Promesse douloureuse

Fersen, amoureux d'oscar après le bal

 

Fersen regardait la jeune femme qu'il aimait s'enfuir, et il se sentait plus impuissant qu'un enfant devant elle. Il avait tout prévu, qu'elle se mette en colère, qu'elle éclate de son rire moqueur où encore qu'elle récuse ce qu'il disait... Mais cette fuite l'empêchait de lui avouer enfin combien il l'aimait. Comment en aurait il pu être autrement ? Elle était apparu, tel un diamant étincelant, lors de ce bal à Versailles et il avait oublié jusqu'au souvenir de l'amour qui l'avait consumé jusqu'alors. Ces yeux d'orages, si tendres ce soir là l'avaient transpercé et depuis il gardait en lui cette blessure qu'elle seule pouvait guérir. Il la voulait pour amante... Non, pour femme ! La seule femme au monde qui le comprendrait, qui jamais ne le quitterai, même s'il devait partir en guerre. Celle à qui il avait envie d'offrir son âme. Le jeune comte Suédois allait s'élancer à la poursuite d'Oscar lorsqu'une main de fer se posa sur son épaule, le coupant dans son élan. Axel se retourna et vit André, le compagnon de toujours d'Oscar, qui le regardait avec de la haine aux fond de ses prunelles. De la haine ? Qu'avait il donc fait pour qu'un tel sentiment naisse dans les yeux du paisible André ? La seconde qui suivit se cristallisa en une éternité pour les deux hommes, puis la voix de l'éternel domestique brisa le silence, sourde, emplie d'une colère trop longtemps contenue :


« Je vous interdis de l'approcher, vous m'entendez ? Je vous le défend ! »
Choqué, Fersen se dégagea
« Que te prend il donc de me parler sur ce ton André ? Ce qui se passe entre Oscar et moi ne te regarde aucunement ! »


A cette remarque, les poings d'André se serrèrent, et il du se faire violence pour ne pas frapper le noble qui lui faisait face
« Vous croyez vraiment ça ? A votre avis, qui a soutenu Oscar lorsque vous ne voyiez que notre reine ? Qui lui a détourné l'esprit de ses sombres pensées, qui a combattu contre elle lorsque la peine se faisait si forte en elle qu'elle provoquait quelqu'un en duel juste pour oublier ? Lorsque vous veniez, elle souriait, heureuse enfin, mais moi, cela fait des années que je la vois souffrir en silence de votre dédain. Oh, bien sûr, elle n'a jamais rien dit, car elle est bien trop courageuse pour ça, mais son regard, si limpide, s'est transformé au cours des années en un océan de détresse. Votre départ aux Amériques l'a anéanti, mais vous n'en aviez que faire, n'est ce pas ? Vous revenez après des années et votre vieille amie est toujours là, présente à son poste de fidèle conseillère de vos amours. Et maintenant que vous découvrez enfin quel trésor Oscar est, vous voudriez jeter encore plus le trouble dans son cœur ? Et quand vous n'en voudrez plus, que ferez vous ? Vous la jetterez comme vous l'avez fais de toutes vos anciennes maîtresses. Oscar vaut mieux que ça ! »


André du s'arrêter car Fersen venait de lui envoyer un coup de poing dans la mâchoire et l'attrapait à présent par le col
« Vas tu te taire enfin ! Tu ne sais rien de ce que je ressens pour Oscar. Je l'aime depuis que tu m'as dis qu'elle était femme. Mais comment lui dire ? Elle semblait à mille lieu de répondre à mes sentiments, cette femme si éprise de liberté. Alors je me suis contenté de mon rôle d'ami fidèle et à chaque fois que je la voyais mon cœur se gonflait de joie... Quand elle est apparu au bal, j'ai tout de suite su que c'était elle, et quand j'ai compris qu'elle était venu pour moi j'ai voulu tout lui dire. Mais elle est parti et il m'a fallu bien du temps pour trouver le courage de venir ici.
-Et la reine ? Ne me dites pas que c'est de l'amitié que vous ressentez pour elle »


André s'était dégagé avec brusquerie et regardait à présent Fersen avec une hargne égale à celle qui brillait dans les yeux du noble suédois. Tous deux savaient que c'était un combat qui se livrait à présent, le combat de deux hommes amoureux à en mourir d'une femme qui n'en savait rien. A cette question qu'il attendait, Fersen baissa les yeux
« Je l'avoue, j'ai aimé la reine. Tout était si simple avec elle. Elle me voyait comme un héros et je retrouvai dans ses yeux l'admiration que j'aurai tant voulu voir briller dans le prunelles d'Oscar. J'ai superposé son image à celle d'Oscar, cherchant les ressemblances entre elles. Mais dès que j'essayais de les comparer, Oscar prenait le dessus... Pourquoi devrais je continuer à souffrir André, alors que je sais qu'elle m'aime et que je saurai la rendre heureuse ? »
André baissa longtemps les yeux. Quand il les releva, ses yeux étaient remplis de larmes qu'il se retenait à grand peine de laisser couler.
« Pensez vous vraiment à Oscar où à votre propre bonheur ? Qu'avez vous à lui offrir de plus que ce qu'elle a ici ? Elle est libre de vivre comme elle le souhaite, elle peut faire ce qu'aucune femme n'a jamais pu faire avant elle, elle a un métier qu'elle aime... Si vous l'épousez, rien ne sera plus jamais pareille pour Oscar, vous le savez aussi bien que moi. Son identité sera dévoilée, elle sera regardée comme un animal étrange, une aberration créée par un être à moitié fou. C'est cela que vous voulez lui imposer, c'est l'image que vous voulez que la cour ait de son père ? Croyez vous qu'elle le supportera ? Vous ne pensez pas l'avoir assez fait souffrir comme ça ? »
Fersen n'osait répondre à ces interrogations, par trop dérangeantes. Quand il prit la parole, ce fut pour poser une unique question, douloureusement importante pour lui
« Tu dis ça simplement pour la garder, n'est ce pas ? »
André secoua la tête doucement et sourit avec tristesse
« Non. Je ne vous cacherais pas que je l'aime, ce serait un mensonge inutile. Mais comprenez quelque chose Fersen. Je vis avec elle depuis que je suis enfant. C'est ma meilleure amie, et je la connais comme personne ne la connaîtra. Il y a longtemps, je me suis juré que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour lui rendre la vie la plus agréable possible. Car vous ne savez rien d'elle Fersen. Vous connaissez son sourire, ses rires, sa facilité à combattre et à mener les hommes. Mais pensez vous que ces talents soient innés ? Elle a souffert pour y arriver, à ravalé ses larmes sous les sarcasmes de son père, a caché ses blessures. Sa vie n'est pas un conte de fée comme vous semblez le croire. Et moi... Moi je ne suis qu'un pauvre fou amoureux du soleil, un pauvre fou qui essaie de lui rendre la vie la plus supportable possible. Ce qui m'est difficile depuis que vous êtes apparu dans sa vie. Alors ayez la grandeur d'âme de disparaître avant de la blesser un peu plus, et permettez moi de continuer la tâche que je me suis assigné...Ou alors promettez moi que la vie que vous voulez lui offrir sera plus heureuse que celle qu'elle vit à présent. »




Les épaules d'Hans Axel Von Fersen s'affaissèrent et il cru réellement sentir le bonheur s'évader de son esprit. Cette promesse il ne pouvait la faire, son honnêteté le poussait à se l'avouer. Il voulait Oscar, il voulait la rendre heureuse. Mais y parviendrai-t-il ? Il se la rappelait, sauvage, fougueuse, indomptable... Et lui, que pouvait il faire mis à part l'enfermer dans la prison dorée du mariage ? Une larme roula sur sa joue, qu'il essuya d'un geste rageur
« As tu bien conscience de ce que tu me demandes ? Si je m'en vais, je renonce au bonheur
-Croyez moi Fersen, je mesure pleinement le sacrifice que je vous demande »
Répondit André d'une voix tristement douce. Alors Fersen se retourna et commença à marcher vers la sortie. Juste avant d'atteindre le perron, il s'arrêta une dernière fois et dit d'une voix amère, sans se retourner
« Très bien, je te la laisse. Mais laisse moi la voir une dernière fois... Je vais lui mentir, lui dire que je ne l'aime pas. Dieu seul sait combien je te hais pour cela, mais je fais ça pour elle. Mais si tu la rends malheureuse André, je te tuerai de mes propres mains, j'en fais le serment devant Dieu, qui nous voit et nous juge aujourd'hui »
Puis le jeune noble sortit pour suivre Oscar, disparaissant à la vue d'André.


Fersen retrouva bien vite Oscar. Elle était appuyée contre les battants de l'écurie et lui tournait le dos. Elle semblait si fragile dans sa détresse, si désirable ! Mais il avait fait un serment et devait s'y tenir. A ce moment là encore, il ne savait pas combien cette promesse lui coûterait, combien elle serait dure à tenir lorsque la voix de contre alto lui avouerait dans un murmure qu'elle l'aimait.
Axel devrait alors serrer les poings et tout son courage ne serait pas suffisant pour empêcher les larmes de venir brûler ses joues... Tout comme il ne pourrait se résigner à lui mentir. Jamais ses lèvres ne pourraient prononcer les mots qu'il avait juré à André de dire. Jamais Oscar ne l'entendrait dire qu'il ne l'aimait pas. Il est des mensonges que l'homme même le plus courageux ne peut se résigner à exprimer.
Alors il s'enfuirait, le cœur en cendre, fidèle à sa promesse. Mais cela, il ne le saurait que dans quelques minutes... Pour l'instant il ne pouvait se résigner à parler, déchiré par les sanglots qu'il entendait... Pleurs de la femme qui ne saurait jamais ce qu'il avait fait par amour pour elle.


Fin

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