Mademoiselle Gabrielle

Une très belle fic sur les derniers instants de Girodelle



Victor Clément de Girodelle gisait sur le sol du champ de bataille, blessé mortellement. Il regardait fixement l'immense ciel étoilé qui s'étendait au dessus de lui. Une unique larme traça un sillon pâle sur la poussière des combats qui avait maculé sa joue. Une larme pour la royauté dont les dernières lueurs venaient de s'éteindre. Une larme pour sa mort prochaine. Une larme pour la vie dont il était passé à côté. Une larme pour Oscar, la femme qu'il n'a jamais cessé d'aimer. Oscar... il était heureux qu'elle soit morte avant les funestes évènements qui avaient déchirés la France.

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Sa mémoire le ramena au 14 Juillet 1789, date du trépas de sa sylphide. La douleur qu'il avait ressenti en apprenant sa mort, comme un dernier défi.



Malgré l'affaiblissement de la monarchie et l'influence grandissante des députés de l'assemblée Constitutionnelle, Girodelle avait refusé de s'exiler à l'étranger. Le 1er Janvier 1792, il entra dans la Garde Constitutionnelle du Roi. Il cru pouvoir défendre le trône et dut pour cela faire quelques sacrifices, comme prêter serment à la Nation, qu'il méprisait. Fort de son expérience, il protégea efficacement la famille royale, et réprimait les émeutes, sans toutefois montrer trop de zèle, pour ne pas se faire remarquer des révolutionnaires.

C'est là qu'il fit la connaissance d'un certain Henri de la Rochejacquelein. C'était un jeune noble d'une vingtaine d'année, une flamme royaliste, qui possédait un charisme incroyable. Le 29 mai, la garde constitutionnelle soupçonnée d'opinions exagérément royaliste fut licenciée. Girodelle resta sur Paris et combattit aux côtés d'Henri pour sauver le roi lors de l'assaut du Palais des Tuileries par les révolutionnaires.



S'ensuivit des mois de doutes et de troubles. Le 21 janvier 1793, Girodelle, déguisé dans la foule, assista à l'exécution du Roi, lui rendant son dernier hommage. Il retourna dans ses terres, en Aquitaine. Sa famille s'était réfugiée en Autriche, et il restait seul sur son domaine. Il errait dans les couloir de son château, comme un pâle fantôme. Quel sens donner à sa vie désormais ? Souvent, il pensait à Oscar. Elle avait eu la chance de mourir pour son idéal. Il songeait à la rejoindre. Ce serait tellement plus facile ! Sans guide, il était perdu.



Des jours, des semaines, des mois passèrent. Il perdit le compte du temps. Il entendit des rumeurs de rébellions en Vendée contre les levées en masse d'hommes ordonnées par les députés. Vite réprimés, ils massacrèrent pourtant un mois plus tard quelques centaines de sympathisants de la Convention.



Une nuit, le château de Girodelle fut attaqué et pillé par des fauteurs de troubles qui profitaient du climat de tension qui régnait. Contre toute attente, Girodelle parvint à s'enfuir. Il s'en alla vivre en ville, dissimulant ses beaux cheveux sous une bande de tissu, ne portant plus que des vêtement pauvres. Ses voisins se méfiaient de lui, tout lui semblait hostile. Il ne vivait pas dans la misère, mais devait en donner l'illusion. Ce fut pour lui une lente et douloureuse descente en enfer. Du fond de son calvaire, il entendit parler de son ami Henri, qui était devenu un des chefs de l'armée vendéenne. Une lueur d'espoir dans sa nuit. Sans plus rien à perdre, il décida de le rejoindre.

Son voyage fut long, mais lui permit de retrouver progressivement espoir. Oui, tout était encore possible.



Il arriva début Avril au château de Clisson, que les royalistes avaient transformé en place d'arme. Retrouvant Henri, il se joignit à l'Armée d'Anjou, seulement composée de 18 000 combattants, peu expérimentés et mal armés. Cela ne suffit pas à le décourager, et lança ses dernières forces dans cette guerre de Vendée.

Il décida de suivre Henri, et participa avec lui aux batailles de Beaupré, de Thouars, de la Châtaigneraie, aux deux batailles de Fontenay-le-Comte, à celle de Saumur, aux trois batailles de Luçon, à celle de Cholet...



Il perdit le sommeil, ne pouvant plus rejoindre allégrement ses rêves où le poursuivaient les cadavres des hommes qu'il avait tué. Aux milieu de leurs visages grimaçants, il voyait sa belle Oscar le regarder avec douleur. Il savait que vivante, elle se serait tenue dans le camp adverse, et cette idée plus que tout le tourmentait. Mais il ne parvenait à regretter ce qu'il faisait. Son honneur, son éducation ne lui laissait pas le choix, il défendrait la royauté jusqu'à sa mort.



Peu à peu, tous les chefs succombant sous les charges des républicains, le jeune Rochejacquelein, à vingt et un an à peine se retrouva propulsé généralissime de l'armée vendéenne catholique et royale, sans cesse réapprovisionnée en volontaires, qui atteignait désormais les 35 000 hommes, avec une réelle organisation militaire. Ce n'était plus des paysans, mais des hommes comme lui, venant de toute la France pour se révolter. Henri avait le courage et la témérité de sa jeunesse, il savait inspirer de l'assurance à ses soldats. Mais il s'exposait fréquemment sans nécessité, et il lui arrivait de s'endormir pendant les discussions du conseil de guerre. Souvent, il écoutait les conseils que lui donnaient les chefs de guerres plus matures que lui, comme Girodelle, préférant combattre que s'occuper de politique et de stratégie, même si dans l'ardeur des combats, il prenait rapidement des décisions judicieuses.

Lorsque Girodelle apprit que la reine Marie-Antoinette avait été guillotinée, à la mi-Octobre, il fut infiniment attristé. Il garderai en son cœur l'image fraiche d'une jeune dauphine tout juste arrivée en France, plutôt que celle d'une femme déchue, détruite par la Révolution. Il se battrai pour sa mémoire, désormais, en plus de celle de son roi.



Les Anglais laissaient espérer qu'ils porteraient secours aux révoltés, c'est pourquoi le 20 Octobre, la Rochejacquelein, secondé de Girodelle et toute l'armée commencèrent une grande expédition vers les côtes de Bretagne. Il n'y avait pas seulement des soldats dans leur voyages, mais aussi milles femmes, enfants, et vieillards, soutenant la cause royaliste, qui devaient être protégés des républicains.

Ils défièrent les républicains aisément, et remportèrent encore d'autres victoires. Jusqu'à l'attaque de Granville. La place était hérissée de fortification, et était défendue par de farouches et nombreux républicains. Les Vendéens, éprouvés, voulurent rentrer chez eux. Voyant que l'aide anglaise promise ne venait pas, contrariée par les vents, la Rochejacquelein ordonna la retraite.



Avec cette occasion manquée, les royalistes perdirent à jamais la chance de changer le cour de l'histoire.



La retraire vers la Loire fut également marquée par de nombreux combats, dont l'un dura vingt-deux heures.

Finalement, après d'autres victoires, par une froide matinée de décembre, la guerre de Vendée trouva un tournant définitif dans la défaite du Mans. La Rochejacquelein essaya de sauver le plus d'hommes possible. Avec les quelques milliers qu'il parvint à rassembler, il tenta de traverser la Loire. Il partit en reconnaissance de l'autre rive, tandis que Girodelle resta commander le reste de l'armée. Une attaque surprise les déstabilisa tous. Environ 4000 soldats parvinrent à passer, tandis que Girodelle couvrit la retraite de la Rochejacquelein. Tant que son symbole survivrait, les royalistes auraient une chance. Finalement, il s'en sortit avec quelques 6000 soldats survivants.



Dirigeant désormais cette "arrière-garde", bloquée au nord de la Loire, Girodelle tenta de trouver un autre chemin de retrait. Il dut se rabattre sur Saveney.

Une longue bataille s'y déroula, s'achevant sur un massacre presque complet des soldats. Girodelle reçu une balle dans l'estomac. Il s'effondra. Se releva. Reprit le combat, mais, affaibli, ne put esquiver un nouvelle balle, meurtrière. Il pria pour que son agonie soit brève. Il ne sut combien de temps il resta étendu là, entendant le fracas du choc des épées, les coups de feu, les coups de canons. Finalement, la poussière se dissipa, laissant apparaitre le ciel étoilé.




Son sang coula sur ce sol de Vendée qui avait abrité ses derniers espoirs, tandis qu'il rendit son dernier soupir.



La bataille de Savenay marqua l'anéantissement de l'armée catholique et royale. S'ensuivit la répression de l'insurrection, et la Terreur s'installa pour longtemps à Nantes."


Fin



Commentaires (1)

1. 25/07/2011

J'ai trouvé cette fic très émouvante, avec un beau style, et je l'ai beaucoup aimée.

A tort, je l'avais attribué à Silène, à cause du sujet (Girodelle) et des références historiques. Comme quoi, on s'habitue trop à associer certaines ficwriteuses à certains personnages. En tout cas, bravo pour cette belle fic et merci pour le plaisir que tu nous donnes lorsqu'on la lit.

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