamment la bosse pour que personne ne la remarque. Elle avait juste ce teint plus blafard que celui d’un mourant qui ne la quittait pas. Si au moins une fois dans sa vie elle s’était maquillée, elle se serait poudrée pour que personne ne le remarque. Mais si elle avait la bêtise de mettre une once de couleur sur son visage, tout le monde se demanderait ce qu’il se passe. Elle soupira, avec un peu de chance personne ne ferait attention à elle.
Après une soirée aussi tourmenté que la sienne, elle avait besoin de voir ses enfants pour lui donner le courage nécessaire d’affronter son double. Elle se rendit donc dans la chambre où ses deux anges dormaient encore et s’assit pour veiller à leur sommeil. La petite Anne Sophie avait tellement grandit ces derniers mois. Elle devenait de plus en plus jolie, elle avait les yeux de son père et la blondeur de sa mère. Elle était d’une nature beaucoup plus calme qu’André Alexandre. Ce trait de caractère aussi elle l’avait pris de son père car André avait tout d’elle et était une véritable tornade. Elle était penchée au dessus du berceau attendrie. Elle eu soudain un frisson qui lui parcouru le dos, elle posa sa main sur son ventre. Elle avait perdu quelques mois plus tôt son enfant, son héritier peut-être. Elle se sentait rongé de remord et pourtant il ne lui avait jamais fait de reproche. Elle aurait voulu lui donner un fils, elle ne craignait rien pour son premier né. Il avait cet amour inconditionnel de père et un héritier ne l’aurait en rien diminué. Il aimait André Alexandre et même son nom ne le dérangeait pas. Pourtant, elle se sentait maintenant tellement coupable de l’avoir privé d’héritier. Elle eu un mauvais pressentiment et s’angoissa.
Oscar avait le cœur trop lourd, trop lourd de toutes ces larmes qui remplaçaient son sang. Elle était épuisée de se combattre en permanence tiraillé entre deux amours si différents, entre une vie qu’elle n’avait pas choisie mais qu’elle avait consentie et appris à aimer et cet amour surpuissant. Quel étaient ses autres choix hormis se résigner ? Elle se devait d’étouffer cet autre au fond d’elle, de la mater pour prévenir toute rébellion. N’avait-elle pas toujours su se contenir ? N’avait-elle pas appris dès le plus jeune âge à se taire ? Il fallait qu’elle enferme ce cœur dans un coffre et qu’elle le noie ! Elle n’avait pas le droit de faiblir.
Un peu plus tard dans la matinée, elle descendit marcher un peu dans le parc. Elle voulait prendre un peu l’air, penser à autre chose. Elle devait faire le vide dans son cœur. Elle ne devait pas se laisser emporter par ses pulsations déraisonnables. Pourquoi l’avait-elle revue ? Pourquoi ? Elle devait oublier et se concentrer. Autrefois quand elle était colonel, elle se jetait dans le travail. Elle frôla sa bosse et se souvint de son altercation avec le masque noir. Il avait dit « c’est la femme du colonel des gardes royales ». Comment la connaissait-il ? Quand elle l’avait croisé la première fois, elle n’avait dit que son nom de jeune fille. Elle aurait pu être n’importe laquelle de ses sœurs. L’avait-il agressé la première fois en sachant qui elle était ? Qui était-il ? Elle s’immobilisa. Que cherchait-il à faire ? Avait-il dérobé les armes de son père pour se venger contre sa famille ? Allait-il s’en prendre encore à eux ? Elle regarda vers la fenêtre de la chambre de ses enfants. Une inquiétude la traversa. S’il s’en prenait à eux et si André Alexandre était en danger… Il était un Jarjayes lui aussi.
Oscar (à elle-même): C’est impossible ! par deux fois il m’a épargné… et Ils le portent en estime… je dois être sûr ! je dois savoir si c’est un bandit ou un cœur pur !
Gilbert vint la rejoindre. Elle avait repris quelques couleurs, mais était encore un peu pâle. Il la scrutait du coin de l’œil.
Gilbert : Oscar qu’avez-vous en tête ? Votre air ne me dit rien qui vaille !
Oscar : Tu t’en fais pour rien… il n’y a absolument rien !
Gilbert (à lui-même): où étiez-vous hier soir ? Que préparez-vous ? Vous ne voulez rien me dire… mais je ne suis pas dupe ! Vous avez beau faire semblant, je vous ai vu blessé et je vois votre blancheur maladive… je vous protégerais envers et contre tous
Oscar (à elle-même) : Ce soir… Ce soir j’irai te débusquer !
A suivre...
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