Elle à réussi à faire remonter Girodelle dans mon estime avec cette fic,c'est pour vous dire !!
Aucun regret
~~;{@ Par Carmilla Karstein @};~~ Calme et superbe dans son uniforme de colonel, il regardait la pluie d'Octobre comme il avait regardé cette pluie de juillet, droite, froide, incessante. Il savait que le grondement lointain n'était pas dû au tonnerre ou à l'agitation des cieux, mais à celle du peuple de Paris, dont les femmes, affamées et furieuses contre leur souveraine, s'étaient armées et prenaient la direction de Versailles. Il n'écoutait pas, il n‘entendait plus. À son poste, fidèle à lui-même, le colonel de Girodelle avait placé ses hommes en conséquence et si d'apparence le militaire faisait face au tumulte encore invisible mais menaçant, son cœur, lui, n'y était pas. Il ne semblait pas inquiété le moins du monde par le cortège avançant vers lui dans le lointain, mais étrangement mélancolique, faisant tourner entre ses doigts gantés, en un mouvement perpétuel et indépendant de sa volonté, une rose blanche fraîchement cueillie, à peine éclose, mais déjà si droite et si forte. Seul son regard perdu le trahissait, pour qui savait y reconnaître le sceau apposé par les amours mortes.
En aucun endroit, ce ciel d'automne, sombre masse cotonneuse aux teintes de pierre, n'évoquait le bleu de ses yeux. Il n‘était que granit comme devrait l‘être le coffre renfermant le cœur de celle qu‘il avait tant aimée. Et pourtant, il était plongé dans sa rêverie. Il ne voyait qu'elle, ses traits si fins se dessinant sur les nuages. Ce visage froid et pâle qui le déchirait en son sein, chaque jour un plus. L'horizon n‘existait plus. Un bâtiment, des marches, des hommes, le rideau de pluie et elle, magnifique, majestueuse sous les larmes du ciel, désarmée sur son cheval blanc, les bras étendus en croix, tel un martyr, une icône sacrée, demandant que le feu soit ouvert sur elle et non sur ces hommes qu‘elle protégeait, faisant rempart de son corps.
Lui, il avait reçu des ordres : il devait ouvrir le feu si on ne lui obéissait pas.
Il était là pour faire respecter les injonctions de son souverain, tel était son devoir. Mais comment ordonner à ses hommes de tirer sur cet être chéri entre tous ?
Dieu, qu'elle était belle sous la pluie, sa chevelure dorée, ruisselante, coulant en cascades de chaque côté de son beau visage, mélange d‘or et d‘ivoire, parfaitement lisse comme si rien ne pouvait l‘atteindre, seul point de lumière en cette fin de jour qui prenait pour lui des allures de fin du monde. Elle était son ange du Jugement Dernier. Elle venait annoncer la fin d'un temps, une apocalypse. En lui, tout son monde s'effondrait. Là, face à lui, elle s'apprêtait à le juger, le défiant de ce regard pénétrant qui paralysait son âme, le mettant au supplice, une nouvelle et dernière fois.
Il oublia les ordres reçus directement du Roi, assourdis par ceux que lui hurlait son cœur. Ce corps si beau, les bras ouverts comme une invitation, un appel, il aurait tant voulu le serrer. Descendre de son cheval et s'emparer d'elle passionnément, l'enlacer comme il en avait tant de fois rêvé. Caresser ce doux visage pour en chasser la rosée de pluie et le réchauffer de ses baisers les plus enflammés. Posséder par amour Oscar de Jarjayes de la plus belle façon qui soit. Mais il était pétrifié, sur sa monture, par le froid qui se dégageait d'elle, beauté de glace au cœur intouchable si on invoque l'amour, mais brûlante de passion quand il s‘agit d‘honneur. Il ne pouvait que l'aimer douloureusement, à distance. Ces quelques mètres entre eux étaient infranchissables pour cet homme amoureux qui savait que ce combat-là était perdu d‘avance.
Alors il souhaita que cette pluie devienne le déluge, que le Ciel les noie tous, pour ne plus la voir défier l'ordre établi depuis des siècles, elle qui méprisait son cœur offert et l'obligeait à ravaler sa fierté de militaire, à battre en retraite devant des hommes désarmés, risquant les foudres de son Roi. Il n'avait que trop subit le poids de ce regard qui s'encrait au fond de lui, l'empêchant de poser les yeux sur tout ce qui n'était pas elle. Aussi baissa-t-il la tête un instant, courbant l'échine à jamais devant cet être extraordinaire qui avait tout d'une déesse à ses yeux.
Il avait mis plus de douceur et de tristesse dans sa voix pour la mettre en garde contre ce feu qu'elle protégeait et qui les consumerait tous bientôt.
Sa détresse se heurta de nouveau à un mur d'incompréhension, un barrage de détermination, l'ébréchant à peine et lui revenant dans un écho de lassitude. Gardant les paupières closes, ce fut la dernière fois qu'il entendit le son de sa voix, un douloureux adieu : « De grâce, allez-vous en... ».
Une goutte vint mourir sur les pétales immaculés et la rose arrêta sa danse. Victor Clément de Girodelle venait de fermer les yeux sur cette douloureuse image, mais le mal qu'il ressentait n'était visible qu'à ce léger sillon humide qu'avait laissé sur le marbre de sa joue l'eau de son âme.
La rumeur se faisait de plus en plus forte, alors que l'imposant défilé noircissait à présent les abords de Versailles.
Le colonel sourit tristement, constatant la fatalité de la prédiction faite à la jeune femme, comme s'il l'attendait, résigné mais serein. Voulant porter la main à son épée, il baissa les yeux sur la fleur qu'il tenait. Il sembla alors affligé, une soudaine inquiétude au fond du regard. Comme dans un acte désespéré, il porta la rose à ses lèvres et y déposa un fragile baiser.
« Oscar, mon amie, mon aimée, si j'avais gagné ce duel au printemps de nos vies, seriez-vous à mes côtés aujourd'hui? Vous aurais-je serrée, tremblante, dans mes bras ce matin ? M'auriez-vous aimé comme je vous aime? Si seulement j'avais gagné... »
Ce matin d'avril, une légère brise portait milles fragrances florales dans les airs sous un soleil radieux.
J'avais alors dix-neuf ans et mon père n‘avait eu de cesse de solliciter pour moi un poste dans la Garde de sa Majesté auprès du Duc de Breuil. Je cheminais lentement suivi de mon valet, Equerrit. Je ne poussais guère mon cheval.
Le Roi m'avait convié pour un duel public et c'est sans aucune conviction que je m'y rendais. Non pas que je n'aspirais pas à ce poste, bien au contraire. Il eut été pour moi un très grand honneur. Pour l'obtenir, il fallait que j'affronte une jeune fille qui avait cinq ans de moins que moi, une fillette, en somme. J'avais entendu beaucoup de compliments vantant sa beauté cachée, rose secrète qui ne se montrait jamais, comme si elle avait quelque chose de merveilleux. Je devais donc la battre à l'épée et ce, devant toute la Cour. Il m'était impossible de déroger aux ordres du Roi.
J'aurais déshonoré mon père, mais en acceptant de lever publiquement la main sur une femme, je me déshonorais moi-même. Je trouvais cela tellement stupide. J'appréhendais cet instant au moins autant que je souhaitais qu'il soit déjà passé. C'est un peu perdu dans mes pensées, alors que je répondais à Equerrit, que vous m'êtes apparue. Adossée d'une façon nonchalante à l'écorce d'un vieux cerisier très lourdement chargé de fleurs, les bras croisés et les yeux clos, on aurait pu croire que vous dormiez, un fragile sourire sur les lèvres. Vous sembliez emplie d'une profonde quiétude... Vous étiez si belle. J'approchais à cheval, mais vous ne bougiez pas, attendant l'instant où je serais à votre portée, le moment où vous étiez certaine que je serais victime de vos yeux.
Que vous en ayez été consciente ou non, ce jour là vous avez agi en fin stratège. Vous aviez choisi le lieu parfait, à la fois sur mon chemin et assez vaste pour que vous puissiez m'y proposer ce duel, mais aussi digne d'un jardin mythologique où l'on s'attendrait à voir apparaître une nymphe.
Vous aviez tout prévu, tout calculé par avance...M'attendiez-vous de puis longtemps?
J'immobilisai ma jument, sans pouvoir détacher mes yeux de votre visage si doux, un teint de lait, les joues à peine rosées. Sans tourner la tête, vous avez daigné me regarder, du coin de l'œil. Une étincelle de malice au fond de l'azur de vos yeux eut raison de ma méfiance et dés lors, je vous ai sous estimée. Comment une telle beauté pouvait-elle être mon adversaire ? Il s'agissait là d'une très belle enfant, aux cheveux courts et habillée en garçon certes, mais une jeune fille pleine de malice.
« C'est vous que j'attendais mon cher Comte de Girodelle. Permettez-moi de me présenter, je suis Oscar -François de Jarjayes. »
Je n'avais pas eu à me présenter, vous l'aviez fait pour moi. Il est vrai que je portais l'uniforme que le Roi m'avait fait parvenir. Curieusement vous ne portiez pas le vôtre, car il allait sans dire que vous aussi en aviez reçu un. Depuis, je n'ai eu de cesse de l'admirer, où plutôt d'admirer le corps qui évoluait doucement sous cette couverture.
Vous vous êtes adressée à moi d'une façon bien singulière, comme si nous nous connaissions depuis longtemps. Votre voix et votre regard manquèrent d'avoir raison de moi. Mes lèvres ne purent s'empêcher un instant de vous complimenter sur votre beauté. Je n'étais pas descendu de cheval pour vous saluer et je vous ai très vite rappelé nos devoirs, vous distançant de quelques mètres pour ne plus être votre proie. Peine perdue...
Comme si vous aviez prémédité chacun de mes gestes, sans changer de posture, vous adoptiez une attitude de défi. Le fragile sourire se fit narquois.
Vos yeux brillèrent soudain de mille feux et votre voix se para d'ironie. Tout en m'annonçant que vous ne vouliez pas de ce poste, vous me provoquiez de la plus sûre façon qui soit, comme seule une femme peut le faire...
Oui Oscar, ce jour-là c'est en femme que vous agissiez. Quel plus fin stratège que l'esprit féminin?
Et c'est en femme que vous m'avez d'abord vaincu...Vos sourires malicieux, vos regards froids et pénétrants comme une lame, jusqu'à l'ironie dans votre voix...
« Il me serait désagréable de vous embarrasser devant toute la Cour...A moins que vous n'ayez quelques craintes de ne pas être de ma force ? »
Le regard attendri que je venais de poser sur vous avait dû vous déplaire pour que vous usiez de telles provocations, visant ouvertement mon orgueil.
Cependant, même si vous cherchiez à me ridiculiser pour me pousser à bout, vous ne pouviez effacer cette première impression que vous aviez laissée en moi et qui devait ne jamais me quitter.
C'est pourquoi, alors que j'étais à peine descendu de cheval, vous avez coupé les derniers compliments que je vous adressais d'un coup d'épée dans l'air, me mettant en garde pour ce duel et pour le reste de ma vie.
Vous dire à quel point je vous trouvais belle m'était interdit. Dés lors et à jamais, cette épée levée interdisait tout épanchement de mon cœur, me réduisant au silence, victime de votre séduction, jeune fille habillée en garçon, à l'attitude mi-femme mi-enfant.
Hum pff....Non, jamais je n'aurais pu vous battre ce jour-là, car même si je l'avais remporté sur vous à l'épée, votre âme déjà si brillante avait eu raison de mon cœur. Je vous admirais. J'étais pris pour vous du plus profond respect, celui que l'on porte à un ami, le meilleur qui soit, mêlé de l'admiration que l'on porte à la plus belle créature qu'il vous soit permis de rencontrer sur cette terre. Le Roi avait dû le deviner alors que je plaidais votre cause, ainsi fut-il aussi surpris que moi de m'entendre demander à ce que ce poste de capitaine vous soit attribué, alors que je n'avais qu'un désir : demander votre main. Pourquoi n'y suis-je pas parvenu?
Je me suis posé cette question pendant tant d'années, alors que me tenant à cheval à quelques pas de vous, je vous observais, rayonnante dans la clarté matinale de la caserne ou baignée par les rayons du couchant quand nous étions en manœuvre. Divine dans ce halo de lumière. Chaque fois, mon âme se partageait entre contemplation d'une beauté parfaite et douleur de la savoir cachée par des vêtements non seulement masculins, mais aussi guerriers. Et comme pour me rappeler à l'ordre, mes yeux s'aventuraient sur cette épée, à votre côté, stoppant dans ma gorge les louanges et les plaintes que mon cœur s'apprêtait à vous chanter.
Je le peux à présent, n'est-ce pas Oscar ? Je peux lever les yeux au ciel et vous dire combien votre beauté me touchait et me faisait souffrir, combien votre silence de glace me torturait et me rendait fou, combien je vous aimais...Je vous aime encore, vous qui avez été sourde à mon cœur et qui n'êtes plus aujourd‘hui...
« Le ciel vous pleure pour moi en cette fin de jour, car je suis officier, et nous sommes en état d ‘alerte. Nous n'avons jamais vu un officier pleurer n'est-ce pas ? Même si son cœur est à l'agonie depuis plusieurs mois...Plusieurs mois ? Plus que cela... »
Je n'avais pu supporter votre départ de la Garde Royale. Je ne pouvais vivre une journée de plus sans me nourrir du simple fait de vous apercevoir. Chaque matin, votre absence m'assénait un coup cruel, la sensation de vous avoir perdue à jamais.
J'ai voulu vous retrouver et vous garder, rattraper toutes ces années de retard, demander enfin votre main pour vous arracher au dangers que vous braviez : celui des rues de Paris en ces temps déjà troublés, celui de commander à des roturiers issus de ces quartiers. Je vous croyais prisonnière de l'armée, de cet uniforme que vous avez toujours porté depuis ma défaite.
Je m'illusionnais en pensant que vous épouser reviendrait à vous libérer... Votre liberté... Je ne voyais pas que vous en jouissiez pleinement.
Ma déclaration fut maladroite et le cadre mal approprié. Mais m'aviez-vous laissé le choix ? Cette fois encore, je fus pris au piège de votre stratégie féminine, obligé de me déclarer sur cette route déserte, car vous ne m'accorderiez aucun autre rendez-vous. Le soleil qui se couchait dans le lointain privait à jamais mon cœur de lumière et de chaleur. Mes mots d'amour et mes tourments étaient bien moins pour vous que ce vent qui faisait ondoyer vos cheveux, devenus si longs, comme si les grincements de ce vieux moulin qui trônait là tristement couvraient chacune de mes paroles, les rendant encore plus désagréable à votre oreille.
Si les mots d'amour sont des temples édifiés au nom de l'être aimé, les miens ne sont que ruines, le cimetière d'un amour mort-né aussi vaste qu'un champ de bataille déserté où je gis seul, tombé de vous avoir trop aimé dans le silence d'un profond respect.
Si je m'y étais pris autrement ce soir là, les choses auraient-elles été différentes?
On dit que le souvenir est une rose au parfum discret que l'on arrose des larmes du regret. Cette rose blanche n'a pas encore été baignée de larmes, ou si peu. Si le souvenir de ces trois faces à faces qui nous opposèrent me coûte beaucoup, déchirant mon âme et noyant mon cœur d'une peine trop profonde, dois-je vraiment les regretter ?
Dans ce tumulte, devant cet horizon assombri, je me demande si en perdant chaque fois devant vous, je ne nous préservais pas contre mon gré. Vous étiez tellement libre ainsi. Même si vous obéissiez au début, vous étiez libre comme le vent, libre de penser, d'agir selon les élans de votre cœur, libre de vivre pleinement ... C'est ainsi que vous marquiez les cœurs et les âmes, ainsi que vous étiez belle.
Cette épée à votre côté n'était là que pour défendre votre liberté.
Je vous ai toujours aimé, Oscar. Et je sais qu'il en sera toujours ainsi, même si je vis dans le souvenir d'un amour inexistant. Je comprends à présent que je ne dois avoir aucun regret, car je n'aurais pu vous aimer plus. Personne n'emprisonne le vent dans une cage dorée, même s'il est caché dans les pétales d'une rose blanche. Je le sais aujourd'hui. Etrangement, ce ciel sinistre, s'il n'apaise mon cœur, le soulage néanmoins d'un grand poids.
Certains disent que tout vous apparaît plus clairement à l'instant de votre mort. Est-ce vrai Oscar ? Voit-on enfin la lumière? Je ne baignerai pas cette Rose de mes larmes, non pas de mes larmes. Je ne vous ai que trop pleurée depuis ce 14 Juillet...
Le colonel de la Garde Royale souffla un sourire pour étouffer un sanglot. Un soldat affolé vint lui faire un rapport alarmant sur la situation. Pendant que le Comte de Girodelle plongeait en son cœur, les femmes de Paris avaient franchi les grilles de Versailles. Aidées par quelques hommes, elles avaient massacré les soldats qui tentaient de leur faire barrage.
Le colonel baisa une nouvelle fois le bouton de rose qu'il tenait en un geste solennel et l'accrocha à sa boutonnière, sous les yeux ébahis du soldat qui ne put s'empêcher de trouver l'attitude de son supérieur pour le moins étrange.
Une fois ce geste accompli, Girodelle ouvrit, pour la première fois, les yeux sur la situation. En effet, il y avait de quoi s'inquiéter. Ces femmes rendues folle par la faim, la misère et ce froid d'octobre, venait faire payer à leur Reine son outrecuidance. Comment pouvait-elle donner un banquet pour des soldats étrangers, venus pour consolider sa domination, quand son peuple criait famine ? Les provoquait-elle ? Cela faisait des mois entiers que le peuple affirmait le pouvoir de la masse, la force de ses idéaux, sa volonté de changement. Oui, après des siècles d'asservissement, il relevait la tête et venait chercher la sienne. Ce n'étaient que des « Je vais couper la tête de la Reine! » , « Elle ne perd rien pour attendre cette chienne » et le plus souvent simplement « Autrichienne! ». Cette foule, d'une extrême violence dans sa colère ressemblait à un torrent sortant de son lit et brisant tous les barrages de fortune qui se trouvaient sur son chemin.
Montant sur sa jument, le Colonel de Girodelle donna des ordres brefs et précis. Ses soldats devaient garder leurs positions aux abords du château, au péril de leur vie, et faire feu à la moindre menace.
«Messieurs, prouvez-moi que vous étiez digne d'être commandés par le colonel Oscar François de Jarjayes. Faites preuve du quart de son courage si vous le pouvez. Une dernière fois, faites en sorte que de là-haut, elle soit fière d'avoir eu un jour à vous commander. »
Le comte de Girodelle avait porté la main à son cœur en prononçant ces mots, caressant à travers son gant le bouton de rose et soudain, contre toute attente de la part de ses soldats, il lança sa jument au galop pour faire front à la foule qui avait envahi la place. Comme empli de la folie qui animait jadis la belle Oscar. Il avait décidé de se battre jusqu'à la mort, comme elle avait dû le faire devant la Bastille. Il l'admirait jusqu'au bout. S'il devait mourir, il mourrait comme elle, bravant la mort et les dangers.
Il avait beau essayer de la calmer, une clameur menaçante lui répondait chaque fois. Un officier vint pourtant lui prêter main forte, le Marquis de la Fayette, celui-là même qui avait failli être sa victime, ce 21 juin devant la salle des menus plaisirs. Il s'était rangé depuis ce jour du côté du peuple, et parvint à se faire entendre de ce dernier, sous le regard reconnaissant de Girodelle. Ils ne se parlèrent pas, mais les deux hommes s'étaient compris, se remémorant chacun la mise en garde du comte au colonel des Gardes Françaises venu s'interposer.
C'est dans un calme tout relatif que la foule occupa, la nuit durant, la place du château de Versailles, sous les fenêtres de leurs Majestés, plus terrorisés que jamais.
Les pâles rayons du soleil se firent annoncer par des cris de rage et de terreur. Lassé de cette attente ridicule, le peuple décida de prendre ce qu'il était venu chercher : la tête de Marie-Antoinette. La foule s'introduisit dans le château. Le colonel de Girodelle et ses hommes s'opposèrent à la masse du mieux qu'ils purent, gardant toutes les entrées du palais. Il y avait eu plusieurs tentatives durant la nuit et ils avaient tenu bon, fidèles à leur devoir. Mais alors qu'il repoussait les assaillants de son épée de toute la force qui lui restait après une nuit sans sommeil, Victor Clément fut surpris de constater qu'il avait très chaud et que sa vue se teintait de rouge. Bientôt il n'entendit plus les cris de rage. Du sang descendait de son front, traversant tout son visage et s'écoulant jusqu'à la rose sur son cœur.
Rouge, comme la veste de son ancien colonel, rouge, comme un coucher de soleil dont les rayons jouaient les dégradés dans l'or de ses cheveux, alors qu'il l'observait, rêveur, les soirs d'été ...
Sans un cri, le Comte de Girodelle se laissa tomber lourdement sur le sol, une main à sa boutonnière... Sa rose, sur un souffle « Oscar... »
Le noir succéda au rouge, le froid du marbre succéda à la chaleur du combat. Ce matin, il n'avait pas vu la couleur du ciel. Avait-il le bleu de ses yeux... ?
« C'est vous que j'attendais mon cher Comte de Girodelle.... »
~~;{@ FIN @};~~
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