Septième partie: la promesse...
Le général avait passé une nuit relativement calme compte tenu de son état.
André était resté prés de lui, à le veiller, ne pouvant se résoudre à aller se coucher.
Il savait que c'était l'espoir qui maintenait en vie son maître. Il était conscient qu'il ne tiendrait pas plus longtemps.
La promesse.
Elle tournait et retournait dans son esprit.
Il n'entendait plus que ces mots. Depuis hier soir, c'était devenu son obsession.
Le masque noir, il n'y croyait pas. Pourquoi ce voleur irait enlever une simple jeune femme?
Pourtant il ne doutait pas de Fersen et de Girodel.
Il était certain qu'ils avaient vu le bandit la menacer d'une arme pour se protéger, mais ne croyait pas un seul instant qu'elle était encore avec lui. À moins qu'elle n'ait retrouvé soudainement la mémoire et qu'elle ait...agit en colonel.
Il regardait le soleil se lever sur le parc du château et presque malgré lui, un sourire éclaira son visage, bien plus que ne le firent le premier rayons du jour.
Cette promesse...Il y tenait.
Elle n'avait presque pas dormi.
Elle était debout prés de la fenêtre. Son regard était très triste comme si elle venait de perdre ce qu'elle avait de plus précieux en elle.
Une larme coula sur sa joue quand elle ferma les yeux.
-Aurore?...Il est encore très tôt, viens te recoucher un peu.
-Non je travaille ce matin...
-Toi, tu n‘as pas fermé l‘oeil. Tu n'as fait que te retourner et je t'ai entendu gémir...Je sais que ça ne va pas. Je suis là; je suis ton amie parle-moi...
-Diane, ma douce petite Diane...
-Hum quand tu commences comme ça, tu ressembles à Alain quand il veut me faire la morale!
Visiblement, la jeune fille encore couchée, était un rayon de soleil à elle seule. D'une simple remarque elle avait réussi faire naître un sourire sur le visage de son amie.
Malheureusement il s'estompa bien vite, quand la jeune femme vint s'assoire sur le lit.
D'une main légère, Oscar écarta la mèche de cheveux qui revenait sur le visage de Diane et lui caressa la joue, comme on le ferait à un enfant que l'on vient de border.
-Je me sens très mal Diane. J'ai l'impression de ne pas être moi. Cela ne va pas te plaire et je te demanderai de ne jamais en parler à Alain, je ne veux pas lui briser le cœur mais...cette nuit, j'ai failli commettre une terrible méprise. J'étais prête à me donner à un homme que je ne connaissais pas, à cause d'une impression très forte, un souvenir lointain qui faisait battre mon sang sous mes tempes et l'odeur de la poudre, plusieurs éléments qui semblaient me rappeler à moi-même...
-Qu'est-ce qui t'a retenue?
-...Je ne me suis pas trouvée dans ses yeux...Oh Diane cela doit te paraître fou ou stupide!! Mais un regard m'obsède chaque nuit, des éléments si précis et pourtant si flous! Je ne sais même pas si l'homme que je cherche à les yeux bleus, marrons ou verts...verts...J'ai tellement cru cette nuit l'avoir retrouvé et je suis si déprimée de mettre tromper.
-c'est que cet homme qui te hante est vraiment le grand amour de ta vie...
-Si tel était le cas, tu le saurais toi. Tu es ma meilleure amie, ma seule amie, si j'aimais cet homme si passionnément je t'en aurai parlé. Je crois que je me berce de rêves et d'illusions, je ne veux plus le chercher... Ça fait trop mal... Il y a autre chose qui me trouble horriblement...
-Dis-moi.
-Mes parents. Si je suis orpheline depuis si peu de temps. Si j'ai souffert si atrocement pourquoi est-ce que je ne me sens pas triste, je peux en parler comme si cela ne me touchait pas...comme s'il s'agissait de la vie d'une autre. Je sais que je suis amnésique mais pourquoi ai-je été plus troublée hier soir par un pistolet que par l'évocation de la mort de mes parents...suis-je un monstre?
-L'odeur de la poudre?!! Un pistolet?! Mais que t'était-il arrivé hier soir?
-En sortant du « Gouffre », le célèbre masque noir m'a prise en otage pour échapper à des nobles qui le poursuivaient...Ensuite il m'a relâchée quelque rues au dessus...et j'ai cru que c'était lui cet homme que je cherchais...Mon Dieu mais qui est-il et qui suis-je?....Qui suis-je....
Oscar s'effondra en larmes sur le lit. Elle serra les points et frappa le matelas.
Diane se redressa , elle était très gênée et très triste .
Elle hésitait, pouvait-elle lui dire la vérité après lui avoir menti de la sorte? Et si Aurore s'en allait après ça? Comment réagirait Alain?
Mais la jeune femme allait bien trop mal, et il n'était pas chrétien de jouer ainsi avec la vie des gens.
Aurore ou quelque soit son véritable nom, avait besoin de connaître le peu de vérité qu'elle était en mesure de lui apprendre.
Elle se pencha et posa la tête sur celle de son amie en l'entourant de ses bras.
Les larmes lui vinrent quand elle ouvrit la bouche.
-Tu n'es pas un monstre, c'est moi...Je ne sais comment te le dire mais je ne suis pas celle qui t'as tendu la main à la mort de tes parents. Je ne sais même pas qui sont tes parents. Peut-être qu'ils sont en vie, peut-être sont-ils fous d'inquiétude depuis une semaine....Oh , je t'en prie pardonne-moi! Pardonne-moi mais je ne sais rien de toi...Nous t'avons trouvée amnésique et blessée à la tête, tu portais des vêtements qui n'étaient pas les tiens, des vêtements de la noblesse, visiblement tu fuyais quelque chose...je voulais te protéger et...je ne suis qu'une égoïste!!J'ai inventé toute cette histoire, je voulais que tu restes avec nous...Je pensais que peut-être tu tomberais amoureuse d'Alain...Je ne l'avais jamais vu regarder une femme comme ça avant... Pardonne-moi je t'en prie.
Oscar ne bougeait plus, elle avait cessé de pleurer.
Son esprit s'embrumait de plus en plus.
Des images nouvelles lui vinrent des bruits, des voix, et toujours cette veste rouge comme point de repère.
Diane, Emeline et Alain...
Elle ne leur en voulait pas, Diane se trompait.
Ils lui avaient vraiment tendu la main et ce mensonge n'était pas motivé par de mauvais sentiments mais pour la protéger d'un danger que tous les quatre ignoraient.
Non, loin de leur en vouloir, elle se sentait davantage redevable envers eux.
Les cloches de Notre-Dame sonnèrent. Oscar se releva, se rajusta un peu et essuya son visage, puis se tournant vers la jeune fille qui la regardait inquiète et suppliante, lui adressa un franc sourire et un merci.
Elle quitta la maison des Soisson, dans la fraîcheur vivifiante du matin et partit dans Paris.
Je n'ai même pas pensé à lui demander de me montrer ces vêtements qui selon elle n'étaient pas les miens. Pourquoi était-elle persuadé qu'ils ne pouvaient m'appartenir? Qu'avaient-ils de si particuliers? Je pourrais très bien être noble après tout?Noble comme lui... Ha ha ha ha !! Tu rêves ma pauvre Aurore...Aurore...ce n'est même pas mon prénom...O...je crois qu'il commence par un O...ah tout s'embrouille de nouveau...et ces vêtements, pourquoi suis-je soudain persuadée qu'il ne s'agissait pas d'une robe. Enfin pas de ces robes à paniers que l'on porte pour les bals et les grandes occasions...Cette veste rouge...Plus j'y pense et plus je me sens légère, comme si le simple de fait de savoir que je ne suis pas Aurore Boisdormant me libérait et m'offrait la possibilité de m'envoler...Comme si mon cœur avait des ailes et qu'il allait d'un instant à l'autre partir retrouver ce colonel de mes rêves...Mon cœur et mon esprit semblent s'opposer en moi .Ma raison me dit que je ne veux pas m'envoler, je ne veux pas partir comme ça, je ne sais même pas où aller...Pourtant...
Machinalement, la jeune femme s'arrêta à l'entrée de l'impasse où se trouvait le « Gouffre ».
Il y faisait très sombre, autant que dans son esprit.
Son coeur battait plus fort, comme une crainte ou une excitation, elle ne savait définir ce qu'elle ressentit soudain, mais elle se sentait poussée vers l'estaminet.
Pourquoi?
Ce n'est là que son lieu de travail, et les gens qu'elle y rencontrait étaient peu reluisants! Amicaux mais si loin de son colonel...
Elle aimait pourtant y passer son temps, écoutait ses gens lui confier leurs malheurs, voir Alain et ses amis faire la fête et lui chanter, quand ils ont bien bu, des chansons.
Elle avait remarqué en une semaine, qu'elle voyait toujours les mêmes têtes, c'étaient tous des habitués de la maison. En une semaine elle les connaissait tous...tous sauf lui.
Pourquoi l'image de cet homme courbé sous le poids de son malheur lui revint soudain en mémoire. Elle ne lui avait prêté aucune attention hier soir. Elle se revit poser la bouteille et le verre devant lui et....Son cœur cogna très fort, alors qu'elle entrait dans l'estaminet.
-Hé bien Aurore te voilà enfin! Tu n'es pas d'avance ce matin! Ça va Bouchon? Tu es toute pâle?
-oui...oui...Merci Monsieur Bommel...
-As-tu entendu la nouvelle, la Garde Royale a arrêté le masque noir très tôt ce matin...
-Vraiment?! Sait-on où cela c'est produit?
-Prés du Palais Royal paraît-il...Dommage, c'était un voleur bien utile à tous ceux qui souffrent de ce Régime injuste et arbitraire!
-Oui...fit pensivement la jeune femme nouant son tablier.
-Aurore, tu m'as dit que tes parents étaient morts n'est-ce pas?
Elle leva sur cet homme rond comme ses tonneaux de bière des yeux si bleus et une telle expression de surprise sur le visage qu'il n'osait continuer.
-pou..pourquoi cette question?
-Ben, hier soir, après le départ de ton ami Alain et du reste de sa troupe, l'homme à la veste marron...je ne sais pas si tu...
-Oui, ma dernière bouteille de servie avant mon départ, celui qui tournait le dos à tout le monde! Il a dit quelque chose? Répondez moi!!
-Oui oui, calme-toi. Il a demandé que je te prévienne que ton père était gravement malade et qu'il te réclamait...Aurore tu vas bien...
Cette fois, elle avait peur.
Cette fois, elle avait mal.
Oui cette fois on parlait bien de son père. Son vrai père...Elle ne savait pas pourquoi mais elle en était convaincu.
Son cœur s'affola, ses mains se mirent à trembler, elle avait un regard désespéré .
-A-t-il laissé un nom pour moi? Une adresse? Quelque chose qui puisse me permettre de le retrouver?
-Non il a juste dit que...
-je te retrouverai... fit une voix à la fois douce et forte, derrière elle.-Ha ben le voilà justement! Je vous laisse régler vos histoires de fous entre vous!
Monsieur Bommel repartit derrière son comptoir. La jeune femme c'était figée en entendant la voix du jeune homme qui était apparu à quelques mètres derrière elle.
-Tu ne te retournes pas pour me voir?
-.............
-J'ai promis à ton père de te conduire près de lui au plus vite. Je tiendrai ma promesse, mais il va falloir que tu te retournes.
-Dis-moi, mon nom....
- Oscar.
Elle se retourna très rapidement et regarda cet inconnu droit dans les yeux.
Des yeux verts.
Des yeux qui entraient en elle et caressait son cœur.
Des yeux verts où elle se retrouvait.
Elle ne chercha pas plus loin et fit les quelques mètres qui les séparaient pour se blottir dans ses bras. Leurs lèvres se rencontrèrent comme par magie. Sans qu'aucun d'eux n'y pensent.
À cet instant, ce qu'il tenait dans ses mains, tomba au sol. Elle baissa un peu la tête pour voir de quoi il s'agissait.
Une veste d'uniforme rouge.
Vers les seize heures, le comte de Girodel vint prendre des nouvelles du général et lui annoncer qu'il tenait le Masque Noir, même si celui-ci n'avait toujours pas avoué la séquestration de la jeune femme.
On lui demanda de se rendre au salon où se trouvait déjà Monsieur de Fersen.
Dés son arrivée, il fut accueilli par le merveilleux sourire de celle qu'il cherchait partout, dans sa tenue habituelle, telle qu'ils l'avaient toujours connue.
Sous le coup de la stupéfaction et d'une certaine incompréhension, il regarda tour à tour Fersen et André, qui avait retrouvé une mine et un teint plus frais que ceux qu'on lui avait vus ces derniers jours.
-Monsieur de Girodel, je sais tout ce que vous avez fait pour moi cette dernière semaine. Je sais que je vous ai causé bien du souci et j'ai appris que vous et Monsieur de Fersen avez remué ciel et terre pour me venir en aide. Je ne saurai jamais assez vous remercier de votre dévouement. Et je remercie le ciel de m'avoir donné des amis aussi fidèles et aussi sincères.
Le comte de Girodel écouta le discourt de sa belle avec attention et lui adressa un tendre sourire.
Il n'avait pu être le preux chevalier qui délivre la Belle, mais au moins elle revenait égale à elle-même.
Fersen était plus souriant que jamais et curieusement, insistait pour qu'André reste toujours avec eux. Finalement quand chacun eut terminé de raconter sa longue semaine.
Fersen et Girodel prirent congé.
-J'ai hâte que mon père tienne sa promesse. Lança gravement Oscar.
-Laisse lui le temps de s'en remettre. Ta disparition a failli le tuer. Tu ne peux pas disparaître de nouveau aussi rapidement.
-...Je t'ai cherché partout. Je crois que j'ai erré d'une certaine façon, nous cherchant tous les deux. D'une façon pourtant si différente de ce que nous vivions jusque là. Peut-être devrais-je remercier le Masque Noir ou ses hommes de main pour cette perte de mémoire qui m'a ouvert les yeux.
-Je t'aime ...je ne te quitterai plus jamais.
Dans les bras l'un de l'autre depuis le départ de ses amis, La Belle aux Bois dormant avait retrouvé son prince et elle l'embrassait très tendrement.
Quand la veste rouge était tombée au sol elle avait eu un flash qui lui ramena toute sa vie en mémoire d'un coup.
Elle s'était alors précipitée au chevet de son père qui pleura de joie. Il avait eu raison de croire en André, car ce n'était pas tant en lui qu'il mettait tout son espoir, mais en leur amour qu'il avait toujours su voir avec ses yeux de père.
Lorsqu'il avait demandé à André de la retrouver, il lui avait promis qu'il les marierait.
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