L'aveu
Oscar et André étaient finalement revenu à Versailles et tout semblait avoir repris son cours habituel...Tels étaient les pensées d'Oscar, alors qu'elle vérifiait la parade de sa compagnie. Elle était parfaite, comme d'habitude, et Oscar pouvait se permettre de laisser dériver son esprit. Certes, Grand Mère avait bien essayé de la faire parler, mais Oscar ne tenait pas à lui raconter ce qui s'était passé. Quand à son père... C'est à peine s'il s'était inquiété pour elle. Tout ce qui importait à ses yeux, c'est qu'elle avait déserté son poste. Non.... Celui qui l'inquiétait le plus, c'était André. Bien sur, elle savait déjà qu'il l'aimait. Il le lui avait déjà dit. Mais elle avait prit ça pour de la jalousie envers Fersen où, dans le pire des cas, d'une passion passagère pour son amie d'enfance. Mais la jeune femme comprenait à présent qu'il n'en était rien. André lui était désespérément attaché. Il avait fallu qu'il lui dévoile son intention de mourir pour qu'elle s'en rende compte. Etait-elle aveugle à ce point ? Depuis leur retour, il avait fait comme si de rien n'était. Mais Oscar n'était pas dupe. Elle n'était plus dupe. Elle savait maintenant que le coeur d'André était plein d'elle, et que le moindre faux pas de sa part pouvait le détruire. En le forçant à laisser éclater son amour, elle l'avait rendu encore plus fragile qu'avant. Mais que faire ? Oscar n'en avait pas la moindre idée. Ses sentiments étaient si flous. Elle n'avait pas vraiment envie de savoir ce qui se passait en elle. Mais c'était peut-être la seule façon d'aider André. Avait-t-il hésité, lui, quand il s'était agit de sauver sa vie à elle ?
"Colonel ?"
Alain avait hésité à interpeller le colonel, mais la parade était finie et les soldats commençaient à s'impatienter. Les yeux du colonel reprirent vie, comme s'il sortait d'un rêve. Alain trouvait qu'il avait changé, depuis son retour de congé. André aussi, d'ailleurs. Alain se demandait ce qu'il s'était passé entre ces deux la. Pour sur, leur relation n'était pas claire. Ils étaient toujours en train de se blesser, mais ils donneraient leur vie l'un pour l'autre, ça Alain en était sur.
"Alain ?" Oscar se souvint d'où elle se trouvait.
"Cette parade était parfaite. Messieurs, vous avez quartiers libre."
Alain la salua et disparu. Les soldats quittèrent la place et bientôt il ne resta plus qu'André. Oscar se décida à descendre de cheval et s'approcha de lui.
"Tu n'es pas de garde ce soir, n'est ce pas ?"
"On ne peut rien te cacher..."
"Je n'ai pas envie de rester à la caserne ce soir. Veux tu rentrer avec moi ? Ca fera plaisir à Grand Mère. De toute façon, pourquoi resterais tu ? Personne ne travaille demain..."
Oscar avait conscience de ne pas tellement laisser le choix à André, mais elle avait réellement envie de passer quelques temps avec lui.
"Mais...Oscar, il faut un effectif minimum de gardes."
"Ils sont déjà assignés. Il s'agit d'Alain, de Lassal, de Vergny et de Bannos. "
"Très bien. Si tu veux, je n'ai plus d'arguments."
"Je ne veux pas te contraindre. C'était juste une proposition. Si tu as d'autres engagements..."
"Non ! Je n'ai rien de prévu. Quand veux tu que nous partions ? "
"Juste le temps de terminer quelques lettres et je serai prête."
"Très bien, je vais seller mon cheval. On se retrouve en face de l'armurerie ?"
"J'y serai dans vingt minutes !"
Oscar confia les rênes d'Olivier à André et s'éloigna.
"Comment veux-t-elle que je m'éloigne d'elle alors que je suis incapable de résister au moindre de ses désirs ?" Pensa André.
Il réussit à détacher les yeux de la silhouette longiligne de son amie et partit de son côté.
Oscar n'arrivait pas à dormir. André et elle était arrivés en début de soirée au domaine des Jarjayes, et elle avait diné avec le General. Ils avaient parlé de la compagnie d'Oscar, puis la jeune femme s'était éclipsée. Elle avait retrouvé André dans le petit salon. Ils était en train de lire devant un bon feu de cheminée, et avait sourit à l'arrivée d'Oscar. Il lui avait offert son fauteuil et s'était assit par terre, sur le tapis. Oscar avait repoussé le fauteuil et s'était elle aussi assise à même le sol, en face de lui. Ils avaient devisé gaiement, se moquant des attitudes de certains courtisans. Ca avait été une bonne soirée. Puis ils avaient été se coucher.
Ca faisait maintenant plus de deux heures qu'Oscar se retournait dans son lit sans trouver une position qui lui convienne. Chaque fois qu'elle fermait les yeux, l'image de son compagnon s'imposait. De plus, une toux persistante lui irritait la gorge, ce qui n'arrangeait rien à son énervement. Il faudrait quand même bien qu'elle se décide à aller voir un médecin...Pour l'instant, un problème plus urgent se posait. Comment dormir ? Oscar ferma les yeux et se força à rester immobile. Sans effets.
"Très bien," pensa-t-elle rageusement.
"Tu as gagné André. J'ai plus de cinq heures à tuer avant que le soleil se lève. Peut-être que quand j'aurai défini ce qui m'attache à toi tu me laisseras dormir ?"
Oscar se rassit dans son lit et repoussa les couvertures d'un geste machinal. Mais à peine eut-elle fait ce geste qu'elle le regretta. Elle empoigna les couvertures et se pelotonna dedans à toute vitesse.
"Je veux bien penser à toi, c'est entendu, mais au chaud."
Puis Oscar redevint sérieuse. Elle ferma les yeux et le visage d'André s'imposa à nouveau. Au lieu de le chasser, comme les autres fois, elle le laissa venir à elle...Il était beau, avec ses cheveux sombres et ses yeux verts. Ces yeux...Il semblaient tout comprendre. Elle avait toujours eu l'impression qu'ils la traversaient et qu'elle ne pouvait rien leur cacher. Ça l'avait agacée, parfois, de ne rien pouvoir garder pour elle. Elle ne pouvait pas non plus lui mentir. Il le savait tout de suite. Elle avait l'impression d'être un livre qu'il ouvrait et fermait à volonté. André...Si doux avec elle et pourtant si fort...Il était toujours la quand elle avait besoin de lui, quelles que soient les situations. Il venait encore de le prouver...Jamais il ne l'avait laissée seule, face à ses peurs. C'était comme un frère...Oui...Un frère.
"Arrête de te mentir Oscar !"
Une voix nouvelle raisonna dans son esprit. C'était comme si elle avait été bâillonnée jusqu'à ce soir et que quelqu'un, où quelque chose, venait de la libérer.
"Arrête de te mentir, Oscar..." Reprit-t-elle doucement.
"C'est commode pour toi de dire qu'André est un frère. C'est en accord avec la vie du Colonel. C'est vrai...Peut-il ressentir autre chose qu'une amitié fraternelle envers son meilleur ami ? Mais alors pourquoi ton coeur s'emballe-t-il quand tu vois André ? Est ce très fraternel ?"
C'était vrai pourtant. Depuis leur retour de Normandie, Oscar se sentait différente face à André. Son cœur battait si fort, sa voix tremblait tellement. Elle s'étonnait qu'il ne s'en soit pas encore rendu compte. Ou alors c'était elle qui ressentait ces signes différemment. Peut-être qu'ils avaient toujours été là.
C'est quand André lui avait enlevé le sang qui coulait de sa bouche qu'elle avait senti son coeur s'emballer pour la première fois. Ensuite, le contact de ses mains rassurantes, démellant avec douceur ses longs cheveux blonds l'avaient troublé. Ca, seul le Colonel qui était en elle refusait encore de l'admettre. Elle était un homme...Un homme...Elle était désespérément amoureuse d'André.
Oscar ouvrit soudainement les yeux. C'était donc ça ! Jamais elle n'avait ressenti un tel sentiment auparavant, même pour Fersen. Jamais elle n'avait eu envie de quelqu'un à ses côtés, pour toujours. Et dire que c'est la menace de la mort d'André qui l'avait fait réagir ! Que ferait elle sans lui ? Elle avait grandi avec lui, il était devenu comme une extention d'elle même. Elle ne pouvait pas vivre sans lui, pas plus que lui sans elle...Le Colonel, en Oscar, refusait l'idée même qu'un tel amour soit possible.
"Je suis un homme ! Je n'aime pas André, c'est de la folie !"
Mais la petite voix dans sa tête soufflait une réponse à Oscar.
"J'ai tout appris avec André, alors pourquoi pas l'amour..."
Etait-ce si immoral ? André l'avait toujours considéré comme une femme. Et même si elle aimait André, cela ne faisait aucun mal à personne, puisque ça resterait secret...
Oscar se leva et alla se planter devant son miroir. Elle se regarda quelques instants, remarquant pour la première fois l'ourlet délicat des ses lèvres, la finesse de son cou où la longueure de ses cils. Autant de détails qui faisaient qu'elle était une femme dans une fonction d'homme et non pas un homme éprouvant des sentiments de femme.
"Je suis une femme et j'aime André Grandier." Murmura-t-elle.
Elle se força à répéter cette phrase jusqu'à ce qu'elle soit naturelle pour elle. Elle s'arrêta enfin et parla à son reflet.
"Te voila bien avancée, Oscar. Maintenant, tu sais que tu es amoureuse d'un homme André Grandier. Es tu folle ? D'une part, l'amour t'est interdit de par ta fonction, et d'autre part il n'est même pas noble."
Cette seconde raison ne la dérangeait pas tellement. Après tout, la noblesse était plus une question de comportement que de naissance. C'était un des enseignements que lui avait apporté la présence d'André à ses côtés. Et à ce niveau, il n'existait pas de coeur plus noble que celui d'André. Si seulement plus d'hommes pouvaient comprendre cela...Oscar fronça les sourcils.
"Ton père va te tuer si jamais il l'apprend...A moins qu'il ne te renie...De toute façon, rien de très agréable."
Oscar avait froid. Elle retourna dans son lit, pas plus calme qu'avant, mais au moins elle avait admis son amour.
"Que dois-je faire ?" Pensa-t-elle.
"Faut-il le dire à André ou non ? Lui dire signifie tellement de choses...Je ne serai plus jamais un homme, même à mes yeux. Mais n'est ce pas déjà trop tard ? "
La réponse était évidente. Non, Oscar n'était pas un homme. Elle n'avait jamais été un homme. Elle était une femme. Elle exerçait un métier réservé aux hommes et elle adorait ce métier, mais il ne devait pas empêcher son bonheur. Pourtant, elle devait continuer à jouer cette comédie à la cour. Car ce bonheur était aussi fonction de sa carrière militaire. Un tel rêve était interdit aux autres femmes. Seule Oscar pouvait y accéder...
André devait savoir ce qui était changé. Ce qu'il avait changé. Après tout, c'était à cause de lui qu'elle endurait tous ces tourments. Il était juste qu'il en partage les conséquences. Une vie sans lui aurait été tellement facile...Et tellement vide aussi. André...Son André...Elle était sur la plage, elle montait Olivier. C'était l'été...André galopait à ses côtés. Soudain, c'était lui qui tenait les rênes du cheval blanc d'Oscar, et elle, elle était dans ses bras. Confiante. Heureuse. Enfin. Elle le regardait avec tendresse et s'appuyait sur son épaule. Si douce. Si forte. Elle l'embrassait...
Oscar s'était enfin endormi. Quand Grand Mère entra dans la chambre d'Oscar, une heure plus tard, pour voir si sa petite protégée dormait, elle fut surprise de trouver les couvertures et les oreillers en bataille. Elle s'approcha, inquiète, mais fut rassurée par le sourire d'Oscar. Grand Mère n'avait pas vu la jeune femme sourire ainsi depuis...Bien trop longtemps. Ses rêves devaient agréables. La vieille femme remonta alors les couvertures jusqu'au menton d'Oscar et sortit sur la pointe des pieds.
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Quand elle se réveilla, le lendemain matin, Oscar se sentait fraîche et dispose. Elle sauta hors de son lit et alla ouvrir les rideaux. Le soleil était déjà haut et Oscar se reprocha de ne pas s'être levée plus tôt. Bah ! Elle devait avoir besoin de sommeil. Oscar regrettait un peu que le ciel ne soit pas plus nuageux. Elle aurait voulu qu'il y ait de la neige pour son anniversaire...C'était dans dix jours. Le 25 Décembre 1788, Oscar aurait 33 ans. Pour s'être regardée dans le miroir pendant la nuit, Oscar savait qu'elle ne faisait pas son age. Pas une ride n'assombrissait son front, pas une patte d'oie ne ternissait l'éclat de son regard. Quand aux cheveux...La cendre était encore loin de se mêler à l'or. Ses pensée l'étonnèrent. Jamais, jusqu'à aujourd'hui, elle ne s'était souciée le moins du monde de son apparence. A quoi bon ? C'était un problème de femme...Oscar s'étira et sourit au spectacle que lui offrait la fenêtre. Une belle journée s'annonçait.
Comme elle n'était pas tenu de porter l'uniforme en ce jour de repos, le choix d'Oscar se porta sur un pantalon bordeaux et une chemise blanche. Elle passa un coup de brosse hatif sur ses boucles rebelles et s'estima prête. Restait à trouver André.
Avant de partit à la recherche de son compagnon, Oscar décida de s'accorder un petite collation. En effet, pour la première fois depuis longtemps, elle avait envie de petit déjeuner. Elle alla dans la cuisine, espérant trouver de quoi se sustenter. Grand Mère la trouva en train de fouiller dans le garde manger.
"Et bien Oscar, que cherche tu donc ?"
"Ah, c'est toi Grand Mère ! Mais où caches tu le pain ? J'ai faim moi !"
La vieille femme se dirigea vers un grand panier d'osier qu'Oscar n'avait pas remarqué.
"Mais il est à sa place, dans la huche à pain. Ou voudrais tu donc que je le mette ? Veux tu une tasse de chocolat ?"
"Non, merci Grand Mère. Je me contenterai de pain. As tu vu André ? J'ai envie d'aller ferrailler avec lui. Il fait si beau dehors ! Ce serait criminel de ne pas en profiter."
"Je crois qu'il est dans la bibliothèque. Mais fais attention, il à l'air de très mauvaise humeur."
"Merci Grand Mère !"
Oscar embrassa son ancienne nourrice sur la joue et s'en alla, mordant dans le pain. Interloquée, Grand Mère porta sa main à sa joue. Ce n'était pas dans les habitudes d'Oscar de se montrer si affectueuse. Décidément, il se passait des choses étranges depuis quelques temps.
Oscar ouvrit doucement la porte de la bibliothèque et jeta un coup d'oeil à l'intérieur. André se trouvait en effet dans la pièce. Il était assis dans un fauteuil, devant une table basse et lisait une œuvre de Molière. André aimait Molière. Il disait que sous couvert de la dérision, l'auteur pointait du doigt les travers de la société. Oscar, quand à elle, n'avait pas d'opinion sur le sujet. Elle préférait les tragédies. Enfin, chacun ses gouts...Elle admira quelques instants son ami, hésitant à troubler sa quiétude. Puis elle se décida à entrer.
"André ! Enfin je te trouve ! Mais que fais tu donc ici ? Il fait si beau dehors, tu ne veux pas sortir ?"
"Oscar...Ne peux tu donc jamais rester en place ? Regarde le bon feu qui brûle dans la cheminée. Viens donc t'asseoir un peu, prends un bon livre et repose toi."
Sans lui répondre, Oscar vint se placer derrière lui, et s'appuya sur le dossier du fauteuil. André était mal à l'aise. Il connaissait assez son amie pour savoir qu'elle avait quelque chose derrière la tête. Mais quoi ? Il sentait son souffle tout près de lui, et cela le rendait fou. Tout semblait s'être figé dans la pièce. André céda le premier à ce combat de volontés.
"Très bien Oscar, tu as gagné. Que veux tu de moi ?"
"Mais, rien André. Continue à lire, si c'est ce que tu veux. Moi, je me demandais seulement où trouver un compagnon pour ferrailler. Vraisemblablement, j'aurais du me douter que ce n'était pas dans une bibliothèque que je le trouverai. Tant pis !"
André s'attendait à ce qu'elle parte, mais Oscar ne semblait pas en avoir l'intention. Elle restait là, derrière lui, lisant par dessus son épaule. Dans un soupir d'exaspération, le jeune homme ferma son livre et le déposa sur la table.
"D'accord, je viens...De toute façon, j'ai l'impression que tu ne me laisseras pas en paix tant que je ne t'aurai pas cédé."
"Tu ne crois pas si bien dire..."
Oscar avait quitté le dos du siège. Elle se posta devant lui, tout sourire.
En fait, ce sourire cachait une peur profonde. C'était maintenant que tout se jouait. Oscar allait dire adieu à tout ce qui avait fait sa vie jusqu'à maintenant. Elle allait arrêter de se jouer la comédie. Le moment était venu de faire comprendre à André quels sentiments l'animaient à présent. Elle le sentait, au plus profond d'elle même... Mais cet idiot ne ferait certe rien pour lui simplifier la tâche. Une fois de plus, Oscar devrait tout faire par elle même. Elle prit une grande bouffée d'air et passa à l'action. L'air de rien, elle s'approcha d'André, et, avant qu'il n'ait pu faire le moindre mouvement, elle l'embrassa. Que ses lèvres étaient douces ! C'était la troisième fois qu'ils s'embrassaient, mais cela semblait être la première pour Oscar. Jamais encore elle n'avait senti ainsi la tendre perfection de ses lèvres, leur contact chaud et rassurant. Mais Oscar n'avait pas le temps de s'attarder, pas encore. Son coeur battait trop vite, il fallait qu'elle s'échappe. Avant qu'André n'ait pu faire le moindre geste, elle rompit le baiser. Celui-ci n'avait duré qu'un seconde, alors que tous deux l'avaient ressenti comme une éternité. Oscar regarda André. Il ne bougeait pas. Il restait là, hébété, comme changé en statue de sel. La jeune femme se pencha donc à l'oreille de son ami, puis lui murmura :
"Au cas ou tu l'aurai oublié, je t'attend pour un duel. Puisque tu ne sembles pas bouger, du moins pour l'instant, je prends les devant. Je t'attendrai sur le péron. N'oublie pas ton épée !"
Puis Oscar lui tourna le dos et s'en alla, nonchalamment. Mais ce n'était qu'une apparence. Au fond de sa poitrine, elle sentait son coeur battre la chamade. Les dés étaient jetés, et plus rien n'était sous son contrôle. André n'avait pas réagi. Etait ce par stupéfaction ou par indifférence ? Et elle, pourquoi avait elle ressenti ce besoin de fuir ? Qu'allait-il se passer ? De toute façon, ces questions auraient bien vite leur réponse. Il suffirait de voir si André descendait ou non.
Ce ne fut qu'après le départ d'Oscar qu'André réagit. Il ferma les poings et les jointures blanchirent.
"Comment peux tu être aussi cruelle Oscar ? Etre noble ne te donne pas tous les droits ! Tu te moques de mes sentiments à mon égard...Mais crois moi, je vais t'en faire passer l'envie..."
Il couru vers sa chambre pour prendre son épée.
Quand André arriva sur le perron, il trouva Oscar en grande discussion avec son père. Ils se retournèrent tous deux vers lui, et le Général lui sourit.
"Bonjour André. Belle journée n'est ce pas ! C'est assurément un temps magnifique pour un duel. "
"Bonjour Général. En effet, il est agréable de se battre par un temps pareille."
"Très bien, je ne veux pas vous déranger plus longtemps. Je vous laisse Oscar. Surtout ne le ménagez pas !"
"N'ayez crainte..."
Le Général ne vit pas la lueur meurtrière qui s'était allumée dans les yeux d'André. Oscar et lui descendirent les quelques marches du perron, puis ils se placèrent l'un en face de l'autre, l'arme au clair. Le Général les observait, l'air satisfait.
"En garde, André !"
Oscar avait à peine eu le temps de dire ces mots qu'André fondait sur elle. Les lames se croisèrent violemment et Oscar fit un bond en arrière. L'attaque l'avait surpise. Mais qu'est ce qui prenait à André ? Elle aurait voulu lui parler, mais son père les surveillait toujours. Elle se remit en position d'attaque, et se lança sur André. Les épées se bloquèrent près de la garde, et chacun essaya de faire céder l'autre à la force du poignet. Ce fut Oscar qui gagna et André du se replier de deux pas en arrière. Sans lui laisser le temps de reprendre ses esprits, Oscar reprit le combat. Elle devait à tous prix les éloigner de son père.
Ses yeux étincelaient et leur éclat subjuguait André. Sa guerrière. C'était dans le combat que la veritable nature d'Oscar se révélait, et qu'elle donnait toute sa mesure. Qui ne s'était jamais battu contre Oscar ne pouvait en aucun cas la comprendre. "Dieu et l'Epée" avait un jour dit Alain, devant lui. C'était Oscar. Elle était une battante, une amazone des temps modernes. Rien ne pouvait s'opposer à sa volontée. Et lui....Qui était-il donc pour avoir osé tomber amoureux d'elle ?
Oscar avait profité de la baisse d'attention d'André pour éloigner le combat des yeux du Général. Ils se trouvèrent rapidement loin des oreilles indiscrètes, sous les arbres bordant la demeure des Jarjayes.
Ce ne fut qu'alors qu'André reprit ses esprits. Certes, Oscar était magnifique et indomptable. Ca ne lui donnait pas pour autant le droit de si jouer de ses sentiments. Oscar sentit les changements qui s'opéraient en André. Il redevenait plus attentif, plus rapide, plus féroce dans ses attaques. Tout en parant une pointe qu'il lui destinait, elle rompit le silence.
"Qu'y a-t-il André ? Qu'ai je fais de mal ?"
"Comment oses tu poser cette question ? Comme si tu ne savais pas ! Tu te moques de moi Oscar...Et je ne le supporte plus !"
Il profita d'une faille dans sa défense et la toucha à la main. Le sang perla et le visage d'Oscar se crispa légèrement. Elle n'arrêta pas le combat pour autant, et elle reprit la parole.
"Moi ? Je me moque de toi ? Mais mon Dieu, en quoi André ! Est ce que c'est parce que je t'ai embrassé ? N'as tu donc pas compris ? Toi qui étais si clairvoyant à mon égard."
Les attaques d'André devenaient toujours plus virulentes, plus dangereuses. Oscar ne l'aurait pas cru si fort. Elle qui triomphait si facilement d'habitude, elle commençait à s'essouffler. Jamais encore il ne s'était battu comme ça. Elle devait se concentrer pour parer ses attaques et elle ne savait pas combien de temps encore elle tiendrait. Le visage d'André était fermé, et c'est avec colère qu'il reprit la parole.
"Oh si Oscar, j'ai très bien compris ou tu voulais en venir. Tu voulais m'humilier, une fois de plus, me faire comprendre à quel point je te suis inférieur. C'est vrai, je ne suis pas noble, c'est vrai aussi, j'ai eu la faiblesse de tomber amoureux d'une femme. Par manque de chance, cette femme est froide. Elle n'éprouve aucun sentiment. Elle est égoïste et rien ne compte qu'elle même. Peu lui importe de faire souffrir les autres. Sa cruauté n'a d'égal que sa beauté."
Oscar s'arrêta, frappée en plein coeur. Ainsi, André, le gentil André, pensait ça d'elle ? Il pensait qu'elle l'avait embrassé pour se moquer de lui. Qu'il la tue maintenant, pour qu'elle ne sente plus cette abominable douleur broyer son coeur. Elle lâcha son épée. André, au lieu de lui donner le coup de grâce, se figea lui aussi. Réunissant tout son courage, Oscar prit la parole :
"Ainsi, c'est ce que tu penses de moi. Comme j'ai du te faire souffrir pour que tu ai cette opinion. Pourrai-je un jour me faire pardonner ? Je ferai n'importe quoi André...Tu est la personne la plus chère à mon coeur, tu peux en être sur. Rien ne compte pour moi que ton bonheur. Oh, André, se je t'ai embrassé tout à l'heure, ce n'était pas dans l'intention de te blesser. Quoi que tu en penses à présent, je ne suis pas aussi machiavélique. C'était la seule façon pour moi d'exprimer ce que je ressens pour toi."
Sous l'emprise du désespoir, les larmes jaillirent des yeux d'Oscar.
"Que tu me crois ou non, je t'aime André, je t'aime plus qu'aucune femme n'a jamais aimé un homme."
Elle baissa la tête, vaincu. Tout son corps était secoué de sanglots, et elle semblait terriblement seule. André sentit à son tour des larmes déborder de ses yeux. Sa merveilleuse Oscar. Elle l'aimait...Quel courage il avait du lui falloir pour se l'avouer, à elle, puis pour le lui dire ensuite. Et lui....Il l'avait trainée plus bas que terre. Comme elle devait souffrir...
"Oscar..."
Il couru vers elle et la prit dans ses bras. Plus jamais elle ne serait seule, plus jamais elle ne pleurerait à cause de lui, se jura-t-il.
Dès qu'elle sentit le contact des bras d'André, Oscar accrocha ses bras autour de son cou, et elle pressa sa joue contre son torse. Elle n'arrivait pas à maitriser ses sanglots, et les larmes roulaient librement sur ses joues. Inconsciemment, elle se serra contre lui, et répéta encore et encore, ces mots qu'André rêvait d'entendre depuis si longtemps.
"André, je t'aime, je t'aime si fort..."
Lui même ne pouvait arrêter ses larmes. Sa si précieuse Oscar. Il la tenait enfin contre lui, comme il l'avait rêvé si souvent. Pour la calmer, il la berçait doucement de ses bras, lui caressant les cheveux et murmurant à son oreille, comme une litanie :
"Oscar, mon Oscar, ma merveilleuse Oscar..."
Ils restèrent ainsi une éternité. Peu à peu les sanglots d'Oscar se calmèrent. Elle s'éloigna un peu d'André, sans quitter ses bras, juste assez pour croiser son regard.
"André..."
Elle sourit tendrement en prononçant son nom.
"Je sais combien je t'ai fais souffrir. J'en suis désolée, si terriblement désolée. Jamais plus ça ne se reproduira. Je sais combien je t'aime, à present, et rien ne pourra me faire changer de sentiments à ton égard. Je vais te rendre heureux, André, plus que tu ne l'aurai été avec aucune femme. Je t'aime."
"Oscar, mon tendre amour..."
Sans lui laisser le temps de terminer sa phrase, Oscar se dressa sur la pointe de pieds et l'embrassa. Leurs yeux se fermèrent.
...Elle était si douce ! Jamais André n'aurait cru possible d'être aussi heureux. Les 20 années qu'il avait attendu ne comptaient plus. Ils sentait la fraicheur de ses mains derrière son cou, la tendresse de ses lèvres. Elle était là, dans ses bras, si légère, si fragile, et pourtant si forte. Elle tremblait. Puis le baiser cessa. André sentit comme une perte en lui. Il ouvrit les yeux. Oscar gardait les siens fermés. Un léger sourire flottait sur ses lèvres. Elle avait l'air heureuse. Enfin.
"Oscar, ouvres les yeux, je t'en prie. J'ai tant besoin de leur chaleur. Ne me prive pas de leur éclat, mon amour."
Oscar ouvrit les yeux.
André, son cher André...Les yeux d'émeraude de l'homme qu'elle aimait la transperçaient. Ce regard si beau qui n'avait jamais vu qu'elle..
"Mon amour...André, redis le moi, encore, et encore...J'ai tellement attendu...J'étais bête de ne pas voir ce qui pourtant était si près...Me pardonneras tu ces souffrances inutiles ?"
"Oscar, je n'ai rien à te pardonner...Je t'aime."
"Moi aussi je t'aime...Je t'aime si fort que mon coeur va éclater...Si seulement je pouvais partager notre bonheur...Mais on a pas le droit...Pas pour l'instant..."
"Je ne demande rien de plus que le bonheur de t'avoir dans mes bras. Vivons le moment présent Oscar, il est si beau. J'ai l'impression de vivre un rêve. Je ne veux pas me reveiller et ne plus te trouver. Peu importe demain. Peu importent les autres. Nous sommes ensemble...Et je te protègerai contre tous ceux qui essayeront d'attenter à notre bonheur..."
"Tu oublie que moi aussi je suis capable de protéger ce bonheur, et je le ferai, André, au risque de ma vie s'il le faut. Rien ne pourra nous séparer. Tu verras comme je vais te rendre heureux."
Elle lui sourit. Ce qu'il put lire dans ses yeux faillit faire éclater son coeur. Il y avait tant de courage, mais aussi d'amour et de confiance. Son ange...André ne put résister plus longtemps et embrassa les lèvres qui s'offraient.
"Oscar !"
Oscar et André rompirent leur baiser et s'éloignèrent l'un de l'autre précipitamment. La voix était trop proche. C'était celle du Général, ils auraient pu en jurer. Ils le virent soudain s'approcher d'eux.
"Père ?"
Le Général ne vit pas que les yeux de son enfants le défiaient.
"Ah, vous voila enfin..."
Oscar soupira de soulagement. Il n'avait rien vu. L'affrontement inévitable était reporté.
"Qu'y a-t-il père ?"
"Je ne peux rien vous dire. Mais Mr de Girodelle nous attend dans mon bureau. Il a une proposition a vous faire...Et il me plairait assez que vous y réfléchissiez."
A la croisée des chemins
Oscar entra dans le bureau de son père. Celui-ci se trouvait derrière elle et ferma la porte. Le bruit du loquet sonna comme un glas aux oreilles de la jeune femme. Elle pressentait que son bonheur nouveau allait être menacé sous peu.
"Bonjour Oscar."
Oscar se tourna vers l'endroit d'ou venait la voix. C'était le comte de Girodelle, lequel se trouvait dans un coin de la pièce, appuyé contre le mur. Oscar connaissait Victor Clément de Girodelle depuis longtemps. Depuis qu'elle l'avait défié en duel, pour préserver son honneur, à 14 ans. C'était un bel homme de son age, aux yeux bleus gris et aux longs cheveux ondulés. Si on le lui avait demandé, elle aurait dis que ses cheveux avaient la couleur de la cendre. Ils n'étaient pas gris, mais d'un châtain clair indéfinissable. Jamais Oscar n'avait vu Girodelle les attacher. C'était une chevelure étrange pour un homme étrange...
"Ah, Mr de Girodelle. Mon père m'a dit que vous aviez une proposition à me faire. Allez y, je vous écoute."
"Mon enfant, asseyez vous donc."
"Mais...Père...Je ne crois pas que ce soit nécessaire. De plus, André m'attend en bas."
"Et bien qu'il attende ! Vous n'êtes pas à son service Oscar ! Ce que Mr de Girodelle a à vous dire est de la plus haute importance. Ca risque d'influencer votre vie entière."
"Bien.."
Oscar se laissa tomber sur l'une des deux chaises qui se trouvaient devant le bureau de son père, l'air renfrognée.
"Je vous écoute, Mr de Girodelle. Qu'avez vous de si important à me dire ?"
"Oscar..."
Girodelle se rapprocha d'elle et s'assit sur l'autre chaise.
"Nous nous connaissons depuis longtemps maintenant, et je crois que nous avons eu le temps de nous apprécier mutuellement. C'est pourquoi j'ai pris la liberté de venir vous trouver. N'ayez crainte, j'ai demandé sa permission à votre père avant de vous engager dans un tel processus."
"Venez en au fait, Girodelle."
Oscar n'aimait pas le tour que prenait la conversation. Soudain, le comte lui prit les mains et Oscar eu toutes les peines du monde à réprimer un geste de répulsion. Mais que lui prenait-t-il ?
"Je vous aime Oscar. Je vous aime depuis que je vous ai vu, appuyée contre cet arbre. Vous êtes si belle Oscar. Epousez moi...."
Oscar tourna vivement sa tête vers son père. Le général souriait et acquiéssait de la tête.
"Père, quelle est donc cette plaisanterie ?"
"Comme vous vous emportez ! Ecoutez le jusqu'au bout Oscar. Je crois qu'il est temps pour vous de redevenir telle que la nature vous a faite."
"Oscar...Prêtez attention à ma proposition, je vous en prie. Ne la rejetez pas en bloc. Je sais que vous vous considérez comme un homme, que l'idée même d'être une femme vous révulse, mais..."
Oscar n'entendit pas la suite.
"Me considérer comme un homme...." Pensa-t-elle.
"Comme ils se trompent. Je suis une femme...Je suis la femme d'André ! Ce serait trop facile ! Parce qu'il a la naissance et l'argent, ça donnerait le droit à Girodelle de prétendre à ma feminité ? Et mon père accepterait cette union ? Mais c'est de la folie !"
"Oscar !"
"Père ?"
"Ecoutez un peu ce que vous dit Mr de Girodelle..."
"Excusez moi, mais je crois vraiment qu'il n'est pas nécessaire de continuer plus avant cette discussion."
Oscar commença à se lever.
"Je crois au contraire que c'est nécessaire. Veuillez rester assise !"
"Puisque vous le voulez...Continuez Girodelle..."
"Mon adorée..."
"Oscar !" Le reprit elle durement.
Girodelle ne s'en formalisa pas.
"Mon Oscar, je vous rendrai heureuse, je vous le promet."
"Et qui vous dit que je ne suis pas heureuse ?"
Girodelle, haussa furtivement les épaules, et choisit de ne pas répondre à cette question, par trop embarassante.
"Voyons Oscar, j'ai du bien, vous ne manquerez jamais de rien. Ma carrière à Versailles est prometteuse, vous pourrez tenir votre rang à Versailles. Vous serez la plus belle femme de la cour, son joyau le plus précieux !"
"Voulez vous m'épouser pour moi ou pour pouvoir m'exposer au regards de la cour ?" Demanda sarcastiquement Oscar.
"Mais...Il est injuste de priver Versailles de votre beauté ! Vous serez heureuse, avec moi, dans la demeure des Girodelle. Nous aurons plusieurs enfants et jamais plus vous n'aurez à craindre les blessures et la douleur."
"Mais...J'aime cette vie ! Et croyez vous que ça ne soit pas douloureux d'enfanter ? Plus d'une femme en est morte...Voyons Girodelle, si vous m'aimez vraiment, laissez moi ma liberté..."
"Oscar...Ne me rejetez pas. Vous ne pouvez savoir combien vous me manquez depuis que vous avez quitté la Garde Royale. Je crois que c'est à l'instant où vous m'avez remis votre épée que j'ai compris comme je tenais à vous, et que depuis toujours je vous aimais. Est ce un tel crime de croire que l'amour est possible ? Je vous aime Oscar, je vous aime."
Girodelle attendait, mais Oscar ne répondit rien. Il lâcha sa main, est cacha sa tête entre ses mains.
"Oh Oscar, c'est comme si la tempête soufflait en moi et que cela ne devait jamais cesser. Je vous aime tant que je voudrais être votre écuyer pour toujours vivre auprès de vous. Oscar, si vous saviez dans quels tourments je vis, peut être seriez vous moins cruelle avez moi."
Il regarda la jeune femme. Elle évitait son regard.
"Mais vous me laissez parler et vous ne dites rien. Qu'est je donc fais pour mériter un tel traitement ? Je n'ai pourtant fais que suivre les inclinations de mon coeur. Est-ce si terrible à vos yeux ?"
Oscar se taisait toujours. Elle semblait plongée dans un rêve.
"Mon enfant, écoutez Girodelle. Vous devrez vous marier, de toute façon. Ne vaut-t-il pas mieux que ce soit avec un ami ?"
"Très bien, j'y réfléchirai..."
Girodelle lui reprit les mains, les yeux pleins de gratitude. Oscar ne pensait pas un mot de ce qu'elle disait, mais elle savait que c'était la façon la plus rapide d'abréger la conversation. Elle n'avait qu'une envie. C'était retrouver la chaleur des bras d'André. Ensemble, ils trouveraient bien un moyens de se sortir de cette situation.
Girodelle lui lâcha à nouveaux les mains et se leva. Oscar l'imita, mettant dans son attitude toute la froideur possible. Sans s'en offenser, le comte se pencha vers elle, et, avant qu'elle n'ai eu le temps de réagir, lui fit un baise main. Puis il s'éloigna d'eux, à reculons, et arriva à la porte.
"Au revoir, mon Général. Merci de m'avoir donné la possibilité de m'exprimer. Au revoir, Oscar... A bientôt."
Il ouvrit la porte et s'en alla.
Oscar s'apprêtait à le suivre lorsque la voix de son père l'arrêta.
"Oscar ! Restez un peu mon enfant. J'ai l'impression que la proposition de Mr de Girodelle ne vous agrée guère, n'est ce pas ?"
"Pourquoi vous mentir ? Je croyais combler vos voeux en me comportant en militaire. N'est ce pas dans ce but que vous m'avez élevée ? Votre revirement m'étonne et, pour tout vous dire, m'offense même."
"Mon enfant, mon enfant, comme vous vous emportez ! Je n'ai rien à vous reprocher, au contraire. Vous avez accompli une carrière exemplaire...Mais vous êtes une femme Oscar, et il est grand temps que vous agissiez comme telle..."
"Père !"
"Ne m'interrompez pas ! Pour une fois dans votre vie vous m'écouterez. Je me fais vieux Oscar, je voudrais voir vos enfants...Si vous saviez chère enfant comme j'aimerai vous retrouver dans un petit garçon de mon sang. De grâce, mariez vous Oscar."
La jeune femme se mura dans un silence réprobateur. Face à cette réaction, le général n'y tint plus. Il se mit à pleurer, ce qui rendit Oscar très mal à l'aise. Elle aurait tout fait pour que ces larmes sèchent.
"Oscar... Pardonne moi mon enfant. Pardonne moi de t'avoir imposée cette vie contraire à tout ce pour quoi tu étais faite. Pardonne moi mon stupide aveuglement. Oh Oscar, Oscar, je sais bien que par orgueil, pour préserver mon nom, j'ai commis la pire des injustices envers toi. Je t'ai volé ta jeunesse, comme aucun père n'a le droit de le faire ! Mais je sais maintenant combien j'ai été indigne de l'affection que tu me portais. Oui. Je sens que je n'ai pas mérité d'être ton père. "
Oscar ne savait pas quelle attitude adopter. Il fallait qu'elle assure son père de son bonheur. Mais comment ?
"Je vous en prie père, je n'ai jamais cru cela. Bien au contraire, j'ai toujours considéré que c'était un honneur pour moi de me plier aux caprices de votre volonté. Je saurai vous en vouloir de m'avoir faite telle que je suis. Peut-être que cela valait mieux."
Le père d'Oscar releva la tête. Il semblait stupéfait. Oscar n'arrêta pas pour autant sa plaidoirie.
"Tant de choses inconcevables se produisent aujourd'hui qui ne nous étonnent même plus. Non père, vous n'avez pas démérité, et mon coeur n'a jamais été aussi tranchant que l'épée que vous m'avez forcé à porter."
"Oh, Oscar. Je vous remercie de toutes ces bonnes paroles. Mais vous devez cesser de vous sacrifier mon enfant. Il faut que vous pensiez à vous. Cela seul importe pour moi. A present que j'ai recouvré la raison, cessez cette comédie à laquelle ma bêtise vous avait contrainte. Oh Oscar...De grâce vous ne devez plus songer qu'à votre bonheur. Je vous en supplie. Apaisez les remords qui m'étraignent. Redevenez celle que vous n'auriez jamais du cesser d'être. Oubliez la guerre. Oubliez les hommes et leur folie guerrière. Et si monsieur de Girodelle ne trouve pas grâce à vos yeux, ne vous désesperez pas. Ensemble, nous finirons bien par trouver celui qui saura enfin vous choyer."
Ce n'était pas dans les habitudes de son père de laisser voir ses sentiments. Il cherchait à l'influencer, c'était sur. Mais pourquoi ? Oscar décida de s'en ouvrir à lui. Il devait comprendre que sa ruse avait fait long feu.
"Père, ne me cachez pas la verité. Ca ne vous ressemble pas de parler ainsi. Vous avez toujours souhaité que je me conduise en garçon. Ce matin encore, vous m'avez encouragée à me battre. Pourquoi ce revirement si soudain ?"
Le Géneral prit un air grave.
"Le roi, ma fille. Girodelle m'a amené une missive de sa main. En ces temps troublés, le roi veut affermir la crédibilité de son armée."
"Et quoi je ne fais pas crédible ?"
"Vous êtes une femme..."
"La belle affaire ! Il ne me semble pas que ça l'est gêné jusqu'à présent !"
"Ne discutez pas les ordres du roi. Ca n'y changera rien. Je le déplore de tout mon coeur, Oscar, mais c'est fini. Vous allez vivre la vie qui aurait du être de tous temps la votre. Le 24 Décembre, un bal est organisé à Versailles. Le roi à décidé qu'il serait donné en votre honneur. La nouvelle est déjà en train de se répandre à Versailles. Vous êtes une femme Oscar, et vous le resterez, car telle est la volonté de sa majesté."
"C'est ce que nous verrons..."
"C'est tout vu. Quand ils sauront que vous êtes une femme, vos hommes refuseront de vous suivre. Vous irez à ce bal Oscar, l'honneur de notre famille en dépend. Je vous l'ordonne !"
Oscar ne répondit pas. Elle lança un regard furibond à son père et sortit du bureau d'un pas rapide. Elle claqua la porte derrière elle.
Tandis qu'elle dévalait les marches d'escalier, Oscar rencontra André qui venait à sa rencontre. Il avait vu, peu de temps auparavant, Girodelle descendant l'escalier, le regardant de haut, et s'arrêtant pour lui murmurer :
"Vous devrez bientôt renoncer à Oscar."
Puis il s'était éloigné en riant. André avait alors entendu des éclats de voix à l'étage supérieur, et il avait décidé d'aller voir ce qu'il se passait.
Quoi qu'il en soit, Oscar attrapa le bras de son ami au vol, sans ralentir, ce qui le força à prendre sa suite. Arrivant dans le hall, elle poussa la porte et se retrouva à l'air libre. Sans lacher le poignet d'André, elle se mit à courir en direction de l'écurie. Une fois arrivée vers la massive batisse de bois, elle ralentit l'allure, pour finalement s'arrêter devant les portes. Oscar regarda précautionneusement autour d'elle. Rassurée, elle ouvrit un battant et entra dans l'écurie, suivit d'André. Puis elle la referma doucement. La jeune femme se dirigea vers l'échelle, qui menait à la réserve à fourrage.
Ce ne fut qu'une fois en haut qu'elle se tourna vers André. Elle était pâle comme la mort.
"On veut me marier. A Girodelle."
Puis, silencieusement, elle s'effondra dans la paille. Ce fut comme se le ciel tombait sur la tête d'André. Le bonheur était si près pourtant ! Il voyait la mince silhouette blonde qui tremblait, comme écrasée par un poids trop lourd pour elle. André s'allongea alors à côté d'elle, la prenant dans ses bras. Il pouvait sentir l'odeur délicieuse de ses cheveux monter jusqu'à lui, mêlée à l'odeur du foin fraichement coupé.
"Oscar, mon Oscar, arrête, je t'en prie. Ce n'est pas grave, tu n'as qu'à refuser. On ne peut t'obliger à épouser un homme que tu n'aimes pas. Ton père ne le permettra jamais. Il t'aime trop pour permettre un mariage qui te rendrait malheureuse."
Oscar releva le visage. La peine était si forte que les larmes réparatrices n'avaient pas pu s'écouler. Elle était livide.
"Tu ne comprends pas André ? C'est fini...La cour va être mise au courant de ma véritable nature. D'ici quelques semaines, mes troupes aussi seront mises au courant, d'une manière ou d'une autre. Crois tu vraiment qu'ils accepteront d'être commandés par une femme ? Le roi ne veut plus d'une femme colonel..."
André ne pouvait pas en croire ses oreilles. Cette femme si précieuse qu'il tenait maintenant dans ses bras allait lui être enlevée ? Et pour Girodelle en plus ? Cela ne pouvait être vrai.
"Oscar, non ! Pourquoi maintenant ? Et pourquoi Girodelle ?"
Oscar se serra contre lui.
"Girodelle n'est pas une obligation. Je dois me marier à un noble, c'est tout. Il y aura un bal en mon honneur, le 24 Décembre. Je dois m'y présenter...André !... Je ne veux pas..."
Un torrent de larmes s'échappa enfin de ses yeux. André ne savait pas quoi faire. Pour la première fois de sa vie, il se sentait désemparé. Il sentait Oscar s'éloigner de lui, il avait prèsque l'impression de la sentir s'évaporer dans ses bras. Elle était si légère !
"Oscar, mon amour..."
Il la serra plus fort contre lui, comme pour éloigner d'elle tous les dangers qui la guettaient.
"Mon Oscar, je te jure que jamais je ne les laisserai te faire souffrir. On trouvera une solution. S'il le faut, je t'enleverai. Arrête de pleurer, mon Oscar, mon Amour..."
Elle sourit entre ses larmes.
"Merci André. Merci d'être là pour moi. Je sais que ma vie est loin d'être facile. Merci de ne pas me laisser seule."
"L'ai je déjà fais ? Quand on était petits on s'est juré que nous deux c'était à la vie à la mort, tu te souviens ? Si tu te marries avec Girodelle, moi aussi...Crois tu qu'il appréciera ?"
Oscar étouffa un petit rire.
"Il faudra lui demander..."
Oscar resta un moment là, allongée sur le coeur d'André, savourant le bonheur de pouvoir entendre les battements réguliers et se laissant bercer par les mouvements de la respiration de l'homme qu'elle aimait. Puis elle se dégagea de la douce étreinte et s'assit. Elle s'appuya sur ses genoux et se leva. André s'assit et la regarda. Oscar se dirigea vers la lucarne qui éclairait la pièce d'une douce lumière. Le soleil était à son zénith, et les rayons semblaient embraser la chevelure de la jeune femme. Elle resta la, les yeux dans le vague.
Que devait-elle faire ? Si elle s'opposait à la volonté de son père, elle risquait tout au plus de le mettre en colère. Mais s'opposer au Roi...Oscar n'en avait pas le pouvoir. Si elle le faisait, elle serait expulsée de la cour, et, bien sur, elle perdrait son commandement. Au moins, si elle allait à ce bal, c'est à dire si, en portant une robe, elle admettait être une femme, elle repoussait les échéances. Elle pourrait peut-être même jouer à ce jeu pendant longtemps...Pénélope avait bien repoussé ses prétendants pendant 20 ans. Oscar devait pouvoir en faire autant, et, de toute façon, ça ne serait pas nécessaire.La noblesse était décadente, la cour brillait de ses derniers feux et le peuple s'agitait. Des temps nouveau s'annonçaient, ou la royauté devrait prendre plus en compte le peuple. On parlait même d'organiser des Etats Généraux.Le cas d'Oscar serait sans doute oublié. Si tel n'était pas le cas, il serait toujours temps d'aviser quand tout aurait changé. Et André la dedans ?...Il allait souffrir de voir Oscar courtisée par d'autres hommes...Même si il savait que elle, elle l'aimait. Mais d'un autre côté, ça permettait à Oscar de rester colonel. Oscar ne se sentait pas prête à tout abandonner. Versailles, la Reine, ses troupes, son père...Tant de choses auxquelles elle était attachée et qu'elle ne voulait pas perdre. Elle se retourna vers André, le visage grave.
"J'irai à ce bal, il le faut."
...Seul le silence lui répondit. André avait baissé la tête, résigné.
"Qu'en dis tu ?"
"Puisqu'il le faut.."
"Non, je veux savoir ce que tu en penses toi. Ce n'est pas seulement ma vie qui est en jeu."
André leva la tête vers elle, les yeux pleins de larmes. Son désespoir était poignant.
"Tu veux savoir ce que j'en pense ? Je vais te perdre Oscar ! Non seulement je vais perdre la femme qui m'aime, mais en plus ma meilleure amie. Les hommes de la cour ne sont pas aveugles. Ils vont tous voir combien tu es merveilleuse, et unique. Il s'en trouvera bien un qui touchera ton coeur. Tu te marieras et moi...Moi je ne pourrais même pas te suivre dans ta nouvelle vie. Voila ce que j'en pense Oscar."
Oscar s'approcha de lui et l'enlaça. La tête posée contre l'épaule de son ami, elle murmura :
"As tu donc si peu confiance en moi ? Je t'ai juré de proteger notre bonheur."
André soupira :
"J'ai confiance en toi, tu le sais. C'est dans les autres que je n'ai pas confiance..."
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Dix jours s'étaient passés depuis cette conversation. Durant ce temps, Oscar avait continué à commander sa garnison, comme si de rien n'était. Personne, parmi ses soldats, ne semblait être au courant de ce qui se passait, alors que la cour n'était que murmures et regards indiscrets. Quand Oscar s'était rendue au château de Versailles, sur ordre de la reine, elle avait été l'objet de tous les regards, et particulièrement masculins. Cela l'avait rendue mal à l'aise. Elle avait l'impression de n'être plus qu'une bête curieuse.
En ce soir du 24 Décembre, Oscar se trouvait donc devant son armoire. André avait décidé de rester à la caserne et Oscar regrettait son absence. Elle se remémorait les regards inquisiteurs et cela l'effrayait bien plus que ne l'aurait effrayé un combat contre 4 hommes. C'était ce soir que tout ce jouait. Que devrait elle faire, que devrait elle dire ? La jeune femme devait aussi choisir sa tenue. Son père n'ayant pas pensé à ce détail typiquement féminin, Oscar avait donc toute liberté.
"Remarque," pensa-t-elle cyniquement,"ça va être vite fait."
En effet, sa garde robe se limitait à la robe bleue pâle qu'elle avait porté le soir ou Fersen l'avait invité à danser, et la robe verte du bal masqué. L'une était d'une coupe excentrique, en total désaccord avec la mode actuelle. Elle était fluide et ressemblait aux tenues portées dans l'antiquité. L'autre était de facture beaucoup plus classique. L'une attirerait immédiatement les regards et l'autre non. Mais ne fallait il pas qu'elle fasse impression pour pouvoir ensuit se jouer de la cour ? Laquelle choisir ? Oscar était indécise. Que lui conseillerait André ?
André...Ces dix derniers jours avaient été un calvaire pour lui. Elle l'avait vu chaque jour devenir plus pâle, plus angoissé. Pourtant, il n'avait rien perdu en prévenance, et son amour avait fait un bien immense à Oscar. Il était la...Toujours...Quand elle sentait le désespoir l'envahir, il ouvrait ses bras et la réconfortait. Quand elle se mettait en colère contre l'injustice du destin, il lui souriait et ce sourire la calmait. Quand elle avait une quinte de toux, ce qui lui arrivait de plus en plus fréquemment ces temps ci, il l'aidait à reprendre son souffle, il la rassurait. Et elle, elle le faisait souffrir, encore et encore.
André...Maintenant elle savait. Elle fouilla parmi ses affaires, choisit sa tenue et alla se préparer.
André était allongé sur son lit, dans le noir. Ses camarades de chambre, ayant appris que le colonel était de sortie ce soir la, avaient décidé de sortir et d'aller écumer les estaminets de la capitale. André était donc seul. Selon ses calculs, il devait être dans les 10 heures. Oscar devait être en train de faire son entrée dans la salle de bal. Son entrée dans le monde...Elle allait être si belle ! Le jeune homme ne se souvenait que trop bien des deux seules fois ou elle lui était apparue, habillée en femme. Un ange descendu du ciel...Un être tout droit sorti d'un rêve. Et ils allaient la voir ainsi !
Et ils allaient la détruire.Vouloir faire une femme d'Oscar...Certes, elle en était une. André l'avait toujours su. Pas besoin de robe pour cela. Elle en avait le coeur, la douceur, la beauté...Elle méritait ce terme plus qu'aucune des dames de la cour ! Mais justement, elle était une femme et non une dame. Son Oscar...Sa guerrière...Oscar était feu et non pas eau. Elle aimait les épées, les chevaux et les longues courses, ou on a l'impression de sentir son cœur éclater. Ses passions n'étaient n'étaient pas de parler chiffons ou potins, mais de se battre à l'épée ou à défaut avec ses poings, de conduire des armées. Elle était courageuse et téméraire. Elle aimait l'aventure. Son élément était le danger.
Mais un danger franc...Pas le poison qui coulait à Versailles. En la forçant à se couler dans le moule d'une dame de la cour, ils allaient la briser. Il serait alors si facile à un gentilhomme, sous couvert de la proteger, de la liberté, d'en faire sa femme.
"Non !" André se mordit le poing pour étouffer la douleur. Il ne pouvait supporter l'idée qu'Oscar puisse appartenir à un autre homme. Seul le gout du sang le ramena à la réalité. Il devait faire confiance à Oscar. Elle le lui avait demandé. Son amour était sincère, André le savait.
Elle n'avait jamais rien pu lui cacher. Elle n'avait jamais pu lui mentir. Elle n'avait d'ailleurs jamais essayé. Tout n'était que sincérité en Oscar. Ca lui avait d'ailleurs souvent été néfaste. Son Oscar...André ferma les yeux, se concentrant sur le visage de son amie d'enfance.
Elle était elle, femme et colonel, mais toujours elle...Elle qu'il aimait, à en mourir.
Mr de Girodelle se tenait dans la salle de bal, un verre à la main. Il étudiait les visages, tendu. Tous ces visages masculins, tous ces prétendants. Girodelle avait l'impression qu'il n'y avait pas de femme. Elles étaient comme invisibles. Toute la cour était présente. Même le roi et la reine étaient arrivés...Mais pas Oscar. On aurait pu palper la tension tant elle était forte.
"Oh, Oscar..." Pensa Mr de Girodelle,"Que fais tu ? Tu ne vas pas braver le roi, tout de même. Ce serait signer la ton arrêt de mort. Tu le sais Oscar, n'est ce pas ? Est ce si terrible pour toi de te marier ? Tout le monde, dans cette salle, est conscient de ta bravour. Tu n'as plus rien à prouver. Viens Oscar, je t'en prie...Je t'attends..."
Un murmure se rependit soudain. Une frêle silhouette venait de s'encadrer à la porte d'entrée du bal. C'était Oscar. Tous les partis se précipitèrent vers elle. Girodelle les suivit, nonchalamment. Il détailla Oscar.
"J'aurais du me douter qu'elle ferait ça."Pensa Girodelle.
En effet, Oscar était venue. Et sa seule présence illuminait la salle. Mais Oscar ne portait pas une robe. Non. Elle avait son uniforme bleu de colonel. La veste bleue, le pantalon moulant les longues jambes, les bottes blanches, rien ne manquait. Elle était magnifique, elle supplantait toutes les femmes présentes. Mais elle était colonel. L'ultime provocation. Pire que si elle n'était pas venue. C'était comme si elle criait à la face du monde :
"Je suis Oscar François de Jarjayes et je le resterai. Peu importe ce que dit le roi. Je suis ce que je suis. Je suis Colonel. Je n'ai que faire des conventions, des règles de la cour. Qu'importent les prétendants. A qui prétendent-ils ? Au colonel ? C'est, ridicule !"
Oscar les laissa la contempler, sans voix, puis elle prit la parole, sa voix de contralto prenant des intonations moqueuses :
"Eh bien messieurs, quelle est donc cette soirée ou je n'aperçois ni dentelles ni fanfreluche aucune ?"
Elle se mit à rire, et ce rire semblait n'avoir d'autre but que celui de leur montrer leur stupidité. Il était cristallin et cruel. Girodelle sourit. Impossible Oscar . Il leva son verre à sa santé.
"Bien joué, Oscar de Jarjayes."
Oscar porta la main à son coeur, saluant légèrement.
"Je vous prie de m'excuser messieurs. Permettez que je me retire. Ma place n'est pas ici."
Puis elle tourna les talons, en militaire qu'elle était et quitta le bal.
La salle resta médusée. Puis les regards se tournèrent vers le couple royal. Girodelle regarda le roi. Il avait blanchi : Oscar l'avait publiquement défié. Il ne pouvait l'admettre. Etant plus près que la majorité des courtisans, le jeune comte put entendre les jointures des mains royales craquer. Puis il entendit le roi murmurer, pour lui seul :
"Elle me le paiera. Je la briserai."
Jamais le roi n'avait prononcé de telle paroles. Surtout envers Oscar, qu'il avait toujours apprécié. La reine essaya de le calmer, à mi -voix.
"Voyons, mon ami..."
Elle tenta de lui prendre la main.
"Laissez moi ! Une fois déjà, Oscar, pour vous plaire, a été épargnée par mon père. Et regardez, elle récidive. C'en est trop ! Je ne la laisserai pas plus longtemps défier mon autorité !"
Marie Antoinette se tu alors. Chaque jour la cour la détestait un peu plus. Chaque jour, son mari l'écoutait un peu moins. Elle ne pouvait plus rien faire pour le colonel Oscar.
L'héritière des Jarjayes allait devoir affronter son destin, seule...
André n'arrivait pas à dormir. Les 11 heures venaient de sonner aux clochers de Paris. Oscar...Pourquoi y as tu été ?
La porte du dortoir s'ouvrit doucement. Si doucement qu'André ne l'entendit pas. Ce fut un léger bruit de pas et le doux bruissement d'un tissu qui lui firent lever la tête. Oscar se tenait la, devant lui. Ses cheveux étaient doucement éclairés par le reflet de la lune. On aurait dit une apparition fantomatique, légère et éthérée. Elle souriait. Elle portait son uniforme des Gardes Françaises.
"André ?"
Chuchota-t-elle doucement. Il lui sourit sans bouger.
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