Un grain de sable suffit à faire varier l'histoire. Pour toutes les amoureuses d'André
Le Bal
L'uniforme lui semblait peser plus lourd que du plomb. Elle se sentait sale, sous la poussière qui recouvrait le tissu bleu. Oscar se laissa tomber sur un des fauteuils de sa chambre. Cela faisait trois jours que la garnison était de sortie, et la fatigue l'accablait. Certes, les hommes des gardes Françaises avaient finis par accepter leur nouveau colonel, mais Oscar devait toujours rester sur le qui vive. Le moindre faux pas, et tout serait à refaire... La femme colonel se reposa durant quelques instants, puis, malgré les cris de protestation de ses muscles, elle se releva et se mit à quitter la veste de son uniforme. Elle se dirigea vers son armoire et en sortit un paquet, caché sous une des piles de chemises. Il fut rapidement ouvert et Oscar déplia la robe qu'il contenait. C'était une robe de bal, dont la soie verte accrochait la lumière. Le colonel fit jouer pendant quelques instants le tissu chatoyant entre ses doigts, puis se décida à l'enfiler. Cela faisait maintenant un mois qu'elle avait fait confectionner cette robe, en grand secret, par un des couturiers les plus talentueux de Paris. Elle ne savait toujours pas ce qui l'avait poussé à ce geste, mais elle méditait ce projet depuis longtemps, tout en le rejetant. Oscar sentait que la fatigue, ce soir, rendait le combat par trop inégal. Et puis, personne ne saurait jamais que la mystérieuse inconnue qu'elle s'apprêtait à devenir n'était autre que l'héritier des Jarjayes. Aux yeux de la cour, Oscar était un homme, et même André n'était pas au courant pour la robe. Ce soir, le colonel pouvait s'incliner en toute impunité devant la femme, et Oscar allait pouvoir se rendre à un bal masqué. Elle en avait besoin, pour oublier tous les problèmes que sa charge faisait peser sur elle. Elle avait besoin de devenir futile et sans soucis, l'espace d'une soirée. Elle avait besoin qu'on la considère comme une femme...
Une fois habillée, Oscar se regarda d'un oeil critique dans le miroir qui surplombait sa cheminée. Les épaules étaient un peu plus musclées que celles des autres femmes, le regard plus perçant, la bouche plus sévère. Par contre, les mains étaient fines et racées, la taille gracile... " Je suis une femme" réalisa Oscar. Etrangement, l'idée n'avait rien de désagréable. Elle releva ses cheveux dans un chignon d'ou s'échappaient de nombreuses boucles rebelles, maquilla légèrement sa bouche, comme Grand Mère l'avait déjà fait le soir d'un certain bal, et posa un masque doré devant ses yeux. Elle était prête. Restait à savoir si elle oserait entrer dans la salle de bal. Il lui avait déjà fallu tant de courage la première fois...
André aimait les bals masqués. Ils permettaient de s'oublier, de devenir un autre. Son loup noir lui permettait toute les folies. De plus, ce petit morceau de velours avait un avantage immense aux yeux d'André. Il lui permettait de masquer son coeur, d'oublier la douleur qu'il ressentait à chaque fois qu'il pensait à Oscar. Oscar qui ne savait rien de ses escapades nocturne...Oscar...Si belle et si forte...Ce n'était pas elle qui se laisserait aller au point de se rendre à un bal masqué dans l'espoir de se perdre dans la foule. Oscar...Si lointaine et si froide...Elle ne voyait pas combien il souffrait...Oscar...
Un murmure collectif le fit se retourner. Il vit un ange. En effet, une femme blonde au masque doré était entrée dans la salle. L'apparition s'arrêta effrayée par le silence qui venait de s'abattre sur la salle, comme prête à s'enfuir. Puis elle se remit en marche, allant sans le savoir dans la direction d'André. Elle avait une démarche gracieuse et aérienne. A chacun de ses pas, sa robe bruissait doucement et le bruit de la soie enchanta André. Elle avançait toujours, les yeux baissés, dans une attitude à la fois modeste et timide. Aucun homme de la salle ne pouvait détacher les yeux de cette fée gracile. Soudain, elle leva les yeux et croisa le regard d'André. Il se noya dans le regard d'océan et seul le sourire timide de la merveilleuse jeune femme le sauva. Se ressaisissant, il s'avança vers elle, s'inclina et l'invita à danser. A son grand étonnement, elle accepta. Alors, il encercla de son bras gauche la taille menue de sa cavalière et l'entraîna au son de la musique. Gabrielle, puisque tel était son nom, était tout le contraire d'Oscar. Elle ne cachait pas sa féminité, elle était douce, elle le voyait...Cette apparition apaisait son coeur meurtri par le trop beau colonel.
Oscar était aux anges. Elle avait eu peur pourtant, au début. Tous les regards s'étaient braqués sur elle, comme la première fois, elle avait failli s'enfuir. Pourtant, réunissant tout son courage elle s'était avancée dans la salle de bal. Elle avait accepté la première invitation, sans vraiment voir celui qui l'invitait. Sa première question, bien sur, avait été de connaître son nom, et Oscar avait dit le premier qui lui était venu à l'esprit. Puis son cavalier s'était mis à parler, et Oscar s'était mise à s'intéresser à ce qu'il disait. Au fil des menuets, lesquels se succédaient sans interruption, elle s'était rendu compte qu'elle dansait dans les bras d'un homme tendre et bon, dont la voix l'émouvait profondément, comme si elle connaissait ce timbre depuis toujours. Pour la première fois de sa vie, elle pouvait montrer sa vraie nature, le côté féminin qu'elle avait si longtemps refoulé. Certes, Oscar était colonel et elle avait besoin de se battre, de ferrailler, d'être libre. Mais Gabrielle était aussi une part d'Oscar qu'elle était heureuse d'avoir libéré.
Ils ne s'arrêtèrent que quand ils furent trop fatigués pour continuer à danser. Oscar ne s'était rendu compte à aucun moment des regards d'envie que les autres cavaliers lançaient à son partenaire au loup noir. Cet homme que certains reconnaissaient pour l'avoir déjà vu dans d'autres bals masqués accaparait la plus belle femme de la soirée...Sans se douter qu'elle restait le centre de toutes les conversations et de tous les regards, Oscar dégustait un verre de champagne en écoutant parler son cavalier. Derrière un ton enjoué, elle ressentait une blessure profonde qu'il cachait en lui et elle lui en demanda la raison.
" J'aime" fut sa réponse. "J'aime une femme aussi ardente que le feu, aussi belle que le soleil, mais à laquelle je ne cesse de me brûler." Ses yeux se voilèrent un instant. "Mais ne parlons plus de moi, ma vie est trop triste, parlez moi plutôt de vous."
Forcée de s'inventer une vie, Oscar sourit en secouant doucement la tête.
"Je ne peux pas, je suis mariée"
"Nous n'étions donc vraiment pas destiné à nous rencontrer...Il a bien de la chance..."
"Pas autant qu'elle..."
"Qui ça ?"
"La femme que vous aimez."
Il y eu un silence puis la conversation reprit, moins enjouée, mais plus vraie.
La soirée se finissait. André et sa compagne se trouvaient dans les jardins du château de l'organisatrice de ce bal, Mme de Noailles.
"Gabrielle voulait partir," André n'avait retenu que cette idée de tout ce qu'elle venait de dire. Il sentait qu'elle allait emporter dans son sillage le peu de coeur qu'Oscar ne lui avait pas volé. Il s'agenouilla et lui baisa délicatement la main.
"Madame, ce fut un honneur pour moi de passer cette soirée en votre compagnie. Je sais que je n'ai aucun droit de vous le demander, mais rendez moi ce moment encore plus merveilleux, si un tel degré de félicité est possible. Permettez que je vois la beauté éclatante de votre visage."
"Je ne peux pas monsieur, pas plus que vous." Fut la réponse de Gabrielle. Sa voix se cassa. "Je ne vous oublierai jamais. Le souvenir de ce bal restera gravé en moi, comme un des moments les plus heureux de ma vie."
La merveilleuse créature dégagea sa main et commença à courir. André la retint et l'encercla de ses bras. Il ne savait plus ce qu'il faisait. Il ne voulait pas qu'elle disparaisse, le laissant à nouveau seul avec son désespoir. Les yeux bleus le suppliaient, l'attiraient...
"Non..." Murmura-t-elle faiblement. "Je ne dois pas..."
Elle était si touchante, son cou était si fragile, révélé par les cheveux qu'elle avait relevé. Qu'ils devaient être beaux ces cheveux, une fois détachés. Ils étaient si doux.... Quelques mèches folles d'un blond éclatant rehaussait encore l'ovale pur de son visage. Non, décidément, il n'avait pas le droit de souiller cette pureté. Il allait relâcher cet ange, car la jeune femme relevait plus du domaine du ciel que de celui de la terre. Elle avait déjà tant fait pour lui ! L'espace d'une soirée elle avait illuminé les ténèbres dans lesquels il se débattait.
Ce fut elle qui l'embrassa. Ses lèvres si douces se pressèrent sur les siennes et des bras légers s'accrochèrent à son cou. André l'embrassa à son tour. Pourquoi faisait-il ça ? Il trahissait Oscar...Et elle, ne le trahissait-elle pas en aimant Fersen ? Lui aussi avait droit au bonheur...Leur baiser cessa. André avait froid. Elle s'était écarté de lui et lui souriait de ce petit sourire étrange qu'il avait l'impression de connaître. Puis elle s'enfuit, légère comme une elfe. André n'eut pas le courage de la retenir. Qu'elle retourne dans ce monde qui n'était pas le sien, qu'elle retrouve ce mari qu'elle ne semblait pas aimer...André avait l'impression de mourir. Après Oscar, Gabrielle. Mais surtout Oscar...Pourquoi elle, elle qu'il chérissait plus que tout...Pourquoi était-elle un homme et non une femme ? Il fallait qu'il rentre. Connaissant Oscar, il y avait de fortes chances pour qu'elle l'ait attendu.
~~~~~~~~~~~~~~~~~@~~~~~~~~~~~~~~~~~~
"Gagné," pensa André en passant devant la chambre d'Oscar. En effet, une raie de lumière passait sous la porte fermée de la chambre de son amie. Il l'imaginait sans peine. Elle devait être pelotonnée dans un fauteuil, emmitouflée dans une couverture, car on était en Décembre et il faisait froid. Sans doute lisait elle un livre de Voltaire ou de Racine. Peut être parfois levait elle les yeux pour consulter l'heure. Il était trois heures passées. Elle devait être inquiète. Il frappa à la porte et entra sans attendre la réponse. Il fallait qu'il aille la rassurer. Sans doute allait-elle être furieuse. C'était sa façon à elle de cacher sa peur. Il allait trouver une excuse tellement absurde que ça allait la faire rire. C'était sa façon de s'en sortir.
Une fois dans la pièce, les yeux d'André se portèrent directement sur le fauteuil d'Oscar. Elle n'y était pas. Il sentit une présence à l'autre bout de la pièce. C'était Oscar...
Oscar était en train d'enlever son masque quand on avait frappé à sa porte. Cela mettait fin à la rêverie à laquelle elle s'adonnait depuis qu'elle était rentrée. Qu'il était beau son gentil cavalier ! Elle ne connaissait même pas son nom...Elle l'avait embrassé...Maintenant encore, elle ne comprenait pas ce qui l'avait poussé à commettre ce geste. Elle avait peur et brusquement elle avait senti ses lèvres embrasser la bouche qui la suppliait. Mais elle ne regrettait rien. Le doux sentiment qui avait éclot dans son coeur n'avait rien à voir avec ce qu'elle avait ressentit pour Fersen. C'était à la fois plus tendre et plus fort. Elle voulait préserver ce sentiment, qui la réchauffait sans lui faire de mal. Quoi qu'il en soit, le bruit venant de la porte la dérangeait. Ce devait être André. Cet imbécile était toujours inquiet quand elle n'était pas à la maison. Oscar s'apprêtait à répondre qu'elle n'était pas disponible lorsque la porte s'ouvrit. C'était bien André. Il la chercha un instant puis la regarda, droit dans les yeux. Elle portait encore sa robe et l'expression qu'elle vit dans ses yeux la terrifia. Il était habillé comme le jeune homme du bal. Ces yeux, ses yeux....Comment avait-elle fait pour ne pas s'en apercevoir ? André et le chevalier servant du bal ne faisaient qu'un. Elle voyait qu'il suivait le même cheminement de pensé qu'elle. André...Mais c'était sur ! Qui d'autre aurait pu être aussi gentil, aussi prévenant, aussi galant ? Et qui d'autre se mourrait d'un amour impossible pour quelqu'un qui lui broyait le coeur ? Et elle l'avait embrassé...Oscar hoqueta, comprenant la portée de ce simple geste. Elle avait tout détruit...Des larmes s'échappèrent de ses yeux et elle s'enfuit, frôlant André pour mieux s'éloigner de lui.
Oscar...Gabrielle...La femme colonel. Oscar n'avait jamais mieux mérité ce titre. Quand il l'avait dévisagé, il l'avait vu porter la main à sa poitrine et les larmes déborder. Elle était si belle, si femme. Puis il l'avait vu s'enfuir, de cette foulée qui était familière à son colonel. Oscar était Gabrielle. André comprenait mieux ce qu'il avait ressentit pour Gabrielle et qu'il avait prit comme une trahison à l'égard d'Oscar. Son coeur avait reconnu celle que ses yeux voyaient. Avait-il fallu qu'il soit aveugle ! En y réfléchissant, Gabrielle ne pouvait pas ne pas être Oscar. Ses cheveux si blonds qu'elle seule les possédait à la cour...Ce visage si fin, cette bouche si volontaire...Cette démarche...Pourtant, André aurait du reconnaître cette démarche unique. Oscar avait adopté la même lorsqu'elle avait été au bal pour plaire à Fersen. Même le masque ne pouvait être une excuse. Ces yeux de saphir...Personne dans tout le beau royaume de France n'avait les même...Ses yeux de diamant....Les yeux du colonel, qui laceraient son coeur. Et Gabrielle l'avait embrassé. Oscar ne saurait tolérer cela ! Gabrielle avait embrassé son ami d'enfance, son meilleur ami, son seul ami...Mais Oscar était un homme. Oscar ne devait pas embrasser André. Oscar ne pouvait pas embrasser André. Elle était un noble gentilhomme. Deux raisons alors qu'une seule des deux aurait suffit pour empêcher tout sentiment d'éclore. André comprenait le trouble d'Oscar. Il comprenait les larmes de la femme soldat qu'il aimait. Il avait percé ses défenses, comme souvent auparavant, mais, à la différence des autres fois, il l'avait blessée au plus profond de son être, en la forçant à ce mettre en face des ce qu'elle était vraiment : une femme ayant les mêmes faiblesses que toutes les femmes. Cela, elle le savait déjà. Mais en entrant dans sa chambre, il l'avait forcé à partager ce secret avec lui, lui avec qui elle s'était montré si féminine, lui qu'elle avait embrassé. Oscar ne pouvait pas admettre cela. Elle pouvait être une femme pour un parfait inconnu, mais pour son entourage, et à plus forte raison pour André, elle devait rester Oscar, l'héritier des Jarjayes. Son équilibre en dépendait. Si elle admettait qu'elle était une femme devant ceux qui connaissaient son sexe, comment pourrait-elle rester un homme pour les autres ? André comprenait que sa seule présence avait détruit Oscar, ou du moins l'avait complètement déstabilisée. Une seule chose était sure. Elle ne lui pardonnerait jamais de l'avoir surprise ainsi. Il l'avait perdu...A tout jamais...Des larmes roulèrent sur les joues d'André. Il referma doucement la porte de la chambre d'Oscar et se dirigea vers la sienne, pour une nuit sans sommeil.
~~~~~~~~~~~~~~~~@~~~~~~~~~~~~~~~~~
A l'aube, André avait décidé d'avoir une sérieuse discussion avec Oscar. Si il existait une chance, même minime de réparer le mal qui avait été fait hier soir, André devait la saisir. Oscar était tout pour lui, et le jeune homme n'osait imaginer sa vie sans elle. Que ferait il si elle le congédiait ? Elle était devenu son unique raison de vivre. Sans son sourire le monde serait trop triste. Sans ses colères et ses coups de poings la vie n'aurait pas de saveur...C'était sur, sans Oscar, la vie ne valait pas la peine d'être vécu. Il mourrait de son absence. Et elle, qui veillerait sur sa vie ? Qui la protégerait des douleurs de la terre, de la méchanceté du monde, d'elle même ? Elle était forte, André le savait, plus forte que toutes les femmes et que beaucoup d'hommes, mais il avait toujours été là pour l'empêcher de se blesser trop durement sur le chemin de la vie. Il avait tissé un cocon autour d'elle. Certes, il n'avait pas pu l'empêcher de se briser le coeur devant le jeune comte suédois, mais c'était la seule fois qu'il n'avait pas pu la protéger. Elle qui croyait tout savoir...Elle survivrait sûrement aux coups que les hommes et que le monde lui infligerait, mais cette innocence qu'il aimait en elle, cette capacité de s'émerveiller ou de s'enflammer pour un rien disparaîtraient pour laisser place à l'indifférence et à la désillusion, fléaux communs à tous les hommes. A Versailles, tout le monde vivait dans l'indifférence et la désillusion et c'est pourquoi ce monde de la noblesse était si dangereux. Ils n'admettaient pas que quelqu'un puisse avoir accès au bonheur. Seule elle en avait été préservé...Jusqu'à hier soir...Grâce à lui...Si il arrivait à persuader Oscar que ce qui était arrivé hier soir n'avait aucune importance et qu'elle restait à ses yeux l'inaccessible Colonel des gardes Françaises, peut être réussirait il à éviter que le pire n'arrive. C'était quitte ou double, et André en était conscient. Il attendit que sonne les neuf heures et se mit à la recherche d'Oscar. Il s'attendait à la trouver à la bibliothèque, dans la salle d'arme, dans la tour ou à l'écurie, mais ou qu'il aille, il ne la trouvait pas. Il décida de s'en ouvrir à l'ancienne nourrice d'Oscar, la personne mis à part lui qui connaissait le mieux la jeune femme, sa grand mère.
"Grand Mère, as tu vu Oscar, ça fait une demi heure que je la cherche..."
La première chose que remarqua la vieille femme quand elle vit apparaître son petit fils, c'est les cernes qu'il avait sous les yeux. Elle nota aussi le son tremblant de sa voix. Elle avait remarqué les mêmes signes quand elle avait vu Oscar, plus tôt dans la matinée. Tous deux avaient aussi les yeux rouges, et Grand Mère les soupçonnaient d'avoir pleurés une grande partie de la nuit. Ils étaient tellement impossible ! Quoi qu'il en soit, André avait posé une question et Grand Mère se devait d'y répondre.
"Oui je l'ai vue, mais tu ne risques pas de la trouver. Vous vous êtes encore disputés, n'est ce pas ? Quand cesserez vous enfin de vous comporter comme des gamins ? Vous avez passés l'age !"
"Ou est elle ?"
"Elle est partie. Tôt ce matin, elle a prit son cheval et elle m'a dit qu'elle ne savait pas quand elle rentrerait."
"Partie ? Oscar ? Mais ou ?"
"Sur la propriété des Jarjayes, en Normandie. Il semblerait qu'elle veuille y rester plusieurs jours. Elle m'a dit de faire prévenir la garnison...Ha, oui...Elle m'a dit aussi qu'elle ne voulait pas que tu la rejoigne. Elle m'a bien précisé qu'elle voulait rester seule..."
Mais André ne l'écoutait déjà plus. Il s'éloignait en courant, la tête rentrée dans les épaules
"Elle a coupé les ponts" Criait son esprit. "Elle ne veut plus me voir...Elle m'a fuit..."
Grand Mère regarda disparaître son petit fils, impuissante, puis elle termina sa phrase laissée en suspens, pour elle seule.
"Elle m'a laissé cette lettre pour toi. Elle pleurait...."
La fuite en Normandie
Oscar s'effondra sur le sable, à bout de souffle. Elle avait couru sur la plage pendant vingt minutes, mais ça ne lui avait fait aucun bien. Au contraire. Elle avait l'impression que ses poumons allaient éclater. Une toux sèche l'accablait depuis la veille, et sa poitrine était en feu. Elle aurait voulu se sentir libérée, mais le sable avait entravé sa course, la ralentissant, la liant contre sa volonté à la terre ferme. Elle aurait voulu avoir l'esprit vide, mais les pensées tourbillonnaient dans sa tête. Remarque, cela faisait deux jours que cela durait. Deux jours ou Oscar n'avait plus été que l'ombre d'elle même, pauvre silhouette solitaire errant toute la journée le long de la plage. Elle se mit à pleurer nerveusement. Elle était à bout de nerfs. Cela faisait maintenant trois nuits qu'elle n'avait pas trouvé le sommeil.Le même visage venait la hanter chaque fois qu'elle fermait les yeux. Pour la première fois de sa vie, elle se sentait seule et miserable. André...Ses pensées revenaient toujours à lui, nuits et jours. Son meilleur ami, le seul qui la comprenait, sans la juger...Elle ne le reverrait plus jamais. Avait-il déjà quitté Versailles ? Elle le lui avait demandé dans sa lettre... Soudain, Oscar se redressa et chassa rageusement ses larmes du revers de la manche.
"Reprends toi, voyons ! Tu es un homme oui où non ? " Pensa-t-elle.
Oui, elle était un homme. Ou du moins, c'est en tant que tel qu'elle avait été élevée.Depuis tout enfant, on lui disait qu'elle était un garçon, que l'honneur des Jarjayes reposait sur elle. Elle n'avait pas le droit de faillir à sa mission. C'est pourquoi elle avait appris à monter à cheval, elle avait appris à se battre, à manier l'épée.Oscar descendait d'une longue lignée de militaires. Elle avait ça dans le sang, disait son père. C'était sans doute vrai. La jeune femme aimait sa condition. Elle appréciait sa liberté de corps et d'esprit et elle plaignait sincèrement toutes ces femmes qui vivaient à Versailles, pauvres créatures enfermées dans des corsets étoufffants. Si Oscar s'était plu à porter de tels atours, le temps d'une soirée, c'est avec soulagement qu'elle avait retrouvé ses pantalons et ses larges chemises. Oscar aimait se battre. Rien ne lui plaisait plus que de sentir le poid d'une épée dans sa main. Si elle avait embrassé la carrière militaire, à 14 ans, ce n'était pas pour faire plaisir à son père, où pour contrarier Grand Mère et André. C'était pour elle, et pour elle seule. Maintenant, près de 20 plus tard, elle était le Colonel Oscar François de Jarjayes, comandant une compagnie de gardes françaises. Elle était forte, tranchante comme son épée. Jamais plus son coeur ne reprendrait le dessus. Deux fois déjà il l'avait fait, et ça avait été catastrophique. Non. Oscar était un homme, l'amour lui était interdit. Son rôle était de proteger la royauté. Sa vie se résumait à ça : Proteger...Mais qui la protegerait, elle ? Elle secoua la tête, refusant de répondre à cette question. Elle regarda l'océan. Qu'il était calme et apaisé...Mais comme il pouvait se déchirer parfois !
" L'océan me ressemble", pensa Oscar. "Il est froid et mort."
Son regard dériva vers la plage. Sans s'en appercevoir, sa course folle l'avait menée sur la plage ou, enfants, André et elle s'étaient si souvent amusés. Mais s'était avant... Avant qu'ils ne grandissent, avant que la vie n'éloigne l'un de l'autre un petit garçon et une petite fille... Oscar se leva et fit quelques pas. Le vent faisait voler sa longue cape sombre autour d'elle, et ses cheveux blonds n'étaient plus qu'un paquet de noeuds.
"J'aurai du les attacher, comme le faisait André..."
Oscar eu froid et se rassit. Pourquoi ses pensées revenaient elles toujours à André ? Etait-il si important pour elle ? Et pourquoi sentait elle ce vide au fond d'elle même ? Trop de questions sans réponses... Ses yeux débordèrent une nouvelle fois et une unique larme roula sur sa joue. Le vent la sécha rapidement.
"De toute façon," pensa-t-elle, "c'est mieux ainsi. André doit vivre sa vie. Il n'y a pas de raison pour qu'il sacrifie son existence à la mienne. Il va se marier et, qui sait, peut-être que nous nous retrouverons dans dix ans et que nous rirons de cette mesaventure..."
Oscar laissa le ressac de la mer la bercer.
"Adieu, André." Soupira-t-elle.
Puis elle se replongea dans la contemplation de l'océan, apaisée.
André recherchait Oscar sur la plage. On lui avait dit que la dernière fois qu'on avait vu le jeune maître, voila un peu plus de deux heures, il partait en courant dans cette direction. Le jeune homme avait peur que sa belle amie n'ait commis l'irréparable. Elle était si fragile, son Oscar ! Il la retrouva enfin, sur la plage de leur enfance. Il soupira de soulagement. Elle était là, pareille à elle même, petite silhouette sombre face à l'océan. Elle n'avait pas encore perçu sa presence. Coment aurait-elle pu ? Elle restait là, immobile, fixant le grand large. On aurait dit une statut de sel. Elle en avait la perfection et l'immobilité. Le ressac semblait la fasciner. Oscar paraissait inaccessible, mais ça, André en avait l'habitude. Il arrivait souvent qu'elle adopte cette position, quand elle ne voulait pas partager ses pensées ; assise, ses bras entourant les longues jambes pliées, les yeux dans le vague. Jusqu'à present, André avait toujours su entrer dans cette bulle de solitude sans que cela ne la gêne où qu'elle le rejette violement. Mais aujourd'hui, tout avait changé. Il lui semblait que la personne qu'il contemplait n'était qu'une étrangère. Une étrangère fascinante, certe, mais dont il ne connaissait pas les réactions. Coment pourrait-il l'aborder sans qu'elle ne se renferme immédiatement ? André n'en avait pas la moindre idée... C'était comme si un pont s'était coupé entre eux. Il décida de rester naturel. C'est ce qui lui avait toujours réussi.
"Oscar, tu vas attraper froid si tu restes trop longtemps assise. Tu n'es même pas habillée chaudement. Mais à quoi penses tu ?"
Oscar se retourna, surprise. Il vit qu'elle avait pleuré. "Maudis sois tu André", pensa-t-il.
"An...André ? Mais...JE NE VEUX PLUS TE VOIR !! "
Oscar avait crié ces mots, et maintenant elle se jetait sur lui. Il ne fut pas assez rapide et ne put esquiver le crochet du droit qu'elle lui destinait. Il n'eu d'autre choix que de se défendre. Mais Oscar était furieuse. Le coup de poing qu'il lui avait envoyé dans l'estomac ne l'arrêta pas, au contraire. Elle retourna à la charge et le frappa violement juste à l'arrête du nez. André tomba par terre. La douleur pulsait en lui au point de le faire hurler. Il sentit la colère monter en lui. Pour qui se prenait-elle ? Il n'avait rien fait qu'essayer de lui venir en aide et elle...Elle le frappait avant qu'il n'ait dit quoi que ce soit ! André se releva et se mit en position de défense. Oscar se trouvait à deux mètres de lui. Elle avait positionné ses deux poings fermés devant elle et André ne pouvait qu'entre appercevoir ses yeux, lesquels lançaient des éclairs. Mais le jeune homme, pour s'être souvent battu contre elle, connaissait bien sa compagne de jeu. Il savait ce qui se passait sous la jolie tête blonde. Oscar cherchait la faille de sa défense, l'endroit ou elle pourrait attaquer. Soudain elle s'élança. André anticipa l'attaque et para les coups violents que le colonel cherchait à lui assener. Puis ce fut à son tour de frapper, et ses poings atteignirent successivement le coin du menton puis la pomette gauche de la jeune femme. Elle tomba lourdement sur le dos, mais avant qu'André ,n'ait eu le temps de la plaquer sur le sol, elle se releva. Du sang coulait du coin de sa bouche sans qu'Oscar ne sembla le sentir. Pourtant, elle haletait doucement. La colère d'André retomba d'un coup. Qu'avait-il fait ? Il avait blessé Oscar...Certe, ce n'était pas la première fois qu'ils se battaient, donc qu'ils recevaient des coups l'un de l'autre, mais par contre c'était la première fois qu'André frappait Oscar dans l'intention de la blesser. D'habitude, tous deux mesuraient leurs coups. Ils se battaient soit pour s'amuser, soi pour régler un petit conflit sans importance. Une fois seulement Oscar s'était battue car elle croyait qu'il l'avait trahi. Mais même cette fois là, ils n'avaient pas été aussi violents. Oscar était un redoutable adversaire, avec un jeu de jambes fabuleux, mais la force d'André lui permettait de pouvoir se mesurer à elle. Neanmoins, l'issu du combat était plus qu'incertaine. Jamais ils n'avaient mis toutes leurs forces.
"Oscar, arrête..." Murmura André.
Mais elle ne voulait rien entendre. Elle fondit sur lui. Cette fois, il ne reussit pas à deviner d'ou viendrait l'attaque. Elle le frappa à l'estomac, puis au plexus solaire. André en perdit le souffle et s'effondra. Oscar ne l'acheva pas alors qu'il était à terre. Elle même était à bout de force. Voyant qu'il ne se relevait pas, elle s'assit à côté de lui, essoufflée et couverte d'échymoses, et soupira :
"Pourquoi es tu venu ? Je croyais avoir été clair !"
Il se rassit péniblement et la regarda.
"Oh, pour ça, ne t'inquiète pas. Tu as été on ne peut plus clair..." "Aïe..."
Il appuya sa main sur son torse.
"Ca va ?" S'inquiéta Oscar.
"Oui, oui, ne t'en fais donc pas. Je ne sais pas ce que tu as mangé ce matin, mais tu as une force de brute. Par mes ayeux, je me souviendrai qu'il ne faut en aucun cas te froisser quand tu as pleuré."
Il approcha la main de la bouche d'Oscar, dans l'intention d'essuyer le sang qui coulait toujours. Elle recula précipitement la tête et il n'insista pas. Finallement, ce fut elle qui épencha le sang avec sa main, en même temps qu'elle lui répondait, sans conviction.
"Je n'ai pas pleuré."
"Menteuse."
Elle rougit et le regarda à la dérobée. André...Pourquoi avait il fallu qu'il reapparaisse, juste au moment ou elle avait reussit à retrouver, si ce n'est sa quiétude, du moins un certain équilibre. Elle avait légitimement le droit d'être en colère. Il risquait de détruire cet équilibre, si fragile encore. Son André. Il était venu quand même...
"Que fais tu ici ?"
Il adorait ça. Quand Oscar se sentait en position d'inferiorité, elle changeait de conversation. Il avait du toucher un point sensible. Le regard d'André se perdit dans le vague.
"J'ai bien reçu ta lettre. Grand Mère me l'a donné peu après ton départ. Elle m'a fait très mal, mais ça, tu dois t'en douter. Pourtant, étrangement, c'est elle qui m'a décidé à venir. J'ai d'abord longtemps hésité, puis finallement, je suis monté sur Chevalier et j'ai pris le chemin de la Normandie. Tu devais te douter que je ne me rendrais pas aussi facilement, n'est pas ?"
"Un peu, j'avoue, mais j'esperais..."
Cette fois, pour André, la coupe était pleine.
"Et qu'esperais tu ? Que je te dise " Au revoir Oscar, ça m'a fait très plaisir de vivre à tes côtés pendant trente ans..."Je t'aime Oscar !"
"ANDRE,NON !!"
Oscar s'était levée. André se leva à son tour, aussi vif qu'elle. Ils se mesurerent du regard. Oscar semblait prète à s'enfuir où à se battre à nouveau. Ses poings se serraient convusilement. Encore une fois, elle voulait préserver son honneur.
"Mais, Bon Dieu, le protéger de quoi ?" Pensa furtivement André. "Je n'ai rien fais que lui redire ce qu'elle sait déjà."
Il ne se sentait pas la force d'affronter une fois de plus les poings d'Oscar. Elle l'avait serieusement étourdi la première fois. Ils ne pouvaient pourtant pas rester ainsi éternellement, dressés l'un face à l'autre. Au risque de la perdre définitivement, André saisit violement Oscar par les poignets et l'obligea à se rassoir.
"Non Oscar, tu ne t'enfuiras pas cette fois. Tu vas m'écouter pour une fois dans ta vie! Je t'aime Oscar, je t'aime depuis la première fois que je t'ai vu. Je m'en souviens parfaitement. J'avais 6 ans, tu en avais 5. Tu t'es avancée vers moi, et on m'a dit que tu étais un garçon. Je ne l'ai jamais cru... Tes yeux lançaient des éclairs et tout, dans ton attitude me faisait comprendre que je t'étais hostil. On aurait dit une petite déesse couronnée d'or, coléreuse et caractérielle. Mais je l'ai aimé, cette enfant, tout de suite. J'ai senti le coeur d'or qu'elle cachait, j'ai vu la douceur de ses yeux bleus, derrière la colère. J'avais 6 ans, Oscar, et mon coeur s'est embrasé. Depuis, j'ai souffert le martyr de te voir te battre contre toi, de te voir aimer un autre homme. Mais tu ne t'es jamais détruit, car j'étais la, dans l'ombre, pour veiller sur toi. J'ai veillé sur toi, sur ta vie...Et tu veux me chasser ? Mais ta vie est un peu mienne ! Et ma vie est toute à toi...Si tu meurs, je meurs avec toi, mais si tu me chasse, je meurs tout seul. Une vie sans toi sera trop triste Oscar !"
Durant toute sa déclaration il n'avait pas laché le fin poignet, comme s'il craignait qu'elle ne s'échappe. Il la regardait à present, et Oscar baissa la tête, en rougissant, fixant la main qui l'emprisonnait.
"Je ne te demande pas de m'aimer. Je te demande de me laisser continuer à être ton ombre. On ne parlera jamais de ce maudit bal, je te le jure. Tout sera effacé, comme avant..."
Inconsciement, il lacha la fine attache, lui rendant sa liberté.Ce fut au tour d'Oscar de le regarder fixement. Il ne put soutenir le regard de ces yeux de diamants et détourna la tête.
"Tu crois ça ?" Dit-elle doucement, presque tristement.
"Tu le crois vraiment ? Sais tu seulement dans quels tourments je suis en train de me débattre ? Oh, André, c'est tellement simple pour toi de dire ton amour. C'est si...Naturel. Tu es un homme et tu as le droit d'éprouver de l'amour pour une femme, quelle qu'elle soit. Mais moi, je n'ai pas le droit d'aimer, où même d'éprouver un sentiment ressemblant à de l'amour. Pourquoi crois tu que je me sois enfui ? Tu penses peut-être que j'ai un coeur de pierre ? Mais regardes moi ! Réponds moi à la fin ! Tu ne dis rien..."
André se leva et fit quelques pas, essayant d'échapper au regard qu'Oscar faisait peser sur son dos.
"Oh, Oscar, comment oses tu me poser cette question ? " Le regard qu'il lui lança était déchirant.
"Et toi, comment oses tu penser que je n'éprouve rien à ton égard ? André, tu es l'ami qui m'est le plus cher au monde. Tu es mon frère, mon soutien...Et je t'ai embrassé ! Ce que j'ai ressenti ce soir là, c'est quelque chose qui m'est interdit...Comment veux tu que je te regarde en face ? Toi même tu n'oses plus affronter mes yeux. Comment veux tu que j'oublie ? Oh André, j'ai besoin de toi... vas t'en !!"
Elle se mit à pleurer, cachant son visage dans ses mains. André ne savait plus quoi faire. Il était déchiré entre son envie de la prendre dans ses bras, de sécher ses larmes, et le devoir d'obéir à son injonction. Il ne bougea pas, comme statufié, et écouta les légers sanglots qu'elle n'arrivait pas à étouffer. Peu à peu, la douleur sembla refluer et elle reprit la parole.
"Pardonne moi, André, mais ce que je fais, je le fais pour ton bien. Tu sais, je suis lucide. Je sais combien tu m'as protégée jusqu'à ce jour, et je t'en suis reconnaissante. Mais il est temps pour moi d'affronter la réalité en face, aussi dure qu'elle puisse être. Je ne peux pas continuer à te voler ta vie. C'est injuste ! Si encore je pouvais te rendre la pareille. Mais je ne te suis d'aucune aide, au contraire. Tu as failli perdre la vie, par ma faute. Tu t'en souviens ? On avait même pas 18 ans et la dauphine était tombée de cheval. Par la suite, tu as coupé tes beaux cheveux si doux, pour éviter que je ne m'expose au danger, et c'est toi qui as perdu un oeil. Je ne suis qu'une charge pour toi, André...Vas-t'en, reprends ta liberté. Ne t'en fais donc pas pour moi, je m'en sortirai. Toi, va, vis ta vie, marie toi et plus tard, quand tu seras vieux, tu pourras raconter en souriant à tes enfants et petits enfants, peut -être avec un brin de mélancolie toutefois, quel drôle de maître tu as servis. André...Mon ami...Il est temps pour nous de nous séparer. Va sans craintes. Je m'excuse encore de ce que je t'ai fais endurer."
André, comprenant qu'il n'y avait plus d'espoirs, lui tourna le dos. Mais avant de partir, il décida de lui dire ce qui étraignait encore son coeur.
"Très bien,Oscar, je m'incline. Puisque c'est ton choix, je pars donc. Je t'ai toujours obéis, n'est ce pas ? Mais avant de partir, laisse moi te dire ceci : ce que j'ai fais pour toi, je l'ai fais en étant pleinement conscient des risques que j'encourais. Tu n'as rien à te reprocher...Je t'en prie, ne te charge pas de cette culpabilité. Tu n'en as pas le droit.
Je ne me marierai pas. La seule femme à qui j'ai dédié ma vie ne veut pas de moi. Elle n'a pas besoin de moi. Peut être qu'elle n'en a jamais eu besoin. Ma vie n'avait de sens que par elle. Maintenant, elle ne vaut plus la peine d'être vécu..."
André comença à partir. Il n'avait pas vu Oscar ouvrir des yeux démesurés. "Elle ne vaut pas la peine d'être vécu." Son André...Il voulait mourir ! Qu'importaient les dangers que comportaient la presence d'André à ses côtés...Oscar voulait qu'il vive. Elle voulait son bonheur. Elle avait besoin de lui, de sa presence, du reconfort qu'il lui apportait. "Non, André, tu ne partiras pas, tu ne mourras pas..." Pensa-t-elle en même temps que ses lèvres hurlaient un cri de desespoir.
" NON !!! "
André s'arrêta. La voix qui l'avait stoppé s'était tu. Il se retourna et vit Oscar. Elle le regardait, les yeux pleins de larmes. C'était la première fois qu'elle le laissait voir sa détresse. La première fois qu'elle osait affronter son regard alors que l'océan qui lui servait d'iris se déversait sur ses joues.
"Tu as gagné André. J'ai besoin de toi, besoin de ton amitié. Si mon sale caractère ne t'a pas encore fait changer d'avis, je t'en prie...Reste à mes côtés. Je ne veux pas te contraindre. Si un jour tu sens que ta vie ne suit plus le même chemin que la mienne, tu t'en iras, n'est ce pas ?"
André n'arrivait pas à croire à son bonheur. Ainsi elle admettait avoir besoin de lui ! Jamais au grand jamais il ne la quitterait, elle pouvait en être sure.
"Oscar..."
"Tu t'en iras ? C'est à cette condition que je t'accepterai à nouveau à mes côtés...Tu dois penser à toi, André !"
"Très bien Oscar, je te le promet."
"Encore une chose...Je voudrais que tu oublie, ou du moins que tu fasses semblant d'oublier ce qui c'est passé entre nous, l'autre nuit. Je suis le colonel de Jarjayes. Je voudrais que tu oublie ce que nous..."
Une quinte de toux empêcha Oscar de terminer sa phrase. La violence de celle ci la fit se courber en deux. Elle semblait ne jamais devoir s'arrêter. André retourna sur ses pas et s'agenouilla auprès d'Oscar, sans oser la toucher. Elle s'était recroquevillée et semblait vulnerable, plus qu'elle ne l'avait jamais été dans sa vie. La toux s'arrêta enfin, et Oscar leva les yeux vers André.Son regard scintillait et elle souriait faiblement, comme pour le rassurer. Pourtant, le reste du visage était très pâle. Du sang avait à nouveau coulé de sa bouche. Cela effraya André. Il avait du frapper plus fort qu'il n'avait cru et Oscar n'avait pas montré sa douleur. Quelle entêtée ! Le jeune homme enleva sa veste et la posa sur les épaules d'Oscar. Puis il essuya du bout du pouce le filet de sang qui descendait vers son menton. Elle ne protesta pas.
"Et voila ! Tu as attrapé froid...Quelle idée aussi de rester des heures sur la plage, par un froid pareil. Il y a des jours ou je me demande vraiment ce que tu as dans la tête !"
Oscar le regarda, interloquée, mais il se contenta de lui sourire.
"On dira que tu avais la tête ailleurs. Quoi qu'il en soit, tu en seras quitte pour un bon rhume ! Comment vais-je expliquer ça à ton père, moi ? Je suis censé veiller sur toi et je te laisse commettre les pires imbécilités ! Honnêtement, tu es pire qu'une enfant de cinq ans !"
Il aida son amie à se relever. Elle était glacée. Tous deux firent tomber le sable incrusté dans leurs vêtements puis ils se dirigèrent vers le domaine que la famille Jarjayes possédait, près de la plage.
"Tu vas voir comme je vais te remettre sur pieds. Tu vas me faire le plaisir de prendre un bon bain chaud, puis je te preparerai un vin chaud et au lit ! Et ces cheveux...Tu vas passer des heures à les démêler !"
"Ah non André ! Je ne vais pas passer des heures à les démêler. Tu vas y passer des heures."
Elle le regarda et lui sourit malicieusement. Tout était redevenu comme avant. Enfin presque...
"De plus, nous allons devoir nous lever tôt. Ce matin j'ai décidé de reprendre demain mon service à Versailles..."
"Bien sur ! Et puis quoi encore ! Tu as vu les cernes que tu as sous les yeux ? Tu dois te reposer Oscar !"
"Mais...Au cas ou tu ne serais pas au courant, j'ai une compagnie à diriger moi ! Je ne me contente pas de jouer les nourrices, moi !
Contente de sa réponse, Oscar se tourna vers son compagnon et lui tira la langue. Outré, André fit mine de l'attraper, histoire de lui faire passer l'envie de se moquer de lui. Oscar esquiva, éclata de rire, puis s'éloigna en courant. André se lança à sa poursuite.
"OSCAR ! REVIENS SI TU ES UN HOMME ! TU VA VOIR SI JE SUIS TA NOURRICE !"
Seuls un rire moqueur et un echo de toux lui répondirent...
Aucun commentaire pour l'instant, soyez le premier à laisser un commentaire.