Diner de chasseurs


Elle l‘avait appelé à plusieurs reprises, mais il ne l'entendait pas. Le comte de Girodel  était en grande discussion avec trois de ses amis. Ils étaient visiblement d'humeur joyeuse. Si elle n'avait pas eu un besoin urgent de son aide elle ne se serait pas permise de le déranger. Le colonel de Jarjayes s'approcha du groupe qui riait alors aux éclats.
-Oh! Colonel. Excusez-moi, je ne vous ai pas entendu.
-Cela n'est pas très important Monsieur de Girodel. Je ne vous dérangerai pas longtemps, j'aurai juste une question à vous poser.
-Bien. Mais permettez que je fasse les présentations, avant cela, colonel. Messieurs, j'ai l'honneur de vous présenter mon supérieur,  Oscar-François de Jarjayes, le colonel de la Garde Royale.
-Monsieur, enchanté. Notre cher Victor-Clément, nous parle souvent de vous...
-Oscar, je vous présente le comte de Quend, Messieurs de Sénnelier et de Corbel qui sont des amis de longue date.
Suite aux  présentations, ils se mirent à parler de tout et de rien et Oscar, les trouvant forts aimables, en oublia la raison de sa venue, se mêlant aisément aux discussions et s'amusant à apprendre les travers de jeunesse de son lieutenant.
-c'est amusant, Girodel, je ne vous imaginais pas du tout comme cela.
-Ha ça , cher Oscar, il ne faut jamais se fier aux apparences!
À cette phrase du comte de Quend, Oscar et Girodel échangèrent un regard avant d'éclater de rire. Évidemment c'est trois messieurs ne s'étaient pas rendu compte qu'Oscar était une femme. Les deux officiers se gardèrent bien de leur dire.
-Oscar que faîtes-vous ce dimanche? Car nous allons tous les trois chasser sur mes terres au sud de Paris, peut-être accepteriez-vous de vous joindre à nous? Vous m'êtes fort sympathique et c'est un bon moyen de faire plus ample connaissance.
-Je suis très honorée par cette invitation, Monsieur de Quend, mais je crains de devoir refuser.
-Ho, Oscar cela est fort dommage. Ne pouvez-vous vraiment pas vous libérer?
-Ha voilà que vous mettez Victor au désespoir ! Ha ha ha voyez-vous colonel, il soutient que personne ne peut vous tenir tête à la chasse comme à l'épée. Nous aurions aimer en juger par nous mêmes.
-Effectivement, présenté de cette façon, je ferai un effort pour y assister. Je ne peux décemment laisser mon ami dans l'embarras alors qu'il a absolument raison, je suis imbattable!
Cette déclaration, faite sur le ton le plus sérieux qui soit amena de nouveaux rires et après avoir pris des accords sur les dates, lieux et heures de rendez-vous, le petit groupe se sépara. Les deux officiers réalisèrent enfin l'heure qu'il était et s'aperçurent qu'ils avaient manqué à leurs devoirs, mais bien loin de s'en inquiéter, ils en rirent.
 

Oscar, André et Girodel se présentèrent chez le comte de Quend la veille du jour de chasse. L'affaire était convenue par avance, Oscar étant la seule à ne pas connaître les lieux, elle fut invitée à les visiter  pour éviter qu'elle ne se perde ou blesse son cheval, car il y avait partout des marécages et des pièges
Les quatre jeunes gens se lancèrent donc dans une petite parties de chasse tenant davantage de l‘exploration. Les équipes furent vite faîtes et bien qu'il eut été plus logique de mettre un habitué des terrains et un novice dans chaque équipe, Oscar et André étaient partis ensemble sans demander l'avis de personne. Girodel avait alors regardé son ami en lui disant « mauvais reflex ». En effet, le lieutenant avait été un peu déçu de voir Oscar se présenter avec son valet. Il était jaloux du temps qu'elle passait avec lui et avait espéré l'avoir pour lui seul ce week-end, les autres ignorant la véritable nature d‘Oscar. Il dut se rendre à l'évidence, seul André avait cette chance. Le jeune comte aurait facilement échangé tout ce qu'il possédait pour prendre la place d'André et être toujours aux côtés de cette femme exceptionnelle qui prenait chaque jour plus de place dans son cœur.
 

Les deux jeunes gens galopaient au hasard dans cet étrange décor, qui donnait une impression de tristesse et de désolation. Des marais boueux, des bouquets de sureaux et des saules. De plus l'air semblait figé, les nuages étaient bas et chargés. Oscar attendait l'averse d'un instant à l'autre, mais avec un sourire amusé. Elle retombait en enfance et prenait  plaisir à semer André dans ce dédale de verdure.
Soudain le hennissement du cheval d'André et un grand bruit d'eau la fit revenir sur ses pas. Elle se moqua gentiment de lui. Son cheval s'était pris une patte dans un collet et André étant tombé dans une petite marre. Il s'enfonçait dans la vase et ne parvenait pas à en sortir. Elle vint à son secours et y tomba elle aussi. Ils eurent une pensée pour Grand-Mère qui les aurait corrigés si elle avait dû s'occuper de leur linge après cela! André sortit enfin de l'eau mais Oscar sentit quelque chose lui agripper la jambe. Surprise, elle eut un mouvement brusque pour se dégager et tomba à la renverse. Devant elle, un corps décomposé remonta à la surface de cette eau verdâtre.
-Beurrrk ce doit être la charogne d'un animal qui se sera noyé! Dit André avec un air des plus dégoûtés.
Oscar s'était relevée, mais elle était livide comme un cadavre. Elle ne répondait pas et restait dans l'eau à regarder la masse informe. Soudain elle la retourna, découvrant ainsi qu'il s'agissait des restes d'un corps humain. À la taille, il était évident qu'il s'agissait d'ossements féminins ou d'enfants. Tous les deux eurent des hauts de cœurs, mais alors qu'André avait détourné les yeux, Oscar ne pouvait s'y résoudre. Elle tenait encore ce qui devait être un bras, et quelque chose au milieu de cette putréfaction, attirait son regard et l'hypnotisait au point qu'elle n'entendait plus André qu'il lui ordonnait presque de sortir de cette eau vaseuse. Elle sortit de la marre sans regarder son ami. Son visage était calme, elle semblait presque endormie. Elle se mit à trembler. André se précipita pensant qu'elle était sans doute en état de choc et le fait qu'elle était trempée n'était pas pour améliorer les choses.Il s'approcha et se mit à la frictionner. À son contact, Oscar laissa tomber sa tête contre l'épaule d'André puis tout son corps suivit. Les mains du jeune homme eurent tout juste le temps de quitter ses épaules pour la saisir fermement par la taille. Elle était dans état de fébrilité et avait perdue d'un seul coup toute son énergie, elle semblait ailleurs. André eut très peur lorsqu'elle perdit connaissance. Ils se retrouvèrent tous les deux assis dans les hautes herbes, ne comprenant pas ce qui arrivait à son amie, André la serrait fort contre lui. Tout le corps de la jeune femme se glaçait comme si la mort l'envahissait soudain. Il tenta de la réchauffer un peu et tapotant doucement sa joue blafarde il réussit à la faire revenir à elle. Les yeux de la jeune femme semblaient vides, elle ne parlait pas, on eut dit une poupée, sans aucune volonté, aucune force. Elle se blottit soudain dans les bras d'André cherchant sa chaleur. Il l'entendit pousser un profond soupir puis sa respiration se fit très forte et rapide comme si elle était poursuivie. Elle ne bougeait pas. Il prit sur lui de se lever, elle en parut effrayée. Il l'aida à ce mettre debout, elle fixait le sol, silencieuse...
-Oscar! Je t'en prie dit moi quelque chose! Bouge! Oscar tu m'inquiètes...!
Elle leva la tête brusquement et lui sourit tendrement. Mais ne répondit pas. Elle s'approcha de son cheval, mais ne parvint pas à s'y hisser. André dut monter avec elle pour la maintenir. Ils rentrèrent aussi vite qu'ils purent au château de Quend. André s'égarant dans les marécages, Oscar parla enfin d‘une voix inaudible lui indiquant à chaque fois le passage à emprunter comme si elle connaissait les lieux par cœur.
 

Dés qu‘ils furent en vue de la propriété du comte, l‘attitude de la jeune femme changea du tout au tout. Elle semblait avoir repris du poil de la bête et mieux que cela elle partit dans un rire démentiel, à peine eut-elle posé les pieds au sol. Les deux gentilshommes qui étaient inquiets de ne pas voir revenir les jeunes gens vinrent aussitôt les accueillir. Oscar eut alors des sourires charmeurs pour son lieutenant, ainsi que pour le comte de Quend et des gestes très « amicaux ». André regardait stupéfait, ne comprenant plus rien à ce comportement étrange. Et alla s'occuper des chevaux à contre cœur. Voir Oscar adopter des attitudes de courtisanes avec Girodel lui glaçait les sangs. Depuis qu'elle était tombée dans cette eau malsaine, il ne la reconnaissait plus.
-Pardonnez-moi mes amis de vous avoir inquiété, mais je suis malencontreusement tombée dans un étang à cause d'un petit animal qui a surgi entre les sabots de mon cheval. N'est-ce pas risible? Ha ha ha ha ha
-Oscar vous devriez vite monter vous changer. Vous pourriez attraper la mort à rester ainsi.
Un éclair traversa les yeux de la jeune femme au son du mot mort. Son sourire s'effaça un instant. Puis elle reprit son air enjoué.
-Accepteriez-vous de venir m'aider dans cette délicate opération Monsieur?
Girodel ne savait plus où il était. Elle avait dit cela en s'approchant de lui, le frôlant presque. Elle le fixait souriante s'amusant de la mine perturbée du jeune homme. Elle le contourna et monta seule dans la chambre qu'on lui avait préparée.
Durant tout le dîner, elle eut cette attitude provocante à l'égard de Girodel et du comte de Quend qui comprit bien vite qu'il s'était trompé sur la nature de cette jeune personne. Contrairement à Girodel qui cherchait à la raisonner, leur hôte aurait facilement profité de la situation si Victor-Clément ne montait  la garde.
 André cantonné aux cuisines avait été soulagé de voir que Girodel la surveillait sans arrières pensées. Mais il ne comprenait pas pourquoi elle avait délibérément caché la découverte du squelette dans l'étang. Il cherchait en vain une explication à tous ces événements étranges, l'explication la plus absurde lui traversa l'esprit. Il se surpris à penser qu'elle devait être possédée.
-Oh mon Dieu mon pauvre André, ça ne va vraiment plus. Comment peux-tu avoir des idées aussi stupide. Elle est choquée simplement. Demain elle ne saura plus où se cacher tant elle aura honte de son comportement de ce soir. À force de jouer au dur elle se fragilise intérieurement...mon Oscar...tu étais si faible tout à l'heure, blottie dans mes bras... était-ce vraiment toi?... celle qui se cache au fond de toi, cette jeune femme douce et fragile que je devine derrière tes yeux bleus quand tu te laisse aller à rêver parfois...si tu savais comme je tiens à toi. Je n'aime pas te savoir en danger ou te compromettre comme tu le fait ce soir. Je voudrai pouvoir t'amener loin, te garer pour moi, tout faire pour que tu sois enfin toi-même.
 

Le jeune homme déambulait dans les couloirs de ce château inconnu, ne parvenant pas à trouver le sommeil tant son cœur et son esprit s'inquiétait pour la jeune femme.
Dans sa chambre, Oscar se retournait sans cesse dans son lit, se débattant, gémissante, prisonnière dans ses draps, du fond de son cauchemar, elle paniquait. Une violente fièvre s'était emparée d'elle. Soudain un terrible cri se fit entendre. André se précipita à la chambre de son amie et entra sans frapper défonçant presque la porte.
Il la trouva debout devant la fenêtre ouverte. Le lacet qui devait fermer le haut de sa chemise n'y était plus, laissant apparaître sa poitrine. Il n'osait pas s'approcher d'elle .Elle le fixait sans mot dire, les yeux vides de nouveau. Elle était trempée de sueur. Un frisson secoua tout son corps et l'expression de son regard changea. Il retrouva soudain son Oscar . Baissant les yeux, elle s'aperçut qu'elle était presque nue.
-André! Mais que fais-tu là!
-Tu as crié! Je suis venue voir ce qui t'arrivait... tu te sens bien??
-j'ai du faire un cauchemar...oui un horrible cauchemar je ne m'en souviens plus vraiment mais j'en garde une douleur au ventre et  ...une impression étrange et si désagréable...comme si mon corps ne m'appartenait plus...
-C'est à cause du cadavre?
Elle le fusilla du regard comme s'il venait de prononcer des mots interdits. Pourquoi refusait-elle d'en parler après tout cela ne la concernait sans doute en rien et il n'était pas dans ses habitudes de laisser planer une énigme ou un crime sans qu'elle ne cherche à  élucider l'affaire. Mais pourtant cette fois... André détourna les yeux devant se regard meurtrier et les posa sur le lit de la jeune femme. Il eut soudain une vive réaction y apercevant une tâche de sang  au milieu du drap.
-Oscar qu'est-ce...
-Sors d'ici tout de suite!
-Ne me dis pas que toi et...
-André comment oses-tu?! Sors immédiatement avant que je te fasse payer cette insulte!
Il serra les poings et les dents se tenant droit face à elle. Il était indigné. C'était pour lui la fin de tout. Il ne voyait qu'une explication possible à la tenue de la jeune femme, sa peau moite et le sang sur ses draps après son comportement au dîner, elle avait poussé son jeu jusqu'à l'étape finale, son lit. Des larmes de rage et de tristesse mêlées coulèrent sur les joues en feu du jeune homme. Il sortit en claquant violemment la porte derrière lui et se mit à courir dans les couloirs sortant par la porte de service des cuisines et  se laissa tomber à genoux prés du puit sous une pluie d'automne  battante. Il ne pouvait y croire. Elle si droite, si pure, son ange, comment avait-elle put se laisser aller de la sorte ? Et qui était celui qui lui a volé son innocence? Se redressant en laissant tomber ses fesses sur ses talons, André fronça les sourcils et cessa de pleurer. Il n'avait croisé personne dans les couloirs et ils n'étaient que deux dans la chambre d'Oscar. Bien évidemment il n'avait pas fouillé la pièce, mais il était persuadé qu'il n'y avait personne d'autre. Aucun des deux comtes n'était à l'origine de l'état d'Oscar... comment l'expliquer alors? Il savait que si elle avait été dans sa « mauvaise » semaine, elle n'aurait pas quitté le domaine des Jarjayes. Elle s'enrageait même toujours pour ne pas être de service à Versailles ces jours là. Alors se rendre à un week-end de chasse chez un inconnu cela était exclu. Une autre solution lui vint mais il la chassa vite d'un geste de la main.
-Pardonne-moi.
Il frissonna. Elle était apparue derrière lui sans qu'il ne l'entende arriver.
Elle était de nouveau dans cet état étrange qui commençait à effrayer sérieusement André. Il jeta un rapide coup d'œil à sa poitrine et constata avec soulagement que sa chemise était fermée. Il remarqua aussi que la pluie moulait le corps d'Oscar dans ce tissu devenu presque transparent.
-Oscar... mais tu vas prendre froid... dans cette tenue.
-Je te demande pardon. Mais je ne suis pas responsable pour le sang sur les draps, c'est elle. Rassure-toi c'est tout à fait naturel, je ne lui ai pas fait commettre cette erreur. Son corps a juste réagi  au choc que lui a causé notre rencontre... Je ne voulais pas te faire peur, toi tu ne me semble pas comme les autres.
-Quoi? Qui « elle »?
-Celle que tu aimes... parce que tu l'aimes n'est-ce pas? Je l'ai senti quand tu m'as prise dans tes bras cette après-midi.
-.....
-Je ne veux pas te faire de mal...je ne veux que me venger. Tu dois déjà beaucoup souffrir de ton amour pour elle... Les nobles sont des ordures ils ne nous voient même pas... tu devrais l'oublier. Elle ne t'aimera jamais...
André comprit alors avec effarement qu'elle parlait d'elle à la troisième personne comme si il s'agissait d'une autre. Il prit le parti d'agir comme si elle était en proie à une crise  de somnambulisme et entra dans son jeu, lui dévoilant son cœur comme si il se confiait à une inconnue.
-cela n'a aucune importance...la seule chose au monde, qui compte pour moi, et de pouvoir vivre à ses cotés. Même si elle ignore mon amour pour elle le simple fait de la voir chaque jour que Dieu fait, d'être là pour la soutenir quand elle ne va pas bien pour lui tendre la min quand elle n'arrive pas à se relever seule, être là c'est tout ce qui compte. C'est ma façon de vivre mon amour pour elle. Je n'en attends pas davantage, je sais que tout nous sépare, mais je ne demande qu'à vivre prés d'elle. La voir heureuse même si il doit m'en coûter...je donnerai ma vie pour elle. Je ne veux que son bonheur, le mien ne compte pas. Cela peut te semblait triste mais pour moi c'est toute ma vie et je n'en changerai pour rien au monde...tu pleures?
-je ne savais pas que l'amour existait...je ne savais pas qu'il puisse être aussi beau...elle a beaucoup de chance de t'avoir à ses cotés, beaucoup de chance que tu l'aimes...tu es quelqu'un de merveilleux . Je suis heureuse de découvrir, même maintenant qu'il existe des hommes bons sur cette terre. Je ne ferai rein à ton amie, mais il faudra que tu agisses très vite pour la sauver...j'espère qu'elle se rendra compte de l'amour que tu lui portes et qu'elle le partagera...
-Quoi? Attends que veux-tu dire par la sauver? Et qui es-tu?... Pourquoi Oscar?
-Parce qu'elle l'a souhaité. Inconsciemment, elle a chercher à savoir ce qui avait pu m'arriver qui j'étais, elle a pensé à me venger, celui qui était à l'origine de ce crime devait payer. Elle tempérament de feu ton amie.. Ha ha ha... mais surtout une âme et un cœur pur ce qui me permet d'être là à te parler.
-je ne sais pas lequel de nous deux est en train de rêver ce cauchemar Oscar mais je dois t'avouer qu'il me fait très peur! Voilà que tu me joue les possédées à présent!
La jeune femme lui sourit et perdit connaissance. Il la rattrapa avant qu'elle ne se cogne au puit. Il posa une main sur son front et constata qu'elle était brûlante de fièvre. Elle respirait, à nouveau,  très vite. Il la porta jusqu'à sa chambre et la déposa sur son lit toujours ouvert. Il s'assit à ses cotés et la regarda un instant. Sa chemise était trempée, elle était toujours inconsciente, prisonnière de cette fièvre. Elle devait sûrement être la proie d'un délire pour lui avoir tenu cette étrange conversation. Il ne pouvait pas la laisser comme ça, son état s'aggraverait, mais il n'osait pas la toucher, la déshabiller ...c'était pour son bien...cela pouvait lui sauver la vie. Il défit le lacet de la chemise et passa ses mains sous le tissu qu'il fit glisser en bas des épaules d'Oscar en une délicate caresse. Il fut ébloui par la vue qu'il venait de découvrir mais achemina doucement le linge humide jusqu'à sa la taille de la jeune femme. Il ferma les yeux et prit une profonde respiration. Tous ses sens le poussaient vers ce corps dont il avait si souvent rêvé. Il lui aurait été facile de la caresser ou de déposer un simple baiser sur sa peau blanche, mais réprimant les battements de son cœur il la déshabilla complètement et tira sur elle les couvertures afin de la mettre bien au chaud. Il écarta les mèches de son front et y déposa un baiser chaste avant de ressortir de la chambre.
 

Au petit déjeuner, Oscar adopta la même attitude que la veille. Ce qui ravit le comte de Quend qui ne manqua pas d'informer ses compagnons, sur la nature de leur « nouvel ami », dés leur arrivée. Ces derniers furent très surpris mais s'attendaient déjà à de très belles actions. Avant de partir pour la chasse, Girodel saisit Oscar par le bras pour l'emmener dans un coin.
-Oscar! Mais auriez-vous perdu la raison?! Cela ne vous ressemble pas d'agir de la sorte! À quoi Diable pensez-vous?
Elle le poussa contre le mur et colla son corps au sien, arrêtant ses lèvres à quelques centimètres des siennes, les mains sur la poitrine du jeune homme.
-Et vous? À quoi pensez-vous? Ha ha ha ha! ne me le dîtes pas, je sens très bien!
Girodel rougit violemment, quand elle passa ses doigts sur sa joue, fixant avidement ses lèvres. Elle ressentit de plus en plus fort l'ardeur qui naissait en lui Il la repoussa brutalement contre le mur opposé, la saisissant par la taille il la souleva un peu, passant sa main sous l'une des cuisses de la jeune femme,  afin de mieux se placer et lui faire savoir combien le jeu auquel elle voulait le provoquer pouvait s‘avérer dangereux pour elle. Mais loin de le craindre elle lui sourit en passant ses bras autour de son cou et se mit à rire. Plongeant dans ses yeux, il n'y reconnut pas son supérieur. Elle était si différente. Il la lâcha et recula de quelques pas. Elle l'observait avec incompréhension, attendant qu'il lui explique son geste.. Il la regarda encore une fois dans les yeux .
-Je ne sais ce qui vous passe par la tête, mais je sais que ce n'est pas vous... Je ne commettrai pas l'erreur de vous faire ce mal la, parce que vous êtes en proie à un moment d'égarement. Je vous chéris trop pour oser vous salir. Je vous en prie ressaisissez-vous.
Elle lui jeta un regard meurtrier et s'en alla rejoindre les autres en le bousculant. Girodel ne savait plus s'il devait regretter ou se féliciter de son geste envers celle qu'il aimait en secret.
Il s'aperçut assez rapidement qu'il avait eu raison car Oscar sembla redevenir elle-même une fois à cheval et une arme à la main. Il gagna son pari. Car la jeune femme était bien plus habile que les quatre hommes qui l'accompagnaient. Ceux-ci reconnurent que Victor-Clément ne leur avait pas menti sur ce point. Monsieur de Sénnelier était fort curieux de savoir si elle faisait preuve d'autant de dextérité dans d'autres exercices pratiques. Se rapprochant d'elle, il se pencha pour lui soufflait à l'oreille:
-Dîtes-moi chère demoiselle êtes-vous aussi habile pour le plaisir que pour le sport?
-Cela vous plairait-il de me mettre à l'épreuve tout de suite, Monsieur?
-Assurément...
Elle regarda l'homme en riant et lança soudain son cheval au galop. Se retournant vers ses compagnons Monsieur de Sénnelier les pria de ne pas les attendre avec un regard qui en disait long sur ses intentions. Corbel et Quend se mirent à rire.
-Hé bien Messieurs je ne sais pour vous, mais je pense que nous aurons chacun notre tour! Ha ha ha ha ha !
Girodel ferma douloureusement les yeux. Il aurait voulu se boucher les oreilles, mais les rires de ces hommes résonnaient déjà dans sa tête, lui arrachant le cœur. Il ne comprenait pas et en devenait malade tant l'attitude d'Oscar le blessait cruellement. Jamais il ne l'aurait imaginé en libertine s'offrant aux premiers venus. Il la voyait pure et parfaite, la désillusion faisait mal. Mais comme toujours, il garda sa contenance et refoula la rage au fond lui entendant ses « amis » parler d'elle en des termes bien peu élogieux. Il ne se serait pas attendu à ça d'eux. Cette partie de chasse devenait un Enfer.
Quelques heures plus tard les trois cavaliers croisèrent la jeune femme au détour d'un bosquet. Elle était seule et souriante. Elle leur expliqua que Monsieur de Sénnelier et elle faisait une course mais qu'il ne l'avait  pas rattrapée.
-Je suis heureuse de vous voir! Je pensais m'être perdue.
-Hé bien vous voyez que non! Nous avons fini par vous retrouver. Que diriez-vous de renter à présent?
-Avec plaisir. Je dois vous avouer que je commence à avoir froid et j'avais hâte de renter me mettre au chaud. Nous attendons pas votre ami?
-Qu'il aille au Diable!
-Victor?! Et bien que nous vaut cette excès de colère peu coutumier chez vous?
-Rien. Répondit-il ragrément, jetant un regard froid à la jeune femme. Je meure de faim! Rentrons vite, Arthur retrouvera le chemin seul!
Et il partit devant sans se retourner. Après avoir lancer un sourire à faire damner les saints aux deus autres chasseurs, Oscar suivit son lieutenant.
Le gibier tué fut déposé en cuisine afin d'être servit au dîner. André accourut pour prendre des nouvelles d'Oscar qu'il n'avait pas encore vu aujourd'hui. Il avait veillé jusqu'à très tôt ce matin et quand le sommeil s'était emparé de lui il n'avait pu lui résister.
 Il se réveilla trop tard, les chasseurs étaient déjà partis. Il apprit aussi que Monsieur de Quend ne voulait pas de sa présence à leurs côtés, qu'il devait rester à sa place. Mais Oscar était à présent de retour c'est tout ce qui lui importait. Il fut satisfait de voir qu'elle n'avait plus de fièvre. De plus elle semblait calme et posée. Elle se laissa lourdement tombée sur une bergère et lui sourit tendrement.
-André, peux-tu m'attendre à l 'écurie un moment s'il te plait? J'aurai besoin de toi. Prépare les chevaux.
-Bien sûr Oscar.
Elle attendit un instant pour être certaine que le jeune homme soit assez loin pour ne pas entendre ce qu'elle avait à dire et surtout ne pas voir ce qu'elle s'apprêtait à faire.
-Savez-vous ce que j'aime le plus dans les dîner de chasseurs Messieurs? Les histoires qu'on y raconte.
-Haaa?! Et vous allez nous en conter une Mademoiselle de Jarjayes?
-Oui. Monsieur de Quend...Asseyez-vous je vous prie je vais commencer. C'est l'histoire d'une jeune fille qui devint orpheline à quatorze ans. Vivant dans un petit village, Louisine n'avait aucun moyen de subvenir à ses besoins. Aussi se présenta-t-elle au château de son seigneur pour demander s'il n'avait pas quelque travail pour elle. On lui confia une place de soubrette. La jeune fille travaillait dur et ne rechignait pas à la tâche. Elle était heureuse d'avoir cet emploie et d'être à demeure. De plus, son maître était charmant et très gentil avec elle.Elle en tomba bêtement amoureuse. Un soir il y eut au château un dîner de chasseur, un peu comme ce soir. On se mit à raconter des histoires plus ou  moins paillardes et lorsque la jeune Louisine se présenta les mains chargées de plateaux, l'excitation de ces hommes fut à son comble. Abusant de la naïveté de la fillette et de son autorité sur elle, la maître des lieux la prit violemment à même la table sous les applaudissements de ses convives. L'alcool et l'énervement y aidant, tous les invités furent conviés à passer sur le corps de la malheureuse enfant qui crut mourir. Les jours qui suivirent elle perdit la raison et fut chassée de la propriété. Elle se donnait à n'importe qui, mais dans chacun de ses ébats, elle hurlait le nom de son bourreau . Il devint vite la risée du pays. On ne parlait plus que de la folle et de son maître.
-Cela suffit votre histoire n'est pas très gaie!
-Mais elle est vraie...de plus je n'ai pas terminé! Je vous prierai de me laisser finir Monsieur de Quend.
-J'en ai assez entendu! Que fait cet imbécile d'Arthur! Il devrait être rentré depuis longtemps maintenant!
-où avez-vous entendu cette histoire colonel?
-Je vous le dirai, quand je l'aurai terminée, Monsieur de Corbel. Répondit Oscar, se levant de son fauteuil et commençant un aller et retour dans le salon, regardant le pistolet qu'elle tenait encore dans ses mains.  Je poursuis: La jeune fille fut bannie de son village et poussée vers les marécages. Cependant les hommes qui l'avaient chassée savaient toujours où la trouver et lui jeter un peu de pitance comme on le ferait pour un chien après lui avoir fait leur affaire. Elle vécut comme une bête, ses yeux vides de toutes expressions trahissaient la douleur de son corps et l'agonie de son âme. Un beau jour, plus un homme ne la croisa dans les marais. Elle avait disparue. On crut alors qu'elle avait mis un terme à cette monstruosité qu'était devenue son existence. On ne retrouva jamais son corps....enfin, jamais avant hier après-midi.
-Comment?! Que dîtes-vous? Oscar vous êtes folle!
-Monsieur de Quend c'est bien chez vous qu'a eut lieu ce dîner ?Vous ne vous en souvenez pas? Vous êtes pourtant venu me retrouver dans les marais pour  me tuer d'un coup de pierre avant d'en lester mon corps et de le jeter dans un étang.  Vous y étiez aussi monsieur de Corbel, je me souviens de vous! Quand à Monsieur de Sénnelier, plus la peine de l'attendre, il fait comme moi, il sert de nourriture aux poissons et sangsues des marais.
-Vous l'avez tué??!! Oscar... ?! Comment avez-vous pu faire une telle chose? Mon Dieu...!!! S'écria le lieutenant en se précipitant sur elle.
-Monsieur de Girodel....
La jeune femme sourit au jeune homme et levant son arme, elle tira une balle dans la tête de Monsieur de Corbel, qui s‘était levé pour s‘enfuir.
-Je ne me souviens pas de vous par contre...il faut dire que vous étiez une dizaine ce soir-là et que j'avais perdu connaissance, y étiez-vous? Votre attitude de ce matin me laisse mitigée...mais moi, je n'ai plus rien à perdre!
Girodel prit sa tête dans ses mains et s'écroula au sol, son sang se mêlant à ses boucles de miel. Il s'allongea lourdement aux pieds du la jeune femme et perdit connaissance. Profitant de l'effet de surprise que créa chez le lieutenant ce meurtre de sang froid, Oscar l'avait frappé derrière la tête avec la crosse du pistolet qui, ne pouvant tirer qu'une fois, s'avéra tout de même utile.  Monsieur de Quend était resté immobile, mais un éclat de fureur allumait ses yeux.
-Voilà qui peut briser la plus brillante de carrière militaire colonel? Pourquoi faire autant de cas d'une misérable? Ces gueux ne sont là que pour nous servir et pour notre plaisir. Ils ne méritent pas que l'on joue une telle comédie pour venger l'une d'elle, la plus insignifiante de tous...Vous m'avez l'air au moins aussi folle qu'elle! Vous venez de gâcher votre vie, pour une gamine que vous ne connaissiez même pas. Je vais faire en sorte que vous la rejoignez. Qui vous a raconté cette histoire et cesser de vous faire passer pour possédée, je ne crois pas aux fantômes sans cela je serais envahi par les spectres! Ha ha ha ha!
-Vous êtes vraiment un monstre...c'est vrai cela m'était égal de gâcher la vie d'Oscar mais j'ai changé d'avis car je sais que l'amour existe et je souhaite qu'ils le vivent.
-Même morte tu restes aussi sotte Louisine! Ha ha ha ha l'amour n'est pas de ce monde malheureuse. C'est un instrument utilisé par les forts pour dominer les faibles! C'est une arme qui blesse plus sûrement qu'une épée et qui peut tuer aussi, tu es bien placée pour le savoir, non?! Jamais l'amour ne rend heureux, il vous place à l'agonie! C'est un mot que j'ai banni de ma vie...Ha ha ha ha votre folie me gagne Oscar voilà que je parle à un fantôme! Vous êtes très convaincante on jurerait que vous l'aviez connue tant vous prenez les mêmes airs stupide quand on vous parle d'amour! Je vais mettre fin à cet entretien tout de suite!
Il sortit à son tour son pistolet et le braqua sur Oscar. La jeune femme regarda aussitôt le sien. Elle ne l'avait pas rechargé,  Louisine ignorant la procédure à suivre. Elle paniqua, elle ne voulait pas qu'Oscar meurt, elle ne voulait pas qu'André souffre.
-Oscar!!!!
La jeune femme se tourna vers la porte où André venait d'apparaître haletant il ouvrit des yeux démesuré devant la scène qui se jouait. La jeune femme lui sourit tristement et des larmes mouillèrent ses joues.
-Pardon André! Je ne voulait pas vous faire de mal...l'amour n'est vraiment que souffrance...Fais vite je t'en prie...
Le coup de feu partit. Elle tomba au sol. André arriva trop tard, elle était touchée. Une immense rose rouge sang se dessinait sur le vert de sa veste. Elle le regardait, sereine, elle eut une faible sourire.
- André, j'ai fait un rêve étrange où je n'étais plus moi...mais je t'entendais et je te voyais...moi aussi ...je t'aime.
Oscar ferma lentement les yeux et son sourire s'effaça.
-Oscar!!!! Oscar je t'en prie ne me laisse pas!
-Attends tu vas  la rejoindre tout de suite. Ne t'inquiète pas.
Le comte de Quend se tenait debout derrière André. Ce dernier ne se retourna même pas, à genoux serrant désespérément le corps de celle qu'il aimait. Le noble pointa le canon de son pistolet sur la tête baissée du valet qui fermait les yeux attendant qu'on lui rende son amour.
Une détonation se fit entendre, mais ce fut le comte de Quend qui s'allongea de tout son long dans une marre de sang.
-des hommes...comme lui...ne mérite pas ...de vivre.
Chancelant, le comte de Girodel s'était relevé et venait de sauver la vie d'André. Son visage était recouvert du sang qui s'échappait  encore de la plaie qu'il avait à la tête. Il posa une main sur l'épaule d'André et se laissa tomber à genoux prés de lui.
-êtes-vous certain qu'elle soit...je ne crois pas que Louisine laisserait Oscar nous quitter comme ça...Vous permettez que je vérifie?
André posa doucement le corps d'Oscar sur le planché et Girodel se pencha pour voir si elle respirait encore. Il constata un souffle très faible mais bien présent.
-Louisine?! Fit André stupéfait séchant ses larmes, du revers de la main. Un fantôme?
-Oui...Emmenons-la vite, André Oscar n'est pas morte mais cela ne saurait tarder. La balle l'a traversé, elle perd beaucoup de sang mais la blessure se situe bien au dessus du cœur.... Quend n'a jamais été un très bon tireur... Si nous faisons vite, il nous reste une chance. Seigneur quel cauchemar...qu'on ne me parle plus jamais de fantôme et de possédés.
Le vieux médecin du village donna les premiers soins à Oscar ce qui maintint son état jusqu'à Paris , où le docteur Lassone prit la relève. Lorsqu'elle revint à elle, Oscar semblait avoir oublié tout ce qui suivait la découverte des ossements. Elle se souvenait avoir perdue connaissance en sortant de l'eau, le reste ressemblait davantage à des bribes de rêves et de cauchemars qu'à de réels souvenirs.
Girodel inventa une histoire de dettes et de différents entre les deux comtes présents au château de Quend, occultant tout à fait la présence de Monsieur de Sénnelier, dont on ne retrouva pas le corps, les coups de feu se seraient échangé entre les deux hommes qui étaient ivres et Oscar aurait été victime d'une balle perdue.
Chacun  trouva son compte dans ce récit de chasseur.
Oscar sourit en pensant que son lieutenant était un très grand menteur mais un homme exemplaire. Elle avoua avoir beaucoup de chance d'avoir un tel homme d'honneur pour ami. Elle ne savait pas vraiment comment, mais elle sentait que dans cette affaire, elle lui devait la vie, et peut être plus. Elle lui en serait toujours reconnaissante.
Lorsqu'elle fut autorisée à quitter son lit, Oscar demanda à André de l'accompagner dans les marécages de la propriété de Quend. Ils se rendirent à l'endroit où ils avaient découvert le corps de Louisine, Oscar voulait libérer l'âme de cette malheureuse en lui donnant une sépulture descente et voulait qu'une messe soit donner pour elle.
André  la laissa seule un instant pour qu'elle se recueil sur la tombe de Louisine. Oscar pleura sur le sort de cette malheureuse enfant.
-Tu as connu l'Enfer sur cette terre et même après la mort tu as continué de souffrir atrocement maintenue dans ce monde par une volonté de vengeance et un espoir désespéré de croire en l'amour. Ta vengeance s'est accomplie, puisse-t-il brûler en Enfer et souffrir pour l'éternité. Tu t'es servi de moi et tu as failli me perdre avec toi mais malgré tout je dois te remercier, car sans toi, je n'aurais peut-être jamais ouvert les yeux sur cet homme merveilleux qu'est André.
Aime-le...
-Je te le promets. Repose en paix, à présent.
Le colonel de Jarjayes essuya ses larmes et vint rejoindre son ami, qui l'attendais un peu plus loin. Elle s'arrêta devant lui et plongea ses yeux bleus dans les siens.
-André je viens de lui faire une promesse...
-Je sais, elle me l'a soufflé.. .la coup-t-il, les yeux mouillés de larmes, mais le sourire aux lèvres.
Il attira la jeune femme à lui, en lui prenant la main et la plaça sur son cœur. La serrant  dans ses bras il l'embrassa tendrement. Une légère brise agita soudain les branche des saules dans un bruissement imitant des murmures.
Soyez heureux, je le serai  pour vous à jamais...

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