Fic3:Gravés

Gravés...



En cette fin d'après-midi de septembre, on pouvait apercevoir deux enfants en chemises blanches et culottes foncées jouer aux soldats dans les éteules, entre les ballots de pailles juste ficelés. L'enfant plus blond que le reste du champ, s'immobilisa soudain fixant à moins d'un mètre de lui une famille de perdrix, qui se tapissait au sol, à la vue de ce prédateur. En effet, la fillette s'était emparée de sa fronde et tenait en joue les petits volatiles. Elle tira. Le petit garçon bondit soudain sur elle et lui arracha l'instrument des mains pour le jeter au loin. Il reçut pour ce geste une gifle magistrale.
-De quel droit, je te prie, André? De quel droit viens-tu ici m'empêcher de tuer sur mes terres?
-Et toi, Oscar? En vertu de quoi allais-tu exterminer cette famille? Pour te nourrir ? Ils se sont peut être rendu coupable d'un crime que j'ignore ou es-tu tout simplement cruelle?
-Je suis le fils du comte, je suis chez moi et je chasse ce que je veux comme je l'entends! Tu n'as pas le droit de me parler comme ça, tu n'es qu'un...
-Un roturier? Quelqu'un qui t'est inférieur? Si tu le voulais, tu pourrais aussi me chasser comme ces pauvres perdrix! Aller tire Oscar, tu es le maître c'est ton droit! Tu vaux tellement mieux que moi! Je ne suis rien pour toi, hein? Un objet sans sentiment, tu ne me vois même pas! Tu ne vois que toi!
-André?! Ça ne va pas? Tu es fou ...tu as été bizarre toute la journée...Je ne tirerai jamais sur toi tu le sais.... Tu pleures??!! André parles moi...
-Oscar...Tu ne vois donc pas.... Aujourd'hui c'était...et toi...cette famille...
Le petit garçon ne parvenait pas à parler tant il sanglotait. Il ramassa l'oiseau blessé et s'enfuit avec lui vers le petit bois. La fillette le regarda un instant, dubitative, puis baissa les yeux. À ces pieds les poussins perdus couraient dans tous les sens, elle se sentit bien cruelle et son cœur se serra. Mais elle était le maître et elle ne pleurerait pas.

« ...aujourd'hui c'était...Oh! Mon Dieu! Comment ai-je pu oublier? Comment ai-je pu être aussi dure avec lui...La mort de ses parents...aujourd'hui cela fait un an ...Et je n'ai pas vu sa peine...je suis horrible! Oui parfois je suis un monstre. Tu as raison André. Si j'ai tiré sur cet oiseau c'est par pure violence, un geste gratuit. Pour faire preuve de ma supériorité sur les choses et les animaux de mon domaine. Pouvoir des forts sur les faibles. Je me conduis bien mal et sans toi pour me remettre toujours dans le droit chemin je pourrais bien un jour devenir comme ses gens qui en méprisent d'autres qu'ils disent inférieurs. Mais toi et moi nous sommes pareils! À égalité! Tu ne me seras jamais inférieur, j'ai beaucoup trop de respect pour toi! C'est plus que du respect...Un an que tu es à mes côtés, et je ne m'imagine plus ma vie sans toi. Mais je suis bien trop fière pour te le dire. Même si je le pense, je serai un jour ton maître et père dit que la barrière est nécessaire entre nous pour le bien de chacun. Cela n'excuse pas le fait que j'aie oublié le jour le plus triste de ta vie. Et que je te l'ai rappelé brutalement en tentant de tuer une famille devant toi, qui a perdu la tienne. De quelle cruauté suis-je capable parfois? Pourquoi est-ce que j'agis ainsi? Pourquoi es-tu toujours si doux si gentil et moi si méchante? Je veux être comme toi André, apprends-moi...

Elle sortit sa chemise de sa culotte et l'enleva. Elle laissa à l'air ses frêles épaules blanches comme le lait. Elle ressemblait aux représentations d'angelots sur les peintures du boudoir de sa mère. Elle ramassa tous les poussins et les mit dans sa chemise avant de partir à la recherche de son ami dans le bois. Elle le chercha longtemps en l'appelant. Il faisait plus frais et le soleil se couchait déjà. Elle le trouva dans un bouquet de sureaux. Il pleurait de plus belle, tenant sur ces genoux l'oiseau mort. La pierre lui avait fracassé le crâne, il n'avait mis que quelque minute à mourir. Il ne regarda pas la fillette. Celle-ci lâcha brutalement sa chemise et se jeta sur son ami, l'enlaçant de ces petits bras nus. Elle se mit enfin à pleurer quand André la serra à son tour. À leurs pleurs se joignirent les cris des oisillons libérés qui piaillaient en sautillant partout autours d'eux. Après un moment, toujours dans les bras l'un de l'autre, la fillette demanda:
-Tu crois que nous serons de bons parents?
-Je crois que l'amour fait des miracles...
-Alors je serai mère pour ses poussins...
-Quoi?
- oui, nous serons leurs parents...Toi et moi...l'amour fait des miracles...
La tête blonde venait de quitter l‘épaule du petit garçon et la fillette planta ses yeux pétillants de malices dans les yeux verts encore mouillés du garçonnet. Elle posa son front sur le sien et leur nez se touchèrent.
-Veux-tu être le père de mes poussins André?
-...........
-Tu n'as plus de famille et je suis prête à t'en donner une...si on s'aime tout est possible non?
- La nature pose ses règles Oscar et tout l'amour du monde ne peut les briser. Aussi sur que tu es le maître et que tu peux tuer des oiseaux à coup de fronde, des oisillons aussi petits ne peuvent être élever par des enfants et... les roturiers et les nobles ne s'aiment pas comme...
La petite fille montra son total désaccord en déposant un tendre baiser sur la joue du garçon et reposa sa tête sur son épaule en attendant la réaction qui mit un moment à venir. André considérait pensivement les petites bêtes, en repensant aux leçons que leurs donnait chaque matin leur précepteur, c'était un noble lui aussi mais il n'était comme le général. Il était pauvre et donnait des cours pour pouvoir vivre. Il ne faisait aucune différence entre Oscar et André et leur enseignait même des principes d'égalité, il voulait prouvait à André qu'il était tout aussi digne que la fillette à ses côtés. André savait qu'Oscar l'aimait beaucoup même si elle ne le disait ou ne le montrait pas. Il pouvait le sentir, mais il savait aussi qu'ils allaient grandir. Et que la vie des adultes était toujours très compliquée. Grand-Mère lui répétait sans cesse de prendre un moins de « liberté » avec son jeune « maître ». Mais si l'amour accomplissait vraiment les miracles, peut-être qu'à force de l'aimer, elle ne sera plus son maître mais réellement la mère de leurs poussins...Il décida de s'accrocher à cette idée en refermant ses bras sur les épaules de la fillette.
-Oscar ta chemise! Il faut te rhabiller, tu vas prendre froid! Et il doit être tard on va se faire gronder c'est de ma ....
-Non! C'est de ma faute...Je suis un monstre mais je vais devenir comme toi! Je serais aussi adorable que toi...Je changerai! Je ne veux pas devenir sévère comme mon père. Il n'est pas le modèle d'homme idéal.
-Quel serait l'homme idéal selon toi? Si ce n'est pas le général?
-Toi.....
-Ha ha ha ha !! Je ne suis pas un homme! Je suis un enfant comme toi! Un enfant qui va avoir des problèmes avec Grand-Mère si on ne rentre pas vite!
-Mais, et les petits? André?
-On les emmène, on ne peut pas laisser NOS poussins dans ce bois, un renard pourrait les manger.
-Nos poussins? Tu veux bien devenir père avec moi?
-J'espère être un jour père pour de vrai...avec toi..
-Promets-moi...André promets-moi que tu ne me quitteras jamais quoique je fasse ou que je dise.
-Je te le promets Oscar. Je ne vivrai jamais sans toi. Avec ou sans poussin, tu es ma famille depuis un an et pour le reste de ma vie. Je le jure...
Elle lui donna un autre baiser, mais cette fois c'était pour montrer son accord. Elle remit vivement sa chemise après une petite série d'éternuements qui fit sourire son ami et tous les deux se partagèrent leurs poussins. Ils ne pouvaient pas les emmener avec eux par les cuisines. Aussi les laissèrent-ils dans un coin de l'écurie au chaud sous un tas de foin et rentrèrent tout penaud recevoir le sermon en règle de Grand-Mère, pour une fois se fut le général qui les sauva de cette menaçante louche brandit au-dessus de leurs petites têtes comme l'épée de Damoclès toute prête à tomber. Ils auraient tant voulu aller voir les poussins après souper, mais on ne les laissa plus sortir.
À peine plus d'une heure après qu'ils furent obligés d'aller se coucher, un terrible orage éclata. Se levant silencieusement, la fillette ouvrit la porte de sa chambre et regarda des deux cotés du couloir. Rien en vue, elle traversa très vite jusqu'à la chambre de son ami. Elle n'aimait pas l'orage, et depuis qu'ils étaient ensemble, elle allait souvent se réfugier prés de lui. Elle entra sans frapper et regarda dans l'obscurité. Rien ne bougeait. Elle avança vers le lit et arriva jusqu'au dos du petit garçon. Elle tendit une main pour le toucher.
-Viens te coucher avec nous...
La fillette eut un petit cri de surprise puis fit rapidement le tour du lit pour s'y glisser face à lui. Il ne bougeait pas mais grâce à la foudre elle put voir qu'il lui souriait. Elle voulut se collait à lui comme elle le faisait d'ordinaire pour avoir moins peur. Mais il lui dit de ne pas trop bougeait et prenant la main de la fillette il lui montra à tâtons qu'entre eux se trouvaient leurs poussins. Il avait dû ruser avec Grand-Mère pour pouvoir sortir sans qu'elle ne s'en rende compte, mais il avait réussi à les ramener de l'écurie. Ils étaient maintenant tous à l'abri et au chaud dans son lit. Elle eut du mal à contenir un petit rire joyeux, et félicita le merveilleux père.
Cette nuit, ils dormirent en famille.

FIN

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Commentaire (1)

1. corbucci68 Le 02/06/2010 à 15:45

C'est vrai qu'y a pas beaucoup de fics sur leur enfance...Bien vu
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