Chap.96 à 100

Chap 96 : Tel est pris qui croyait prendre !


 

Oscar enfila comme la veille une tenue des plus discrètes et effaça toute trace de féminité. Elle attacha en ceinturon son épée et son pistolet comme du temps où elle était militaire. Comme ceci lui semblait étrange de se retrouver dans sa tenue d’arme et d’aller au devant des problèmes. Elle sourit. Elle avait toujours été faite pour ce genre de vie et elle n’avait jamais eu peur du danger. Elle se glissa silencieusement à l’extérieur de la bâtisse et fila. Gilbert la suivit mais avec son expérience elle ne tarda pas à le repérer.

Oscar : Que fais-tu là ? Rentre au château !

Gilbert : non, je viens avec vous…

Oscar : Je ne veux pas d’un enfant dans les pattes…

Gilbert : J’ai 18 ans… Je suis un homme ! Je vous suivrai que vous le vouliez ou non ! Je sais que vous manigancez quelque chose… Je veux vous aider. Je sais que je pourrais vous être utile ! Quoi que vous disiez… je ne changerai pas d’avis et si vous voulez me renvoyer… je ne serais plus à vos ordres et je viendrais quand même !

 

Oscar serra les dents devant l’insolence du petit Gilbert et fut par la même touché de son dévouement. Elle inclina la tête et l’autorisa ainsi à l’accompagner.

Oscar : Tu devras faire ce que je te dis… c’est ma seule condition… tu me le promets ?

Gilbert : Croix de bois ! Croix de fer !

Oscar : Bien !

Gilbert : Au fait… où allons nous ?

Oscar : Rechercher le masque noir !

Gilbert : Le masque noir ?!? Vous avez perdue la tête ??? il est très dangereux !

Oscar : Pars si tu as peur ! Rien ne t’oblige à venir… je préférerai d’ailleurs…

Gilbert : N’y pensez même pas !

 

Oscar avait prévu de commencer ses recherches près du palais royal. C’était le dernier endroit où elle avait croisé le chevalier noir et où ses acolytes l’attendaient. Leur repère ne devait pas être loin, peut-être même à l’intérieur du palais. Elle ne pouvait cependant pas s’y rendre directement n’ayant plus aucune légitimité dans les affaires du royaume. Elle devait donc inspecter les alentours pour essayer d’en savoir plus.

Oscar : Toi Gilbert tu te poste là. Tu ne bouge sous aucun prétexte… Tu me rendras compte des aller et venue de cette porte arrière. Moi je vais de l’autre côté !

Gilbert : Ce n’est pas prudent de se séparer ! Comment pourrais-je vous aider en cas de problèmes

Oscar : Ne t’en fais pas pour moi, je sais me défendre et j’en ai maté de plus coriace que celui-là…

 

Rien, depuis plus d’une heure et pas de traces d’individus louche, quelques bourgeois, quelques nobles étaient entrés dans la demeure du Duc d’Orléans. Le masque noir était-il un de ces hommes qui entrait en toute lumière pour en ressortir dans l’ombre d’un masque ? Le duc était-il le commanditaire de cet homme ? Tout était calme, peut-être même trop calme. La fraîcheur de la nuit la faisait frissonner. Elle était recroquevillée depuis trop longtemps derrière ces caisses de bois sans que rien ne se passe. Peut-être ne viendrait-il pas ce soir… Peut-être était-ce le hasard qui les avait conduits ici la veille ? Elle allait sortir de sa cachette pour se dégourdir les jambes quand elle reconnu sa voix. La ruelle mal éclairé découpait sa silhouette et l’entourait d’un halo diffus. Il parlait à quelqu’un, un autre homme large comme un mur. Qui était cet homme ? Quel était leur lien ? Elle n’avait pas eu besoin de le voir de plus près pour le reconnaître immédiatement. Ils se séparèrent, « le mur » retourna vers le palais, tandis qu’il quittait les lieux aussi insaisissable qu’un fantôme. Que faisait-il là ? Etait-il … ? Pourquoi cette mascarade ? Elle était sous le choc. Il est vrai que son attitude, ses opinions… et puis il était là et il la connaissait. Il ne l’avait pas tué, il avait juste essayé de l’empêcher de lui courir après. Non ça ne pouvait être lui. Elle devait en avoir le cœur net. Elle devait savoir. Elle commença à le suivre, mais il était une véritable anguille. La nuit sans étoile ne l’aidait guère à distinguer des formes, cependant elle lui procurait une couverture suffisante pour ne pas se faire remarquer. Il avait rejoint deux autres hommes. Vers où se dirigeaient-ils? Elle continua à les suivre, mais c’était sans se douter qu’un troisième homme arrivé un peu après avait remarqué cette présence étrange. Ses pas étaient plus silencieux que ceux des chats. Il savait qu’avec elle, il fallait mieux être prudent. Il avait appris à ses dépends qu’elle était pleine de ressource. Aussi resta-t-il à bonne distance. Elle suivait André. Pourquoi ? Ils se connaissaient sûrement. André ne l’avait-il pas reconnu immédiatement quand il la lui avait décrite ? Etait-elle une de ses maîtresses ? Il sourit à cette idée, la dame était fort belle mais bien trop violente. Elle devait seulement l’avoir croiser à la cour.

 

André et les deux hommes entrèrent dans une cave. Oscar scrutait les alentours pour voir si le lieu était gardé. C’était le moment idéal pour la surprendre. Heureusement pour lui, il avait gardé dans son sac sa tenue de masque noir. Il avait prévu d’agir après la réunion de ce soir, le destin ferait qu’il n’y assisterait pas. Il avait finalement plus important à faire. Elle était attentive. Comment une femme pouvait avoir l’air si aguerri ? D’ailleurs sous ses frusques d’homme on aurait juré un jeune homme ! Il profita qu’un autre groupe d’homme entre dans la cave pour se rapprocher d’elle. Cette fois-ci, il ne ferait pas l’erreur de la sous-estimer. Il sorti de sa poche une fiole d’éther, imbiba son mouchoir et plus silencieusement que le vent lui-même arriva jusqu’à elle pour l’endormir. Point de combat, point de violence, il ne pouvait pas frapper une femme, mais elle était trop dangereuse pour être appréhendé sans sécurité préalable. Comme prévu, elle s’écroula en quelques secondes. Ce fut presque trop facile. Il la porta à travers les ruelles. Il allait l’enfermer dans un des cachots. Il devait la questionner sur ses intentions et les raisons qui la motivaient à le chasser. En plus, il ferait d’une pierre deux coups… son père céderait une jolie récompense pour sa libération. Elle avait voulu jouer au chat et à la souris et elle était une bien curieuse souris.

 

Il se dépêcha d’arriver à sa planque du palais royal. Gilbert attendait toujours sagement qu’Oscar se décide à rentrer au domaine. Il vit le masque noir avec ce gros paquet sombre sur l’épaule. Il faisait sombre, mais il se dit que ça pouvait bien être un corps.

Gilbert (à lui-même) : Seigneur dieu… Oscar !

L’homme était déjà protégé par les grilles et des gardes armés. Comment pouvait-il porter secours à son amie ? Il sorti de sa cachette et avança nonchalamment au abord du palais pour essayer de repérer une entrée.

 

Bernard déposa oscar sur une paillasse et enleva le mouchoir d’éther qui la bâillonnait. Elle avait été si légère, elle semblait si douce dans ce sommeil. Il doutait presque qu’il s’agissait de la furie qui l’avait pourchassé. Il caressa sa joue et laissa sa main descendre le long de son corps jusqu’à sa ceinture. Il lui ôta ses armes.

Bernard : Tu va être gentille cette fois. J’ai perdu tout mon butin l’autre fois à cause de toi. Il faut bien que je me rembourse quand même.

 

Il la laissa seul et ferma consciencieusement la porte. Il regarda sa montre, il était bien trop en retard pour assister à la réunion. Il enverrait un homme les prévenir et attendrait que la belle au bois dormant se réveille.

 

 

 

 

Chap 97 : Te sauver !


 

Gilbert avait trouvé un endroit peu gardé de la grille. Il s’introduit donc et courra de bosquet en bosquet. Il ne pouvait pas entrer par la porte, un homme était devant. Il contourna le bâtiment et trouva une fenêtre un peu plus haut à demi ouverte. Il escalada les pierres de la façade et se glissa dans l’ouverture. Une chance fut qu’il soit assez fin pour passer. Une fois à l’intérieur, il fallait trouver où elle avait été retenue prisonnière. Il descendit prudemment les marches. Quelqu’un arriva… il devait se cacher ! Il remonta aussi vite qu’il le put. Il trouva une console avec une nappe dans le couloir où il était arrivé et se glissa dessous. Une fois que la voie fut libre de nouveau, il descendit encore. Il longea l’escalier. Il menait à la cave à vin de la demeure. Elle ne devait pas être là. Il fouilla les recoins à la recherche d’un passage.

 

Un homme de Bernard alla au point de rendez-vous prévenir les autres membres du groupe pour son absence. Ils étaient tous en grande discussion.

Robespierre : Eh bien l’ami, que viens-tu faire ici et où es Bernard ?

Homme : Bernard ne viendra pas ce soir… une affaire urgente le retient. Il m’a chargé de prendre un compte rendu des décisions de ce soir.

Robespierre : Prend place alors…

La réunion touchait presque à sa fin. André regardait intrigué l’homme. Qu’était-il arrivé à Bernard ? Il ne lui avait pas parlé d’un coup avant la réunion. Quelle était cette affaire si urgente ?

 

Oscar émergeait l’esprit encore lointain sous les vapeurs d’éther qui s’étaient égarées dans ses narines. Que s’était-il passé ? Elle avait l’impression d’être toute engourdie. Elle ouvrit les yeux et vit qu’elle était dans une cellule. Comment diable avait-elle atterri ici ? Elle se leva, sa tête tournait encore un peu. Elle vacilla et se rassit aussitôt.

Oscar : MORBLEU ! Si je tiens celui qui m’a enfermé ici… je lui… je le tuerai !

 

Elle posa sa main sur son épée, enfin sur l’endroit où elle devait être… disparue ! Il lui avait pris ses armes, enfin celle qu’il avait trouvé en premier. Elle glissa sa main dans sa botte et retira un petit poignard. La porte de la cellule était lourde, elle ne pourrait ni l’enfoncer, ni en forcer la serrure. Elle était prise au piège. Il ne lui restait plus qu’à attendre que son geôlier passe pour lui sauter dessus et s’enfuir. Qu’elle n’aimait pas attendre ! Mais bon elle n’avait pas trop le choix.

 

A la fin des débats, André se rapprocha du messager de Bernard. Il était curieux d’avoir plus de précision sur les raisons de son absence. Il attira un peu à l’écart l’homme et le questionna.

André : Dis-moi connaîtrais-tu les affaires qui tiennent Bernard loin d’ici ?

Homme : Les affaires de Bernard sont privées et il ne m’a pas demandé de divulguer ses occupations.

André : Une femme sûrement alors… Est-elle jolie ? Nous sommes amis, tu peux me le confier à moi.

Homme : Non il ne s’agit pas de cela… un compte à rendre il semblerait…

André : Une vengeance ? Étrange, ce n’est pas dans les habitudes de Bernard… Dis-m’en plus !

Homme : Je ne crois pas que cela vous concerne…

André : Certes, je vais aller moi-même questionner Bernard alors !

 

Gilbert avait trouvé un couloir qui menait à un autre sous-sol. Il entendit des hommes discutés, il se tapit dans un coin sombre derrière une colonne pour écouter les hommes parler.

Homme 1 : Je me demande bien ce que le chef va faire du petit blondinet

Homme 2 : Laisse-le faire ! Il sait toujours mieux que nous ce qui est bien…

Homme 1 : D’un autre côté, il avait qu’à pas traîner autour de nous celui-là

Homme 2 : Ouais ! Moi je serais d’avis qu’on se débarrasse de ce témoin gênant !

Gilbert (à lui-même) : Oscar ! Je te sauverais… ne t’en fais pas !

 

Gilbert avait un peu appris à se servir de son épée, mais il n’était pas du tout sûr de faire le poids devant deux hommes. Par contre au lancé de cailloux… Il avait toujours été un champion. Il alla en quête de projectile. Ce fut plus facile à trouver qu’il ne l’aurait pensé, pleins de petits objets de cette cave pouvaient faire l’affaire. Il en attrapa quelques uns au cas où et retourna à son poste. De là, il avait une vision parfaite sur les deux hommes, ça serrait un véritable jeu d’enfant.

 

André arriva au palais royal, il se présenta aux gardes et fut autorisé à entrer. Il descendit les escaliers qui menaient au repère de Bernard pour ses activités illégales. S’il le fallait, il l’attendrait. Son instinct lui disait qu’il y avait quelque chose à découvrir. Il s’enfonçait dans les couloirs sombres et croisa deux hommes qui discutaient.

André : Bonsoir Messieurs… Votre chef est-il là ?

Homme : Bonsoir Général, il doit être dans les salons en haut.

André : Bien merci.

 

André disparu par l’escalier secret qui menait à la cave à vin du Duc. Gilbert s’était soigneusement caché en entendant un autre homme arrivé. Qui était ce général ? C’est étrange, il lui semblait avoir déjà entendu cette voix quelque part. Mais, peut être que le stress lui jouait des tours. Il faut dire, il ne faisait pas le fière dans cette situation. Il avait son cœur qui tambourinait dans sa poitrine et ses genoux qui menaçaient de se dérober. Cependant, pour Oscar, il serait fort et ne fuirait pas. Une fois le champ libre, il se plaça en position de tire et lança les projectiles qui firent mouche. Le premier homme s’écroula, le deuxième surpris se retourna et se prit le projectile entre les deux yeux. Gilbert couru et vola le trousseau de clés à leur ceinture. Il n’avait pas beaucoup de temps, il les avait juste sonné pour quelques minutes et pas plus. Il chercha la cellule où Oscar devait se trouver. Ce fut en réalité assez aisé car une seule porte était fermée dans le couloir qu’ils gardaient. Il essaya trois clé avant de trouver la bonne et ouvrit la porte en grande volée. Oscar lui bondit dessus prête à l’égorger. Il s’en fallu de peu pour qu’elle ne retienne son bras.

Oscar : Gilbert ! Que fais-tu là ?

Gilbert : J’ai vu cet homme vous emmener à l’intérieur alors je vous ai suivi.

Oscar : On est au palais royal ?

Gilbert : Oui mais filons tout de suite ! Vos gardes vont se réveiller d’un moment à l’autre.

Ils se mirent tous les deux à courir, Les gardes les poursuivaient déjà.

Oscar : Passe-moi ton épée !

Gilbert obéit. Elle cessa de courir pour les affronter. Gilbert se retourna pour venir la récupérer.

Oscar : Cours ! J’en fais mon affaire ! Je te rattrape !

Gilbert : Non !

Oscar : Obéis ! Cours !

Gilbert allait avancer vers elle, alors elle se mit à courir vers ses poursuivants. En quelques coups, elle les mit hors d’état de nuire et se retourna vers Gilbert pour qu’ils fuient ensemble.

Oscar : Sais-tu où se trouve la sortie ?

Gilbert : Pas exactement, je suis arrivé par un couloir qui emmène dans les salons je pense. L’entrée à la cave est cernée de gardes.

 

Oscar : Bon, nous sommes chez le Duc d’Orléans… euh ?

Ils arrivèrent dans la cave à vin et Oscar eut enfin l’idée tant attendue. Ils continuèrent à monter par l’escalier des domestiques jusqu’aux étages. Elle ouvrit plusieurs porte avant d’entrer dans une des chambres et d’y attirer Gilbert. Elle plongea la tête la première dans une grande armoire et y trouva une robe. Elle enfila la jupe par-dessus son pantalon et ses bottes. Elle n’avait hélas pas d’endroit pour se changer. Mais, il n’était pas l’heure des manières. Il recherchait un homme, il fallait qu’elle ressemble à une femme. Elle offrit son dos et ôta sa chemise. Elle déchira ses bandes d’un coup sec de son petit poignard et se glissa rapidement dans le haut de sa robe. Elle n’avait pas le temps d’enfiler un corset. Personne ne le remarquerait. Gilbert s’était retourné pour lui laisser un semblant d’intimité, mais elle dû l’appeler pour qu’il ferme le dos de sa robe. Il avait les mains tremblantes à l’idée qu’elle ne portait rien sous la fine étoffe, à la vue de cette peau si délicate. Il avait bien déjà eu quelques expériences avec de charmantes soubrettes de Jarjayes, mais elle avait toujours été pour lui son ange. Son ange gardien qui était venu le sauver lui et sa famille de la misère. Elle attacha grossièrement sa chevelure en une sorte de chignon. Elle n’avait jamais été douée pour les coiffures féminines. Gilbert dû intervenir encore une fois pour faire en sorte que le chignon ressemble à un chignon. Elle était à peu près présentable. Elle attrapa un éventail pour qu’on ne la reconnaisse.

Oscar : Il cherche un homme, alors ils ne se douteront de rien comme cela. Ils ne t’ont pas vu. Alors, tu vas descendre avec moi et on va sortir par la grande porte ! Il nous faut juste arriver jusqu’aux chevaux.

 

André avait retrouvé Bernard dans les salons en plein débat politique avec quelques jeunes gens qui partageaient les mêmes idées neuves que leur parti. Il avait enlevé sa tenue de masque noir pour le moment. Mais il savait qu’il devrait l’endosser dans peu de temps. André lui fit signe de venir le rejoindre dans un coin à l’écart.

André : Bonsoir cher ami. Tu nous as manqué ce soir… Je pensais te trouver en plus galante compagnie pour nous avoir faussé compagnie de la sorte.

Bernard : Ne me dis pas que tu es venu jusqu’ici juste pour la curiosité de connaître mes conquêtes.

André : La raison aurait été suffisante, mais ton messager m’a dit que ce n’était pas le cas.

Bernard : En effet ! Mais depuis quand t’intéresse-tu à mes affaires ?

André : Un pressentiment, je ne sais pas…

Bernard : Ce n’est pas si grave, j’ai trouvé ce soir le moyen d’obtenir des armes et de prendre une gentille revanche.

André : Je ne te savais pas rancunier.

Bernard (souriant): Je ne le suis pas normalement. Mais bon, l’occasion est venue à moi. Figure-toi que ma diablesse me poursuivait ! Alors je me suis dis tant qu’à l’avoir dans les pattes autant qu’elle me soit utile !

André était devenu blême. Qu’avait-il fait à Oscar ? Quelle tête de mule elle était à être revenue encore !

André : Tu ne lui as pas fait de mal ?

Bernard : Non, je ne suis pas violent. Je la garde juste en otage pour demander des armes à son père.

André (sérieux) : Relâche-la ! Elle est en bas ?

Bernard : Attends… Pourquoi cet air sévère ? Ce n’est que l’affaire de quelques jours…

 

 

 

 

Chap 98 : La poudre d’escampette !


 

Les deux gardes blessés par Oscar étaient partis donner l’alarme. Déjà une milice était à la poursuite des fugitifs. Ils devaient retrouver à tout prix le prisonnier avant que leur chef ne découvre son absence.

 

André plaqua son ami contre le mur et l’étrangla d’une main plus dure que l’acier. Il avait ce regard sombre et terrifiant. Bernard n’avait jamais vu son ami comme ça.

André : J’espère pour toi qu’elle va bien !

Il le relâcha et Bernard s’écroula presque à terre. André descendit les escaliers jusqu’à la cave. Il s’engouffra dans le long couloir pour aller la délivrer.

 

Oscar et Gilbert s’étaient glissés hors de la chambre. Elle avait l’air d’une parfaite courtisane avec son valet. Heureusement que personne n’avait remarqué les quelques détails qui auraient pu la trahir telle que ses bottes ou son épée qui étaient sous ses jupes. Ils essayaient de garder les apparences. Oscar qui était maître dans la dissimulation de sentiments n’eut aucun mal à jouer cette nouvelle comédie. Ce fut par contre plus difficile pour Gilbert peu habitué à quitter Jarjayes et surtout à subir une telle pression. Le pauvre garçon était blanc comme un linge à la limite de la syncope. Ils sortirent par la grande porte et se dirigèrent vers les grilles. Son rôle aurait été plus crédible si elle avait eu un carrosse pour quitter le domaine. Mais il fallait composer avec les moyens du bord. Ils approchèrent les gardes à l’entrée et Gilbert alla répéter aux gardes une phrase soufflée par Oscar. Le garde la regarda et sourit. Il les laissa passer et ils purent le plus simplement du monde se volatiliser dans les ruelles.

Garde 2 : Qui est ce ?

Garde 1: Je ne sais pas, mais la dame doit rejoindre son amant à l’insu de son mari… Un sacré chanceux, la coquine ne porte même pas de dessous à ce que j’ai deviné!

 

Oscar et Gilbert allèrent rejoindre leurs montures. Mais les chevaux avaient déjà été repérés par les brigands. Ils devaient se rabattre sur un autre choix pour fuir. Oscar attrapa la main de Gilbert et le tira vers un escalier qui menait sur les quais, manque de chance en cette saison ils étaient inondés. Ils durent rebroussés chemin. Il fallait qu’il trouve un moyen de rentrer à Jarjayes.

Oscar : Dis-moi Gilbert, as-tu vu le visage de l’homme qui m’a enlevé ?

Gilbert : Non il portait un masque et il faisait trop sombre. Un homme grand, large avec des cheveux noir.

Oscar : Rien de particulier ?

Gilbert fit non de la tête, Oscar soupira. Ils continuèrent à marcher empruntant les ruelles les plus sombres et isolées pour ne pas se faire voir. Elle s’était emmitouflée dans une cape, hélas celle qu’elle avait empruntée était bien trop petite pour elle. Oscar était bien plus grande que la majorité des femmes et le vêtement ne la recouvrait pas totalement. Même la robe était si étroite qu’elle faisait ressortir ses charmes de façon provocante.

 

André arriva à la cellule et la trouva vide. Bernard lui collait au pas et entra à sa suite.

André : Où est-elle ? Où l’as tu enfermé ?

Bernard : Elle devait être ici, elle ne pouvait pas s’échapper… Où sont ses gardes ?... JEAN ! … YVES !

Jean se présenta, il avait été touché à la jambe et n’avait pu participer à la battue.

Jean : Chef ! Je vais vous expliquer… C’est pas notre faute !!! Il avait un complice qui l’a aidé à filer. Mais vous en faites pas on a envoyé tout un groupe les chercher. Ils ne nous échapperont pas !

André : Il faut que je la retrouve avant eux !

Bernard : C’est elle ? C’est ça !

André : Pardon ?

Bernard : C’est elle la femme que tu aimes ! Sinon jamais tu n’aurais réagit de la sorte…

André : Tu es fou ma parole ! Sais-tu qui elle est ? Elle pourrait nous mettre de sacré bâton dans les roues !

Bernard : Ne me ment pas ! Tout à l’heure ce n’était pas au parti que tu pensais mais à elle… C’est elle !

André : Si tes hommes la trouvent avant moi, je veux qu’aucun mal ne lui soit fait… Sinon fait stopper les recherches au plus tôt !

André parti chercher son cheval pour la retrouver. Peut-être était-elle déjà en route pour Jarjayes, mais il fallait qu’il soit sûr. Il fallait qu’il la protège.

 

Gilbert n’était pas rassuré, mais vraiment pas du tout. Ces ruelles étaient de véritables coupe gorge d’autant plus pour une femme. Il jetait des coups d’œil inquiet vers Oscar. Elle était concentré, elle n’avait pas l’air d’avoir peur. Comment faisait-elle ?

Oscar : Il va nous falloir traverser le pont. Nous serons à découvert, mais de l’autre côté, il y a la caserne des gardes françaises. J’irai demander l’aide d’Alain. Allez suis-moi !

 

Ils marchèrent discrètement. Ils avaient rabattu leur capuche pour qu’on ne les reconnaisse pas. Un cavalier seul se rapprochait d’eux. Gilbert n’était pas du tout à l’aise. Oscar baissa davantage la tête pour que s’il s’agissait d’un de ses poursuivants, il ne voit pas son visage.

André : Bonsoir, n’auriez vous pas vu passer deux jeunes hommes ?

Gilbert trembla en entendant cette voix. Oscar leva malgré elle ses yeux vers lui et se figea.

André : Oscar ! Dieu soit loué tu n’as rien !

Gilbert : Courez ! Courez Oscar ! C’est l’un des leurs !!!!

Une seconde, une seconde c’est le temps qu’un enchevêtrement d’image se bouscule dans sa tête, André à l’église, le masque noir sur son chemin, André qui la trouve, André près du palais royal, André… André… André…

Oscar : Toi ???

Gilbert : Sortez de votre torpeur !!! COUREZ !!!

Il la tira par le bras et se mit à courir l’entraînant avec lui.

André : Oscar attends-moi !

Il lança sa monture pour les rejoindre. Gilbert sorti de sa poche un de ses projectiles et le jeta sur le cheval. L’animal se cabra et fit chuter son maître à terre. André se releva et les poursuivit en courant.

Oscar : FOUTU ROBE !!!! Viens la caserne est par là !

Ils allaient être en sécurité dans quelques secondes. Elle se présenta à l’entrée et demanda à voir Alain.

Garde : Oh il en a de la chance notre Alain, si tu veux… Je peux le remplacer, il est absent. Il est de garde dans Paris.

Oscar (à elle-même) : Que la peste soit…

Oscar : Dans quel quartier est-il ?

Garde : Vers le Palais Royal je crois…

Oscar : Je dois être maudite !

 

Elle remercia sommairement le garde et s’enfuit aussi vite qu’elle était arrivée. Elle ne pouvait pas le rejoindre. C’était bien trop risqué. Elle irait demander asile à Rosalie. Elle aperçu un groupe d’homme. Ils questionnaient des gens. Sans doute la cherchaient-ils. Elle bifurqua aussitôt avec Gilbert. Une impasse !

Oscar : Gilbert, il nous faut nous séparer… Ils recherchent deux hommes !

Gilbert : Mais le Général. Il a vu que tu étais une fille !

Oscar : Rejoint moi chez Rosalie. On sera moins visible séparé. Toi, ils ne te recherchent pas tu peux ressortir tranquillement. Obéis !

Gilbert : Mais Oscar ?!?

 

Elle arracha tous les froufrous et les paniers de sa robe pour avoir plus de liberté de mouvement. Ainsi, elle passerait plus inaperçu auprès du peuple. Elle grimpa en deux mouvements sur le mûr et continua à escalader vers les toits. Quel drôle de spectacle que de voir une dame, les jupes remontées avec en dessous un pantalon et des bottes grimper comme un voleur une façade délabrée. Gilbert tremblait pour elle. Elle le regarda.

Oscar : File ! Reste pas planté là !

 

Elle arriva sur le toit et sauta sur une autre maison. Elle commença tout un numéro de funambule en passant de maison en maison. Gilbert lui quitta l’impasse et se mit à courir. André l’aperçu et le poursuivit. Il ne lui fallu pas longtemps pour le rattraper.

André : Où est-elle ?

Gilbert : Je ne vous le dirais pas !

André : Tu ne comprends pas… elle est en danger… il faut la mettre en sécurité !

Gilbert : Dans un cachot ? Quelle bonne idée !!!! Je vous ai entendu dans la cave… Je vous ai reconnu… Je sais pourquoi elle vous fui maintenant !

André : Elle ne croit quand même pas que c’est moi qui l’ai enfermé dedans ? Faut vraiment que je la retrouve. Dis-moi où elle est ?

Gilbert : Non !

 

André regarda autour d’eux, elle ne devait pas être loin. Il ne les avait pas perdus de vue longtemps. Il aperçu l’impasse et comme il connaissait bien Oscar, il scruta immédiatement les toits. Il vit subrepticement une forme sauter sur un toit au loin. Il relâcha le jeune homme et s’engagea à ses trousses. Elle descendit quand jouer les acrobates ne fut plus possible. Elle atterri dans une ruelle calme. Elle pouvait reprendre d’un pas serein sa route vers la maison de Rosalie. Elle les avait tous semés. Les ruelles désertes ne l’effrayaient pas, mais elle serra plus fort contre sa poitrine les pans de sa cape quand elle croisa un groupe de six hommes sortant d’une taverne.

Homme 1 : Salut ma jolie !!! Tu cherches un peu de compagnie

Homme 2 : Eh Attends ! C’est pas gentil de nous ignorer !!!

Homme 3 : Oublie ces deux là… Viens avec moi ! Je vais te montrer le paradis !

Oscar continua son chemin. Mieux valait pour elle qu’ils se découragent et la laisse partir. Elle glissa sa main sur sa jupe, son épée n’était pas très accessible sous ce fatras de tissus. Elle gardait son calme jusqu’à qu’un des hommes l’attrape par le bras.

Homme 4 : Mignonne, tu ne veux pas jouer avec nous ?

Oscar : Monsieur, je vous prie de me lâcher. Je ne souhaite aucunement « jouer » avec vous.

Homme 5 : Humm… Elle mordrait ! J’adore les chiennes en chaleur…

Oscar fit de gros yeux ronds.

Oscar (à elle-même). Il ose me traiter de chienne en chaleur… ma parole, je vais le passer au fil de mon épée et le découper en morceaux.

Elle sourit et leur lança un regard des plus langoureux.

Oscar : Oh mon tout beau, pour toi… je vais te montrer une merveille…

Elle commença à soulever de façon aguicheuse sa jupe et rapide comme l’éclair attrapa son épée.

Oscar : Mon épée… une pure merveille !!!

 

 

 

Chap 99 : Prendre conscience

 

 

Ils s’élancèrent tous en même temps sur elle. Elle en blessa mais les bougres échauffés par l’alcool ne sentaient pas leurs blessures et continuaient les assauts. L’un d’entre eux arriva par derrière et lui saisit les bras pour la rendre prisonnières. Elle envoya un coup de pied dans le visage de l’homme qui avançait vers elle pendant qu’elle se débattait par la même occasion pour se défaire des bras solides qui la maintenaient. L’homme essayait de lui faire lâcher son épée. Mais c’était mal la connaître de penser qu’elle rendrait les armes facilement. Elle lui mordit la main, il desserra son emprise. Elle en profita pour lui envoyer un coup de tête arrière. Cette manœuvre assomma un peu son agresseur, mais ce fut au détriment de sa propre blessure à la tête qui l’élança violemment. Elle vacilla également, les autres hommes revenaient à la charge. Elle ne devait pas baisser sa garde maintenant. Elle libéra son bras et s’apprêta à riposter, elle les vaincrait.

 

Elle n’eut pas à faire le moindre mouvement que l’homme en face d’elle s’écroula. Elle tourna le visage vers la détonation qui avait abattue son assaillant. Il s’était déjà élancé vers les autres hommes, les renversants comme de simple fétus de paille. Elle resta immobile quelques secondes à le regarder les massacrer. Il l’avait retrouvé ! Elle se mit à courir profitant de son intervention et que ces hommes le retiennent pour s’échapper à nouveau. Il les mit hors d’état de nuire en quelques coups efficaces. Il la rattrapa. Il la tenait presque. Il saisit un bout de sa cape pour la retenir. Elle s’en détacha et continua sa fuite. Il était comme un prédateur, habitué à courir, il aurait pu jouer à la chasse pendant des heures. Mais là n’était pas son but. Une impulsion plus forte que les autres et il bondit. Il la tenait et la plaqua contre le mur de la ruelle. Ses cheveux s’était détachés dans sa course folle et quelques mèches indisciplinées retombaient nonchalamment jusqu’à se glisser dans son décolleté. Sa poitrine se soulevait fortement, sa respiration accélérée par l’effort. La vue était des plus délicieuses qu’elle aurait fait loucher un saint. Il se mordit la lèvre pour résister à la tentation de ces belles pommes (lui qui adore les pommes !) et la regarda dans les yeux.

André : Pourquoi me fuis-tu ? Je ne veux que t’aider…

Oscar : … m’aider ?... Te moques-tu de moi ?... Je n’ai pas besoin de ton aide ! Lâches-moi !

André : Je ne suis pas le masque noir !

 

Il la libéra. Elle le regardait dans le fond des yeux. Elle aurait voulu le croire. Mais il y avait trop de coïncidences.

André : Tu l’as déjà croisé. Qu’as-tu ressenti à côté de lui ? Moi je pourrais être aveugle, je saurais quand même que tu es à côté de moi.

 

Il la prit doucement dans ses bras, il eut une fulgurante envie de l’embrasser mais il se retint. Il y avait ce magnétisme. Elle ne pouvait lui résister. Il est vrai que dès qu’il était dans les parages, elle était incontrôlable. Il ne pouvait être le masque noir.

Oscar : Que faisais-tu près du Palais Royal ? Pourquoi est-ce que tu me poursuis ? Gilbert t’a reconnu comme étant avec ces bandits.

André : Je te dois la vérité… Je connais le masque noir. Disons que nous partageons des idées communes de justice et d’égalité.

Oscar : Justice ?!? En volant ???

André : Ce n’est pas si simple… Oscar, notre monde est injuste ! D’un autre côté comment pourrais-tu savoir ?

Oscar : Un bandit est un bandit !

André : et un sauveur est un sauveur ! Viens avec moi, je vais te montrer ! Mais avant ça…

 

Il enleva sa veste et la posa sur les épaules dénudées de la jeune femme.

André (plus séduisant que jamais !): Couvre-toi s’il te plait, cache à ma vue ces tentations où je vais devenir fou… Je ne suis qu’un homme…qui se laisserait volontiers corrompre…

 

Il avait prononcé ces mots les yeux brillants de malices et un sourire coquin aux lèvres. Il l’aidait à enfiler le vêtement. Il se chargea lui-même d’accrocher les boutons de sa veste, lentement, sensuellement. Elle se mordait la lèvre pour ne pas lui voler un baiser. Elle n’osait pas respirer de peur que ses doigts n’effleurent sa peau sous un mouvement de poitrine. Elle n’aurait pas supporté davantage et aurait fondu littéralement dans ses bras. Elle ne pouvait décrocher ses yeux de lui. Il avait ses cheveux qui retombaient en avant couvrant en partie ses yeux, la forçant à ne focaliser que sur ses lèvres. Quand il eut fini, elle soupira enfin. Il n’était pas dans un bien meilleur état qu’elle. Il avait beau avoir l’habitude des femmes, elle lui faisait toujours autant d’effet. Il avait eu très chaud pendant quelques instants, en fait, il avait encore ses doigts qui le brûlaient d’avoir été si proche, trop proche d’elle. Ils tachèrent de reprendre les miettes de calme qu’ils leur restaient. Ils étaient assez mal à l’aise d’essayer de se comporter comme si de rien n’était or qu’ils étaient complètement chamboulés. Beaucoup trop rigide pour être naturel, ils se forçaient sans l’ombre d’un doute à tenir leurs distances. Ils évitèrent même quelques instants de se regarder pour ne pas chavirer dans une folie plus que désirée. André se malmena mais fut raisonnable. Il prit la main d’Oscar et alla pour la conduire à travers les ruelles sombres.

André : Il faut que tu comprennes… Il faut que tu vois de tes yeux pour me croire…

Oscar : Attends une seconde…

 

Elle prit son épée et trancha sa jupe. Le tissu tomba à terre et elle pu enfin profiter de la mobilité de son pantalon et ses bottes. Il explosa de rire en voyant le résultat.

André : Oscar !... hahaha ! … Oscar ! Il n’y a que toi pour faire une chose pareille !!!

Oscar : Comment crois-tu que j’ai pu m’échapper ? Il recherchait un homme pas une femme !

André : Mais de là à garder ton pantalon et tes bottes… hahaha !!

Oscar : A la guerre comme à la guerre mon ami !

André : hahahaha ! Tu en fais une belle de guerrière ! hahaha !

Oscar (presque vexée) : Arrête de polémiquer, je te suis. Où veux-tu m’emmener ?

André (coquin) : Pas de proposition, je te prie !

 

Ils se sourirent puis André reprit sa marche. Il l’emmena dans les bas quartiers de Paris. Il lui montra la misère du peuple, les gens qui mourraient de faim, les malades qui ne pouvaient avoir de médecins ou de médicaments, les orphelins, les mendiants, tout ces laissés pour comptes que le masque noir aidait. Oscar ne s’était jamais aventuré dans ces endroits. Elle avait beau venir à paris voir Alain de temps à autres, elle n’avait pas vu la souffrance de ces gens. Comment avait-elle été aussi aveugle pour ne pas les voir ? Ils lui faisaient regarder une autre famille qui vivait dans le plus grand dénuement. Elle ne put en supporter davantage, malgré elle ses larmes s’enfuirent. C’était trop injuste, ces familles souffraient trop, trop de misère. Il la vit touché au plus profond de son âme. Elle était si entière dans ses sentiments, si droite, si juste. Il savait qu’elle ne serait pas insensible à leur cause. Il l’aimait tellement pour cette noblesse de cœur, pour sa générosité. Il eut cependant mal de la voir pleurer, de la voir souffrir par compassion. Il la prit dans ses bras pour la réconforter. Il la serra contre lui et elle se laissa tenir comme une poupée, tenir pressée contre son cœur. Il voulait la soutenir dans cette découverte difficile de la vérité du monde. Il l’avait plongé dans les abîmes de la réalité mais il serait le radeau pour qu’elle ne se noie pas.

André : Rentrons, tu as compris je pense à quoi nous servions. Nous condamneras-tu encore maintenant que tu sais ?

Elle fit non de la tête et le regarda.

Oscar : Je ne savais pas… Je ne savais pas qu’il y en avait autant… qu’ils souffraient autant…

André : Je ne te blâme pas Oscar. Comment aurais-tu pu voir cette réalité ? Viens je t’emmène à Jarjayes, il faut que tu te repose. Je pense que ce fut une soirée bien agitée…

 

Il essuya les perles d’eaux qui s’accrochaient à ses cils dans un geste délicat et doux. Elle était belle même le visage baigné de larmes. Il ne s’en rendit pas compte, ses lèvres furent attirées en dehors de toutes volontés. Elles se joignirent dans un mouvement naturel, ils se laissaient emporter par ce moment, le secret de la nuit, les trop fortes émotions qui les avaient animées ces dernières heures. Ils se tenaient, se retenaient… Ils étaient faits l’un pour l’autre quoiqu’en pense le destin. Il l’embrassait à en perdre haleine. Il ne voulait pas lâcher ses lèvres, il en rêvait en permanence, elles étaient son obsessions. Il en avait besoin. Elle ne pouvait plus penser, elle était juste emportée, renversée, abandonnée… Il lui fallut un moment pour qu’un sursaut de raison se manifeste. Elle se décrocha de lui à grande peine, luttant elle-même contre ses propres désirs. Il n’insista pas malgré la furieuse envie de lui faire l’amour séance tenante. Il se mit à l’écart pour se calmer le sang, les bras appuyés contre un mur, il se retenait aux pierres inventant des chaînes imaginaires pour s’emprisonner. Il respirait fortement, inspirant profondément pour retrouver un semblant de contrôle. Elle avait dû s’assoir sur une caisse pour reprendre ses esprits et surtout chasser ses pensées indignes. Elle ne devait plus céder à la tentation. Elle se cacha derrière ses obligations, ses devoirs.

Oscar : Il faut que je rejoigne Gilbert… Il doit se faire un sang d’encre…

André : S’il te connait, il doit être habitué !

Oscar : Que veux-tu dire par là ?

André (innocemment) : Moi rien du tout… tu n’as jamais été très prudente dirons-nous !

Oscar : Il fallait que je rencontre le masque noir… Il fallait que je comprenne comment un bandit pouvait avoir l’appui de personnes que j’estime. Il fallait que je sache qui il était vraiment.

André : Si tu veux, je te le présenterai… si tu me jure de ne pas le dénoncer.

Oscar : Après ce que j’ai vu ce soir, tu n’as rien à craindre là dessus… Je comprends sa conduite, même si je n’approuve pas ses méthodes.

 

 

Chap 100 : la brise légère de Rosalie.

 

 

André raccompagna Oscar chez Rosalie. Elle habitait dans un petit bâtiment au cœur de la capitale. L’immeuble n’était pas de première jeunesse et les escaliers grinçaient à chacun de leurs pas. La peinture défraichit des mûrs s’effritait laissant les parois grises à l’état brut. A cette heure tardive, pas un bruit ne venait déranger le silence des couloirs si ce n’est les craquements du bois sous leurs poids. Les grincements des planches ressemblaient à des lamentations, comme un cri de misère des habitants des lieux. Il n’y avait pas de lumière dans ce sombre escalier. Leurs mains tâtaient la surface rugueuse de la cloison abîmée pour se guider dans la pénombre. Il la suivait de près et s’enivrait de son odeur. La trop faible lueur qui pénétrait par les petites lucarnes ne faisaient que découper les formes grossièrement. Ils devinaient plus qu’ils ne voyaient. Pour sa part, il n’avait pas besoin de voir tant il la connaissait par cœur. Il imaginait chaque mouvement de ses cheveux rien qu’en entendant leur imperceptible bruissement. Le froissement du tissu lui rappelait comme elle avait l’air si petite et fragile perdue dans sa veste trop large. L’encolure beaucoup trop grande qui laissait un accès plus que dégager à la peau délicate de son cou. Les coutures des épaules qui s’avachissaient sur ses bras soulignaient qu’elle ne devait pas faire plus que la moitié de sa propre carrure. Les manches trop longues qui recouvraient jusqu’à ses mains. Il sourit en repensant à ce buste incontestablement féminin qui se cachait sous cette veste d’homme. A ces trésors que le tissu protégeait comme un coffre-fort. La nuit était si sombre. Même la lune n’aurait pu être le témoin de leur incartade. Mais, il se souvenait ce que lui avait dit Alain « Elle était capable du pire pour lui »… « il l’avait cru guéri et… »… « Récemment encore, elle avait voulu se faire mal ! ». Pourquoi fallait-il que leur amour soit si douloureux ? Il ne devait plus la faire souffrir, il ne devait plus la pousser dans des retranchements qui pouvaient lui être fatal. Il tenait à elle plus qu’à sa propre vie. Si elle pouvait être heureuse sans lui, il était de son devoir de la préserver. Il ne devait pas laisser son démon la dévorer pour assouvir sa faim. Il ne devait pas la tâcher du même sang qui l’avait corrompu. Il ne devait pas l’entrainer dans le gouffre de la douleur dans laquelle il se perdait.

 

Ce fut comme si elle entendait ses pensées, elle se retourna et le regarda. Le faible éclairage rongeait tous les contours. Ses cheveux sombres comme la nuit, les ombres de son visage, tout concourrait pour que seuls ses yeux brillants luisent dans cette quasi-obscurité. Elle était impassible, mais intérieurement elle soupirait sous le poids de ses devoirs, de cette promesse immuable qui le lui interdisait. Elle se gourmanda d’entretenir des sentiments aussi peu honorable pour une femme marié à un autre. Elle ne devait pas…. Elle ne devait plus… Elle se l’était promis… Il fallait qu’elle soit forte !

 

Elle reprit sa marche, elle ne se retourna plus jusqu’au petit appartement de son amie. Elle ne se retourna plus mais cela ne l’empêchait pas de le sentir derrière elle. Elle avait son regard gravé dans la mémoire. Ses prunelles parfois si dures qui se transformaient pour elle en un havre de paix. Son odeur était sur la veste qu’il lui avait posée sur les épaules. Elle était troublée comme ayant l’impression d’être un peu dans ses bras en étant dans ce vêtement. L’étoffe tombante de toute part frôlait constamment sa peau maladroitement lui envoyant des décharges partant du cœur jusqu’aux reins. Le courant d’air qui rentrait par son col la faisait frissonner en lui rappelant la brûlure que son souffle lui aurait infligée. Elle avait tellement envie de se retourner et de se fondre contre lui. Elle crispait ses muscles comme si les tendres l’empêcheraient de faire un geste inconsidéré qui la ferait chavirer complètement.

 

Une discrète lumière filtrait sous le panneau de bois, elle cogna doucement pour signaler sa présence. Elle entendit une chaise crisser sur le sol et des pas se rapprocher. Il n’avait pas revue la petite fille depuis qu’il avait quitté Arras pour la guerre. Il sourit en la voyant. Elle était toujours la même, fraîche et innocente. La jeune fille les accueilli un sourire aux lèvres et les yeux brillants. Elle s’était beaucoup inquiétée pour Oscar, Gilbert était arrivé en pleine nuit en lui disant qu’Oscar n’allait pas tarder et ils avaient eu le temps pendant plusieurs heures de se ronger les sangs. En ouvrant la porte elle hésita sur lequel en premier, elle devait sauter au cou, Oscar qu’elle n’attendait plus ou André qu’elle n’avait pas revu depuis des années. Elle choisi de les serrer tous les deux en même temps. Comme à son habitude, les larmes n’étaient pas loin.

André : Tu n’as pas changé Rosalie ! hahaha…

 

Il caressa la petite tête niché contre son torse. Elle avait beau avoir grandi en cinq ans, elle était toujours cette petite brise de printemps. Elle était toujours cette petite fille qu’ils avaient appris à aimer. Cette jeune demoiselle qui avait conquit le froid colonel pour sa pureté et sa douceur. Il l’appréciait énormément et c’est avec chaleur qui referma son bras sur elle pour la serrer contre lui. Elle était une véritable amie à son cœur, presque une petite sœur. Il était heureux de retrouver cette perle d’innocence dans son univers troublé par la violence. Oscar serra également contre elle sa jeune amie. Cependant, elle ne put empêcher une pointe de jalousie de la piquer quand elle vit la tendresse avec laquelle André la gardait contre lui.

 

Elle les invita à entrer. L’appartement n’était pas grand, mais il était propre et sa candeur l’habillait de cette joie de vivre et de fraîcheur.

Rosalie : Ce n’est pas Versailles, mais vous êtes les bienvenues !

André : Merci ! Nous ne restons pas longtemps… je pars chercher les chevaux et nous rentrons à Jarjayes.

Gilbert se précipita à l’entrée pour accueillir sa maitresse. Il s’était maudit pendant tout se temps de l’avoir laissé seul et priait pour que rien ne lui soit arrivé. Il se stoppa net en voyant l’homme qui l’accompagnait. Que faisait-il ici ? La tenait-il en otage ? Ses prunelles marron s’obscurcirent, ses mains se tendirent. Etait-elle en danger ? Elle avait ses traits un peu crispés qui l’inquiétaient. Les lèvres pincées, il fusillait du regard cet homme ! Oscar remarqua le regard noir du jeune homme.

Oscar : Gilbert, détends-toi… Il ne nous veut aucun mal !

Gilbert : Il vous manipule si vous le croyez… Il était avec eux. J’en suis sûr !

Oscar : Je le sais, il m’a tout raconté… Ils défendent une cause juste !

Rosalie (fraiche) : Je connais bien André… Il n’y a pas plus gentil que lui !

Gilbert : C’est pour ça qu’ils vous avaient enfermé et qu’il nous poursuivait avec les autres ?

Oscar : C’est vrai que ce n’était pas du meilleur goût… le masque noir a des méthodes dirons-nous assez discutable…

Rosalie : Le masque noir ??? C’est un héros par ici… L’autre jour il a déposé des pièces d’or à une famille qui habite en bas. Le père était très malade et ils ont pu enfin le soigner avec cet argent… Moi, je l’admire !

Gilbert : Moi je n’aime pas qu’on touche à Oscar et je ne suis pas rassuré après ce qui s’est passé ce soir !

 

André regarda étrangement le jeune garçon. Il lui rappelait un peu son propre comportement de valet à l’égard d’Oscar. Rosalie enlaça la taille d’André et se colla à lui pour une étreinte des plus tendres. Il ne put que détourner son attention vers ce petit ange qui s’accrochait à lui.

Rosalie : En tout cas André, je suis si heureuse de te revoir !!!

André : Moi aussi petite brise de printemps !

Oscar (à elle-même) : Il ne va pas craquer pour Rosalie ?!?

 

 

 

A suivre...

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