Chapitre 1:Le fil de l'espoir
L'espoir avait emplis la chambre sobre où reposait le corps de la jeune femme un faible instant. Un sourire de soulagement avait illuminé le visage d'André lorsqu'il avait aperçu les yeux ouverts de son aimé. Il pouvait sentir au plus profond de son être l'effort surhumain qu'elle avait dû fournir pour murmurer son nom... Sa voix était rauque, faible, grave, mais pourtant cela s'était révélé une si douce mélodie à ses oreilles. Des larmes avaient envahis le regard de mer de son amour, transperçant son cœur telle la lame d'une épée, mais ses paupières s'étaient closes aussi vite qu'elle semblaient s'être ouvertes, sa tête s'était affaissée sur l'oreiller lourdement... Le sourire d'André s'était alors effacé... Il serra sa main dans la sienne.
- Oscar? Fit-il doucement. Oscar répond-moi je t'en supplis... Oscar ne part pas une fois de plus... Reste avec moi...
Mais son appel sembla vint, car les yeux de la jeune femme demeuraient clos. Une larme roula sur son visage au rythme que mourait l'espoir qui l'avait envahit. Il appuya son front sur la main de son amie, la main de son amour... Il ne pu retenir le sanglot qui lui déchirait la gorge tel un poignard affilé. Rosalie, qui était toujours assise sur une chaise au côté du lit, posa une main sur son épaule en silence, des larmes de désespoirs parcourant ses joues. Le temps semblait s'être figé comme une image dans un livre d'histoire, comme la toile qu'avait fait peindre Oscar sentant sa fin venue. Le manteau de la mort semblait envelopper son corps amaigris tel un voile diaphane posé sur son visage aussi pâle que la porcelaine, alors que plus tôt l'espoir que tout ceci ne fusse qu'un cauchemar, que la vie vaincrait, que la fin n'était pas inévitable, cet espoir avait ravivé André, mais hélas, ce fut si bref. Cela le porta à réfléchir...
*Oh mon Oscar, pourquoi sembles-tu t'éloigner de la vie? Pourquoi sembles-tu vouloir t'effacer de ce monde comme si tu cherchais à fuir? Mais que fuis-tu dont? Est-ce moi que tu fuis ainsi Oscar? Ou serait-ce tes sentiments pour moi qui te font peur au point que tu veules disparaître? Est-ce la femme qui dort en toi qui t'effraie plus qu'un bastion de soldats étrangers ? Veux-tu à un tel point fuir que tu ne veux plus te battre pour vivre? Oscar ressaisis-toi je t'en supplies, car sans toi ma vie n'a plus de sens... C'est comme si je sentais ma vie s'envoler avec la tienne. Reste avec moi Oscar, il faut que tu vives... *
- Je suis perdu Rosalie, fit-il soudainement. Je ne veux pas qu'elle s'en aille comme ça... Pourtant je m'y étais résous... Je savais que j'allais la perdre, que sa fin était venue... Mais pourtant... Comme ça, subitement, alors que mon espoir était mort, elle ouvre les yeux quelques minutes pour les refermés dès mon arrivé à ses côtés... Je suis perdu Rosalie, car je ne sais plus si je dois rester résigné ou m'accrocher à ce fil d'espoir si mince qu'il pourrait se rompre à la moindre brise... Je suis perdu Rosalie...
- Oh André... Il y a toujours de la lumière au bout du tunnel, même si elle est faible...
- Mais justement Rosalie... Elle est si faible cette lumière qu'elle semble prête à être avalé par les ténèbres qui l'entourent à chaque instant... J'ai peur de garder espoir, car si je devais la perdre encore alors que j'avais tant espoir de la retrouver... Je crois que la douleur m'achèverait cette fois...
- Ne dit pas cela André...
- Mais c'est la vérité Rosalie essais de comprendre... Je la croyais condamner, je savais que j'allais la perdre... Je l'avais déjà perdue puisque son essence semblait avoir quitté son corps, mais soudainement elle ouvre les yeux... Je souffrais déjà tellement de la savoir perdue que j'ai peur de recouvrer foi en la vie et qu'on me l'arrache à nouveau... Si je me permettais le moindre espoir, la douleur de sa mort me perdra avec elle...
- Et tu crois vraiment que de te résigner à sa perte te fera moins mal le moment venu? Tu crois peut-être que cela l'aidera...
- Si je savais ce qui l'aiderait je le ferais Rosalie... Mais il n'y a rien que je puisse faire qui puisse l'aider...
- Il faut juste que tu sois là pour elle André... Sois là pour elle, je suis sûre qu'elle le sentira...
- Je n'étais pas là lorsqu'elle c'est réveillée...
- Et alors... Justement André...C'est maintenant qu'elle a besoin de toi... Maintenant que le voile s'éclaircit elle a besoin de toi... J'en suis sûre...
- Et elle n'a pas tors, fit une voix féminine.
André releva la tête et se retourna pour voir dans l'embrassure de la porte, leur hôte. Sa robe était tâchée de terre, ainsi que son visage et il y avait de la poussière dans ses grands cheveux noirs de jais. Elle tenait, dans sa main gauche, un panier emplis d'herbe de toute sorte.
- Oh vous êtes revenu, fit Rosalie. Vous avez été plus longue que d'habitude... Je m'inquiétais...
- Certaines herbes dont j'ai besoin se font rare dans la nature et mon jardin commence à s'avérer plutôt vide je le crains... Je dois garder quelques pousses pour le printemps prochains, mais aussi pour les situations urgentes... C'est pourquoi j'essais de trouver des plants dans la forêt.
- Je suis désolé, fit André.
- Ne soyez pas sot André... Si je ne voulais pas dévaliser mon jardin pour vous aider je ne l'aurais pas fait, car rien ne m'y obligeait. Je vous viens en aide de mon plein gré alors ne vous sentez pas coupable de dévaliser mon jardin... Mais peu importe... Pourquoi le désespoir envahit-il cette chambre?
- Oscar a ouvert les yeux... fit Rosalie.
- C'est vrai?
- Oui...
La jeune femme pinça les lèvres et André et Rosalie se demandèrent ce que signifiait cet air grave, beaucoup plus grave qu'à l'habitude. Elle s'approcha d'eux, posa son panier sur la table de chevet et s'asseya sur le bord du lit, obligeant André à lâcher la main de son amour et à reculer. La jeune femme posa le dos de sa main sur le front d'Oscar, elle posa ensuite ses doigts sur son poignet et colla son oreille sur son torse... André et Rosalie avaient l'habitude des examens de la jeune femme sur Oscar; elle l'avait fait si souvent. Elle se releva finalement, les regardant tour à tour.
- Alors, que c'est-il passé exactement? Demanda-t-elle.
- Et bien... commença Rosalie, j'épongeais son visage comme d'habitude pour faire baisser la fièvre, et elle a soudainement ouvert les yeux. J'ai envoyé une servante quérir André...
- Combien de temps a-t-elle était éveillée?
- Quelques minutes à peine... Cinq tout au plus...
- A-t-elle parlé?
- Elle a essayé... Mais elle a été prise d'une quinte de toux... Et à l'arrivé d'André, elle a murmuré son nom. J'ai cru qu'elle allait se mettre à pleurer, mais ses yeux se sont refermés...
- Bien...
- Bien? C'est tout ce que vous trouvez à dire, fit André sèchement.
- Ne vous emballez pas André, fit-elle. Je réfléchis c'est tout...
- Alors qu'est-ce que cela veut dire? Il y a près de deux semaines qu'elle est comme ça et subitement elle ouvre les yeux; qu'est-ce que cela signifie?
- Je n'en sais rien en vérité... Écoutez, les faits sont là... Il y a près de deux semaines qu'elle est dans cet état d'inconscience et le simple fait de lui faire boire de l'eau est difficile vous le savez comme moi...
- Croyez-vous qu'elle va s'en sortir?
- Il est beaucoup trop tôt pour se prononcer André, je le crains... Vous savez, le grand mal...
- Je sais déjà que cette maladie a de bien faible espoir de guérison vous ne me l'avez que trop répété déjà; ce qui m'intéresse c'est de savoir si elle va vivre... Comprenez-moi...
Les yeux d'André s'étaient emplis d'eau et sa voix trahissait sa rage devant son impuissance. La jeune femme le laissa donc parler...
- Comprenez-moi je vous en conjure. Je n'en peux plus de vivre dans l'attente de sa mort ainsi... Je veux savoir à quoi m'en tenir... J'ai le droit de savoir si elle va mourir bientôt ou vivre encore quelques temps... Je sais que vous n'êtes pas Dieu, mais peut-on oui ou non espérer obtenir un répit avant la fin?
- Et bien mon ami, j'ai espoir que oui... Mais prenez garde... Son état est simplement stable... Il ne s'est pas amélioré. Son corps est toujours épris de fièvre et ses poumons comprimés par la maladie... Et la faiblesse de son corps ne l'aide en rien... Et bien que j'ignore par quel miracle elle s'est réveillée, ne fusse que pour un cour instant, oui, j'estime que cela signifie que vous aurez un répit, mais rien n'est gagné... Le combat ne fait que commencer...
- Que voulez-vous dire?
- Au rythme où évoluait les choses, je lui donnais une semaine encore tout au plus... Le combat aurait été terminé... Mais si elle se réveille à nouveau et ce plus d'une fois, si nous réussissons à l'alimenter et à l'hydraté, elle pourra espérer commencer à combattre sa maladie... Je vous le répète, on m'a rapporté quelques cas, quoi que plutôt rare, où le repos et le grand air avaient fait des miracles... Mais je ne peux pas me prononcer. Il est beaucoup trop tôt... Et sachez que même si elle se remonte de ce combat, l'ennemi pourra frapper à nouveau. C'est un combat à vie qu'elle mènera.
- L'espoir est dont si mince...
- En effet André, il est mince... Aussi mince qu'un fil qui se casserait à la moindre petite bourrasque de vent comme vous l'avez dit plus tôt... Mais il est là...
Elle s'approcha de lui, posa une main sur son épaule et lui fit un léger sourire.
- Mais Rosalie n'a pas tors André... Oscar a besoin de vous... Plus que jamais... Elle doit trouver une raison de vivre et je sens que c'est en vous qu'elle la trouvera cette raison... L'amour peut faire bien des miracles... Mais vous devez y croire le premier, car elle aura besoin de votre force...
- Et elle a toujours été là pour moi...
- Maintenant c'est votre tour André... Pour elle, gardez espoir... C'est peut-être son seul salut... Maintenant excusez-moi, j'ai des infusions à préparer...
Elle recula, repris son panier et se dirigea vers la porte de la chambre, mais s'arrêta dans l'embrassure de la porte.
- Une dernière chose... Vous pouvez aussi prier pour elle...
Puis elle les quitta. Malgré lui André tomba à genou. Il se traîna lassivement près du lit et repris la main d'Oscar dans la sienne une fois de plus. Son corps était secoué par quelques sanglots, son visage ruisselait de larmes... Rosalie voulu s'approcher, mais elle se ravisa. Elle recula plutôt, silencieusement, priant le ciel pour le salut de son amie. André demeura ainsi un instant, puis il décida de vider son cœur...
- Oh Oscar, mon amour... Je t'en supplis reviens-moi... Tu as entendu Oscar, il y a de l'espoir... Il est mince, il est fragile, mais il est là... Je t'en conjure Oscar reste avec moi, reviens-moi... Sans toi la vie n'a même plus de sens... Tu es toute ma vie Oscar je te l'ai déjà dis... Je t'en conjure bat-toi pour moi... On t'a élevé comme un homme afin de t'apprendre à te battre et bien c'est le moment où jamais de le faire...J'ai toujours été à tes côtés lors de tes précédentes batailles et sache désormais que je resterai à tes côtés pour celle-ci... Tu ne peux pas mourir alors que tout commence... Ce serait trop bête alors que nous découvrons à peine notre amour... Et que bientôt se lèvera une ère nouvelle... Si tu savais comme je t'aime Oscar...
À ces mots, il sentit bouger sur le lit. Il releva la tête et regarda le visage de son aimé. Ses yeux étaient toujours clos, mais ses lèvres remuaient faiblement, en silence...
- Qui a-t-il Oscar... Est-ce que tu m'entends?
Les lèvres de la jeune femme remuaient toujours, et laissèrent finalement échappé quelques mots, dans un murmure...
- N'ai pas peur André...Tu vivras...
- Quoi?
- Tu vivras...Tu ne vas pas mourir...
Mais ses lèvres cessèrent subitement de remuer... André ne comprenait pas... Jamais elle ne lui avait répondu au part avant... Cela prouvait peut-être les dire de leur hôte, à savoir qu'il y avait une chance pour qu'elle lui revienne... Mais alors, pourquoi disait-elle que lui allait vivre, et non elle? Il ne comprenait pas. Rosalie, qui était adossée au mur du fond, fut stupéfaite. Elle non plus ne compris pas le pourquoi des paroles d'Oscar... Elle s'approcha d'André et posa une main sur son épaule...
- Tu sais André... La fièvre peut l'apporter à délirer...
- Je sais... Mais d'un côté ses paroles on du sens, même si elle parle comme si j'avais parlé de moi... C'est comme si elle me répondait...
- Elle mélange peut-être les cartes, qui sait... Mais garde espoir André, je t'en supplis...
- Je sais... C'est comme si elle reposait entre deux mondes...
- C'est la fièvre André... Juste la fièvre... Nous serrons plus fixé lorsqu'elle se réveillera à nouveau...
- Je sais... Et cette fois-là je serai à ses côtés quitte à ne plus quitter cette chambre jusqu'à son dernier souffle...
- Ce n'est pas raisonnable André...
- Il n'y a plus de raison lorsque l'amour est en danger Rosalie, la raison n'existe pas dans l'amour... Va te reposer maintenant... Je prends le relais...
- Bien...
Elle quitta donc la chambre, s'empressant d'aller répéter ce qu'il venait de se passer à leur hôte, alors qu'André demeurait prêt d'Oscar. Au bout d'un petit moment, constatant qu'elle ne reprendrait pas conscience, il s'asseya sur la chaise qu'avait laissé Rosalie. Il prit la petite bassine d'eau qui était resté sur la table de chevet, y trempa une serviette et la passa délicatement sur le visage d'Oscar, comme le faisait Rosalie plus tôt.
- Je suis là mon Oscar... Je reste avec toi... Je t'attendrai...
Le temps continua de glisser telle l'eau qui s'écoulait sous les ponts... Le soleil amorçait sa descente vers la mort et la lune commençait à naître par la fenêtre de la petite chambre où reposait Oscar... André alluma une chandelle et continua de veiller, tel qu'il l'avait toujours fait depuis le premier jour où ses yeux avaient croisés les siens...
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