Fic:Plume d'Ange

 

Plume d'Ange                                   Dans un petit village, à plus de quatre heures de route de Paris, une voiture de poste faisait une halte. Les passagers étaient descendus se dégourdir un peu les jambes. Le voyage était loin d'être agréable, surtout pour une dame âgée. Madame Grandier faisait quelques pas alentours tenant son dos qui la faisait souffrir. Son petit fils l'attendait sagement prés de la voiture. L'enfant était très calme. Personne ne l'avait entendu ouvrir la bouche depuis le début du voyage. Depuis Arras, en fait. Petit garçon de huit ans aux cheveux sombres et aux yeux verts, un enfant si attendrissant. Deux grands yeux émeraudes emplis de tristesse qui semblaient avoir perdu cette étincelle typique aux yeux d‘enfant, cette lueur d‘insouciance, d‘espièglerie, cet éclat de joie enfantine. Ses yeux calmes n'avaient rien de cela, ils étaient étrangement fixes, comme si son cœur était vide. Lui, si jeune semblait avoir été déjà cruellement marqué par la vie. Sa grand-mère bien bavarde comme toutes ces femmes d'un certain âge et d'une certaine bonhomie, avait profité que le petit se soit assoupi un moment pour conter le drame qui le touchait aux autres passagers. Cet enfant venait de perdre ses parents dans l'incendie de leur maison. Ils étaient désormais l'un pour l'autre la seule famille qui leur restait, même si ils se connaissaient à peine car elle travaillait dans un château non loin de Versailles et ne s'était quand peu d'occasions rendue chez son fils à Arras. Elle sentait qu'il y avait un lien affectueux entre eux, mais elle ne parvenait pas à réveiller le petit garçon. Il s'était fermé à la vie et ne cherchait pas à communiquer. Elle se demandait si cela était une bonne idée de le conduire au château des Jarjayes, la petite dernière de ses employeur était une enfant de caractère, à l'image de son père et elle était très vive, tout à l‘inverse d‘André. Pourtant elle n'avait pas le choix. Elle ne pouvait abandonner ce qui lui restait de son fils, cet enfant triste, oisillon tombé du nid à qui il ne restait rien. De plus apprenant le drame, le général de Jarjayes avait demandé expressément à ce que le jeune André soit élevé au château. Il veillerait à ce qu'il soit éduqué comme son « fils » qui avait grand besoin d'un compagnon masculin. De fils, le général n'en avait pas. Il appelait ainsi la dernière de ses filles, qu‘il tenait à élever comme si elle était l'hériter que le ciel lui refusait. Mademoiselle Oscar-François, fillette de sept ans aussi blonde que les blés au mois d'août, aussi nerveuse qu'un orage d'été et parfois, aussi mélancolique qu'une pluie d'automne. C'est vers elle qu'elle le conduisait. Voilà qu'elle avait à charge deux enfants au destin si particulier. Deux petits êtres qui étaient les jouets de la vie.    André, adossé à la voiture, regardait le ciel. Le soleil assez fort à cette heure faisait perler la sueur sur son front. Il passa nonchalamment le dos de sa main dans les mèches noires qui commençaient à se coller devant ses yeux, s'essuyant un peu. Alors que sa main retombait avec une certaines lenteur, une plume s'y déposa, se collant sur la peau moite de l'enfant. Remontant sa main à la hauteur de son nez, André ouvrit de grands yeux et se mit à scruter le ciel, mais n‘y vit aucun oiseau. Depuis plusieurs minutes il n'avait vu ni nuage ni oiseau dans ce ciel limpide, il ne savait pas d'où pouvait provenir cette plume. Il la prit délicatement entre le pouce et l'index pour la regarder attentivement. Il sursauta quand sa grand-mère vint lui demandait de remonter en voiture.    -André?! Nous repartons, mon petit...    -Grand-Mère, regarde cette plume! Elle s'est collée sur moi alors que je n'ai vu aucun oiseau dans le ciel...Tu as vu comme elle est blanche?!    La vieille femme eut un sourire des plus attendris pour son petit fils. C'était la première fois depuis qu'elle l'avait retrouvé, qu'il lui parlait spontanément. Elle jeta un petit coup d'œil à sa main, il tenait une plume de colombe. Elle ne doutait pas quand il lui disait ne pas avoir vu d'oiseau, comment le pourrait-il à fixer ainsi le ciel en direction du soleil. Mais cette plume l'avait sorti de sa coquille. Elle devait saisir cette chance de le ramener vers le monde de l'enfance. Cette chance de lui dire que le bonheur existe même pour les petits orphelins. Cette occasion unique de lui faire encore croire en un monde merveilleux. Il fallait le faire rêver avant qu'il ne sombre totalement dans une trop profonde tristesse.    La blancheur de cette plume se reflétait dans ses yeux d'enfant est semblait être cette lueur qu'elle croyait perdue. Il attendait attentif, il avait besoin qu'elle lui dise qu'il s'agissait de quelque chose de magique. Elle le savait. Elle en avait l'habitude avec la jeune Oscar. En y regardant bien ils avaient des points communs. Ce besoin de rêve pour supporter leur vie d'enfants si vite condamnée. Un besoin d'évasion intérieure pour ces petits chéris qui se refermaient sur eux-même, puissent-ils à présents se faire rêver l'un l'autre, même si elle resterait toujours là, à les couver. Cette histoire de plume, elle la connaissait déjà, restait à voir si elle suffirait à éveiller le petit garçon.    Elle se pencha, difficilement à cause de son dos mais essaya de ne pas trop le montrer, pour regarder plus attentivement l'objet en question. Elle prit un air grave et sérieux en regardant l'enfant dans les yeux. Celui-ci en fut très surpris, cet air n'allait pas du tout à sa grand-mère.    -André mon chéri, tu viens d'être touché par un ange...C'est un rare et très précieux privilège.    -Un ange...Grand-Mère?    - Oui, tu sais ce qu'est un ange? Ces créatures célestes aux yeux azures et aux ailes immaculées, envoyées par notre Seigneur pour veiller sur les hommes. Chacun de nous a un ange. Le tien semble t'avoir touché de son aile aujourd'hui.    -ça veut dire quoi Grand-Mère? Maintenant qu'il ma touché je vais pouvoir monter au ciel rejoindre papa et maman?    Jamais elle ne se serait attendu à une telle question. Le froid s'insinua en elle et son cœur qui avait déjà bien souffert lorsqu'elle s'était rendu sur les tombes de son fils et de sa belle-fille, se serra très fort dans sa poitrine. Elle fut sur le bord d'avoir un malaise et dut s'assoire sur le marche-pied. Involontairement, ses larmes se mirent à couler. L'espoir qu'elle avait vu naître dans les yeux de l'enfant à l'évocation des anges, était l'espoir de rejoindre ses parents dans l'autre monde. Elle était blessée en son cœur de mère, mais elle n'abandonnerait pas cet enfant même si le combat devait s'avérer difficile. Elle sécha ses larme et repris son histoire telle qu'elle l'avait prévue    -Non...non André, tu n'iras pas au ciel maintenant. Quand un ange te touche comme il l'a fait, cela signifie que ta vie va subir un très grand changement. Si tu reçois de ton ange une plume blanche, c'est qu'un très grand bonheur est tout proche. Si c'est une plume noire, c'est qu'il s'agira d'un malheur...La tienne est d'une blancheur sans pareille...    -Alors c'est qu'il va m'arriver quelque chose d'heureux?    -Oui...    -Tu crois que le bonheur m'attend là-bas, dans cette maison où tu m'emmènes?    -J'en suis certaine...un bonheur à partager.    Pensant à la fillette aux cheveux d'or, la vieille femme sourit. André regarda encore sa plume d'ange et offrit pour la première fois un grand sourire à sa grand-mère. Ses yeux verts pétillaient enfin. Il acceptait de rêver .    Le trajet parut nettement plus court à Madame Grandier et interminable pour les autres passagers. André ne se tut pas une seconde. Il posait mille questions, il voulait tout savoir sur la maison, ses occupants et sur Oscar. Il n'avait qu'une hâte, rencontrer au plus vite cette fillette. Il était soudain si vivant. Il prenait grand soin de sa plume, la regardant beaucoup et la portant à ses lèvres parfois, comme pour y déposer un baiser.     Quand il la vit, il sut que c'était vers elle que son ange l'avait guidé. C'était le destin. Sa vie allait changer et prendre un sens. Son ange lui avait fait un signe son bonheur serait là à l'attendre. Et sur les marche du perron, il la trouva. Il retrouva la lumière qu'il avait perdu depuis la mort de ses parents, dans ses cheveux d'or, il voyait le ciel dans ses yeux, il était conquis.    Même si elle y ressemblait beaucoup, Oscar n'était pas un ange et il le vit tout de suite aux premiers jeux de la fillette, qui n'en était pas tout à fait une. Curieux mélange de petite fille et de petit garçon, d'une très grand beauté et d'un caractère déjà bien trempé, elle lui apparaissait comme unique. Il la voyait forte mais la sentait fragile, il se sentit très vite attaché à elle. Il devait désormais vivre avec elle et la servir, tel était son devoir. C'est que cet homme impressionnant lui avait dit. En les présentant l'un à l'autre. Le père d'Oscar ne ressemblait pas au sien. Celui-là semblait très sévère et avare en tendresse, mais pas forcement mauvais. Il avait en tout cas la gentillesse de l'accepter en sa demeure et de lui permettre de rencontrer celle avec qui il devait partager son bonheur, Oscar.     Leur débuts furent difficiles. Mais au bout de quelques heures, André comprit que la patience devait devenir sa plus grande vertu et chaque petite colère de la fillette le faisait sourire. Elle finit pas descendre d'elle-même de son piédestal pour examiner son nouveau « bien ». Son camarade de jeu. Elle n'en avait jamais eu jusqu'ici et ne savait pas trop quoi faire de lui. Elle avait appris à être solitaire, mais depuis qu'il était arrivé, il la suivait partout.    Elle en eut assez et se laissa tomber ,assise dans le jardin sous un vieux chêne. Alors il se mit face à elle et s'assit à son tour. Elle resta un moment perplexe à le regarder. Il avait été très nul à l'épée et elle ne savait pas quoi faire d'autre. Elle fut soudain captivée par le petit sourire qui se dessinait sur les lèvres d'André.    -Qu'est-ce qui t'amuse autant?    -Toi.    -Vraiment? Et en quoi je te prie? D'abord tu dois faire comme tout le monde ici, me vouvoyer et m'appeler Monsieur!    - Non. Je ne peux pas t'appeler Monsieur tu es une fille et je ne veux pas te vouvoyer non plus parce que nous allons être amis pour la vie.    -N'importe quoi! Je suis une fille mais je suis le fils du général de Jarjayes donc Monsieur Oscar.    -ha ha ha ha!! Non, je ne t'appellerai jamais comme ça!    -Et pourquoi devrait-on être amis pour la vie? Tu est bien présomptueux toi! La fillette s'emportait de nouveau.    -Parce que c'est un ange qui m'a conduit vers toi.    André parut rêveur en prononçant ses mots plongé dans les yeux bleus d'Oscar. La vue amusa la petite fille qui s'approcha de lui à quatre pattes collant presque son front au sien cherchant à capturer davantage le regard si doux du petit garçon.    -Et comment s'y était-il prit cet ange?    Sans quitter ses yeux, André sortit la plume de sa poche et vint la coller sur son nez. Ils éclatèrent de rire en même temps. Oscar se laissa tomber de nouveau dans l'herbe. Allongée à coté d'André, elle regarda encore une fois dans les yeux mais avec le plus charmant des sourires d'enfant...    -Alors oui André, nous serons amis pour la vie...car moi aussi j'ai reçu d'ange une plume blanche...ce matin.    -Je suis content de te rencontrer Oscar.    -Je suis heureuse que tu sois là André.    À la fenêtre du grand salon, deux adultes s'échangèrent un sourire devant le spectacle de ses enfants qui se roulaient à présent dans l'herbe en de joutes amicales. Le général serait désormais moins inquiet pour sa petite Oscar qu'il voyait se renfermer un peu plus chaque jour refusant toute distraction autre que ses cours d'escrime ou d'équitation. Il voulait faire d'elle son fils mais il voulait la voir heureuse malgré tout. Lui aussi connaissait les plumes perdues des anges. Quant à Grand-Mère elle devait le salut de son petit fils à ce joli conte et aux beaux yeux bleus de l'ange qui habitait cette maison.

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