
Traduction:
Dernière nuit d'Orage
Par Shina
Le vent s'était calmé, il frappait moins fort contre les fenêtres de la demeure des Jarjayes. Il venait de faire un bel orage qui avait duré quelques heures. Mais cela n'empêchait pas la jeune Oscar de dormir paisiblement. Dans cette chambre, ils y avaient deux enfants couchés dans le même lit. Une toute jeune fille de onze ans serrée contre le dos de son ami à peine un an plus âgé qu'elle. Si elle dormait du sommeil du juste, lui ne pouvait trouver le repos. Ses idées se brouillaient et son cœur battait très fort dans sa jeune poitrine. Son monde changeait. Il changeait, cela l'effrayait.
Cela va bientôt faire quatre ans...quatre ans que je suis venu vivre avec Grand-Mère dans cette maison. Quatre ans que je vis chaque minute de cette nouvelle vie avec elle...Oscar...Quand je suis arrivé ici, je venait de perdre mes parents, je n'avait plus de famille en dehors de cette étrange, mais adorable vieille femme qui est venue me chercher à Arras pour me conduire ici. À cette époque qui me paraît si loin, j'avais un trou béant à la place du cœur. Mais depuis que mes matins sont éclairés par son sourire, j'ai l'impression que mon cœur est trop petit pour contenir tous les sentiments qu'elle fait naître en moi...oui mon cœur déborde de toi Oscar...et ça me fait peur. Et toi tu dors...insouciante, tout contre moi...j'avais trop chaud, il a fallut que je retire ma chemise de nuit. Je ne pensais que tu viendrais te glisser sous mes draps ce soir...Tu n'y as même pas fait attention. Pfffffffff......Oui je sais que nous nous sommes déjà vus nus, c'est vrai quand nous allons plonger, nous enlevons toujours nos vêtements pour ne pas nous faire gronder en rentrant. Mais à présent, je ne pourrai plus...maintenant, ça me gêne que tu me vois nu, ce soir ça me gêne.... Quand tu te colles à moi comme cela, je ressens nos différences, ça me fait tout drôle et ça m‘empêche de dormir...Grand-Mère ne veut plus que nous soyons si proches, elle dit que nous entrons dans l'adolescence...je ne sais pas ce que c'est...mais je n'aime pas ça...je vois nos corps changer, je ne peux déjà plus faire comme si tu étais un garçon, nous allons devenir si différents...j‘ai peur que cela nous sépare...ton corps me brûle...tes doigts délicats et ta joue si douce contre ma peau...ça brûle mais je ne veux pas bouger. J'ai peur de te réveiller, peur que tu ne repartes dans ton lit...maintenant que nous nous engageons vers ce monde d'adulte, garderas-tu cette douce manie de te glisser dans mon lit les nuits d'orages, ou est-ce la dernière fois, Oscar? La dernière fois que nos peaux nues peuvent encore se toucher en toute innocence...la dernière fois, après nous aurons grandi et les jeux seront différents...c'est Grand-Mère qui le dit. Oscar je ne veux pas grandir, j'ai peur de te perdre! Je sais que c'est inévitable, tout le monde doit y passer mais toi...quel papillon seras-tu en sortant de ta chrysalide...pour l'instant tu joues encore les petits garçons. Pour l'instant nous sommes amis pour la vie...mais d'ici quelques années à peine, qui seras-tu? Une belle et noble demoiselle au pieds de laquelle viendront s'agenouiller une foule de prétendants que je devrai regarder silencieusement et de loin parce que je ne serai plus que ton valet, attendant que l'un d'eux ne t'emporte au loin, loin de moi...Tout perdre...je ne le supporterai pas je crois, te perdre alors que tu es tout...tout...je ne suis vivant que depuis que je te connais, avant toi mon cœur c'était arrêté, sans toi il ne résistera pas...je n'ai pas besoin d'être adulte pour comprendre cela...c'est si simple... Mais si tu ne deviens pas une femme, que seras-tu? Une copie de ton père? En devenant une femme, quand ton corps deviendra celui d'une femme pourras-tu rester la même? Je sais aussi que non...en grandissant nous aurons des devoirs à remplir et déjà, on me répète assez souvent de me tenir à ma place de serviteur. Mais, même si tu joues plus tard les hommes comme tu joues les petits garçons, nous nous séparerons, ton père est si fier, la notion de classes prendra alors tout son effet entre nous...oui, je ne suis et ne resterai qu'un roturier...mais je te jure Oscar que je resterai à jamais ton ami le plus fidèle! Je ne peux qu'espérer que tu ne grandisses pas trop vite et que tu veuilles de moi le plus longtemps possible...car Oscar, je suis à toi...
Enfouissant son visage dans son oreiller, le jeune garçon se mit à pleurer doucement. Il sentit la main de son amie glisser sur son dos et sa jambe nue remonter sur sa cuisse. Il se crispa et cessa de respirer un instant. Une étrange et toute nouvelle sensation l'envahit. Il eut peur. Elle poussa un soupir et le serra tendrement. Il sentait qu'elle ne tarderait pas à se réveiller.
-..hum.. André tu pleures encore?....
-Non...tu as rêvé Oscar...
-Menteur...dis-moi, je suis ton amie, non?....
-Oui...et j'espère que ça durera toute la vie...
-toute la vie....
-Oscar tu n'as pas peur de grandir?
-....
-Tu dors?...
-....non...oui j'ai un peu peur aussi.
-Oscar, je ne veux plus que tu viennes dans mon lit...
-Pourquoi? Tu ne m'aimes plus?
-Ne dis pas n'importe quoi! Tu n'es plus un bébé maintenant ...
-Non...mais je ne viens pas parce que j'ai peur tu sais...
-Pourquoi viens-tu alors?
-....Je ne sais pas
-Ne viens plus comme ça.
-Je ne le ferai plus mais...
-Mais reste cette nuit...pour la dernière fois.
- Tu crois qu'on a déjà grandit?
-Je crois qu'on a fini de jouer...
-Nous ne dormirons plus ensemble...plus jamais?
-...je ne sais pas...On verra ce qu'on deviendra quand on sera grand.
-Je serai comme mon père...
-Et je serai prés de toi...
-Pour la vie?
-Pour la vie.
-Tu ne te retournes pas?
-....non...
-Bonne nuit André...
La fillette resserra son étreinte autour de la taille de son compagnon et se rendormit en souriant. Oui, elle devait grandir mais elle s'en donnerait encore le temps. Pour l'instant elle n'était qu'une enfant, et même si il venait de décider que cela serait leur dernière nuit, elle saurait toujours le convaincre. Elle connaissait déjà l'emprise qu'elle avait sur lui et ne doutait pas que rien ne les séparerait jamais. Elle dormit paisiblement jusqu'aux hurlements de sa nourrice des plus outrées par le comportement de son petit fils! André fut puni, Oscar ne comprit pas tout de suite pourquoi, mais les jours qui suivirent lui firent monter le rose aux joues. Elle n'alla plus dans la chambre d'André les nuits d'orage...
Fin
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