
Traduction:
Une autre fic Géniale de Silène ,très demandée !![]()
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9 Germinal, an 4 ( 29 Mars 1796)
Chère Colonel,
Voilà quelques semaines à peine que tu as quitté Paris, mais reconnaîtrais tu la ville à présent ? Décidément, il me vient souvent l’impression que nous ne retrouverons jamais la quiétude d’antan, de nos années de jeunesse.
D’ailleurs parfois j’ai du mal à croire que nous ayons pu connaître une monarchie sur cette terre bouleversée par les changements de gouvernement. J’avoue que cette stabilité, même illusoire, me manque parfois. Oh, tu peux bien froncer les sourcils et me parler de la liberté du peuple, de sa volonté de sortir de l’enfance, d’être enfin gouverné par des hommes qu’il aurait choisi. Je ne vois quant à moi qu’un enfant capricieux, auquel on a donné sa liberté trop tôt. Si cette lettre venait à être interceptée je pourrais être guillotiné, mais vois tu je compte sur notre chance. Et puis te parler me manque trop, il faut que les mots glissent sur ce papier que tes yeux caresseront, seul lien entre nous.
Les hommes sont décidément devenus fous. Aujourd’hui, il paraît qu’ils ont fusillés à Nantes François Athanase Charrette de la Contrie, le chef des Chouans. Il avait 30 ans. Tu sais, j’admire ce noble, le courage emprunt de folie qui l’a poussé à poursuivre son rêve. Si tu n’avais été là, si tu ne m’avais pas montré qu’il y avait de la noblesse aussi à embrasser le parti du peuple, j’espère que j’aurai eu le courage de le rejoindre. Ils sont une poignée d’homme à se battre pour une cause qui semble perdue d’avance.
A qui voudraient ils donner ce trône qu’ils se proposent de reconquérir ? Le petit dauphin est mort l’année dernière. Contrairement à toi, je ne crois pas qu’ils l’aient fait évader de la prison du Temple. Malgré le sceau du secret, je suis certain que Bernard te l’aurait confié, à toi.
Alors qui ? Le frère du roi ? Sais tu que ce fat, cet exilé, se fait appeler à présent Louis XVIII ? Pour moi, il restera à jamais le Comte de Provence et quoi qu’il advienne je te déclare aujourd’hui que je préférerai m’exiler plutôt que de mettre mon épée à son service.
Je souris à ce rêve. Nous pourrions nous embarquer à Calais pour partir aux Amériques. J’ai reçu la semaine dernière une lettre de notre intendant, consignant la comptabilité de l’exploitation. C’était un bon investissement bien entendu, mais ce qui me rassure d’avantage encore que la fructification de nos biens c’est la certitude que nous avons un havre ou nous retirer dans cette plantation de la Nouvelle Orléans.
Oui, souris. Fais disparaître la lassitude de ton regard. Je n’ai pas renoncé à cette rage de vouloir te protéger, jamais ce sentiment ne disparaîtra de mon cœur. Certes, tu n’es heureuse que libre, lorsque tu as le sentiment que ta vie est au service d’une cause plus grande que toi. Je le sais, je t’aime pour cela. Mais pourquoi cette obsession te fait elle côtoyer si souvent le danger ?
Certaines nuits, lorsque le sommeil me fuit, je me reproche de ne pas t’avoir suivi, toi et ton petit homme. D’ailleurs, comment va-t-il ? Se doute-t-il seulement du trésor qu’il a entre ses mains ?
C’est pour toi bien plus que pour lui que je suis resté, j’ai la certitude qu’il ne se fait pas d’illusion à ce sujet. Le Directoire n’est qu’une parodie de gouvernement, ces cinq fantoches me font rire. Tu devrais voir Emmanuel Sieyès, dans son costume d’apparat. On dirait un b ouffon. Par dessus sa culotte et ses bas, il porte une redingote bleu marine rebrodée d’or, ainsi qu’une grande cape rouge… Et bien entendu le sempiternel chapeau orné du panache tricolore. Un coq prétentieux. Et dire que ce sont ces mêmes personnes qui reprochaient à notre reine ses toilettes dispendieuses !
Ne t’inquiètes surtout pas pour moi, je ne risque pas grand chose à dire vrai. Ils sont tellement occupés à rassembler une France qui se délite que, contrairement à leurs prédécesseurs, ils ne s’inquiètent pas d’être attaqués de l’intérieur.
Alors j’observe, j’écris, je confie ce que je vois et le fais porter à ton Général Que fait il de ces informations, quels sont ces desseins ? Je veux croire en lui, en son amour de la France. Finalement, s’il est un homme qui puisse la sortir du bourbier dans laquelle elle se trouve, c’est bien lui. Tu vois, tu m’as contaminé par ta foi en lui.
C’est à Poltoden que je vais confier ce pli, en même temps que mon rapport bi mensuel. Je ne sais trop ou il vous trouvera. Déjà en Italie à vous battre ? Je crains les échos des premières grandes batailles, sachant que tu t’y trouveras.
Je pense à toi jour et nuit, à chaque instant. C’est tellement fort que je te désire, qu’il m’arrive parfois d’avoir l’impression de refermer mes bras sur toi.
Tu me manques, chère colonel, reviens moi en vie ou c’est moi qui te rejoindrai, quel que soit l’endroit ou tu te trouveras.
Je t’aime.
Victor Clément de Girodelle.
A suivre...
1. 17/03/2011
Rhaaa, ma fic préférée <3
