Pardonne-moi

Pardonne-moi... 

                    Prologue:

Au fond d'une chambre, deux corps tendrement enlacés. Dans cette semi-obscurité, juste quelques reflets sur la peau blanche, couleur de lait.
Une profonde impression de douceur. Le bruit léger des draps froissés, des soupirs échappés, des gémissements et cris contenus...Pas une parole...
De ça et là des vêtements éparpillés. Une veste. Une botte. Un escarpin de soie bleu...Une robe de bal, d'un bleu pastel apparaissait comme un point de clarté au pied de ce grand lit au ciel azuré.
Un homme. Une femme. Rien d'extraordinaire et pourtant l'instant était magique, presque irréel...
Il n'osait y croire, il n'osait la toucher. Tout son corps tenait le sien...Mais dans une extrême délicatesse. Jamais il n'exista de plus douce caresse...Ses mains puissantes, ce corps fragile. Des gestes lents comme religieux. C'était plus que femme, bien plus qu'une princesse, un ange, sa seule déesse...Il la vénérait.
Il voulait l'éternité, que le monde disparaisse...Il ne voulait plus qu'eux perdus dans leurs caresses.
Souriait-elle? Il ne le savait...Elle ne le laissait pas la regarder. Elle ne voulait pas croiser ses yeux, elle ne voulait pas le blesser. Elle voulait donner son corps, mais retenait son cœur. Elle avait été femme ce soir, elle voulait être femme cette nuit. Elle ne serait pas à un inconnu, elle serait à son meilleur ami...Mais quel serait le prix d'une telle folie?
Son corps crie encore, son cœur supplie arrête-toi...ses doigts caressent cette peau si douce et se resserrent froissant les draps.
Son corps l'appelle, elle ne peut le nier, mais à chaque baiser donné avec passion, elle ressent comme un coup d'épée toujours plus profond...Pourquoi un tel plaisir, pourquoi une telle souffrance?
Instant de l'envolée, désir exacerbé...Dans son regard aimant, elle plongea:
-Je ne suis pas amoureuse de toi...
Le silence. Bruit sourd d'un cœur immolé. Pourquoi? Pour elle. Tout lui donner en allant jusque là? Son amour pour elle doit-il être une souffrance éternelle?
Avant même de toucher des ailes le firmament, les anges s'étaient arrêtés de voler...
Immobilisé par ces mots. Tué en plein rêve. Il ne pouvait plus faire le moindre geste. Ni rester. Ni partir. Ni vivre. Ni mourir.
Où suis-je ? Qui suis-je? Pourquoi mon plus beau rêve devient-il mon pire cauchemar?
Le visage pâle d'une tristesse infini se posa doucement dans le creux d'ivoire baisant l'étendue blonde.
Pourquoi lui? Pourquoi moi? Pourquoi faut-il que je le torture toujours comme cela? Il ne demande qu'un peu d'amour...Tout en lui n'est que passion pour moi, alors par quel démon faut-il que je sois poussée pour le blesser ainsi par ces baisers...
Les boucles brunes au toucher doux qui étaient venues mourir sur sa joue, furent inondées de larmes salées...
Les boucles blondes qu'il respirait reçurent la pluie de larmes d'un condamné...
- j'ai commis une erreur, pardonne-moi André...
Une cruelle impression de souffrance. Immobilité de l'air. Immobilité des corps.
Plus de froissement de draps, seulement le froissement des cœurs...
Aux soupirs de plaisirs, suivirent les longs sanglots d'un martyre. Condamné à un amour sans retour comme on est condamné aux galères, il s'agit là d'une lourde peine...il s'agit là d'une peine à perpétuité...



 

 







Premier chapitre: Le retour du bal.

Oscar n'était pas descendue ce matin. Elle avait refusé de manger quoique ce soit et avait ordonné que l'on envoie quelqu'un pour prévenir qu'elle était souffrante et qu'elle ne reprendrait pas son régiment avant quelques jours. Elle ne voulait voir personne. Même Grand-Mère ne pouvait pas l'approcher.
Cela ne ressemblait pas à son fils. Aussi, cette attitude intrigua fort le général. Son épouse lui avait soufflé mot de ce genre de maladie qui frappe les femmes. La maladie d'amour était la plus grande peur du général en ce qui concerne Oscar. Il pensait avoir pris toutes les dispositions nécessaires pour éviter que son enfant en soit atteinte, mais le comportement inhabituel d'Oscar était la preuve qu'il avait dû commettre une erreur. La seule personne pouvant l'informer sur ce sujet était André. Sans plus tarder, il demanda à Grand-Mère de lui envoyer son petit-fils dans son bureau.
Il n'eut pas à poser la question à André, tout en lui était une réponse pour le général. André avait l'air d'être à l'agonie. Il n'avait pas dormi de la nuit et n'avait même pas pris la peine de se raser. Il apparut au général comme l'homme le plus misérable du monde. Pas une fois le jeune homme ne leva les yeux sur lui. Il toucha le Comte qui poussa un long soupir.
-Je crois mon jeune ami que tu es toi aussi atteint de la maladie dont souffre Oscar ce matin. Ah! L'amour peut être le plus cruel des bourreaux!
-Mon général?!
-Allons souffle un bon coup et avoue-le-moi une fois pour toute. Mais tu sais, il y a bien longtemps que je m'en suis rendu compte. Je t'admire beaucoup pour cela André. Peu d'hommes seraient capables d'un tel amour et d'une telle dévotion, sans jamais rien espérer en retour. Assieds-toi, nous avons à parler sérieusement.
-Non, Monsieur. Je crois que cela ne sera pas nécessaire. Il n'y pas grand chose à dire sur le mal qui me ronge. Je profiterai de cette convocation dans votre bureau pour vous présenter ma seule requête.
-Je t'écoute mon garçon. Tu sais que je te tiens en haute estime et tout ce que tu me demanderas, je te le donnerai.
-Je voudrai que vous m'aidiez à me faire engager pour l'Afrique.
-Quoi?! Tu veux nous quitter? Mais pourquoi? Et comment?! Je sais que tu l'aimes plus que ta vie, comment pourrais-tu partir pour ces pays sauvages, alors que tu ne peux pas vivre sans elle. Je le sais ne me mens pas.
-Il est vrai Monsieur qu'un amour sans borne m'enchaîne à votre fille. Mais je ne suis pas venu vous voir avec l'audace de vous demander sa main, même en rêve cela m'est interdit. Je ne suis qu'un valet, elle est comtesse. Elle bien plus que ça, elle est votre fils, le colonel de la garde Royale. Je ne suis rien pour elle. J'ai tâché d'être son ami le plus fidèle, c'est tout ce à quoi je pouvais espérer. Mais cela n'a pas suffit. Et cet amour que je cherche à étouffer m'est devenu trop pénible à supporter, je crois que je pourrai en mourir si je ne la quittais pas.
-Ce que tu dis me bouleverse. Pourquoi maintenant? Alors que tu l'entour de ton amour et de ta protection depuis si longtemps. Qu'a-t-elle fait, pour que tu viennes à cette extrémité si soudainement? Est-elle tombée amoureuse d'un autre?
-Cela n'a plus aucune importance, Monsieur. Voyez cette question avec elle, mais ne lui parlez pas de moi, je vous en conjure.
-Très bien André.
-M'aiderez-vous?
-Je te l'ai dit, tu es comme un fils pour moi. Moi et Oscar, te devons beaucoup. Aussi je ferai tout mon possible...Oui, André, je ferai tout mon possible.

André quitta le bureau et ce mit à marcher mécaniquement. Il traversa le château sans s'en rendre compte. Et se retrouva dans le parc prés d'un vieux chêne. C'est yeux fixement cloués au sol, qu‘il ne voyait plus tant les larmes lui venaient. Il tendit le bras vers l'imposant tronc d'arbres et y posa doucement la main. Sans le regarder, ses doigts suivaient, presque en les caressant, des blessures faites dans l'écorce. C'est lui qui avait gravé ces quelques lettres sur ce tronc, il y a de cela bien des années. Aujourd'hui cet arbre lui rappelait qu'il portait les mêmes meurtrissures dans son cœur. Mais ces marques représentaient un mensonge. Elle ne l'aimait pas. Elle ne le considérait même pas comme un ami. On ne se sert pas ainsi d'un ami, encore mon d'un frère. Sans cela, elle ne l'aurait pas fait souffrir ainsi, lui dont le cœur déjà tant de tourment à la voir amoureuse de Fersen.
Tout leur malheur venait de ce suédois. C'est à cause de lui, qu'ils se sont retrouvés dans ce lit où elle porta le coup de grâce à son cœur plus que meurtri.

Ce bal où tu ne m'as pas laissé t'accompagner. Moi qui tu suis toujours comme une ombre, tu avais peur que ma présence te trahisse et que l'on te reconnaisse. Qui voulait oublier pour un soir qui tu étais. Tu voulais chasser Oscar en toi, il te fallais aussi chasser André. Comme si j'étais une partie de toi, une partie du colonel. Tu m'as interdit de bouger d'ici. Je ne pouvais que t'attendre. Te voir partir si belle vers cet homme qui te briserait. Rester là et ne rien te dire. Souffrir en t'imaginant si belle dans ses bras...Rêver d'être celui qui te ferait valser...J' aurais tout donner pour être celui qui te donnerait le bras...celui à qui tu souriait...
Il a dû se passait quelque chose, car tu n'y es pas restée longtemps. Tu es rentrée très tôt, mais dans quel état étais-tu...tes yeux étaient rouges, je devinais trop facilement tes larmes. Mon cœur se serra quand tu posa doucement ta main dans la mienne pour descendre du carrosse...mais il s'arrêta quand tu me tombas dans les bras. Tu étais si touchante de maladresse dans cette tenue qui te rendait si belle, mais qui te gênait dans tes mouvements, le manque d'habitude à fait que tu as marché sur le bord de ta robe en posant le pied sur la première marche et tu t'es retrouvée dans mes bras, la tête sur mon cœur...sur mon cœur. Le sourire que tu as lu sur mes lèvres à cet instant n'était pas un sourire moqueur, mais le sourire d'un homme heureux. Il y avait si longtemps que je ne t'avais pas tenue dans mais bras. Je ne pensais pas que cette petite joie qui m'était ainsi donnée, puisse te blesser. La douleur m'étreignit en même temps que toi lorsque tu t'es blottie contre moi pour te mettre à pleurer sans retenue, comme une enfant...que tu n'étais plus.
Tu étais devenue soudain si fragile, je voulais te protéger...mais pour cela je ne vois pas d'autre endroit plus sûr que mes bras. Je me suis mis à te serrer si fort et à respirer ton parfum qui m'a toujours tant envoûté. Je voulais pleurer avec toi, ta douleur, ma souffrance...mais j'avais si peur de te voir redevenir ce soldat intouchable d'un moment à l'autre. Peur que tu me repousses violemment sans crier garde, c'était déjà beaucoup de pouvoir te soutenir un peu durant cet instant de faiblesse. Je pouvais te retrouver enfin, tu avais baissé ta garde.
J'ai commis une erreur pardonne-moi...J'aurai dû comprendre quand tu as commencé à te faire plus douce que ce n'était plus toi. J'ai oublié que celle que j'aimais, ne se considérait pas comme une femme...J'aurai dû réagie et voir avant qu'il ne soit trop tard que tu jouais un rôle, que tu n'en avais pas terminé avec celle que tu voulais être pour une nuit...J'aurai dû m'apercevoir que tu voulais m'utiliser contre toi...contre Oscar. Te rends-tu compte que cela a tout brisé? Le peu que nous avions, cette relation si particulière. Triste mais unique. Notre seul lien, tout ce qui nous unissait à été brisé parce que tu voulais t'oublier.
J'ai commis une erreur...j'ai répondu à tes baisers, à tes caresses. Je ne t'ai pas résisté longtemps...Je me suis laissé enivrer d'un bonheur dont je n'avais que trop rêvé. Toucher du bout des doigts cet amour impossible, je voulais tellement y croire, penser que dans ce cœur trop plein de Fersen, il y avait enfin une petite place pour moi. Lui, il ne te verra jamais comme je te vois. L'amour rend aveugle et aussi sûrement que ton amour pour lui t'empêche de me voir, son amour pour la Reine le rend aveugle à tes sentiments.
N'est-ce pas tragique de ne pas voir ce qui vous crève les yeux, de ne pas voir que l'on tout pour être heureux à porter de la main, de ne pas voir son bonheur alors qu'il se tient si prés de soi et de passer son temps à courir après le vent. J'avais pourtant appris à vivre avec ce poids, avec ce cœur trop lourd d'une tristesse infinie et qui ne bat que pour toi, Oscar...qui saigne quand je te vois retenir tes larmes, qui s'emballe comme un cheval sauvage si tu es en danger, qui se remplit de joie quand tu n'es qu'à moi dans un moment particulier, une promenade, un entraînement, une discussion, un coucher de soleil, des regards et des sourires innocents, tes sourires d'enfants...Mais tu as tout détruit, tu as joué avec moi comme un bourreau ne l'aurait pas fait.
Tu ne penses qu'à lui, mais j'existe! Oscar j'existe! Je vis si prés de toi que tu ne t'en rends pas compte. Et pourtant je ne vis que pour toi. Pourquoi n'as-tu pas ouvert les yeux? Pourquoi as-tu fait cela?
Maintenant, il est trop tard tout est fini. Je pars ce soir pour ne plus jamais revenir, ne plus souffrir cela...ne plus être un jouet que tu peux briser...Adieu Oscar ...Adieu mon aimée.
André retira sa main de l'écorce et leva enfin les yeux vers le château, vers le balcon d'Oscar. La fenêtre était fermée et les rideaux tirés. Tout était joué.

Deuxième chapitre: Matin sans soleil...


Si Oscar n'était pas du tout sortie de ses appartements la veille, elle savait que ce petit manège ne durerait pas bien longtemps avec son père. Il ne lui serait pas permis de rester ainsi isolée, sans explications valables. Elle descendrait déjeuner avec ses parents ce matin, même si elle ne se sentait pas prête à affronter le monde. Un tel sentiment de honte et de culpabilité s'était emparé d'elle depuis la nuit du bal, qu‘elle redoutait les regards qui se poseraient sur elle, craignant qu'on ne lise sa faute dans ses yeux et sur son visage triste. Comment avait-elle pu avoir un tel comportement envers André? Elle n'avait voulu voir personne hier, aujourd'hui elle sentait le besoin de se confier. Elle ne pouvait pas avouer cela à Grand-Mère, il s'agissait de son petit-fils. Elle ne vit qu'une personne capable de l'aider, sa mère. Elle parlerait à sa mère. Elles n'avaient que peu de relations, mais elles étaient sincères et tendres, elle l'aiderait au mieux sans pour autant la juger. Cela, elle le faisait très bien elle-même. Elle ne pouvait plus se regarder dans son grand miroir. Chaque fois qu'elle y croisait le bleu de ses yeux, celui-ci lui renvoyer l'image gravée en elle, le dernier regard qu'elle avait posé sur un André brisé. Ce corps magnifique, ce cœur torturé, cet homme nu assis sur le bord du lit, la tête entre ses mains pleurant comme un condamné. C'est elle qui l'accablé ainsi de douleur. Elle, son tortionnaire sans cœur. Elle qui se voulait son amie et qui par dépit personnel l'avait poussé à entrer dans un jeu qui le détruirait, sans aucune considération pour lui, pour ses sentiments, pour leur avenir commun.

Comment rattraper cette erreur? Comment lui dire effaçons cette nuit et faisons comme s'il ne c'était rien passé? Comment affronter ses yeux verts quand assurément, nous serons amenés à nous croiser? Je ne veux pas te voir aujourd'hui, je ne saurai te regarder après le mal que je t'ai fait. J'ai mal pour toi André, comment me faire pardonner?

Monsieur et Madame de Jarjayes étaient attablés dans le séjour. Ils étaient très silencieux, le général avait l'air absorbé par de sérieux ennuis. Se faisant la remarque en entrant, Oscar pensa qu'il ne lui adresserait pas la parole et qu'il ne remarquerait pas son teint pâle et son trouble. Elle salua donc ses parents et tira sa chaise pour s'asseoir.
-Tiens donc! Vous daignez nous faire l'honneur de votre présence aujourd'hui?
Le ton très sec du général avait arrêté la jeune femme dans son geste. Elle resta debout le regardant avalant difficilement sa salive cherchant une quelconque excuse pour son attitude de la veille. Mais la vue de son père et la surprise de sa question lui avait fait perdre tous ses moyens.
Remarquant facilement qu'elle ne pouvait lutter avec lui ce matin, le général attaqua de nouveau. Il estimait qu'il n'y avait pas de temps à perdre et qu'Oscar devait commencer à apprendre la plus dure des leçons que la vie nous impose.
- Quel genre d'amie êtes-vous Oscar?
-Pardon?!...
-Oui! Je vous demande quel genre d'amie êtes-vous! Vous n'êtes à l'agonie, il me semble?!
Vous ne l'étiez pas plus hier, j'en suis certain! Alors pourquoi n'êtes-vous pas descendue dire adieu à André.
-...NON!!...Comment?...Pourquoi?Pourquoi dîtes-vous cela?Où est André??
-Si vous aviez pris la peine hier de vous intéresser à autre chose que votre petite personne Oscar, vous auriez assisté au départ d'André. Il s'est engagé, dans un régiment qui sera chargé d'assurer la sécurité d'une de nos colonies d'Afrique. Vous ne le saviez pas? Vous n'avez pas une idée de ce qui a pu motiver son départ? Il me semble pourtant, que vous y êtes pour beaucoup. C'est un jeune homme courageux et très patient, un départ aussi radical et précipité ne lui ressemble pas, avez-vous quelque chose à nous dire Oscar? Et surtout une raison à donner à Grand-Mère pour ce qui se passe. Son petit-fils lui a dit Adieu hier soir, sa seule famille. Elle en fut si bouleversée qu'elle est alitée sûrement pour plusieurs jours. J'attends!
-Père je...Père...J'ai commis une terrible erreur. Je ne voulais pas...
Le général quitta son air sévère en regardant son enfant, il devinait très vaguement la véritable erreur à laquelle Oscar faisait référence et attendait que celle-ci se l'admette avant de continuer ce qui lui tenait à cœur d'accomplir.
Pas un mot, pas un geste, pas un regard. Le néant avait tout emporté, il ne restait rien de lui. Elle n'imaginait pas quand se levant ce matin, son père lui annoncerait une telle nouvelle si brutalement. Son père lui faisait la morale sur sa conduite détachée envers André cela lui sembla si paradoxal. Et André serait parti? Pourquoi? Il n'avait rien à se reprocher, il avait toujours été si patient, si compréhensif.... Bien sûr que c'était de sa faute, elle le savait. Elle donnerait tout pour l'effacer! Retrouver son ami d'enfance, son seul soutient, sa force...Que serait-elle sans lui? Qu'allait-elle devenir sans André? Elle ne s'était jamais posé la question avant ce matin. Il fallait qu'elle y pense pourtant car à présent, il ne serait plus là.

Plus là.... Pourquoi est-ce que ces mots me torturent à ce point? Il ne serait plus là... J'ai l'impression que mon cœur saigne, il m'oppresse tant que j'ai du mal à respirer. Mon Dieu, cette douleur est croissante, je crois que je ne tiendrai plus longtemps, tout en moi va lâcher, mes larmes coulent déjà...Je ne veux pas que mon père me voit comme ça! Que penserait-il de moi? Il faut que je sorte d'ici!

Oscar ne supportant pas le regard attentif de ses parents quitta le séjour et se précipita dans la chambre d'André. Elle se laissa tomber sur lit trop bien fait du jeune homme. Il était froid. Elle avait aussi froid que si elle s'était retrouvée sur le sol. Elle n'osait pas regarder autour d'elle de peur de voir que toutes les affaires d'André avaient disparu. Elle n'avait pas quitté sa chambre qui se trouve juste en face de la sienne, de toute la journée. Et elle n'avait rien entendu de ce qui se passait, elle était bien trop renfermée sur elle-même. Grand-Mère était pourtant venue la voir à plusieurs reprises, les larmes aux yeux, mais chaque fois Oscar l'avait renvoyée sèchement. L'accumulation de fautes commises ces derniers jours auprès des personnes qu'elle aimait devenait bien trop lourde pour la jeune femme, si peu habituée à faire réellement face à ses sentiments.

J'ai peur, j'ai si peur. J'ai l'impression qu'une terrible brèche vient de s'ouvrir dans mon cœur, par laquelle tout mon sang s'échappe. Comme si la vie allait me quittait le corps d'un instant à l'autre, depuis que je sais que je ne peux pas vivre sans toi! Oh! Seigneur, quelle est cette angoisse? Quels sont ces tourments? Ce peut-il que l'erreur ne soit pas celle à laquelle je pensais? Serait-ce les mots plus que les gestes? Oh! André!...André pardonne-moi, je me suis trompée! Si longtemps...
Comment ai-je pu être ainsi aveugle et agir de façon aussi inconsidérée, nous blessant tous les deux au cœur d'un coup mortel. Oh André, comme je voudrai effacer la journée d'hier et revenir à cet instant pour pouvoir te dire, je t'ai... Je t'aime. Trois petits mots. Trois mots que je n'ai pas su te dire et qui me torturent aujourd'hui, tant ils sont ancrés en moi.
Quelle folie fut la mienne? Pourquoi ai-je couru vers Fersen avec une telle joie au cœur le soir de son retour? Pourquoi ai-je mis cette robe pour le séduire? Qu'a-t-il fait de si particulier qui puisse générer en moi ce sentiment que je croyais éprouver pour lui? Oui, j'étais heureuse de le revoir sain et sauf, parce que je tiens beaucoup à lui, mais pas autant qu'à toi. J'ai pris une étincelle pour un soleil, alors que tu es le seul être au monde à éclairer ma vie. J'ai pris une sincère amitié pour de l'amour et l'Amour pour une profonde amitié. J'ai tout gâché.
Pourquoi es-tu parti si vite? Pourquoi? Tu ne m'as rien dit. Tu ne m'as même pas laissé de lettre. Comment pourrai-je te retrouver? J'ai tant besoin de te dire que je n'ai que toi! Pourquoi a-t-il fallu que tu partes pour que je m'en rende compte! André c'est affreux tu as toujours été prés de moi et je ne t'ai vu que ce matin, je n'ai réalisé l'importance que tu as avais dans ma vie que par ton absence. Je ne me le pardonnerai jamais. Je ne veux pas te perdre André! Oh je sais que je n'ai que ce que je mérite, mais je ne saurai survivre si tu me quittes....
La jeune femme cacha son visage baigné de larmes dans l'oreiller dans d'André. Il gardait encore l'odeur de ses cheveux. Elle se mit à respirer profondément respirer son parfum, comme si s‘était la première fois qu‘elle le sentait. Mais soudain le choc se fit très violent dans son cœur, ce n'était pas la première fois, mais la dernière! Elle se laissa aller au plus profond désespoir. Elle se mit à pleurer comme elle n'avait jamais pleuré. Comme une femme, qu'elle était si rarement. Comme un être humain et non un pantin de bois sans cœur, petit soldat qu'elle était trop souvent. Elle ne pouvait plus s'arrêter, elle ne pouvait plus se contrôler. Cela ne lui était jamais arrivé.
La porte de la chambre s'ouvrit doucement. Elle entendit les bruits de pas sur le planché derrière elle et son cœur bondit dans sa poitrine. Elle se retourna vivement pour le regarder avec des yeux si grands qu'il fut touché par leur pureté et leur détresse.

Troisième Chapitre: Un père...

Il s'approcha doucement et vint s'asseoir sur le bord du lit. D'une main douce, il écarta une mèche de ses cheveux qui restait collée sur sa joue à cause ses larmes. Quand il la regarda de nouveau dans les yeux, elle eut une moue d'enfant et se remit à pleurer. Il ne résista pas plus longtemps et la serra dans ses bras, posant sa tête sur la sienne. Elle avait besoin de pleurer, il en était convaincu. Pour lui, ce flot de larmes emporterait avec lui le superflu et les illusions qui aveuglaient le cœur de sa fille. Son fils n'aurait pas pleuré de la sorte, il savait se montrer digne en toute circonstance et faisait davantage preuve d'un grand sens de l'honneur que de véritables sentiments. Il était heureux de voir que sa fille était plus humaine. Il était heureux de constater qu'il avait échoué. Heureux de s'assurer qu'Oscar François de Jarjayes n'était qu'une image, un leurre cachant sa fille chérie derrière un masque impassible. Elle restait fragile, elle restait une femme en dépit de toute cette vie qu'il a eu l'audace inouïe de lui imposer. Il fallait qu'elle vide toutes ces émotions si longtemps contenues, qu'elle évacue cette tension si soudaine, qu'elle fasse le vide dans son cœur et dans sa tête pour qu'après ces déluges de pleurs, elle soit plus sereine et prête pour un nouveau départ, une nouvelle leçon. Il la laissa donc pleurer un bon moment en la berçant doucement. Elle passa ses bras autour de lui, c'était la première fois que son père la serrait ainsi. Elle pensait que sa mère l'aiderait dans ce moment difficile, mais elle fut presque soulagée de voir son père sous ce nouveau jour. Ce geste qu'il venait d'avoir comptait beaucoup pour elle. Elle avait l'impression d'ouvrir les yeux sur un monde encore inconnu, ses sentiments pour André et la douceur de son père. Elle était entourée d'amour mais elle l'avait toujours ignoré. Chacun cachait perpétuellement ses sentiments à l'autre. Que ce soit André ou son père, aucun d'eux ne lui avait jamais dit combien il tenait à elle, et elle avait toujours agi de même, pensant que les gestes valaient mieux que les mots. Elle venait d'apprendre que ces derniers pouvaient être soit la plus dangereuse des armes, soit la plus douce des caresses pour les cœurs.
Quand elle fut un peu calmée, le général lui releva le menton pour la regarder dans les yeux, il devait revenir à la charge, mais d‘une façon plus douce.
-Pourquoi est-il parti Oscar?
-Père, je ne peux vous le dire...
-Alors moi je le peux peut-être. Écoutez-moi car je vais vous dire doucement, ce que votre cœur n'a cessé de vous crier durant toutes ses années qu'André a passé à vos cotés. Il est parti parce qu'il vous aime tellement que sa souffrance lui était devenue insupportable. Ce que je ne sais pas c'est la faute, l'erreur que vous avez soudainement commise pour avoir ainsi raison de sa patience. Oscar l'état dans lequel vous êtes n'est pas anodin. Confiez-vous à moi, Oscar, ma chérie... Je ne supporte pas de voir votre cœur saigner de la sorte. Je m'en veux car je sais que je suis coupable. Si vous souffrez tant tous les deux c'est par ma faute.
-Père? ...Je ne comprends pas...
- On récolte ce que l'on sème... Et dans mon jardin, j'ai planté un chêne auprès de ma rose. Je voulais que sa force protège la jeune fleur. Que les branches de cet arbre entourent la trop belle rose, pour éviter qu'elle ne se brûle au rayon du soleil. Je n'aurais pas cru qu'elle ébranlerait à ce point cette force tranquille se mettant ainsi elle-même en péril. Vous êtes devenue plus forte que dans mes plus folles espérances, mais je n'avais pas le droit de commettre une telle folie. C'est en vous rapprochant l'un de l'autre que j'ai fait votre malheur. Faire de vous mon fils était une folie, mettre André à votre service dés votre plus jeune âge, une erreur. Comment ne pas l'aimer? Ce jeune homme qui n'a pourtant rien serait prêt à tout donner, son sang et sa vie pour vous. Vous ne vous en étiez donc jamais rendu compte?
Les mots du général, si vrais et si sincères étaient un véritable supplice pour Oscar. Oui, tout ce qu'il venait de dire, elle l'avait toujours su. Mais constater que même lui avait su lire plus facilement leurs sentiments était très troublant pour elle. Fallait-il qu'elle soit vraiment aveugle! Le général lui sourit en prenant son visage en coupe. La scène semblait irréelle à Oscar. Son père si froid d'ordinaire savait pourtant avoir les gestes tendres dont elle avait le plus besoin ce matin.
-J'étais un temps aveuglée. Je sais que rien ne pourra jamais effacer le mal que je lui ai fait en l'ignorant, presque volontairement...Je ne sais pas pourquoi je pensais que j'étais amoureuse d'un autre...
-Monsieur de Fersen...
-Vous saviez...
-Oscar, à quoi pensez-vous que j'eusse passé toutes ces années, si ce n'est à vous observer. J'étais naïf et égoïste, je pensais que votre tendre amitié se changerait en amour. Oui je le souhaitais. Pour moi d'abord, car André n'étant pas noble et au service de cette maison, je pensais que vous déclarant votre amour vous ne changeriez rien à votre mode de vie. Un amour sans mariage, vous seriez restée mon fils aux yeux du monde et il aurait été mon gendre en ces murs, mais vous auriez concrétisé votre amour. Par la suite, je me suis ravisé et je me suis mis à espérer le voir frapper un matin à mon bureau pour venir me demander de lui accorder votre main. Certes, vous ayant privé de votre liberté, de votre vie de femme, je ne me serais jamais permis d‘intervenir dans ce domaine mais je ne pouvais m'empêcher d'être inquiet pour vous. Vous avez toujours excellé dans chacune de vos actions, mais j'avais peur que vous en veniez à oublier de vivre. À oublier d'aimer...Je vous ai vu tomber amoureuse et dans mon for intérieur, je priais pour que vous rendiez compte de votre erreur avant qu'il ne soit trop tard. Je fut pris d'une terrible angoisse, il y a deux soirs de cela quand, me trouvant à Versailles parce que le Duc de Breuil m'y avait convié j'ai vu s'avancer dans la salle de bal celle que je voulais garder précieusement cachée.
-Vous m'avez reconnue?
-Immédiatement. Qui peut vous connaître mieux que moi et André? J'ai eu peur en ne le voyant pas à vos cotés. Et mon sentiment s'aggrava quand je vous ai vu dans les bras de votre ami le Comte de Fersen. Grâce au ciel vous n'êtes pas restée, je ne sais s'il vous a blessée ou simplement vexé, mais vous rentriez et par-là même vous retourniez vers les bras et le cœur d'André. Mais je pus très vite constater au matin suivant, que je m'étais trompé. Alors dîtes-moi Oscar où se situe l'erreur? Vous lui avez dit aimer Fersen?
-...oui, mais de la plus terrible des façons...Si vous saviez comme je regrette! Si vous aviez quelle est mon agonie...Je ne peux me résoudre à l'idée de vivre sans lui. Je ne peux pas croire que je le reverrai jamais....Comment a-t-il pu partir sans me prévenir. Pourtant je sais que ce que j'ai fait est impardonnable.
-Le lui avez-vous demandé? Hier encore, vous étiez sourde à son cœur et au vôtre. Ce matin, tout est différent. Vous venez de prendre conscience de ce qu'était le véritable amour. C'est certes la leçon la plus douloureuse, mais aussi la plus belle qui soit quand on sait reconnaître ses erreurs et tout faire pour garder et protéger ce bonheur. Vous devriez lui demander pardon, si vous êtes sincère avec vous-même...Grand-Mère devrait vite se rétablir!
Il prononça les derniers mots sur un sourire, lui faisant un léger clin d'œil. Il se leva et sortit de la pièce sans se retourner. Toujours droit et fier. De dos, il restait le général de Jarjayes, mais de face il était son héros. L'homme qu'elle chérissait plus que tout après...après André. Cette remarque fit remonter ses larmes. Bien sûr, elle voulait pouvoir lui présenter ses excuses. Elle voulait plus que tout qu'il sache qu'elle l'aime. Mais comment le retrouver? Il avait déjà dû quitter Paris et... Assise sur le lit, elle remarqua une feuille de papier qui ne s'y trouvait pas à son arrivée. Elle la déplia et bondit soudain sur ses deux pieds. Elle se mit à faire les cents pas devant le lit d'André et se retenait de ne pas pousser un cri de joie, pourtant le papier à sa poitrine de ses deux mains et fermant les yeux pour tenter de se calmer. Elle tenait l'itinéraire complet des villages français par lesquels passerait la compagnie d'André. Son père s'était renseigné pour elle, il attendait qu'elle soit vraiment certaine de ses sentiments pour le lui dire. Il tenait vraiment à cet amour dont il se sentait responsable. Oscar se mit à réfléchir très vite à évaluer le temps écoulé pour le retrouver le plus vite possible. Elle se rendit rapidement dans sa chambre prit sa veste rouge la passa simplement au-dessus de sa fine chemise et redescendit comme poussée par tous les vents. Mais elle souriait, elle était portée par cet espoir qui peut vous donner des ailes quand il prend possession de votre cœur. Elle quitta très vite la maison de son père.
-Mais Oscar où allez-vous ? Vous n'avez rien avalé depuis deux jours!
-Laissez la mon amie. Notre fille a une faute à se faire pardonner, et cela ne peut souffrir aucun délai.
- Vous avez décidé d'agir enfin?
-Non pas vraiment, je lui ai juste donné un léger coup de pouce. Elle devait faire ses premières armes avant de s'engager. Je suis très fier d'elle.
-Vous l'avez toujours été...
Le général regarda tendrement son épouse. Il l'avait épousée contre sa volonté, mais ils avaient fini par s'aimer tendrement. Il se savait souvent tyrannique. Il avait pris l'habitude d'agir selon ses convictions en se souciant peu de l'avis de son entourage. Mais depuis qu'il voyait son enfant comme une femme et plus comme un héritier, sa vision de la vie changeait.


Quatrième chapitre: plus jamais...

Oscar passa sa journée à galoper à travers la campagne. Elle était maintenant aussi fourbue que son cheval. Épuisée et affamée, elle se reprochait de ne pas avoir emporté quelque chose avec elle. Elle était partie si vite qu'elle n'avait pris ni arme ni argent. La nuit tomba très vite. C'est au pas, presque en se traînant, que son cheval la conduisit jusqu'au campement qu'avait établi à la sortie d'un village, la compagnie dans laquelle se trouvait André à en croire la note que son père lui avait laissée.
Elle laissa son cheval en retrait et s'avança à pieds vers les tentes. Lorsqu'elle arriva à la hauteur des deux recrues qui montaient la garde, l'un d'eux se mit à siffler.
-Pfiiii fiiiuuuu Vise un peu ça l'ami!! Tu as vu ce que le vent a poussé vers le campement!
-Ouais mon gars! Si c'est pas mignon tout plein! À ton avis c'est une fille ou un gars?
-ça sent la femme à plein nez! Hein ma douce? Ha ha ha ha ha
Oscar rappela qu'elle n'avait pas emporté d'arme avec elle. Elle ne portait pas son uniforme non plus. Elle avait eu la naïveté de croire qu'elle le retrouverait tout de suite et qu'on ne lui demanderait rien. Elle avait oublié les sentinelles et les règles de l'armée. Comment prouver à ces hommes-là qui elle était ? Ils avaient vu tout de suite, qu'elle était une femme. Ils n'avaient pas l'air commode. Des espèces de brutes épaisses qui avaient dû s'engager pour éviter la prison. Si il n'y en avait eu qu'un, elle aurait peut-être était de taille, malgré la fatigue de son corps, car son esprit était un moteur incroyable lui permettant de toujours d'aller au-delà de ses propres limites, mais contre deux hommes de ce gabarit, elle savait qu'elle avait perdu d'avance. Il valait mieux pour elle qu'elle fasse demi-tour sur-le-champ, sans insister ni dire qui elle était.
-hep où tu vas? ! Attends, on va s'amuser un peu tous les trois.
-Lâchez-moi immédiatement!
L'un des deux hommes s'était précipité pour la retenir par le bras. Comme chaque fois, le coup partit avant même qu'elle n'y réfléchisse. Oscar donna une gifle magistrale à ce malappris. Elle était terriblement remontée face à ce comportement et elle le fusillait du regard. Elle n'avait pas pour habitude qu'on lui ainsi manque de respect. L'homme eut un petit rire ironique, et se saisit aussitôt des poignets de la jeune femme en appelant son ami d'un signe de tête.
-Tiens-là le temps que je m'occupe d'elle! Eh eh eh après ce sera ton tour.
Le deuxième homme passa derrière elle et lui maintint les mains dans le dos alors que celui qui lui faisait face déchira la chemise de flanelle blanche mettant à nu sa féminité.
D'abord désemparée, Oscar se dit qu'elle n'avait pas le choix et qu'elle devait risquer-le tout pour le tout. Baissant les yeux pour constater l'état dans lequel elle se trouvait, elle donna un violent coup de pied au visage de l'homme qui avait décidé de s'attaquer au bas de sa tenue.
-Ha la garce! Attends ma belle tu vas nous payer ça!!
Joignant le geste à la parole celui qui la tenait la lâcha le temps de lui porter un terrible coup à la tête, qui la fit tomber au sol et l'assomma.
-Ben mon vieux! Après ce qu'elle t'a mis, tu ne m'en voudras pas si je passe le premier! Maintenant qu'elle est dans les pommes elle ne va plus nous poser de problème.
Le soldat aida son ami à se relever et tous les deux s'approchèrent du corps d'Oscar. La retournant sur le dos, celui qui était « blessé » retira complètement la veste et chemise de la jeune femme et se mit à lui tenir les bras au-dessus de la tête, pendant que son compagnon enlevait un à un les boutons de la culotte verte.
Plus résistante qu'ils ne l'auraient cru, Oscar revint à elle. Elle tenta un quitte ou double pour s'en sortir et se mis à hurler de toutes ses forces! Un violent coup poing fit office de réponse à cet appel au secours. Alors qu'elle luttait pour ne pas s'évanouir de nouveau, une voix forte retentit derrière l'homme qui la dominait.
-Que se passe-t-il ici!! Peut-on savoir à quoi vous jouez pendant votre service? !
-Ha ben ...C'est à dire...
-Y a mon capitaine que cette femme est venue chercher un peu d'action alors on a simplement voulu lui rendre service.
-Je ne suis pas sûr que cette personne confirme vos dires. Lâchez-la et allez directement dans votre tente avant qu'il me prenne l'envie de vous faire arrêter pour tentative de viol.
-à vos ordres mon capitaine!
Les deux soldats ne demandèrent pas leur reste et filèrent à l'intérieur du campement. Le capitaine resta là, debout sans bouger regardant Oscar avec un certain mépris. Il ne l'aida pas du tout à se relever et à ramasser ses vêtements. Ce regard la mettait très mal à l'aise. Elle était femme dans toute la faiblesse caractéristique à ce sexe, nue et sans défense. Une fois qu'elle fut rhabillée, le capitaine la considéra différemment.
-Très bien maintenant expliquez-moi ce que vous faites ici. Êtes-vous inconsciente pour venir ainsi tenter le diable? Ne savez-vous pas que ces hommes partent pour l'étranger et que là-bas ils ne risquent pas de rencontrer beaucoup de blondes!
-Je sais que cette compagnie part pour l'Afrique...mais j'ignorais qu'elle était composée de ce qui ce fait de plus méprisable parmi les hommes. Répondit rageusement la jeune femme.
-Je n'aurai peut-être pas dû intervenir. Que faites-vous ici et pourquoi ces vêtements?
-Ces vêtements sont les miens. Je suis le colonel Oscar-François de Jarjayes et je suis à la recherche d'un homme qui s'est enrôlé parmi les vôtres.
-Le colonel de la Garde Royale? ! Ha ha ha Vraiment! Hé bien je regrette d'être intervenu si vite!! Éclata l'homme sur un ton ironique avant de reprendre plus sérieusement. Je ne vous crois pas un seul instant. Mais je vais quand même vous écouter. Quand se serait-il engagé?
-...Ce matin même à Paris. Il se nomme André...André Grandier.
Oscar s'était mise à regarder le capitaine avec une lueur d'espoir au fond des yeux, lui faisant oublier pour un instant, la mésaventure qui venait de lui arriver et la honte d'apparaître ainsi devant cet homme.
Il s'aperçut à ce regard que cet homme était très important pour elle. Cette femme en vêtement masculin avait les traits tirés, la fatigue mais aussi une profonde tristesse marquaient son visage. Il ne savait pas pourquoi, mais il aurait voulu lui venir en aide.
- Je suis désolé Mademoiselle, mais cet homme ne fait pas parti de cette compagnie.
-Mais comment pouvez-vous en être certain! Vérifiez vos registres au moins! Vous.... Vous...ce n'est pas possible! Il doit être ici! Je ne ...
Oscar s'emporta et tournant le dos à l'officier, cacha son visage dans ses mains, ses larmes recommençaient à dévaler sur ses joues.
-Il y était, il y a encore quelques heures, mais il s‘est rétracté. Maintenant je ne peux vous renseigner davantage. Il avait l'air aussi perdu que vous, vraiment à bout force. Il n'a pas dit où il allait, de toute façon, cela importait peu.
-......Merci Monsieur... Adieu.
-Mademoiselle? N'allez pas commettre de folie! Mademoiselle...
Oscar ne l'écoutait plus. Elle laissait ses jambes la porter jusqu'à son cheval. Une fois prés de l'animal, elle s'agrippa à la selle mais fut incapable de s'y hisser. Elle laissa sa tête tomber contre le cuir. Et se remit à pleurer.

Oh André! Pourquoi? Pourquoi ne me laisses-tu aucune chance de te retrouver, de me faire pardonner? Je t'en prie, dis-moi que tu n'es pas allé jusque là ! Je t'en supplie André, je n'y survivrai pas si jamais tu t'étais...tu t'étais...Oh! Mon Dieu! Pas lui!! Ce n'est pas possible! Seigneur j'ai prié si fort pour que tout s'arrange... Pourtant cet homme me l'a clairement laissé entendre. Si tel était le cas, je te jure André que je te rejoindrai où que tu sois. Je te chercherai partout, au ciel s'il le faut, mais je ne finirai ma course que dans tes bras. Alors ne m'abandonne pas! Fais-moi un signe dis-moi que tu es là. Que tu seras toujours là ? Tout à l'heure, quand ces hommes ont manqué de me violer, j'ai cru un instant que c'était toi qui venais me sauver. Tu étais toujours là, pour me porter secours, toujours là quand tout aller mal. Et tout va mal quand tu n'es pas là, je fais n'importe quoi. Je ne suis qu'une faible femme au fond. Je viens dans avoir la preuve la plus humiliante ...Je n'ai pas su me défendre et je me suis mise moi-même en danger...Seigneur! André je ne suis rien sans toi, sans ta force, sans ton courage, sans ton amour qui m'a toujours entouré, protégé c'est toi qui as fait de moi ce que je suis. Je ne peux pas vivre sans toi.

Elle remonta tant bien que mal sur son cheval. La cavalière comme l'animal, n'avait plus aucune force. Mais ils prirent quand même le chemin du retour, presque au ralenti. À cette heure elle ne croiserait plus personne, et quand bien même une bande de malandrins s'en prendrait à elle. Elle n'avait rien qu'ils puissent lui voler et ne tenait presque plus à la vie. Dans la campagne, sous un ciel étoilé et une lune pleine et éclatante, une pâle jeune femme blonde sur un cheval blanc, vision presque fantomatique, d'une femme amoureuse que la vie quittait petit à petit depuis qu'elle avait perdu celui pour qui son cœur battait dans sa poitrine. Ceux qui auraient croisé son chemin cette nuit là auraient eu peur devant cette vision de désespoir, à travers ses larmes, ses yeux avant si expressifs, parfait miroir de son âme semblaient sans vie. On sentait le froid intérieur dont elle était victime.
Dans un champ, sur le coté de la route qu'elle suivait, elle aperçut une immense meule de foin. Elle tombait d'épuisement et son cheval ne tiendrait pas plus longtemps. Elle descendit de son destrier et se dirigea vers ce tas de foin qui lui servirait de couche pour la nuit. Il faisait plutôt frais ce soir, mais peu lui importait à présent. Approchant enfin de l'endroit où son corps pourrait se laisser tomber, son cheval se mit subitement à hennir. Le bruit que fit l'animal réveilla un ombre qui se dressa soudain devant la jeune femme qui eut un cri de surprise.
-Oscar? !!
-Ooohhhh...André c'est toi?!...André...
À bout de force, Oscar se laissa tomber à genoux devant celui qu'elle avait passé la journée à chercher et qu‘elle croyait avoir perdu à jamais. Il ne savait plus s'il était réveillé ou s'il rêvait. Il regardait le cheval qui s'était calmé. Comment Oscar pouvait-elle se trouver devant lui à cet instant? Il ne savait pas lui-même où il se trouvait. Il avait échoué là, par hasard, guidé par son désespoir, il voulait dormir pour ne plus se réveiller. Mais cet animal qu'il connaissait presque aussi bien que sa propriétaire l'avait ramené à la vie, en la ramenant à lui. Il baissa les yeux sur cette femme pleurant à ses pieds comme si elle l'implorait. Il ne put retenir ses larmes, mais il ne parvint pas à faire un geste, un pas vers elle. Elle gardait la tête baissée et serrait ses poings sur ses genoux.
- André j'ai pris conscience que tous ses moments que tu as passé prés de moi faisaient que je me sentais vivante. Depuis cette nuit où je t'ai menti, je compte mes fautes, j'en ai tellement à me faire pardonner auprès de toi qu'une vie ne suffirait pas.
Elle leva son visage baigné de larmes, qui luisaient sous la lune vers lui toujours debout et silencieux devant elle. Elle laissa passer un sanglot avant de reprendre.
-... Mais quand j'ai appris ton départ j'ai cru succomber...André...J'ai commis une erreur, pardonne-moi...je suis amoureuse de toi...follement...mortellement...André, m'aimes-tu encore, malgré cela?
-Comme si tu ne le savais pas...
Il tendit une main vers elle. Elle y déposa ses doigts blancs et glacés. Alors qu'elle se relevait, il l'attira dans ses bras et posa ses lèvres sur les siennes en un long baiser à la fois tendre et passionné.
Des larmes coulaient sur leurs joues comme dans leurs cœurs. Mais ses larmes-là ne leur faisaient plus mal. Elle était dans ses bras, et plus jamais elle ne chasserait ce bonheur qu'elle n'avait pas su voir plus tôt, mais qu'elle n'ignorerait plus jamais.
Fin.


Épilogue:

Au fond d'une chambre, deux corps passionnément enlacés.
Dans la lumière éblouissante de plusieurs chandeliers, des reflets d'or dansaient sur la peau blanche, couleur de lait intensément collée à la peau douce et bronzée.
Une profonde impression de bonheur s'exhalait.
Le bruit léger des draps froissés, des soupirs échappés entre deux gémissements de plaisir...trois mots...
De ça et là, des vêtements abandonnés. Une veste, un soulier, une chemise de soie, une robe de mariée d'un blanc immaculé apparaissant comme une rose déposée au pied de ce grand lit au ciel enchanté.
Un homme. Sa femme. Lien extraordinaire, instant magique pourtant si réel...
Elle pouvait y croire...Elle pouvait le toucher. Tout son corps éprouvait le sien dans une extrême tendresse...jamais il n'exista de plus douce caresse...
Ses mains fragiles, ce corps puissant. Des gestes lents très amoureux. Il était plus qu'un homme, bien plus qu'un prince, un ange, son seul amour...elle l'adorait.
Elle voulait l'éternité et le monde disparaissait...ils n'existaient plus qu'eux unis dans leurs caresses...
Il lui souriait, elle le regardait sans cesse. Elle ne laissait pas ses yeux verts lui échapper, elle voulait les emprisonner.
Elle voulait se donner, son corps et son âme, son cœur lui appartenait déjà, il le savait.
Elle avait été femme aujourd'hui, elle voulait être sa femme cette nuit.
Elle ne serait pas à un inconnu, elle serait à son mari...
La vie lui avait fait commettre bien des folies, mais aucune ne fut plus douce que celle-ci
Son cœur criait encore, son corps suppliait ne t'arrête pas...
Ses doigts caressaient la peau si douce et se resserraient froissant les draps.
Tout son corps l'appelait et jamais plus elle ne le nierait. À chaque baiser donné avec passion, il ressentait son amour toujours plus profond...Enfin un tel plaisir, enfin une telle extase..
Instant de l'envolée, désirs exacerbés...dans son regard aimant, il plongea ...
-Depuis toujours je n'aime que toi...
Le silence. Bruit sourd des cœurs unis à jamais, devant Dieu aujourd'hui et pour l'éternité.
Elle lui donnait tout allant jusque là et son amour pour lui marqua les draps au moment où les anges caressèrent de leurs ailes le plus pur des ciels. Son visage marqué d'un plaisir infini caressa doucement celui de la jeune épousée, qui venait de se mouillé de quelques gouttes de rosée témoignant, en cette nuit, que désormais elle lui appartenait.
Et mus par une pluie de « je t'aime » les deux corps s'agitaient un mouvement qui aurait pu durer une éternité....

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