Eurydice

Fic sur les pensées d'André à un moment précis:

 


Tout c'est passé si vite...Pourquoi ?
Je ne te laisserai jamais descendre dans les profondeurs de l'Enfers sans moi. Tu n'embarqueras pas avec Charon, tes mains délicates ne caresseront pas le poil hirsute de Cerbère, non Oscar je t'en fais la promesse...pas sans moi, pas maintenant tu ne descendras au Royaume d'Hadès.
 

Le jour s'était levé, baigné par un magnifique soleil de printemps, qui faisait, de partout,  scintiller des perles de rosée. Voir la nature aussi belle devait ravir les cœurs mais au fond du sien il n'y avait que l'hiver et sa froideur.
 Depuis qu'Oscar était capitaine de la garde Royale, ils se retrouvaient de plus en plus souvent séparés, leur complicité, le pensait-il, en souffrait. Oscar devenait dure parfois...certes elle l'avait toujours, plus ou moins été, cachant ses sentiments à quiconque, mais lui, avait eu tacitement la clé de son cœur. Celle qui lui permettait de passer de ses regards à son âme et de l'enfant sauvage reconnaître la fragile flamme, de celle qui bientôt serait une femme.
Or maintenant, comment percer cette carapace de blanc et d'or, sa rose...devenue par cet uniforme  fleur de lys de la royauté.
 Elle avait mis beaucoup de temps avant de se rapprocher de la Dauphine princesse aux préoccupations bien futiles, mais  l'insouciance de cette dernière et les complots qu'elle suscitait avait eu raison d'Oscar, sensible à la noblesse de cœur et d'âme et à cette fragilité féminine qu'elle-même ne pouvait avouer et qu'en ses jeunes années elle pouvait encore refouler.
 

Devoir Honneur et Respect... Oscar François de Jarjayes.
 

Non, il ne s'était pas éveillé tranquille en cette journée. Passant la majeure partie de la nuit à veiller. Seul dans l'obscurité  des écuries, André Attendait Oscar, son amie de toujours qui de plus en plus souvent rentrée fort tard.  L'isolant involontairement dans son rôle de simple valet .Elle lui faisait éprouver chaque jour un peu plus cette différence qui les éloignait, l'oubliant là dans les écuries, lui qui jamais ne la quittait, fidèle comme une ombre. Certes ? André n'était  pas toujours silencieux, ne sachant garder pour lui ses pensées quand cela saute aux yeux, ne trouvant d'autre moyen pour la faire sourire que de la provoquer gentiment, la taquinant ... un peu... sur leur relation au monde qui les entourait. Oubliant qu'ils n'étaient plus seuls dans leur Eden, que le monde avait changé, qu'ils avaient grandi...Maintenant ils se devaient de jouer la comédie de la vie au milieu d'un public bien critique attaché à la règle de la société : Nobles et roturiers, chacun à sa place.
 

 Ami en privé, Valet en  public ? voilà ce que je  dois  être ?
 

Et ce cauchemar qu'il avait fait quand à l'aube il s'était assoupi, Oscar qui le giflait pour lui tournait le dos...Comme si elle voulait l'abandonner, l'oublier et partir sans lui dans ce monde qui est le sien. Impression de malaise que  renforçait encore le ton de la jeune fille, durant la journée, sec et cassant le transperçant de part en part aidé par l'acier de ses yeux bleus qui le fixaient si durement, à chaque mot blessant.
 

 Dieu que le temps est cruel avec les enfants quand il fait d'eux des adultes. Les responsabilités et les désillusions qui tuent au cœur les rêves que l'on croyait acquis, sont de bien redoutables ennemies qui vous poursuivent jusque dans les profondeurs de la nuit.
 

Aujourd'hui on fit appel à sa capacité, ses dons d'écuyer... Garçon d'écurie. Il avait à charge le cheval de la Dauphine Marie-Antoinette qui tenait à faire ses premiers galops d'essais. Un cheval trop jeune pour une cavalière immature et ce fut l'incident début de la torture.
Le cheval s'emballa, énervé par les gesticulations et les cris d'excitation de la trop gaie héritière du Trône.
 

Trop vite... Tout a été trop vite, ta folle course, Oscar, derrière cet animal fou, ta chute et ma condamnation. J'étais prêt à mourir, la rage au cœur, la blessure dans l'âme, j'étais prêt à mourir...
Je préférais cela à l'idée de te perdre de quelque façon que ce fusse...Je n'aurais supporté que tu me rejettes encore comme dans ce rêve idiot, alors que, pourtant,  cette nuit je venais de comprendre...que j'avais grandi, mon attachement à toi à évoluer lui aussi...plus qu'une partie de mon cœur, c'est mon être que tu habites et qui t'appartiens...comme le ciel et la terre ne font qu'un. Quel idiot j'étais alors que tu as tout risqué pour moi, ton honneur et ta vie... Devant tous, tu as montré que j'étais ton ami.
 Et moi, entre mon amitié et mon amour naissant pour toi, perdu de ressentir toutes ces émotions, je te dois une éternelle dévotion.
 Plus qu'un ami, mon frère, plus qu'un soldat, la femme que j'aimerai, toi brandissant ton épée appelant sur toi le courroux du ciel, celui de notre Roi, alors que de ton bras ton sang coulait déjà, comme la morsure du serpent qui vers les profondeurs t'attirait déjà.
Ma belle Eurydice, nos sentiment ne sont peut être pas en parfait accord, mon cœur joue déjà les gammes d'une mélodie encore inconnue au tien, mais nos deux âmes sont comme les ailes d'un même ange et nous ouvrirons un jour la voie céleste.  Je n'existerai pas sans toi, tu es devenue mon soleil alors que j'avançais dans les Ténèbres, laisse la chance d'être une étoile dans ton sillage, une étoile pour veiller sur toi. Petit point de lumière parmi tant d'autres, mais qui sera toujours là pour t'indiquer le chemin d'un amour sincère.
Je voudrais te rejoindre en cet endroit où tu te trouves à cet instant, alors que ton corps repose là, presque sans vie sur ce lit. En mon Cœur je descends en Enfers, et prés de ton lit, c'est Hadès que je supplie de laisser remonter vers tes lèvres scellées le souffle de ta vie dans laquelle j'enferme la mienne de plein grès et par amour. Comme Orphée pour Eurydice, comme dans ces belles histoires que j'ai apprise tout petit à tes côtés...mais je te promets de ne jamais me retourner de toujours croire en toi...de me battre pour toi, dans ton ombre et un jour je donnerai ma vie pour toi, si tu me laisse être à tes côté dans mes rêves, dans ma fantaisie silencieuse croire que tu seras mon espoir...Mais pour cela il faut que tu vives.
Vis, Oscar vis ! Fais-le pour moi...

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