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Fic2:Elle vivait pour lui...

(Pour la première,prévoir une très grosse boite de mouchoir !!!)

 

Elle vivait pour lui il vivait par elle
        
Il n'avait cessé de pleuvoir de toute la journée , la dépression qui s'opérait dans le ciel, marquait toute la tension qui animait les esprits et les cœurs. En chacun, la tempête soufflait, balayant parfois la raison dans un heurt d'idées nouvelles et contraires.
Ce 21 juin  n'avait été qu'une suite d'événements troublants. Le début de leur descentes aux Enfers.
. Si la pluie était tombée droite sur les hommes, la tempête se levait en elle.  Était-elle éclairée de quelconque façon? Pourquoi avait-elle l'impression d'être la seule à voir que la noblesse en agissant de la sorte ne faisait qu'aggraver les choses et précipitait la monarchie dans un gouffre dont le fond était aussi insondable que les pensées de ce peuple soudain soulevé et se tenant là, sous la pluie, face à elle regardant ses élus se faire humilier alors qu'ils venaient exposer leurs doléances, les yeux aussi noirs que le ciel au dessus de leur tête?
Aujourd'hui elle s'était dressée face aux ordres du ministre de la guerre, opposée à son souverain, refusant d'humilier le peuple, mettant sur un pied d'égalité les députés du Tiers, ceux de la noblesse et du clergé .
Tout bon militaire sait qu'il doit obéir aux ordres sans les discuter, elle l'avait déjà cruellement éprouvé en fermant quelques jours plus tôt cette salle commune, interdisant ainsi à l'assemblée nationale de s'y réunir.
Il fallait des réformes, ils avaient besoin de changements, la société dans laquelle elle vivait n'était pas faite de justice, elle le savait, mais elle avait foi en ces députés et en son Roi, elle voulait croire aux États Généraux ,elle espérait que du dialogue de la nation et du souverain sortirait une France meilleure pour chacun, pour elle, pour eux. Elle craignait que le sang ne coule, elle redoutait que la voix des armes ne se fasse entendre, par faute de compréhension et d'écoute entre les hommes. Robespierre lui avait dit avec tant de passion: « Pas plus qu'on ne dompte les éléments, on ne domptera le peuple! »
Aussi n'agissant plus par devoir mais par conviction, elle amorçait sa révolte, pensant qu'elle serait la seule à en pâtir, la seule à être blâmée, condamnée pour ces choix soudains.
Mise aux arrêts pour avoir refusé de faire couler le sang de ceux qui étaient innocents à ses yeux, elle avait vu quatorze de ses hommes la suivre dans « sa folie ».
Ils seraient exécutés pour l‘exemple. On ne brave pas le Duc de Breuil  impunément quand on est  simple grenadier. Lorsque l'on est un Jarjayes, peut-on braver les ordres du Roi ?
Mais plus que cela, son cœur de colonel s'était soudain glacé comme l'air, elle venait de comprendre que ses actes avaient une portée qui la dépassait, elle regardait ses soldats se faire arrêter, mais l‘évocation dans son cœur d‘un autre homme, lui donna l‘impression de perdre pieds. Lui aussi, en agissant ainsi, elle le condamnait.
Même consciente de cela, il était trop tard pour revenir en arrière, trop tard pour arrêter cette chute, la garde royale allait accomplir l'infamie que l'on attendait d'elle et à laquelle elle s'était refusée. Seule, accompagnée de son ombre, elle s'était mise entre les soldats armés de mousquets et les députés du Tiers que l'on considérait déjà comme menaçant par leur idées et surtout leur détermination.
La garde Royale ne fit pas feu sur elle, non. Une fois de plus ses actes allaient influer sur un autre homme. Par amour pour elle, le comte de Girodel avait désobéit aux ordres du ministre de la guerre. Malgré son allure noble sous la pluie, c'est brisé qu'il lui apparut. Elle lut dans ses yeux le désespoir de cet homme qui lui avait, peu de temps avant, avoué les tourments que son cœur subissait pour elle. Aujourd'hui elle lui prenait son honneur dans une triste victoire qu'elle n'avait pas souhaitée, ajoutant davantage à sa peine, les blessant encore plus profondément tous les deux. Elle gagnait certes, dans ce duel des regards, mais elle se retrouvait bien plus anéantie, que si ces hommes avaient tiré sur son cœur déjà meurtri. Elle sut à cet instant que c'était la dernière fois qu'elle voyait cette silhouette lui faire signe, le comte de Girodel ne s'éloignait pas seulement dans ce rideau de pluie, il disparaissait à l'horizon de sa vie.
Il lui fallait rentrer, mais où? Elle ne pouvait retourner à sa caserne, elle était aux arrêts. Elle aurait pu se rendre à Monsieur de Breuil, elle était prête à subir son châtiment, mais c'était mettre à mort  l'homme qui comptait le plus pour elle. Cette peine là, était bien trop lourde.
C'est la mort dans l'âme et le cœur glacé qu'elle rentra à la demeure des Jarjayes.
Ce soir cependant, la pluie avait cessé. Il n'y avait pas de vent mais l'air était fait de ce froid qui s‘insinue au plus profond de nous, comme si il était intérieur.
Elle s'était effondrée dans un fauteuil prés du feu qui ne la réchauffait pas, un verre d'alcool fort à la main, accompagnée de son ami le plus fidèle, d'un homme lui vouant sa vie entière quelque soit le chemin qu'elle décidait de prendre. Lui aussi, elle venait de le briser, même si il l‘ignorait encore. André se tenait debout derrière son fauteuil comme montant la garde, la protégeant toujours, marchant dans chacun de ses pas, son ombre fidèle et aimante...
Elle attendait perdue dans la danse des flammes, le moment où l'on sonnerait le glas. Il ne se fit pas trop attendre et lui parvint dans la voix de Grand-Mère:
 

            « - Oscar, ton père veut te voir. Il t'attend en haut. »
 

C'est sans un mot qu'elle se leva et quitta le salon. Tout le château lui parut plongé dans l'obscurité malgré les candélabres et autres chandeliers qui brillaient de quelques flammes pâles. Mais rien ne parvenait à l'éclairer, elle se sentait prisonnière d'un épais drap de ténèbres . L'étage avait la clarté d'un tombeau, il y régnait un silence et un calme menaçant. Seul point lumineux au termes du grand escalier, la lueur qui passait sous la porte du bureau comme appartenant à un autre monde.
Elle s'approcha si prés des panneau de chêne derrière lesquels se trouvait son père qu'elle voulut  y poser le front pour reprendre courage, pour souffler un instant avant un affrontement qu‘elle savait terrible, mais cette faiblesse n'était pas digne d'elle. Très droite, comme si il pouvait la voir à travers se bloc de chêne, elle lui fit part de sa présence et demanda la permission d'entrer.
De l'autre côté, un homme anéanti se tenait droit comme la justice. Changé en pierre par la douleur qui le broyait, le général de Jarjayes n'avait pas bougé depuis qu'il avait pris cette cruelle décision. Debout devant un fauteuil vide, fixant la porte de son bureau, devinant chacun des pas lents de son enfant avançant vers lui comme on avance vers la mort, ralentissant chaque fois un peu plus les battements de son cœur de père. Ses yeux d'ordinaires si clairs et si vifs étaient ce soir bien assombris, fixes derrière le voile brillant des larmes contenues. Il ne devait pas la trahir en cet instant, il ne devait pas faiblir devant elle, Oscar ne le comprendrait pas, après tant d'années à jouer le froid militaire, tant d'année à être ce père sévère, dur, mais fier d'elle, de son nom qu'elle a redoré autant par la blondeur de ses cheveux et sa beauté que par sa grandeur d'âme et son courage. Son fils, son trop parfait enfant... cette fille par laquelle il vivait, sans elle il ne serait plus depuis longtemps. Elle était sa vie, son honneur, son amour...Il ne pouvait pas la perdre dans cette folie. Elle était à lui  et elle le resterait ...pour toujours...rien qu'à lui.
Il n'avait pas su lui dire d'entrer. Au son de cette voix chérie le cœur de l‘homme s‘était contracté dans sa poitrine et ses doigts se crispèrent sur son épée. Sans un mot elle avait compris qu'elle devait pénétrer en ce lieu. Ouvrant les deux battants de la porte, juste ce qu'il fallait  pour que son corps frêle puisse y passer, elle trouva que le bureau de son père était la pièce la plus lumineuse du château en ce soir où tout lui parut sombre. Elle se retourna pour les refermer soigneusement, évitant  de regarder cet chéri et menaçant droit dans les yeux, tant que cette pièce, dont l'atmosphère était lourde de tension, ne soit vraiment close.
Les plongeant dans un monde rien qu'à eux, dans un tête à tête, qu'ils savaient tragique.
Lorsque Oscar posa ses yeux bleus sur ceux du général, elle eut la confirmation que son cœur ne la trompait pas, lorsqu'il lui avait évoqué l'image de ce père terrible  dans sa douleur.
Lui aussi, elle l'avait blessé, lui pour qui elle vivait. Fidèle à elle même, droite et fière comme il l‘était, elle avança silencieuse et vint s'assoire dans le fauteuil qu'il lui désignait. Toujours de marbre, ne sourcillant pas le moins du monde, le général ne la quittait pas des yeux .
Assise devant lui, si prés, elle avait l'impression de redevenir une enfant . Il lui paraissait à nouveau si grand, si menaçant de son regard de glace et elle si petite, si fragile  à ses pieds, devant lever la tête pour trouver ses yeux et tenter de parler à son cœur, sans que les mots ne s'en mêlent, car les mots, entre eux, ne sont que comédie, des bruits portés dans l'air   par leur souffles ,exigés par la mascarade que fut leur vie, dissimulant ainsi leur amour, tellement profond, si vital et pourtant jamais déclaré d'une façon  autre que par ces regards et ses silences.
L'espace d'un instant c'est cette si enfant qu'il vit devant lui. Cette petite fille qui le suivait partout, qui lui montrait tout son amour quand elle lui tenait tête, cette enfant qui cherchait toutes les excuses possibles pour passer son temps avec lui, réclamant des leçons d'escrime ou d'équitation, prétextant qu'elle avait tant à faire pour lui ressembler, qu'elle avait du mal a apprendre alors qu'elle était déjà si douée. Abattant l'impossible pour obtenir de lui un mot gentil, une fragile caresse sur sa joue rosée, et plus tard un simple regard illuminé par la fierté qu'elle faisait naître en lui....sa fille.
Son cœur allait le trahir dans ce silence, il devait se ressaisir ou le courage lui manquerait. Des mots, insensés, mais des mots lui permettant de se cacher une nouvelle fois.
 

            « -Ainsi, vous n'avez pu vous empêcher de me trahir.. »
 

Il souffla ses mots comme on souffle sur des braises pour que le feu prenne. Il avait besoin de ce combat, de ce duel entre eux, besoin que cette douleur s'achève dans une lutte verbale dépourvue de sens mais lui permettant de faire sortir cet horrible sentiment qui étouffait son cœur, sa douleur. Il savait qu'elle lui répondrait, il la piquait volontairement, comme une joute aux règles tacites, mais bien connue  d'eux.
Il savait qu'elle ne le trahissait pas . Ni elle n'y lui, mais simplement son ordre, sa classe sociale, son Roi. Cet enfant avait toujours agit selon ses principes. Ses pas étaient guidés par sa grandeur d'âme et son  caractère fort, c'est ainsi qu'il l'avait faite et qu'il l'aimait. Si les Jarjayes restent fidèles à leur Roi quoiqu'il arrive, Oscar restait fidèle à elle-même. C'est ce qui faisait d'elle un être exceptionnel à ses yeux .
 

            -Vous trahir?! En quoi vous ai-je trahi père?
 

Le ton était donné, la tension contenue allait enfin être lâchée entre eux, les menant à cette extrémité que chacun ressentait avec tant d‘appréhension, mais résigné comme si c‘était là leur seule issue.
 

            -Vous osez le demander, misérable, alors que vous avez traîné le nom des Jarjayes dans la fange?!
             -Je crois plutôt, Monsieur, avoir empêché qui soit associé à une terrible infamie.
            -Ainsi vous persistez dans votre folie. Fort bien. Vous m'y contraignez.
 

Les mots traversaient l'air avec la rapidité des balles expulsées des mousquets. Tous deux avez l'impression de se trouver devant un peloton d'exécution caché dans l'azur des yeux de l'autre. Le même regard, les mêmes armes, et au fond les mêmes sentiments. Deux cœurs dans un dialogue de sourds. Même à cet instant elle lui obéissait, lui permettant de baisser la tête et de lever contre elle cette épée qu'il tenait dans sa main tremblante. Tout le corps de cet homme était aux prises avec de terribles tremblements qu'il voulait faire passer pour de la colère, alors qu'il s'agissait d'effroi, devant ce que son cœur lui ordonnait. Elle lui obéissait si bien. Depuis qu'elle avait pénétrée cette pièce, emplit l'air de son parfum, il avait l'impression que son sang s'échappait de son cœur et coulait au fond de son âme comme auraient dû le faire les larmes qu'il retenait.
Il ne put la regarder plus longtemps. Elle semblait aussi impassible que lui, calme et imperturbable, si belle et  si fière...Seigneur ce qu'elle pouvait lui ressembler, oui, elle avait si bien appris.
 

            "Une dernière fois êtes-vous prête à vous soumettre?. Allez vous reconnaître vos crimes et faire amande honorable auprès de  sa majesté ?"
 

Il tremblait trop, il n'était pas prêt encore, il fallait qu'elle le pousse encore plus avant, qu'elle l'accuse, qu'elle lui donne la force qui lui manquait. Il savait qu'elle le ferait, pour lui. Il aurait voulu lui ressembler, il l'admirait tant, cette enfant chérie. Un éclat encore, il lui fallait une étincelle née du déchirement de son cœur, embrasant son âme dans la douleur, le conduisant à la folie qui lui permettait de redescendre sur elle cette épée suspendue.
 

            "Je ne vois nul part la raison qui pourrait me pousser à renier les principes dans lesquels vous m'avez élevée. J'ai fait mon devoir. Il faut savoir varier, Monsieur, selon les circonstances, car se sont elles qui gouvernent les états. C'est le salut du peuple qui est la loi suprême. Et quand un monarque, abusé par ses proches, se retourne contre ses sujets, mon honneur est de me battre contre lui."
 

Voilà qui les conduisait tous les deux au but. Le bleu de ses yeux si tristes et pourtant déterminés tranchant sur la pâleur de son visage étaient pour lui le dernier obstacle. Épée au poing il passa derrière elle pour avoir le courage de lui avouer son dessein, le masquant toujours derrière son devoir de père outragé, derrière cet honneur de militaire bafoué qui lui importait moins que son amour.
 

            "Pauvre insensée ne voyez-vous pas que c'est notre perte à tous que vous causez. Et vous osez parler d'honneur quand vous souillez votre nom. Seul notre sang verser atténuera cette cruelle infamie. Car comment pourrais-je survivre à la honte d'avoir du supprimer celle qui m'était la plus chère au monde."
 

Avant même que cette épée qui la menaçait ne redescende sur elle. Ces mots la touchèrent au plus profond de son âme. Elle ne l'avait déjà que trop éprouvait aujourd'hui. Elle se sentait tellement coupable. Rien ne pouvait plus l'empêcher de croire qu'elle venait de gâcher la vie des personnes qui tenaient à elle pour un hypothétique avenir‘une population qui ignorait son nom. « Notre pertes à tous ». Ses soldats, ses amis, son père... Elle agonisait depuis l'instant où elle comprit le sort qui attendait ses hommes, depuis qu'elle avait deviné la situation dans laquelle elle mettait son père, lui qui faisait parti du conseil de guerre, si respectueux des ordres de son Roi, grandiose militaire qu'elle admirait tant et si proche du Maréchal de Breuil... son enfant était l'acteur du mutinerie, désobéissant aux ordres et empêchant un autre régiment de les accomplir. Elle le ridiculisait, réduisant à néant tous les principes de sa vie.
Le Duc de Breuil lui avait dit: « il est des principes sur lesquels on ne revient jamais ». Son père était ainsi. Oui, dans cette société faite de lois désuètes et injustes, elle savait que cela la conduirait à la condamnation, elle avait simplement espérer épargner son père son père. Que l'on s'attache à sa personne et non, à ce nom qui les liait. Qu'il la renie pour se protéger, qu'il la chasse ou qu'il la livre à ses détracteurs. Elle ne pensez pas qu'il en viendrait là. Qu'il l'aimait au point de la suivre dans cette mort qu'il allait lui donner. Non pas lui, elle l'aimait trop pour ça, elle ne voulait pas qu'il la suive. Il ne devait pas ... Cette révélation eut raison d'elle, ses larmes coulèrent, brûlant ses joues à mesure que ses prunelles s'agrandissaient . Elle ne pouvait plus cacher son amour pour lui.
 

           
             "Ainsi, vous le feriez père. Très bien. Mais alors pourquoi vous, vous  que je chéris tant, pourquoi? Pourquoi?"
 

Les sanglots dans sa voix si forte, dans ses cris de désespoir, lui firent durement sentir qu' elle venait de céder. Elle lui avouait cet amour démesuré dans un dernier cri. Il aurait tant voulu lâcher cette lame si lourde dans sa main de père, et se laisser tomber à genoux, serrant cette petite fille sur son cœur. Cette petite fille...il ne l'avait que trop rarement fait et ce simple geste, lui manquait tant. Elle était déchirante, tant de tendresse sacrifiée, au nom de quoi? Cet amour bafoué! Comment avait-il pu les faire souffrir à ce point? Il avait voulu préserver son honneur, il ne pensait pas que cela lui coûterait son cœur. Plus qu'un fils, plus que l'avenir éphémère de son nom, elle lui avait donné un amour qu'il n'avait jamais soupçonné, un amour qu'il le faisait prisonnier de ses grands yeux bleus, de chacun de ses gestes, qui lui disaient chaque jour « je suis à toi ».
 

            "Assez mon enfant que j'ai tant aimé! Il ne faut pas que mon bras tremble. Ma douleur est immense, la vie n'est que barbarie."
 

Elle restait abasourdie. Il l'aimait...Il l'aimait à la tuer et à en mourir. Sa vie s'arrêtait avec elle.
Oui,  il ne les laisserait pas la prendre. Il savait que le crime qu'elle venait de commettre en ces temps où le Roi affaiblit par la Nation tentait de réaffirmer son pouvoir , lui valait une lourde sentence. Il ne pouvait supporter l'idée que des hommes viennent ici, chez lui, afin de lui enlever celle qui était sa vie pour la couvrir de chaînes et l'enfermer comme une criminelle. Que lui réservait-on? Le peloton d'exécution? L'échafaud? Les galères? Jamais! Personne ne la toucherait, elle n'était qu'à lui... elle vivait pour lui et il vivait par elle et personne ne pourrait changer cela. Ils la condamnaient mais ils ne l'humilieraient pas publiquement, ils ne souilleraient pas cet honneur qui a toujours gouvernait sa vie pour qui elle a tout sacrifié sa féminité, sa jeunesse, son amour pour celui qui l‘a toujours accompagné, il ne saliraient pas cette âme si pure d'un pareil affront. On ne la mettrait pas au pilori . Et surtout, il ne voulait pas qu‘elle meurt seule au milieu d‘une foule de badauds venant assister à un spectacle... non elle ne connaîtrait pas la solitude des condamnés face à la mort. Il l‘entourerait de son amour .C'est pour cela qu'ils en étaient arrivés là. Lui seul pouvait lui donner le coup de grâce sachant qu'il la suivrait dés que le dernier souffle aurait quitté ses lèvres adorées, que la dernière larme aurait coulé le long de sa joue pâle. Il la serrerait si fort contre lui, la couvrant enfin de tout son amour, comme un linceul pour l'accompagner aux portes d'un monde meilleur où il la rejoindrait bientôt...il l'aimait tant. Elle mourrait de sa main, dans ses bras...
Il ne put retenir plus longtemps ses larmes son cœur lâcha en même temps que l'orage éclatait au dessus d'eux. Levant son épée au plus haut comme appelant le jugement du ciel sur eux , il inspira bruyamment.
La secousse qui suivit l'éclair fit trembler toute la bâtisse soufflant les bougies du lustre qui éclairait le bureau. Tout s'éteignait alors que le ciel se mettait à baigner ce château de ses larmes.
 

            L'épée était tombée, lourde, déchirant l'air avant de s'abattre sur le corps déjà inerte, d'une enfant brisée. Tout avait été très vite. Le temps d'un éclair. Les foudres de Dieu avaient traversé le ciel à l'instant où la douleur d'un père se manifestait de plus terrible façon qui soit. Elle n'avait pas émis le moindre gémissement, le moindre son, comme si son âme l'avait quittée avant même que le froid métal ne vienne écouler le fluide chaud et sombre de sa vie. Plus que le glaive, les mots de son véritable amour l'avait tuée, pour elle, tout n'était que silence et ténèbres n'ayant à l'esprit et au cœur  que cette dernière révélation:  son père l'aimait. La lame se retira doucement de sa chair immaculée, pour laisser place au flot de sang, qu'elle sentait sortir d'elle lui apportant le calme, la quiétude . Elle avait l'impression que le temps s'était arrêté. Elle ne sentait plus son corps, elle ne souffrait pas.  Elle glissa lentement sur le sol à mesure que ses yeux se fermaient.  Très calmement, le visage défiguré par la douleur contenue, le général posa son épée sur le fauteuil où s'était tenue sa fille. Il se laissa lourdement tomber à genoux aux cotés de son enfant. Dans cette obscurité troublée d'éclairs aveuglants,  il distinguait la tâche sombre qui s'élargissait en rosace sur l'abondante chevelure. Ses mains se tendirent vers elle, mais ses doigts n'osaient pas la toucher.  Comme un fidèle se trouvant devant le corps de marbre de sa déesse. Toucher, même effleurer ce corps sacré était un sacrilège.  Elle avait été, sa vie durant,  le martyr sacrifié à son orgueil, la gloire vaine d'un nom condamné .Il n'avait pas le droit de lui faire cela, il l'avait toujours su, s'écorchant l'âme chaque jour un plus en la regardant , toujours de loin, grandir, changer, de ses yeux pleins d'amour sous leur couleur acier. Petite chenille, jamais ne devint papillon, car il l'avait emprisonnée dans sa chrysalide la maintenant à l'état de cocon, son cocon. Il voulait être son monde. Il la devinait trop belle, chaque jour, il maudissait son uniforme tout autant qu'il louait le ciel qu'elle ait choisi cette voie, car il n'aurait jamais pu la donner à un autre...sa trop parfaite enfant. Elle était tout pour lui. Le sang qui battait sous les tempes bordées de boucles blondes, était le sien. L'air qu'elle respirait emplissait ses poumons, ses yeux d'azurs était son seul horizon. Pour lui Oscar était sa seule raison de vivre.
  Son cœur lui rappela douloureusement qu'elle était encore de ce monde, lorsque des bras l'étreignirent. Son corps se manifesta alors dans une profonde douleur qui la crispa. Les yeux de l'enfant s'entrouvrirent pour plonger dans ceux de son père. Jamais elle n'y avait vu tant d'amour. Le visage d'Oscar se détendit et ses lèvres esquissèrent un très faible sourire. Elle comprenait les raison de cet infanticide, ce crime ignoble et sans nom au regard des autres, il portait pour elle le nom de passion. Il n'était pas monstrueux, au contraire, de ses yeux purs aux larmes cristallines, elle semblait le remercier. Son visage n'était que douceur et tendresse, comme si le masque était tombé dévoilant l'ange.  Le général ne put  contenir plus longtemps son désespoir, et éclata en terrible sanglot qui secouait tout son corps, comme un possédé en transe.  Il ne s'appartenait déjà plus. Son âme n'était que souffrance, depuis tant d'années, croissant de concert avec son amour. Il n'avait jamais connu le sens de ce mot, avant l'apparition dans sa vie de cet ange blond. Pour lui ,il équivalait à une profonde affection, toute autre interprétation n'était que chimère. Elle lui avait appris, qu'il était plus que cela, l'amour est un don de soi, sans condition. C'est exister pour l'être que notre cœur a élu, ne vivre que pour lui et puisait son souffle en lui. Elle avait choisi d'être le soleil dans ses ténèbres, d'être son fils du mieux qu'elle le put. Elle avait été sa fille chérie, le seul être qui le consumait du feu d'une passion secrète qui n'avait jamais franchi le seuil de ses lèvres, mais qui se lisait dans ses yeux. Il la serrait plus fort à mesure qu'il la sentait s'échapper, non pas qu'il voulait retenir l'âme, il voulait que son papillon déploie enfin ses ailes dans un monde plus juste, mais  simplement pour l'accompagner jusqu'au bout du voyage.
L'orage cessa, laissant place à une pluie battante. Plus un seul éclair ne vint illuminer le doux visage à jamais fermé.
François posa délicatement le corps de sa fille sur le tapis, il prit ses mains si fines, et si blanches, entre les siennes ensanglantées, les portant à ses lèvres, il les baignait de ses larmes et poussa un terrible hurlement. Il libera enfin toute sa souffrance, toute la folie de son acte, sa rage envers le Ciel qui l‘a poussé à devenir ce père , ce monstre qui priva son enfant, de sa féminité par soucis d‘orgueil.  La gloire de son nom, chose vaine qui fait l'existence humaine, lui coûtait son Paradis, tel un démon dévoré par orgueil il avait fait son Enfers , mais c'est par amour qu'il avait conduit l‘Ange aux royaumes des Ombres . Il garda la main droite d'Oscar dans la sienne et fit un effort pour ce calmer, passant doucement les doigts  sur les lèvres de la jeune femme qu'il teintait ainsi de sang. S'égarant sur le doux velours étiré quelque secondes plus tôt en un ultime sourire, le général se calma. Ses doigts quittèrent le visage d'Oscar .Il était enfin, serein. Il sourit à son tour appuyant la main de sa fille sur son cœur, alors sa main droite se levait à auteur de sa tête, tenant le pistolet qui avait caché dans son gilet. Il ferma les yeux sur la détonation.
Elle vivait pour lui, il vivait par elle, ils étaient l‘un pour l‘autre le seul monde qu‘ils connaissaient et  il n'aura laissé à personne la chance de changer cela. Ni le messager du Roi,  ni même ce jeune homme dévoré lui aussi d'une passion silencieuse pour cet ange, qui arriva trop tard dans le bureau de son seigneur, ne purent empêcher que cet amour trop longtemps refoulé se révèle enfin dans la plus terrible des tragédies .
Un chandelier à la main, André , ne put franchir le seuil de la pièce, il restait là hébété de douleur, éclairant faiblement  les deux corps, gisant sur le tapis. Oscar tournée vers le ciel, le général vers l'Enfers, mais les mains unies dans la mort.
 

                                  Fin
 

Happy End pour ceux qui le souhaitent
 

"Ainsi, vous le feriez père. Très bien. Mais alors pourquoi vous, vous  que je chéris tant, pourquoi? Pourquoi?"
 

Les sanglots dans sa voix si forte, dans ses cris de désespoir, lui firent durement sentir qu' elle venait de céder. Elle lui avouait cet amour démesuré dans un dernier cri. Il aurait tant voulu lâcher cette lame si lourde dans sa main de père, et se laisser tomber à genoux, serrant cette petite fille sur son cœur. Cette petite fille...il ne l'avait que trop rarement fait et ce simple geste, lui manquait tant. Elle était déchirante, tant de tendresse sacrifiée, au nom de quoi? Cet amour bafoué! Comment avait-il pu les faire souffrir à ce point? Il avait voulu préserver son honneur, il ne pensait pas que cela lui coûterait son cœur. Plus qu'un fils, plus que l'avenir éphémère de son nom, elle lui avait donné un amour qu'il n'avait jamais soupçonné, un amour qu'il le faisait prisonnier de ses grands yeux bleus, de chacun de ses gestes, qui lui disaient chaque jour « je suis à toi ».
 

            "Assez mon enfant que j'ai tant aimé! Il ne faut pas que mon bras tremble. Ma douleur est immense, la vie n'est que barbarie."
 

Elle restait abasourdie. Il l'aimait...Il l'aimait à la tuer et à en mourir. Sa vie s'arrêtait avec elle.
Oui,  il ne les laisserait pas la prendre. Il savait que le crime qu'elle venait de commettre en ces temps où le Roi affaiblit par la Nation tentait de réaffirmer son pouvoir , lui valait une lourde sentence. Il ne pouvait supporter l'idée que des hommes viennent ici, chez lui, afin de lui enlever celle qui était sa vie pour la couvrir de chaînes et l'enfermer comme une criminelle. Que lui réservait-on? Le peloton d'exécution? L'échafaud? Les galères? Jamais! Personne ne la toucherait, elle n'était qu'à lui... elle vivait pour lui et il vivait par elle et personne ne pourrait changer cela. Ils la condamnaient mais ils ne l'humilieraient pas publiquement, ils ne souilleraient pas cet honneur qui a toujours gouvernait sa vie pour qui elle a tout sacrifié sa féminité, sa jeunesse, son amour pour celui qui l‘a toujours accompagné, il ne saliraient pas cette âme si pure d'un pareil affront. On ne la mettrait pas au pilori . Et surtout, il ne voulait pas qu‘elle meurt seule au milieu d‘une foule de badauds venant assister à un spectacle... non elle ne connaîtrait pas la solitude des condamnés face à la mort. Il l‘entourerait de son amour .C'est pour cela qu'ils en étaient arrivés là. Lui seul pouvait lui donner le coup de grace sachant qu'il la suivrait dés que le dernier souffle aurait quitté ses lèvres adorées, que la dernière larme aurait coulé le long de sa joue pâle. Il la serrerait si fort contre lui, la couvrant enfin de tout son amour, comme un linceul pour l'accompagner aux portes d'un monde meilleur où il la rejoindrait bientôt...il l'aimait tant. Elle mourrait de sa main, dans ses bras...
Il ne put retenir plus longtemps ses larmes son cœur lâcha en même temps que l'orage éclatait au dessus d'eux. Levant son épée au plus haut comme appelant le jugement du ciel sur eux , il inspira bruyamment.
La secousse qui suivit l'éclair fit trembler toute la bâtisse soufflant les bougies du lustre qui éclairait le bureau. Tout s'éteignait alors que le ciel se mettait à baigner ce château de ses larmes.
Encore un éclair et il put respirer. Il ne l'avait pas touchée, elle s'était levée face à lui dans l'obscurité.
Son corps était secoué de sanglots, mais elle était debout.  
Il laissa son épée tomber au sol. Le bruit métallique  fit échos aux grondements céleste. Toutes ses forces le quittait, il ne pouvait plus contrôler cette vague d'émotion qui s'emparait de lui, l'attirant vers le fond de son cœur.
 

            « - oh, enfant fragile, prisonnière de ma bêtise, pourquoi a-t-il fallut que tu ouvres tes beaux yeux bleus sur le peuple alors que tous ceux de ta condition s'évertuent à l'ignorer. Pourquoi toi aussi t'enflammer au vent de la liberté ? »
 

            « - Je ne voulais pas voir la tempête se déchaîner sur les marches de la salle des menus plaisirs . À trop ignorer le peuple, on exacerbe sa colère. J'ai voulu limiter les dégâts, préservant le sang d'innocents, mettant en danger le mien. Jamais je n'ai voulu vous offenser, vous blesser. Ce n'est pas liberté que je cherchais, vous n'êtes pas pour moi ce que le Roi est au peuple, père...je souhaite juste une société où l'on peut s'aimer en paix.... Un monde meilleur mais sans pour cela le payer d'un lourd tribut de sang versé. Et puis, vous avez vous même placé à mes côtés, un jeune roturier, vous l'avez élevé et éduqué, il a grandit avec moi, tant et si bien que nous avons lui et moi toujours partagé la même vie. Seulement ce monde ne cesse de me rappeler que nous sommes différents, séparés par des classes, si nous avons un passé commun, nous ne pouvons espérer en un avenir qui nous lierait... oui vous comprenez bien. J'aime André et lui même plus que sa vie, je le sais. Cette société faite d'inégalités nous interdit de nous aimer , ou nous serions montrer du doigt. Mais vous qui le connaissait comme moi, savez qu'il n'est pas de cœur plus noble. Pourquoi doit-on juger les hommes sur leur naissance? J'ai rencontré plus de roturiers respectables et dignes de confiance que de nobles. J'ai eu l'amère révélation de ce que peut être la vie du peuple à travers le destin de deux jeunes filles, la première étant Rosalie, la seconde, la jeune sœur d'un de mes hommes. Mes soldats, des roturiers qui se battent pour pouvoir espérer nourrir leur famille avec un peu de pain, se privant eux-mêmes! Père...le peuple vie dans la misère et croit encore en son Roi, j'ai eu l'audace de penser que je pouvais éviter que celui-ci ne déclenche, sur de mauvais, conseil la colère de ses enfants qu'il ne saurait affronter. Car le Roi est le père de la nation. Je ne souhaitais pas que notre nom soit associé à la tyrannie, je me fichais de mourir si c'était en accomplissant ce que je crois être mon devoir, mais je ne voulais pas que vous en soyez touché... »
 

            « - si tu te blesses, tu me blesses aussi petite sotte ...Pardonne-moi, pardonne-moi mon enfant, cette folie, mais je ne supportait pas l'idée que l'on puisse te condamner publiquement alors que tu as raison, tu désobéis aux ordres de ton Roi par soucis de justice...c'est toi qui es dans le vrai, mais je ne voulais pas que l'on t'enlève à mes bras. Je n'ai pas ta force, je n'ai pas ton courage. Je n'aurai pas su m'opposer à mon Roi c'est pourquoi... c'est pourquoi j'ai voulu te reprendre cette vie que  ... Oscar...Je me fiche de mon nom, c'est excuse...Tu es tout ce qui compte pour moi. Je n'aurait pas pu survivre à la douleur de te voir exposée à la haine, à la colère, de voir la vie te quitter dans la solitude et le froid d'une exécution. C'est par amour que j'ai osé lever cette arme sur toi...par amour .Je t'aime tant,  je ne te l'ai jamais dit mais je sais qu'au fond de toi tu l'as toujours su.  Si je m'apprêtai à commettre cet acte ignoble, qui ne mérite pas moins le nom de crime passionnel que d'infanticide, c'est qu en égoïste, je voulais te donner un peu de chaleur et être la dernière image noyée dans l'océan de tes yeux. Mon enfant.... »
 

Le général secoua la tête en serrant les poings, il ne pouvait continuer. Comment la prendre dans ses bras après avoir tenter de la tuer . Le croirait-elle?
Un soupir de soulagement à travers les larmes. De l'autre côté du fauteuil, la jeune femme levait les yeux au ciel, son visage baigné de larme, mais un faible sourire étirant ses lèvres.
Une main se tendit dans cette pièce obscure.
La foudre frappa une nouvelle fois éclairant dans ce bureau, l'étreinte d'un père et de sa fille. Pleurant chacun sur l'épaule de l'autre se serrant si fort qu'ils avaient l'impression de ne faire qu'un. À cet instant seulement, elle se sentit réchauffée, en son cœur, son corps et son âme.
 

            « -Je t'aime ... ma fille... »
 

            « -Je vous aime père. »
 

Des mots soufflés entre les larmes inondant les vestes militaires, noyant l‘incendie, des baisers sur les boucles blondes, des caresses. Pour la première fois depuis tant d'années, des gestes de tendresse jusqu'ici refoulée.
Plus rien n'existait pas même l'orage, ni André qui venait d'ouvrir la porte pour voir si tout allait bien, n'entend plus un bruit venant de la pièce, ni même le messager du Roi qui s‘égosillait devant la grille du château pour que quelqu'un vienne lui ouvrir.
Elle vivait pour lui, il vivait par elle et cet homme sous la pluie venait leur dire que cela continuerait ainsi.
 

 

                                Fin
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Dernière mise à jour de cette page le 26/04/2009