Le Colonel dont je rêve (3)

Troisième Partie: Je n'abandonnerai pas!


Cette nuit , Le comte de Girodel, livide comme la mort, se présenta chez les Jarjayes peu de temps après minuit.
Personne n'avait pu trouver le sommeil. Aucune nouvelle d'Oscar ne leur était parvenue.
Si on était habitué à la savoir partie de droite et de gauche pour des missions toujours plus dangereuses les une que les autres, étrangement, cette fois, la panique les pris très vite. Elle n'était pas en mission. Ce n'était qu'un de ses caprices, un excès de zèle, et là: elle pouvait être dangereuse pour elle-même, faisant souvent preuve d'un certain manque de prudence.
Il demanda à ce que tous se réunissent au salon. Il déposa le paquet qu'il tenait sur la table et eut toutes les peines du monde pour l'ouvrir tant ses mains s'étaient mises à trembler.

Fersen s'énerva. Le manque de sommeil et l'angoisse de l'attente avaient réduit à néant sa patience.
Le regard du Comte de Girodel la glaça d'effroi, ce regard si pâle témoignait d'une telle détresse mêlée d'une profonde rage. Chacun en son cœur devina que la nouvelle qu'il venait leur apporter été tragique.
Il ouvrit le paquet sans prononcer un mot, laissant apparaître la veste rouge de l'uniforme, encore trempée.
Cris et évanouissements.
Grand-Mère et Madame de Jarjayes ne supportèrent cette vue et la vision de la jeune femme qui s'imprima dans leur esprit.
André, à bout, s'était laissé tomber à genoux sur le sol, poussant un terrible cri de rage. Fersen eut une réaction étrange. Il se retourna tout de suite vers André pour le fusiller du regard comme si il était à ses yeux le seul coupable de ce malheur.
Le lieutenant prit enfin la parole, pour expliquer comment ses vêtements avaient été retrouvés.

-A partir de vingt heures, j'ai ordonné que des recherches soient effectuées dans Paris afin de retrouver Oscar...Il y un peu plus d'une heure, sa veste et sa chemise, furent repêchées sur les bords de la Seine. Mais...pas son corps...

Cette fois, plus qu'un évanouissement, le général de Jarjayes était en train de faire une crise cardiaque.
Son visage se tordait en une terrible grimace de douleur.
Il refusait toute aide pour l'aider à s'assoire, il se dirigea très difficilement vers la table, agrippa la veste de sa fille et tomba finalement inanimé.
Les trois hommes se regardèrent un instant se jaugeant presque et portèrent de concert secours au général.
On envoya vite quérir un médecin à Paris, même inconscient, la douleur semblait ne plus le quittait. Le diagnostique fut rapide mais inquiétant.

Le docteur Lassonne, habitué de la famille ne leur mentit pas. Le cœur du général s'était affolé et les battements désordonnés et trop rapides le fatiguaient à un point tel que le médecin ne lui donnait pas plus de deux jours, s'il ne se calmait pas.
Fersen sortit avec le docteur pour lui expliquer les yeux pleins de larmes ce qui était la cause de cet état.
Le médecin fut profondément atterré, il avoua qu'il s'attendait à entendre un jour de telles nouvelles au sujet de Mademoiselle de Jarjayes. Et que c'était sans doute, là, le ciel qui donnait une leçon à cet homme qui avait voulu défier un choix fait par Dieu en ce qui concernait le destin de son enfant. Il finit par ajouter que c'était une très grande perte pour beaucoup car Mademoiselle était un être hors du commun.

Le général s'était mis à délirer pris d'une forte fièvre, il ne cessait d'appeler Oscar, et chacun des cris de l'homme enfonçaient un terrible coup dans le cœur d'André.
Il n'en pouvait plus, il devenait fou.
Lui.
Il s'accusait. Elle avait confiance en lui, elle l'avait prévenu qu'elle irait à ce bal. Elle comptait sur lui. Et il n'avait même pas l'honnêteté de lui dire où il allait. Voilà qu'il la perdait.
Le soleil de sa vie venait de disparaître.
Il ne restait d'elle qu'une veste rouge.

Fersen était froid. Froid comme l'eau de la Seine. Il avait le visage lisse comme la surface de l'eau qui dort mais dans ses yeux une tempête faisait rage.
Que ce fusse sur le général ou sur André que ses yeux se posaient, son regard était meurtrier.
Non, il ne voulait pas que cela se produise, cela ne pouvait pas se produire maintenant alors qu'il venait de se rendre compte de l'importance de cette femme dans sa vie.
Pour lui, ces deux hommes étaient coupable de son malheur.
Ils étaient responsable d'elle.

Ce n'était qu'une femme, un être fragile, qu'il aurait fallu protéger. Tout est de sa faute comment est-ce arrivé, il est pourtant toujours prés d'elle. Il fallait qu'il sache, ce qui s'était passé. Pourquoi elle était seule hier soir.

Girodel quant à lui semblait vide.
Pas une émotion ne semblait passer dans ses yeux clairs. Il attendait attentif que le général revienne à lui. Les deux hommes semblaient ne pas exister pour lui.
En fait rien n'existait plus, il était dans son monde .
Absent.
Le regard fixe sur cet homme malade. Soudain le général ouvrit les yeux faiblement. Comme un éclair, Victor-Clément le rejoignit. Il avait l'air très different déterminé, prêt à bondir.
-Monsieur, je tenais à vous dire que je n'abandonnerai pas.
-.......Co...Comment ....?
-Tant que je n'aurais pas la preuve qu'elle n'est plus, je n'abandonnerai pas les recherches, je m‘mobiliserai toute la Garde s‘il le faut. Mais surtout, je trouverai ce Masque Noir et je le tuerai de mes mains. Sachez que tout cela ne restera pas impuni. Je vous en fais le serment, général, je vengerai votre fille même si dois y laisser ma vie!

Une vraie furie.
Oui jamais Girodel, lui toujours si calme et digne en toutes circonstances, n'avait fait preuve d'une telle fureur. Le masque Noir n'avait qu'à bien se tenir car il était clair que le lieutenant userait de tous les moyens possibles.
Et emporté par sa rage soudaine et grandissante, saluant une dernière fois le général mourant, le comte partit à la vitesse du vent lorsque souffle la tempête.

Le père effondré, ne pouvant à peine parler, fit un signe désespéré à André.
Le jeune homme, pleurant comme un enfant, s'approcha en se lançant dans un chapelet d'excuses, s'accusant de tout les maux, se maudissant et demandant pardon.
Le général eut l'horrible impression qu'André est plus à l'agonie que lui.
Il ne fallait pas.
Pour lui, le jeune homme n'était pas responsable du caractère trop impétueux et téméraire de la jeune femme, mais le seul moyen de la tempérer. Il savait qu'elle n'était pas tous les jours facile et qu'elle avait ses moments de caprices où il semblait qu'elle était prête à défier le monde mais André avait toujours était là pour elle.
Pour la protéger du monde. Pour la protéger de lui parfois. Pour la protéger d'elle-même surtout. André était aux yeux du général, le seul espoir, si il y en avait encore un.

-André...Je sais...que tu...l'aimes...ramène la moi....tu...peux...je...

Il ne put terminer sa force une trop violente douleur eu raison de son courage. Et il perdit de nouveau connaissance.
S'il continuait ainsi, il ne tiendrait pas deux jours.
Devant une telle scène, Fersen ne se contint plus, il empoigna André par le col et le conduisit hors de la chambre du malade.

Plus de minuit.
Alain et sa jolie compagne, regagnaient la maison familiale.
A peine revenue à la vie, la jeune femme s'était mise en quête d'un travail. Ne voulant pas vivre aux crochets de ses amis qui avaient la gentillesse de la recueillir suite à ses malheurs. Alain n'avait pas apprécié cette idée. Protecteur et peut-être un peu possessif, il l'avait accompagnée.
Ne se souvenant de rien, on lui avait raconté sa vie dans les grandes lignes.
Une vie banale, somme toute, d'amitié et de misère.
Elle s'appelait Aurore Boisdormant. Elle avait été la fille de petits bourgeois calaisiens qui avait tout perdu, leur boutique de dentelles ayant pris feu une nuit.
Elle et sa famille avaient donc échouées à Paris, il y a deux ans.
Sans le sous, ils avaient beaucoup de mal à redémarrer. Il y a très peu de temps, son père mourut sur le coup, lorsque des créanciers étaient venus leurs prendre le peu qu'ils avaient.
Sa mère n'avait pas supporter ce qu'elle considérait comme un abandon et s'était donné la mort. Ce terrible traumatisme était d'après son amie Diane, la cause de son amnésie. Etant amies depuis l'arrivée des Bois dormant à Paris, Diane n'avait pu la laisser à la rue.
Aurore ne pouvait se résoudre à chercher en elle des souvenirs si triste, alors qu'elle ne se sentait pas si déprimée. Elle cherchait certes, à éclaircir des images qui lui revenaient en tête mais elle n'avait rien à voir avec les histoires de Diane.
Ce n'était pas qu'elle puisse imaginer que Diane lui mentait. Mais elle avait l'impression de cacher en elle un terrible secret et un très grand amour.
Aurore se sentait très éprise d'un homme dont elle avait tout oublier.
Elle percevait une silhouette, un vêtement, le lointain échos de son prénom si familier . Mais elle ne parvenait pas encore à l'entendre vraiment. Seuls les yeux de cette personne lui revenaient nettement.
Son regard plutôt... Perçant, la pénétrant comme si il pouvait lire ses émotions et ses pensées.
Oui, il y avait quelque part, un homme qui la connaissait mieux qu'elle. Le plus surprenant c'est que cette silhouette était noble, a n'en pas douter. Svelte et gracieuse, mais lui semblant d‘un fort tempérament.
Une couleur vive s'imposait.Vive comme son caractère, un tempérament de feu. Le rouge!
Il portait un uniforme rouge. C'est un militaire à la veste rouge. Colonel. Elle était amoureuse d'un jeune et beau colonel. Mais comment avait-elle put rencontrer un tel personnage? Comment?
Alain était soldat. Grand frère de sa meilleure amie, elle avait peut-être été amenée à rencontrer cet homme à la caserne d'Alain. Mais Alain était si gentil avec elle, qu'elle se sentait gênée à l'idée de lui parler de cet homme qui l'obsédait depuis son réveil.
Il fallait pourtant qu'elle sache.

-Alain, à quoi ressemble l'officier qui commande ta compagnie?
-Ma foi...étrange question pour une jeune demoiselle. Il ressemble à un vieux pervers, d'ailleurs, je ne veux plus que Diane vienne à la caserne. Ce vieux dégoutant semble avoir de bien mausaises idées en tête. Et crois-moi, je le surveille de près! Toi non plus, je ne veux pas te voir à la caserne! Je dois malheureusement y retourner demain , ma permission étant achevée. Mais je ne veux pas que tu y viennes, c'est d'accord?
-Humm...Je ne comprends pas pourquoi, mais si tu y tiens tant. Je ne voudrais pas être pour toi une source de tracas....Son grade? Quel est son grade?
-Commandant des gardes françaises! Tu es amusante ce soir! Tu sembles en pleine réflexion, quelque chose ne va pas?
-Oh non!!je me posais juste des questions sur...L'endroit où tu vis! Oui ton environnement quotidien à la caserne!!.
- Hé bien quel enthousiasme! Mais vois-tu Aurore, je ne veux pas te parler de choses de ce genre. Tu m'inspires un tout autre discours que le langage militaire.

Non, visiblement le colonel de ses rêves ne devait pas être de la compagnie d'alain. Mais ce dernier semblait tout à fait prêt à le remplacer dans son cœur. Il était évident qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre une attirance réciproque.
Mais Aurore ne pouvait y céder.
Son esprit était trop embrouillé. Elle voulait éclaircir un peu ses souvenirs avant de s'engager dans cette aventure.

Alain, tu es merveilleux est très doux avec moi. Tu me sembles être très patient. Et j'ai besoin de temps.
Même si je suis l'amie de ta sœur depuis deux ans, pour moi, je ne vous connais que depuis ce matin! Je n'ai aucun souvenir de vous...
Je me sens ingrate et fort désolée envers vous. Je ne saurai jamais assez vous remercier.
Toiet Diane si douce et si agréable. J'avoue que la présence de ta sœur fais naître en moi, une certaine nostalgie.
Un sentiment très léger...comme si j'avais perdu quelque chose
Je pourrai répondre à tes sentiments tout de suite, je crois bien que je l'aurais fait si je ne brûlais pas déjà pour un autre.
Plus que tout il m'a marqué.
C'est le seul souvenir qu'il me reste mais il déclenche une tempêtes de sentiments en moi...Comme si cet homme était toute ma vie...Chevalier merveilleux comme dans les contes, puisses-tu être mon prince charmant et d'un baiser me réveiller à la réalité...Toi colonel de mes rêves à l'habit rouge....

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